‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 122 sur 137 · I.IV1IE xvi · texte numérisé non relu

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cl, pour iiiicux combattre leur ancien chef, ils l"atta- (jurMvnl avec plus de violence qu'ils ne lavaient fait jus(iue-là. Le mot de trahison fut prononcé. Sous le gouvernement de Louis XY, alors que tout était livré au désordre, à lintrigue, nul ne pouvait dire quelle sérail l'issue d'une affaire ainsi engagée. Ce n'était plus une (juestion de justice, mais une lutte d'influence; or. les adversaires de Lally étaient puissants. Ses amis, se rendant conqite des dangers ({u'il court, lui doimenl le conseil dépasser à l'étranger et d'attendre, pour rentrer en France, un moment plus favorable. Lally repousse harilement cette proposition, persuadé que, mis en face de ses ennemis, ce qu'il désire depuis si longtemps, il saura les confondre. Il se faisait de grandes illusions et ses amis jugeaient la situation mieux que lui.

Enfermé à la Bastille, Lally reste, dans celte prison, pendant près de deux ans, sans être interrogé. En 1703, le Parlement, s'emparant de l'affaire, le poursuit pour crime de concussion et de haute trahison. Les plaintes (ju'il a portées, on les écarte, tandis que les accusations dirigées contre lui sont admises; ses accusateurs deviennent des témoins à charge dans le procès qui lui est intenté, et ces témoins déposent, contre leur ancien clief, avec un acharnement d'autant plus grand qu'ils luttent pour leur propre sécurité. Tout secours légal lui est refusé et il n'a pas le droit d'avoir un Conseil. On est saisi d'indignation en voyant ce malheureux général obligé de discuter, avec des sul^alternes des moins qualifiés, avec des gens qu'U a punis ou dont il a constaté publiquement la mauvaise conduite, ses actes administratifs et ses opérations militaires. On rapporte que le doyen des substituts demandait « l'absolution entière sur toute autre partie que la partie militaire, pour laquelle le roi serait supplié de nommer un Conseil de

guerre ». C'était la solution véritable d'une affaire que le gouvernement n'aurait jamais dû soumettre au Parlement. L'avocat général ne partagea malheureusement pas cet avis, et il conclut à la condamnation à mort. Le o mai 17G0, Lally comparait devant la Grand'cliambre du Parlement, et, le 6, le jugement est prononcé. On vaul bien le déîcharger du crime de haute trahison, mais il est condamné à être décapité pour « abus, vexations et avoir trahi les intérêts du roi )>.

Jamais sentence plus inique ne fut rendue, et il n'est pas permis de penser que les juges aient cru Lally coupable et surtout coupable d'avoir trahi les intérêts du roi, formule, d'ailleurs, n'indiquant rien de précis, et employée probablement pour couvrir la faiblesse, ou plutôt la nullité de laccusation. Ou le Parlement a été corrompu par les ennemis de Lally, ou, heureux, alors qu'il aA'ait des griefs contre la Couronne, de tenir, entre ses mains, un personnage important, il a sacrifié le général à la vaine satisfaction de montrer sa puissance. Quel que soit le mobile tjui ait dirigé sa conduite, le Parlement, en condamnant Lally, a rendu un arrêt déshonorant pour la justice. Le 8 mai, le roi, loin de saisir cette légitime occasion d'user de son droit de grâce, repousse la re(|uête. en conunulationVle peine, que lui présente, au nom de l'armée, le maréchal de Sout)ise, appuyé par le ministre de la guerre. La pari inq)()rtante que, dans l'opinion du maréchal de Saxe, Lally a prise dans la victoire de Fontenoy, est oubliée. Le î), Lally est conduit à l'échafaud. dans un loinbereau. un bâillon sur la Itouehe: ses ennemis res|)irenl. car ils sa\'ent (|ue linllexible g(''néral n'anrail rien oublie'' et (jue, lui vivant, le jour de la justice sei'ail venu. l/e\('culion de Lally leur [)ermet de jouir r\\ paix des immenses l'orlnnes (|n*ils onl aniassées.

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Dès le lendemain de l'exécution, la n'aelion contre l'arrêt rendu par le Parlement commence, la rougeur monte au front de tous ceux qui. pouvant rem{)èclK'r, ont laissé commettre cet assassinat juridique. Chacun, cl le roi le premier, s'efforce de dégager sa responsaliilih'. Le temps s'écoule, aucun doute ne subsiste sur 1 uii([iiilé commise par des juges prévaricateurs et le jour vient où la mémoire de Lally est réhabilitée.

