‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 25 sur 137 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

alliés, les Anglais. En plein hiver, il arrive, par une marche rapide, devant Calais, regai'dé par rennemi comme étant à labi-i de toute attaque, et il s'en rend maître après huit jours de siège. La prise de cette ville qui effaçait le dernier souvenir de la domination étrangère sur notre sol, souleva, dans notre pays, un grand enthousiasme, et rendit le nom de Guise très populaire. Il y avait deux cent dix ans que Calais était entre les mains des Anglais. Un armement considérable, qui ne comptait pas moins de cent soixante navires, portant un corps de débarquement, sortit des ports de l'Angleterre et se dirigea sur nos côtes. Les troupes, mises à terre, prirent le Conquet qui fut incendié après avoir été livré au pillage. Les milices, rassemblées à la hâte, attaquèrent les Anglais et les obligèrent à se rembarquer après avoir subi de grandes pertes. L'expédition avait pour but de s'emparer du port de Brest; cette conquête eut compensé la perte de Calais qui avait été vivement ressentie par le peuple anglais. Le traité de Cambrésis, signé en 1559, donna à la France la ville de Calais et les trois évêchés, Metz, Tout et Verdun.

François II, monté sur le trône en 1559, mourut un an après: il n'y eut, sous son règne, aucune expédition maritime. Avec Charles IX commencent les guerres religieuses; les luttes sanglantes, engagées à l'intérieur, ne pouvaient être favorables au développement de la marine. En 1573, la Rochelle, révoltée, était assiégée par le duc d'Anjou. Le baron de la Garde ne put réunir, pour bloquer le port, que neuf petits bâtiments et six galères, montés par un personnel insuffisant. Quoique la faiblesse de la flottille, placée sous son commandement, l'obligeât à se tenir sous le canon des forts, construits sur la côte, il fut assez habile pour repousser une flotte anglaise venue pour ravitailler la Rochelle. En

1583, sous le règne de Henri 111, soixante navires, portant six mille soldats, prirent la mer pour soutenir, contre Philippe 111, les droits de don Antoine à la couronne de Portugal. Une rencontre eut lieu, dans les eaux des Açores, entre les bâtiments français et une flotte espagnole de force supérieure. iNous perdons huit bâtiments et deux mille hommes; les blessés et les prisonniers sont égorgés, et le commandant des troupes françaises, Léon Strozzi, tombé vivant entre les mains des Espagnols, est jeté à la mer.

Deux événements d'une grande importance, au point de vue politique et maritime, se passèrent, le premier, sous le règne de Charles IX, et le second, sous le règne d'Henri 111. En 1570, la Turquie, au mépris des traités existants, s'empara de l'ile de Chypre. Les troupes ottomanes massacrèrent la plus grande partie des habitants; ceux qu'elles épargnèrent furent emmenés en captivité. La nouvelle de la prise de Chypre et des actes de férocité commis par les Turcs soidevèrent en Europe l'indignation générale. Le pape, la répul)lique de Venise et le roi d'Espagne s'unirent pour combattre la puissance de la Turquie dans la Méditerranée. La flotte des alliés, comprenant soixante et onze galères espagnoles, neuf montées par les chevaliers de Malte, douze appartenant aux États pontificaux et cent vingt bâtiments vénitiens, formait un total de deux cent douze navires: elle fit voile, en 1571, pour l'archipel, sous le commandement supérieur de don Juan d'Autriche. A la hauteur de Lépanle, l'armée ottomane fut aperçue: celle-ci, placée sous les ordres du capitan pacha Muezzinzade- Aly, comptait deux cent soixante-quatre bâtiments. Le 7 octobre, le combat s'engagea. Les deux flottes étaient rangées sur une immense ligne de front, légèrement recourbée sur les ailes, en forme de croissant. Sept

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galôasses vonilifiincs, les plus forts liàlimenls de l'armée, étaieul placées au centre de la flotte coiifi'dérée, sur une seconde ligne endenlée avec la prcniiric. Le canon, (pi()i(|ue lartillerie de inci- eùl lail. à (('Kc ('poque, de grands progrès, joua un rôle peu inijjortant. Les deux armées se précipilèienl Tune sur l'autn; avec une véritable furie. Les Ottomans, complètement battus, perdirent trente mille liommes, tués, noyés, ou faits prisonniers; cent trente galères restèrent entre les mains des alliés et quatre-vingt-quatorze furent coul(;es ou incendiées. La journée de Lépante arracha quinze mille chrétiens à l'esclavage; les vainqueurs n'eurent à regretter que la perte de quinze galères et de huit mille hommes. La victoire de Lépante n'enleva pas à la Porte que des hommes et des vaisseaux, elle fit disparaître le prestige dont la marine ottomane était entourée depuis longues années. La Turquie eut encore de grandes flottes; on doit même ajouter qu'elle fil, Tannée suivante, un grand armement. Néanmoins, à partir de la défaite de Lépante, elle cessa d'exercer, dans la Méditerranée, une action prépondérante, et surtout dans le bassin ouest de cette mer. Pendant que la consternation régnait à Constanlinople, les populations chrétiennes des bords de la Méditerranée saluaient, par un long cri de joie, une victoire qui leur promettait un meilleur avenir et les vengeait de tant d'actes d'atrocités, meurtres, pillages, incendies, commis par les Musulmans.

