‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 121 sur 137 · LIVRE xvi · texte numérisé non relu

LIVRE xvi

n'envoyant pas d'argent, Lnlly insiste pour que les dépenses soient sévèrement contrôlées et il indique des économies faciles. Les agents sont rebelles à tout sacrilicc: au fond, ils défendent leurs intérêts et ils sont l)ien décidés à ne pas réformer des abus qui les enrichissent. Irrité |)ar les obstacles qui se dressent devant lui, Lally no cache pas le mépris (pie lui inspire la conduite de ceux qui, par intérêt personnel ou par corruption, apportent, en le privant de secours, de continuelles entraves à ses opérations. Les gens arrachés à leur tran(iuillité, ou menacés dans leurs intérêts, se liguent contre le général, et ils en arrivent à redouter ses succès.

Dans les opérations que Lally doit effectuer sur la côte, la coopération de la flotte est nécessaire. D'Aché livre, en 1758, deux combats qui ont pour résultat d'empêcher les Anglais de secourir Gondelour et le fort David, mais, quand il s'agit de tenir le vice-amiral Pocock en échec, afin de permettre à nos troupes d'attaquer Madras, le chef de l'escadre refuse son concours; il repousse également la demande pressante qui lui est faite de ne pas quitter la côte avant les Anglais. En 1759, dAché parait le 10 septembre devant Porto-Xovo. Après avoir livré un combat très vif à l'escadre anglaise, il part pour lile de France et, jusqu'à la fin de la guerre, nos bâtiments ne se montrent plus sur la côte de Goromandel. D'Aché tire un bon parti des bâtiments médiocres, au point de vue militaire, qui forment la plus grande partie de son escadre ; dans ses trois rencontres avec les Anglais, il se montre habile et brave, mais, satisfait d'avoir honoré notre pavillon, il ne veut courir aucun risque, et, devant la supériorité numérique de l'amiral Pocock, qui a reçu d'importants renforts; il quitte Pondichéry pour aller à File de France oiiil reste, parce que

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l'absence complète do moyens de ravitaillement ne lui permet pas de prendre la mer. Lally déploie une rare énergie, une activité sans égale et de grands talents militaires. Vn officier supérieur anglais écrivait : « Personne n'a une plus haute opinion que moi de Lally. Il a lutté contre des obstacles que je croyais insurnioiitables, et il les a vaincus. 11 n'a pas existé un autre homme, dans l'Inde, qui eût pu maintenir sur pied, pendant aussi longtemps, une armée sans solde et qui no recevait de secours de nulle part. » Privé, dans les circonstances les plus importantes, du concours de la Jlotte, ne recevant pas de secours de la Métropole, sans aide de la colonie, Lally lutte, pendant une campagne de trente-trois mois, contre tous les obstacles. Mais, chaque jour, sa petite armée s'épuise par les comlîals, les maladies et les privations, tandis que l'ennemi a de l'argent, des vivres, des troupes et des navires. Lorsque, A'aincu par la famine et n'ayant pas cinq cents hommes en (''lat de combattre, Lally rend Pondichéry aux Anglais, ceux-ci ont quatorze vaisseaux sur lîi rade et quinze mille hommes dans leur camp. Nous avons donné, avec quelque étendue, le récit de la campagne de l'Inde parce qu'il comporte une leçon; en sachant comment on perd les colonies, on apprend ce (|uil faut faire pour les conserver.

Lally, h peine arrivé à Londres, apprit que ses ennemis s'efforçaient de soulever l'opinion contre lui. H obtint du gouvernement anglais l'aidorisation de se rendre à Paris, sur parole, llemphssant les obligations (|ui lui incombaient, en sa qualité d'ancien commandaiil en chef dans l'Inde, il dénonça, sans aucun ménagcmeni, dans un rapport au ministre, les fautes, les malversations commises, réclaniant la punition des coupables. Tous ceux (jui se voyaieiil incnnci's s'nnireiil élroilonient

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