LIVRE XV
Situation do la Fi-ance dans l'Inde après lo traité d'Aix-la-ChapolIi'. — Lutte engagée entre les Compagnies anglaise et française. — Dupleix est rai)pelé. — Lalh" est nommé commissaire du roi et commandant en chef dans l'Inde. — Conséquences de la lenteur de la traversée de l'escadre. — Comljats des 29 avril et 3 août 1758. — Départ de l'escadre pour Tîle de France. — Son retour, dans l'Inde, l'année suivante. — Combat du 10 septembre 1759. — Après un court séjour sur la côte, l'escadre retourne à l'île de France. — Expédition faite par le comte d'Estaing.
Après la paix d'Aix-la-Chapcllc, noire situation dans rindc n'était pas inférieure à celle de l'Angleterre. Sur la côte de Malabar, nous avions Malié, et les Anglais Bombay ; sur la côte de Goromandel les Anglais possédaient Madras et le fort Saint-Georges, et les Français Pondichéry et Karikal. La paix était à peine signée que, dans l'Inde, les Compagnies française et anglaise, sans se combattre ouvertement, engageaient une lutte devant conduire à des résultats que peu de personnes, à cette époque, quelle que fût la profondeur de leur esprit, eussent osé indiquer. Seul, peut-être. Dupleix entrevoyait la possibilité, pour une puissance européenne, d'exercer une suprématie absolue sur l'empire fondé, au XVI'' siècle, par Baber et ses Mogols. Cet empire n'existait plus que de nom ; son chef, confiné à Delhi
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dans son palais, était sans autorité. Les hommes, placés à la tête des circonscriptions administratives qui divisaient ce grand pays, se considéraient comme des souverains indépendants ; eux-mêmes avaient des lieutenants qui ne leur obéissaient pas. Il s'élevait, entre les provinces de l'empire, des conflits qui étaient réglés par les armes. Les incursions des Marattes, descendus des montagnes, pillant les villes et les campagnes, ajoutaient au désordre qui régnait dans ce pays. En réalité, le pouvoir appartenait au plus fort. Alors que les autorités de Madras avaient pour unique objectif le développement du commerce, Dupleix, formant de vastes projets, songeait à tirer avantage de l'anarchie à laquelle était livré l'empire du Grand Mogol. 11 se proposait d'étendre son autorité sur d'immenses territoires qu'il gouvernerait sous le nom d'un chef, arrivé au pouvoir avec son appui. Si une politique habile était nécessaire pour atteindre un aussi grand résultat, il fallait également que cette politique fût soutenue par la force. Or, Dupleix avait le sentiment très juste de ce que pouA^aient des soldats européens, aguerris, disciplinés, combattant contre les multitudes qui composaient les armées hindoues. Enfin, il était convaincu que des natifs, instruits et commandés par des officiers européens, devaient former de bonnes troupes. Dès que les circonstances le permirent, Dupleix mit en œuvre le système politique, objet de ses méditations. Le vice-roi du Deccan étant mort, de nombreux compétiteurs briguèrent sa succession, les armes h la main. Dupleix choisit le personnage apte à jouer le rôle qu'il Jui destinait, puis il mit au service d'une cause, devenue la sienne, outre son liaL)ileté, ([uatre cents soldats français et deux cents cipayes disciplinés h l'européenne. Le triomphe de cette politique, sur le terrain diplomatique aussi bien que sur le terrain militaire, fut comi)let. Le vice-roi du