L'Espagne, ayant des possessions en Italie, et occupant en outre plusieurs points sur la côte d'Afrique, était particulièrement intéressée à l'affaiblissement delà puissance maritime de la Turquie. Il lui restait, il est vrai, à défendre ses côtes ainsi que sa marine marchande contre les corsaires algériens toujours redoutables, mais cette exigence ne pouvait avoir la portée dune lutte avec

la marine d'un grand État. Le roi d'Espagne, apprenant que la reine Elisabeth s'était engagée, par un traité secret, à donner des secours d'hommes et d'argent aux provinces révoltées des Pays-Bas, en ressentit une profonde irritation ; d'autre part, Pliilippe II ne pouvait oublier les dévastations que Dralve avait commises en pleine paix, sur les côtes d'Amérique. Décidé à venger avec éclat les griefs qu'il avait contre l'Angleterre, il donna l'ordre d'armer une flotte assez puissante pour assurer le débarquement ^ d'une armée sur le sol de la Grande-Bretagne .

En 1588, cent cinquante-deux bâtiments étaient prêts à prendre la mer ; quelques-uns ne jaugeaient pas moins de douze cents tonneaux. Des dispositions avaient été prises, disent les mémoires de cette éporjue, pour que les équipages ne fussent pas atteints par les feux de mousqueterie. On avait appliqué, sur les œuvres mortes, des poutres épaisses qui les mettaient à l'abri du canon; enfin, les mâts étaient couverts de câbles et de cordages. Cette flotte, portant trois mille canons, étaitmontée par un personnel s'élevant à trente-deux mille hommes sur lesquels on ne comptait (jue huit mille matelots. Elle était placée sous .les ordres du duc de Medina-Geli ; le commandement des forces destinées à agir, aussitôt le débarquement effectué, était dévolu à Alexandre Farnèse. Ce célèbre général qui était à la tête de l'armée espagnole dans les Pays-Bas, devait tenir une partie de ses troupes prêtes à s'embarquer sur la flotte du duc de Medina-Celi. Lorsque les projets de Philippe II furent connus, les Anglais firent les plus grands efforts pour conjurer le danger qui les menaçait. Cent soixante bâtiments furent réunis ; dans ce nombre, ou ne comptait guère que trente-deux bâtiments de guerre, parmi lesquels on doit citer le Triumpk, de mille tonneaux, le

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Revenge et Y Arc-Royal, de huit cents tonneaux. Les autres navires étaient en)|)ruiil('s au conimerce: la ville de Londres avait arnio trente-huit navires à ses frais. L'élite des marins anglais montait cette flotte commandée par le grand amiral Howard, ayant, sous ses ordres, Drake, Forhisher. Hawkins. Les Hollandais, comprenant très bien (|ue leur cause était liée à celle de l'Angleterre, firent immédiatement des armements. Ils se considéraient comme n'ayant rien à craindre de la flotte espagnole dont les navires, par suite de leur grand tirant d'eau, ne pouvaient approcher de leurs côtes, mais ils redoutaient les entreprises du duc de Parme qui disposait d"un grand nombre de petits bâtiments. Sur les (juatre-vingt-dix navires dont se composait leur flotte, soixante fnrent destinés à garder leurs côtes ; les autres allèrent se joindre aux Anglais.

La flotte espagnole quitta Lisbonne le 1"" juin 1588; assaillie par un coup de vent, elle se rendit à la Corogne pour réparer ses avaries. Trois bâtiments avaient disparu pendant cette courte traversée. Le 19 juillet, le duc de Medina-Celi entra dans la Manche. Les Anglais se portèrent résolument au-devant des Es- |)agnols : décidés à ne pas liATcr de bataille rangée, ils harcelèrent cette flotte nombreuse, naviguant sans ordre, et lui enlevaient chaque jour des bâtiments. Le duc de Medina-Geli poursuivait sa route, n'ayant d'autre préoccupation que de rejoindre le duc de Parme ; arrivé dans le Pas-de-Calais, il mouilla sur la côte de France. Les Anglais ayant lancé des brûlots pendant la nuit, le désordre se mit dans la flotte espagnole ; des navires appareillèrent, d'autres coupèrent leurs cables et se jetèrent à la côte. Le lendemain, le duc de Medina-GeU étant parvenu à rallier ses bâtiments continua sa route. Attaquée à quelques jours de là au mouillage de Grave-

