‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 115 sur 137 · I.IVIIE ,\V 3"»îl · texte numérisé non relu

I.IVIIE ,\V 3"Ȕl

Deccaii et le nabab de Garnatic furent deux protégés de la France : l'un el l'autre avaient accepté toutes les conditions préalablement imposées par Uupleix. Bientôt, le chef de nos établissements dans l'Inde gouverna, avec une autorité absolue, un pays aussi grand que la France, et ne comptant pas moins de trente millions d'habitants. Ce fut lépoque la plus brillante de la carrière de Dupleix. « Cet ingénieux et ambitieux Français avait, dit un auteur anglais, l'intelligence et la pratique de tous les artifices de la politique et de la guerre qui, plus tard, furent employés, avec un succès si éclatant, par les Anglais. »

Profondément troublées par les événements qui venaient de s'accomplir, les autorités de Madras recherchèrent les moyens à l'aide desquels elles pourraient arrêter le développement extraordinaire cpic prenait la Compagnie rivale. Appliquant une règle qui est, si l'on peut s'exprimer ainsi, d'un usage constant en pareil cas, les Anglais offrirent des secours au parti dont le vice-roi du Deccan, notre protégé, avait triomphé. Un homme, qui devait laisser un nom dans l'histoire de l'hide, CliA'e, venait de débuter à Madras dans le serA^ce de la Compagnie: après quelque temps passé dans les bureaux, il était entré dans l'armée. Doué des qualités militaires les plus briUantes, il fit éprouver à nos alliés des échecs qui rendirent plus difficile la tâche de Dupleix. Aussitôt que l'on connut, à Londres, la situation nouvelle créée par le génie de Dupleix, des hommes et de l'argent furent envoyés au gouverneur de Madras auquel l'ordre fut donné de combattre, avec la plus grande énergie, la prépondérance de la Compagnie française. Or, loin d'être secouru, Dupleix recevait de Paris des lettres dans lesquelles perçait le regret que le commerce ne fût pas l'objet exclusif de son attention. Il était évident que

le comité des Directeurs condamnait sa politique . Quoique toute illusion sur ce point fût impossible, Dupleix ne déserta pas la lutte. Les ressources de son esprit, sa connaissance profonde de la politique indienne, les faibles moyens dont il disposait, sa propre fortune, son crédit, tout fut mis en œuvre pour maintenir, en face de sa rivale, la situation de la Compagnie française. Désespérant de triompher d'un pareil homme, le comité des Dh'ccteurs, à Londres, s'adressa au irouvernement, faisant peser, sur la politique extérieure du cabinet, la responsabilité des événements dont l'Inde était le théâtre. Les ministres, n'ignorant pas l'influence que la puissante Compagnie avait dans le parlement, inter- Adnrent. Ils demandèrent au gouvernement français le rappel d'un agent coupable de trop bien servir son pays. Sacrifier cet illustre serviteur était non seulement une action honteuse mais une faute, se justifiant d'autant moins que, pour les personnes même les moins prévenues, la guerre, entre la France et l'Angleterre, était imminente. Or, Dupleix rappelé, c'était la plus grande force de nos établissements dans l'Inde qui disparaissait. Le cabinet de Versailles céda ; Louis XV se berçait de l'espoir que les continuelles concessions faites à l'Angleterre par son gouvernement, écarteraient toutes les difficultés et auraient pour conséquence, ce qu'il souhaitait le plus, c'est-à-dire la continuation de la paix. Il oubliait que, pour vivre en paix avec ses voisins, la faiblesse est le pire de tous les moyens.

Dans uiu; lettre manquant de clarté, ou plutôt A'olonlaircnient obscure, Dupleix fut averti qu'un des hauts loiictioiiiiaires de la Compagnie, du nom de Codelieu, se rendait dans l'Inde ])our vérifier les écritures et rapporter, en France, des éclaircissements que la correspondance des comptoirs ne donnait pas à un degré

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