LIVRE III
ne parviiil pas à joindre Doria. Les Turcs fireiil des débarquements sur les cotes de la Pouille, de la Sicile, de 1 lie d'Elbe et en Corse, portant partout où ils passaient le pillage et rincendic. La saison avançant, Sinan-paclia se dirigea sur Constantinople, laissant les Français en (Jorse. La supériorité maritime appartenant, après le départ des Ottomans, aux forces navales de l'Espagne, Doria put porter, dans cette ile, à la conservation de laquelle Gènes attachait la plus grande importance, des troupes, des vivres et des munitions. Les Français étaient sur le point d'évacuer la Corse lorsque la flotte impériale disparut. Doria avait été appelé dans le golfe de Naples par la présence, sur les côtes de la Pouille, de Dragut. Ce corsaire fameux, au lieu de suivre Sinan-pacha, était resté dans la Méditerranée; ayant pu réunir sous son commandement un grand nombre de galères, il écumait la mer plus pour son propre compte que pour celui du sultan. Le prieur de Capoue, Strozzi, a3ant abandonné le service français en Ljol, le baron de la Garde, relcA'é de sa disgrâce, avait été désigné pour le remplacer dans le commandement des galères. Profitant habilement de l'éloignement de Doria, le baron de la Garde amena des renforts en Corse oii les Français, soutenus par la population, faisaient de rapides progrès. Doria, prévenu que Dragut s'était dirigé vers la Morée, revint en Corse; après avoir débarqué des troupes, il fit route sur Porto-Ercole où les Français devaient, disait on, opérer un débarquement. A peine était-il parti que Dragut paraissait et mettait à terre des hommes et des canons : au même moment, le baron de la Garde, avisé des mouvements de la flotte ottomane, arrivait de Marseille. Dragut n'aimait pas les opérations de longue haleine et surtout celles qui rapportaient plus d'honneur que d'argent.
Quelques dissentiments s'etant éleA^és entre lui cl le l)aron de la Garde, il s'éloigna. Le retour de Doria, en mottnnt le corps expéditionnaire français dans l'impossihililé de recevoir des secours, amena révacuidioii de la C.orse par nos troupes. Aucune des campagnes faites de concert aA'ec la flotte ottomane n'aAait doniu' les résultats sur lesquels nous comptions. Les Turcs, peu soucieux d'entreprendre des opérations militaires, n'étaient préoccupés que du profit; sur tous les points du littoral oii ils effectuaient des débarf[ucments, il ne restait que des ruines, et des milliers de captifs, jetés sur leurs navires, prenaient la route de Constantinople. Notre nom se trouvait associé à des actes (pii faisaient reculer la civilisation de plusieurs siècles ; des dépenses considérables avaient été faites pour subvenir aux besoins de la flotte turque, principalement pendant les mois d'hiver passés par Barbcrousse sur la rade de Toulon. Nous avions donc payé fort cher une alliance, portant atteinte à notre considération, et dont nous n'avions retiré que de très minces avantages.
