‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 30 sur 137 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

aux navires se livrant à la piraterie, mais le l'omède était souvent pire que le mal. Ces bâtiments, montés par dos aventuriers, se préoccupaient surtout de rentrer au port avec des prises, et il leur arrivait de capturer des navires étrangers faisant un commerce parfaitement licite. Lorsque ces faits se produisaient, et ils étaient fréquents, les représailles ne se faisaient pas attendre. La nation, dont les bâtiments iivaient été injustement capturés, saisissait les navires français qui se trouvaient chez elle, comme compensation du tort fait à son commerce. Les amirautés, recevant une part importante du produit des prises, n'apportaient pas une attention scrupuleuse dans le cboix des navires appelés à jouer le rôle de bâtiments de guerre; pour la même cause, elles ne soumettaient pas à un examen sévère les captures faites par ces bâtiments. Cette conduite constituait une sorte d'encouragement à la piraterie qui ne s'exerçait pas seulement sur des navires étrangers, mais souvent aussi sur les bâtiments français. Des ordonnances, rendues dans le but de réglementer le service des bâtiments commissionnés pour faire la chasse aux pirates, mettent en lumière la situation que nous venons d'indiquer. Emu par les plaintes qui s'élevaient de toute part, le pouvoir royal déclara, par un édit rendu en 1485, que seul désormais il délivrerait des lettres de représailles.

La France, dans ses rapports avec les puissances étrangères et notamment avec l'Angleterre, s'était efforcée d'arrêter ce qu'une ordonnance royale appelait c( les irréparables maux, meurtres et pilleries et cruels maléfices faits, chaque jour, sur mer », mais les stipulations, contenues dans les traités, n'étaient pas observées. Cette grave question ne pouvait être résolue par des conventions particulières ; il fallait arriver à un code,

reconnu et accepté par toutes les nations. Les hommes d'Etat, les philosophes et le commerce reconnaissaient hautement cette nécessité, mais il devait encore s'écouler quelque temps avant que cette idée put se réaliser. Toutefois, au commencement du xvii" siècle, on Aoit le mouvement se dessiner. Les Portugais aA^aient la prétention d'interdire aux autres peuples la navigation sur la côte occidentale d'Afrique et aux Indes orientales; d'autre part, les Espagnols voulaient se réserver le droit exclusif de na^nguer sur la mer découverte par Magellan. Enfin, le roi d'Angleterre, en vertu d'un droit de souveraineté que rien ne justifiait, apportait de continuelles entra A^-es à la navigation et surtout à l'exercice de la pèche dans les mers britanniques. Cet état de choses était particulièrement préjudiciable à la république des Pays-Bas, nation essentiellement maritime et commerçante. En 1G09, parut un livre, ayant pour titre Mare Libericm, dans lequel un Hollandais, dont le nom est resté célèbre, Grotius, se faisait le défenseur de la liberté des mers. Grotius était peut-être guidé par l'intérêt de son pays, mais la cause qu'il soutenait était juste et son Hatc eut, en Europe, un grand retentissement. La France, qui aA^ait, elle aussi, à se plaindre des procédés du Portugal, de l'Espagne et de l'Angleterre, fit à l'œuvre de l'écrivain hollandais l'accueil le plus favorable. Il n'en fut pas de même de l'autre côté du détroit. Les Anglais repoussaient, aA^ec non moins de A'igueur que la république des Provinces-Unies, les prétentions des Portugais et des Espagnols, mais, trop avisés pour iuA^oquer les motifs mis en aA^ant par Grotius, ils contestaient la légitimité des titres sur lesquels ces deux puissances basaient le droit de propriété qu'elles s'attribuaient. Le princi|)e de la libei'té des mers ne pouvait convenir à une nation qui prétendait avoir un droit de

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souveraineté sur toutes les mers qui baignent le littoral de la Grande-Bretagne jusqu'aux côtes des Etals voisins. Le jurisconsulte Selden l'ut chargé de réfuter l'écrivain hollandais; il devait, en outre, légitimer par des arguments d'apparence juridique, les prétentions de l'Angleterre. Selden, mettant beaucoup de talent au service d'une mauvaise cause, atteignit le douljle but assigné à ses efforts. Il fit paraître, en 1635, un livre intitulé Mdrc Clausum, dans lequel il disait, en terminant, que la mer aussi bien que la terre, pouvait être une propriété privée; ni la loi naturelle, ni le droit des gens, ajoutait l'auteur anglais, n'étaient en contradiction avec cette doctrine. Puis, du principe passant à l'application, il déclarait que le roi de la Grande-Bretagne avait un droit de souA^eraineté absolu sur les mers qui environnaient son empire. Les Anglais ne voulaient, en ce qui les concernait, faire aucune concession; d'autre part, ils étaient décidés à repousser les prétentions des Portugais et des Espagnols. Le livre de Selden leur donnait, dans les deux cas, l'apparence du droit.

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