lines, la flotte espagnole éprouva de nouvelles pertes. Profondément découragé, désespérant, (juoiqu'il eût encore sous ses ordres des forces considérables, du succès de la mission qui lui était confiée, le duc deMedina- Geli n'eut plus d/îuitre pensée ([ue de ramener son armée en Espagne. Un coup de vent qui dura trois jours ajouta aux malheurs de sa flotte ; des bâtiments sombrèrentdans des abordages, d'autres perdirent leur mâture et allèrent se briser à la côte. Lorsque la fin du mauvais temps permit de faire route, les Espagnols se dirigèrent vers le nord, ils doublèrent les Orcades et entrèrent dans la mer d'Irlande. Rien ne montre mieux l'état d'esprit du duc de Medina-Celi que cette navigation faite, au mois de septembre, dans des parages difficiles, sans cartes et sans pilotes, dans le seul but d'éviter toute nouvelle rencontre avec les Anglais. La flotte du duc de Medina- Celi, lorsqu'elle atteignit Cadix, avait perdu, disent les historiens, dix mille hommes et trente-deux bâtiments pris, coulés ou jetés à la côte. Ces chiffres sont évidemment trop faibles. Les Anglais prétendent que de tous les navires composant l'armée du duc de Medina- Celi, quarante-six seulement arrivèrent en Espagne. Telle l'ut la fin d'une campagne entreprise aAec une flotte (|ue les Espagnols appelaient, avant même quelle eut prit la mer, l'hivincible Armada.

On rapporte (jue le roi d'Espagne, en apprenant le désastre subi par sa flotte, se contenta de dire : « Je l'avais envoyée combattre les Anglais, non les vents et les flots. » Philippe II se trompait. Sa flotte aA^ait été battue moins i)ar les éléments que par les hommes. Jusqu'au jour oLi le duc de Medina-Celi, désespérant du succès de la campagne, renonçait à rejoindre le duc de Parme, le mauvais tenq)S n'avait pas dépassé la limite de ce que les navires de cette époque pouvaient sup-

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porter. Le desastre maritime était voiiu pciidniit la retraite opérée dans des parages oii, la .saison s'aAauçant, on devait s'attendre à trouver des coups de vent. Or, la retraite était la conséquence de combats dans lesquels lesEspagnols avaientétéconstammcntmalheurcux. On voit, d'un coté, un matériel immense pré|)aré de longue main et. de l'autre, quebjues bâtiments nj)partenant à la reine, auxquels viennent se joindre de nombreux navires marchands transformés à la hâte en navires de guerre. Mais la flotte anglaise était montée par un personnel délite, ayant à sa tête des hommes comme Drake, Forbisher, Hawklns. C'est ce personnel d'élite et non le mauvais temps ({ui a vaincu les Espagnols. Ces événements datent de plusieurs siècles, néanmoins, il est utile de les rappeler parce qu'ils renferment une leçon applicable à tous les temps.

Philippe II, loin de se décourager, ordonna de faire les préparatifs d'une nouvelle expédition. L'Angleterre, qui avait pénétré le secret de la faiblesse de son adversaire, n'attendit pas que l'Espagne fut prête. Le grand amiral Howard se dirige vers Cadix avec une flotte comprenant quarante bâtiments de guerre et quatre-vingts navires de commerce. Il se présente devant Cadix, pénètre dans la rade et force laligne d'embossage. Un corps de débarquement, fort de trois mille deux cents hommes sous le commandement du comte d'Essex, s'empara de la ville et du château de Cadix. Le comte d'Essex voulait gardei' sa conquête, mais un Conseil de guerre, assemblé pour examiner cette question, ayant exprimé un avis contraire, les Anglais, après avoir pillé et détruit la ville, se rembarquèrent et piirent le large. A la mort d'Elisabeth, on comptait, dans les arsenaux anglais, quarante-deux bâtiments jaugeant dix-sept mille tonneaux et montés par huit mille cinq cents hommes.

matelots, soldats et canonniers. A la fin du xvi" siècle, l'AngleteiTe, prenant la place de l'Espagne, devenait la première puissance maritime de l'Europe.

Lorsque Henri III mourut en 1589, la guerre civile désolait la France. Henri de Béarn, déjà roi de Navarre, était l'hérilier de la couronne ; il dut, avant de monter sur le trône, battre les ligueurs soutenus par l'Espagne. Le traité de Vervins, signé en 1598, mit fin à la guerre avec cette puissance : l'Espagne nous rendit toutes les places qu'elle nous avait prises dans le nord, àrexception de Cambrai. Notre faiblesse, au point de vue maritime, était si grande, que le duc de Toscane n'avait pas craint, en plusieurs circonstances, de s'allier aux ennemis de la France. Les lies d'If et de Pomègue, situées à Tentrée du port de Marseille, étaient occupées par ses troupes. A un envoyé du roi de France f[ui lui faisait des observations sur sa conduite, il répondit : « Si votre maître avait eu quarante galères au port de Marseille, je me serais bien gardé d'agir comme je l'ai fait. » Les îles d'Hyères étaient dcA^enues le centre de croisière des corsaires barbaresques. Afin d'éviter ces parages, lesnaA'ires sortis de Marseille pour se rc^ndre dans un port italien, gagnaient le large, j)uis, revenant prendre connaissance de la terre vers Anlibes, ils prolongeaieni la cùlc jusqu'à Gênes. Cette route était la seule qui leur offrit (juelque sécurité, mais, non loin d'Antibes, de nouveaux obstacles se dressaient devant eux. Le duc de Savoie cou-

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