Des armateurs flamands s'étant emparés de plusieurs navires appartenant au port de Dieppe, le commerce de cette \i\\e fit, à Paris, des démarches pressantes pour obtenir la réparation du tort qui lui a^ait été fait. Le roi n"ayantpas de bâtiments dont il put disposer, Dieppe se chargea de l'armement dune l'iottille, consentant même à payer la moitié de la dépense, en y metlaul loutefois pour condition que les capitaines seraient des enfants de la ville. Dix-neuf bateaux, faisant habituellement la pèche ou le cabotage, furent armés; le tonnage du plus grand de ces bâtiments n(^ déi)assait pas cent vingt tonneaux. Les capitaines élurent pour chef Lonis lîures, sieur d'Espineville, qui reçut du roi une conniiission d'aniirab Goligny, chargédela lui (v\'|K''dier. « le riMuercia
Livnn: m 51
au itDiiidc Sa Majcslf', (le (■(•(jiic lui et les siens ('iilr('j)i'('uaicul i)r)ur riKuiucui' du royaume ». Sortis du i)ort, le '.') août liJ5i). If's navires dieppois s'étaldirent en croisière entre Boulogne et Douvres, surveillant le passage des navires portant le ])avillon de Flandre. Le 11, plusieurs grands bâtiments, naviguant de conserve, furent aperçus dans le sud-ouest; c'était une flotte flamande, comj)renanl viugt-([uatre hourques, du port de quatre à cinq cents tonneaux. Ces bâtiments, (jui avaient tous des canons et un nombreux personnel, étaient très élevés au-dessus de l'eau. 11 était donc difficile de les aborder: d'autre part, les Dieppois, très inférieurs à leurs adversaires au point de vue de l'artillerie, ne pouvaient employer un autre mode de combat. Les Flamands, confiants dans leur force, accordèrent peu d'attention aux petits bâtiments (juils avaient devant eux. Les Dieppois jetèrent les grapjjins à bord des hourques flamandes et s'élancèrent h l'abordage. Le capitaine de la Pf/h/if, c'était le nom d'un des bâtiments français, se voyant, après la perte de la plus grande partie de son ('({uipage, hors d'étal de continuer la lutte, fit jeter sur le navire qu'il combattait, des lances à feu et des matières combustibles. L'incendie qui se déclara sur la houi'que flamande gagna le navire dieppois; celui-ci, malgré ses efforts, ne [jarvinl pas à se dégager. Le combat cessa et les navires des deux nations n'eurent d'aulrr but que de s'éloigner des navires embrasés. Trois navires diejjpois, pris entre les hourques flamandes, furent écrasés et coulèrent, avec leurs équipages; les autres bâtiments français réussirent à s'élever au vent, tandis que les hourques flamandes, plus lentes à niîuKeuvrer, restaient mêlées les unes aux autres. Douze navires flamands, à demi-consumés, disparurent dans les flots. Les Dieppois ne perdaient pas de vue le but
52 HISTOIRE DE LA MARINK FliANÇAISE
pour lequel ils nvaienl pris la uior; à peine dégagés, ils nttaquèi'cnt les hour(|ues flamandes (|ue Tincendie avait épargnées. Quelques-unes parvinrent à s'échapper; six tombèrent entre nos mains. La flottille française, ayant à la remorque les navires capturés, fit son entrée à Dieppe aux acclamations des habitanis. accourus sur le port, et au bruit des cloches et de lartiherie des remparts.
La guerre durait depuis plusieurs années. Charles- Quint, lassé de toutes choses, vieilli avant le temps, aspirait au repos du cloître. Ayant pris la résolution d'abdiquer, mais ne voulant pas transmettre le pouvoir à son successeur au milieu des difficultés d'une guerre avec la France, il conchil, en 1556, avec Henri II, la trêve de Vaucelles ({ui devait durer cin(| années. Après avoir remis l'empire à son frère Ferdinand et les royaumes d'Espagne et de Naples à son fils Philippe, Charles- Quint se retira au monastère de Saint-Just, en Estramadure, d'où il continua à exercer sur les affaires de l'empire une active surveillance. Il y mourut deux ans après. En 1557, Henri II rompit la trêve de Vaucelles; la guerre recommença avec l'Espagne et l'Angleterre pour adversaires. Au début de son règne, Henri II n'avait eu d'autre objectif que de rapprocher la France de ses frontières naturelles. En 1557, au lieu de concentrer toutes ses forces dans le Nord, il commit la faute d'en distraire une partie pour chasser les Espagnols de l'Italie et reconquérir le royaume de Naples. La perte de la bataille de Saint-Quentin, gagnée par Philibert-Ennnanuel, duc de Savoie, sur le connétal)l(^ tle Montmorency, fit rappeler les troupes ({ui com])attaient au delà des Alpes. Le duc de Guise rétablit l'honneur de nos armes, en remportani un succès éclatanl non sur les Espagnols, qui étaient retournés dans les Pays-Bas, mais sur leurs