« Puisque nous ne savons pas faire la guerre, disait le duc de Clioiseul, au commencement de 17G1, il faut faire la paix. » Des propositions, en ce sens, furent adressées à la Cour de Londres. Pitt estimait que le moment n'était pas venu de mettre fin aux hoslilités. Les Anglais, maîtres de la mer, voulaient poursuivre la conquête des colonies qu'ils convoitaient, sachant très bien que nous ne pourrions apporter aucun obstacle à l'exécution de leurs projets. Ce fut donc dans le seul but de ménager l'opinion de l'Europe que Pitt accueillit les ouvertures faites par la France. Des plénipotentiaires furent nommés de part et d'autre. La question de la restitution des prises, faites en 1755, ne pouvait être omise, dans la discussion du traité de paix: on devait d'autant moins la perdre de vue qu'elle avait un caractère d'ordre général et non de circonstance. Il s'agissait, en effet, d'un point important du droit des gens, intéressant, à la fois, le présent et l'avenir. Les Anglais prétendaient que les trois vais-

seaux, VAlcido, h' L/js et V/'Jsprrancc, et les trois cents hnlinients de comiuerce avaient été pris en représailles des actes d'hostilité commis par les Français dans l'Amérique septentrionale. Or, non seulement nous contestions cette assertion, mais nous accusions les Anglo-Américains de n'aA^oir eu, après la conclusion du traité d"Aix-la-Chap(dle, d'autre objectif que de s'agrandir à nos dépens. Gomment, d'ailleurs, admettre que des navires mai'cliaiids, naviguant dans toutes les parties du monde, sur la foi des v traités et confiants dans la paix, aient pu être capturés par suite de prétendus actes d'hostilité, commis, au fond de l'Amérique, dans des pays dont les limites n'étaient pas exactement fixées. Les démêlés des chefs militaires et des sujets des deux nations, dans l'Amérique septentrionale, pouvaient amener de la mésintelligence entre les Cours de Londres et de Paris, et même conduire, par degrés, à une rupture, mais, aussi longtemps que la guerre n'était pas déclarée, la sécurité des particuliers devait être complète. La déclaration de guerre a, en effet, pour but, d'informer les habitants des pays, se décidant à vider leurs différends par les armes, qu'il existe un nouvel état de choses, les obligeant à prendre les précautions nécessaires pour sauvegarder leur personne et leur fortune. Si cette règle, étaljlie par le droit des gens, et inscrite, en ce qui concernait la marine, dans les traités d'Utrecht et d'Aix-la-Chapelle, cessait d'être observée, il n'existerait ])his de sûreté pour les navigateurs. Telle était la question qu'il convenait de préciseï' au luomenl où allaient s'ouvrir les négociations.

Les plénipotentiaires français demandèrenl que les biUiments pris, en 1755, en violation du droit des gens, fussent restitués à leurs i)ropriétaires, et (|ue ceux-ci reçussent une indemnité <mi i'a])port avec les pertes

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(jLiils iivaiciit siihios. Le caljiiicl de Versailles, afin d'arriver plus l'aeilemeiiL à une enlenlc, déclara s'abstenir de toute réclamalion en ce qui concernait les trois vaisseaux capturés, en 175"», par Tescadre fie Taniiral Boscawen. Le cabinet de Saint-James repoussa, avec haut(;ur, les propositions du gouvernement français. La demande de restitution des prises faites, sur mer, avant la déclaration de guerre, ne s'appuyait, disait-il, ni sur une convention particulière, ni sur le droit des gens. Dans l'opinion de la Cour de Londres, il n'existait pas de principe moins sujet à contestation que celui-ci, savoir : « Que le plein droit de toutes les opérations hostiles ne résulte point d'une déclaration formelle de guerre, mais des hostilités dont l'agresseur a usé en premier heu. » L'Angleterre se servait d'arguments qui se retournaient contre elle. La France ne contestait pas que le droit d'exercer des hostilités ne résulte pas toujours de la formalité d'une déclaration de guerre, mais, dans cette hypothèse, prévue par les traités, les bàti- 'ments de commerce, se trouvant dans les ports respectifs des belligérants, avaient le droit de se retirer en toute liberté. Il était évident (pic les mesures, prises pour sauvegarder les intérêts des armateurs dont les bâtiments étaient placés dans la position que nous venons d'indiquer, devaient, avec non moins de raison, s'appliquer aux navires qui étaient à la mer, au moment où éclatait une rupture impréA^ue, c'est-à-dire sans déclaration préliminaire. Ces derniers bâtiments avaient, comme les premiers, le droit incontestable de se rendre dans leur pays sans être inquiétés. La France se conformant, malgré la conduite de l'Angleterre, à celte règle dictée par l'équité, et qui d'ailleurs, faisait partie intégrante du droit des gens, avait rendu à l'Angleterre non seulement les bâtiments se trouvant dans ses ports.

au moiiHMil (le la rupture, mais aussi ceux qui avaient élé pris, en mer, avant la déclaration de guerre.

Une note, Acnue de Londres, relative à la solution de plusieurs dil'ficullés que soulevait la discussion du traité, contenait ce qui suit : « A l'égard des prises faites après les lioslilités commencées, et avant la formalité d'une déclariilion de guerre, le roi persiste à penser qu'une telle demande, de la |)art de la France, n'est ni juste, ni soutenabU;, selon les principes les plus incontestables du droit de la guerre et des nations. » Aucune argumentation, quelle qu'en fût la valeur, n(; pouvait produire d'effet sur les Anglais C[ui ne voulaient pas être convaincus. Chez les nations, n'ayant d'autre objectif que l'accaparement commercial, l'intérêt passe avant l'honneur.

Les exigences de Pitt, le ton hautain et tranchant qu'il prenait avec nous, et peut-être aussi le secret espoir que nourrissait le cabinet de Versailles de conclure un traité d'alliance avec l'Espagne, firent avorter cette tentative. Les négociations, entamées en avril, furent rompues au mois d'août. La France et l'Espagne signèrent, à ce moment, le pacte de famille: mais, à Paris, on ne se fit pas longtenq)s illusion sur l'appui que notre allii'i' pouvait nous donm-r. D'autre part, en France, la marine n'existait |)lns, l'armée était à peine en état de se maintenir sur la délcnsive. et nous n'avions ])lus de finances. La paix devenait, pour nous, une inqiérieuse nécessité; de nouvelles démairhcs furent faites auprès de la Cour de Londres pour arriver à ce résultat. Pitt rendait à son pays les plus grands services, mais, passionné pour la guerre, il dépensait sans compter et met lait même un certain orgueil à ne jamais se préoc- (•ii|MT (le la (jucstion d'argent. La dette ne cessait de croilic. cl, clKupie année, les impôts étaient plusloui'ds.

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Les ('inpiuiils, avec lesquels Pitt pourvoyait aux hcsoins de la guerre, n'(5taient, à ses yeux, q,ue la jhciivc de la l'icliesse de rAiijjfletorre. Dos esprils plus froids, ellravés du désordre qui régnait dans les finances, se demandaient si cette situation n'aurait pas, dans l'avenir, de graA'es conséquences. Quoique le parti de la guerre fût toujours très puissant, un grand nombre de memltres, dans les deux Chaml)res, montraient des dispositions favorables h la paix, et faisaient, par cela même, une très vive opposition au gouvernement et surtout à riiomme prépondérant du caljinel, Pitt. Celui-ci, informé par ses agents que les Cours de INIadrid et de Versailles avaient conclu un traité d'alliance, voulait, avant même de connaître la teneur de ce traité, que l'Angleterre déclarât la guerre à l'Espagne. Ses collègues, dans le cabinet, n'ayant pas admis cette proposition, Pitt saisit ce prétexte pour donner sa démission. Les événements montrèrent quil avait bien Jugé la situation, puis(jue l'Espagne déclara la guerre à l'Angleterre, mais aucun revirement ne se produisit en sa faveur parmi les hommes du parti qui croyait le moment venu d'entrer en négociation avec l'Espagne et la France, en vue de la conclusion d'un traité de paix.

C'était, pour le cabinet de A'ersailles. une circonstance favorable que Pitt ne dirigeât plus les affaires étrangères : toutefois, il ne fallait pas, sur ce point, se faire de trop grandes illusions. Les ministres, même les plus enclins à la paix, avaient une si haute idée des succès remportés par l'Angleterre, qu'ils étaient décidés à se montrer d'une extrême exigeance. D'autre part, notre situation était moins bonne qu'au moment de la rupture des premières négociations, en 1761, puisque les Anglais avaient fait, depuis cette époque, de nouvelles conquêtes. Enfin, notre alliance avec l'Espagne ne pouvait intimider la

Cour dc> Londres et, par suite, ramener à nous faire des concessions. Non seulement les Anglais avaient mesuré très prompiement la faiblesse de leur nouvel adversaire, mais, n'ayant ])lus rien ou très peu à nous prendre, ils voyaient, dans les colonies espagnoles, une proie très riche qui, à ce mérite, déjà grand, en ajoutait un autre, fort apprécié, celui d'être facile à saisir. Telle (Mait la situation lorsque de nouvelles négociations s'ouvrirent, à Paris, dans le courant de l'année 1762. Le duc de Ghoiseul représentait la Franco, le manjuis de Grimaldi l'Espagne, et le duc de Bedfort l'Angleterre. Un premier incident faillit tout remettre en question. Les Anglais voulaient avoir le droit de tenir garnison dans les iles Saint-Pierre et Miquclon que le traité projeté nous attribuait. Le duc de Ghoiseul refusa d'admettre cette prétention. Le plénipotentiaire anglais, déclarant que ses instructions, ayant, sur ce point, un caractère impératif, il ne lui était pas permis de s'en écarter, le duc de Ghoiseul hii dit : « En ce cas, la guerre, et vous pouvez partir quand il aous plaira ». Le duc de Bedfort, convaincu qu'il rendait service h son pays, céda sur celte (juestion.

Tout semblait décidé, lorsqu'un second incident suspendit encore une fois le cours des négociations. Les Anglais, ainsi que nous l'avons vu plus haut, avaient envoyé une flotte avec des troupes pour attacpier la Havane. Le duc de Bedfort voulait en tirer avantage comme s'il eut été assuré du succès de l'Angleterre. Le marquis de Grimaldi i)rétendait au contraire (pie les Anglais, courant à un échec certain, il devait en résulter une amélioration dans les conditions imposées à l'Espagne.

Le duc de lîedfort, voulant hâter la solution de tous his points en litige, proposa de mettre la Icnlidivc sur la Havane en dehors du ilébat : l'Espagne ni lAiiglc-

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