LIVRE IV
capitaines et des équipages français. Nous avions introduit cette clîiusc dans la crainte que les Hollandais ne ])rissent parti, pendant la campap;ne, pour leurs coreligionnaires. Le roi Charles 1" consentit à fournir àLouisXIlIfjuclques navires ; ceux-ci reçurent des soldats français destinés à contenir les équipages qui manifesteraient liutention de ne pas se battre contre les Uochellois. Cette situation était aussi humiliante pour l'amour-propre national que dangereuse pour notre sécui'ité. Lesbàtiments hollandais et anglais, auxquels vinrent se joindre quelques navires armés à Port-Louis, formèrent une flotte qui fut placée sous les ordres de l'amiral de France, le duc de Montmorency. Celui-ci livra, le lo septembre 1625. un combat acharné à l'escadre des révoltés, que commandait Jean Guiton. Dix navires de la Rochelle tombèrent entre nos mains ; les autres, empêchés par la flotte royale de regagner le port de la Rochelle, se réfugièrent en Angleterre. L'île de Ré fut reprise aux insurgés. La nouvelle des succès remportés par le duc de Montmorency souleva un très vif mécontentement en Hollande et en Angleterre. A la suite de ce mouvement d'opinion, il ne fut plus possible de compter sur le concours des marines étrangères. La France, réduite à ses propres moyens, se trouva dans limpossibilité de maintenir le blocus de la Rochelle . Buckingham , le favori de Charles L^ était acquis aux révoltés, et ses efforts tendaient à amener une rupture entre son pays et le nôtre. Voulant précipiter les événements, il fit saisir, sans même invoquer un prétexte, plusieurs naAires de commerce français. Notre ambassadeur ayant fait entendre des plaintes très vives, Buckingham, qui ne se sentait pas soutenu par le Parlement, les fit relâcher. Un navire fut expédié à Calais avec des dépêches annonçant que satisfaction était donnée à la France; ce même naA^re, après l'accomplis-
78 HISTOIRE DE LA MAIilNE FRANÇAISE
scment de sa mission, revint en Angleterre ramenant trois bâtiments pris sur la rade de Calais. Buckingham, poursuivant ses projets, amena Charles 1" à donner des secours aux rebelles. La situation du royaume était pleine de péril, mais un grand politique sunànt et les difficultés furent aplanies.
En 1616, Richelieu, alors évô(iue de Luçon. avait été ajjpelé aux affaires ; disgracié en 1617, il était resté plusieurs années dans le diocèse d'Avignon. Après avoir servi d'intermédiaire entre la reine-mère et la Cour, il entra au Conseil en 1624. L'année suivante, devenu premier ministre, il se trouva en présence d'une nouvelle guerre religieuse soutenue par l'Angleterre. Pour rétablir la paix dans le royaume, il fallait enlever la Rochelle aux protestants. Or, pour prendre cette ville, il était nécessaire d'empêcher les Anglais, maîtres de la mer, de la secourir.
Richelieu résolut de donner à la France une flotte de guerre qui lui permît de prendre, parmi les nations maritimes, le rang que lui assignaient l'étendue de ses côtes et les ressources de son territoire. Les institutions de cette époque présentaient de sérieux obstacles à l'exécution de ce projet. Les affaires maritimes étaient placées sous la direction dun dignitaire qui portait le litre d "amiral de France. (]et amiral aAait de droit le commandement des armées navales et des ports. La nomination des officiers et des fonctionnaires serA^ant dans la marine lui appartenait. Avec cette organisation, l'unité de vues indispensable pour atteindre le but que poursuivait Richelieu, ne pouvait exister. Il était, en effet, difficile de croire que l'amiral consentirait à n'être que l'instrument docile des volontés du ministre. D'antre ])art, le pouvoir dont disposait ce personnage étciit un fuit absolument inconciliable avec les idées de
LIVKE IV 79
Richelieu en matièro de gouvernement. L'amiralat, dont le titulaire. Henri de Montmorency, reçut une indemnité de douze cent mille livres, fut supprimé en Hy2{]. Le roi créa la charge de grand maître chef et surintendant de la navigation et du commerce, et il la confia à Hichelieu. Celui qui occupait ce nouveau poste devait jouir, si ce n'est de tous les honneurs, au moins de tous les droits dévolus jusque-là à l'amiral de France. En conséquence, Richelieu se trouva en possession de l'autorité que réclamait l'exécution de ses desseins.
L'assemblée des Notables, réunie à Paris le 2 décembre 1626, demanda au roi, sur la proposition du cardinal, que l'Etat entretint, d'une manière permanente, quarante-cin(| bâtiments de guerre. Sans marine, fùt-il dit à cette occasion, on ne peut ni profiter de la paix, ni faire la guerre d'une manière avantageuse. Notre marine marchande aurait pu être florissante, mais quelle navigation pouvaient faire nos navires s'ils n'étaient pas protégés contre les Turcs, dans la Méditerranée, et contre les pirates sur les côtes de l'Océan : enfin, comment l'industrie de la grande pêche se serait-elle développée alors que les pêcheries de Terre-Neuve étaient inabordables. C'était donc tout d'abord à l'Etat de jouer le rôle de protecteur qui lui appartenait. Richelieu commanda aux consti-ucteurs les plus habiles de la Hollande dix bâtiments de guerre pour le compte du gouvernement français. La création de cent compagnies destinées, sous le titre de compagnies ordinaires de la marine, à faire le service sur les bâtiments de l'État, avait été décidée en 1622. Jusque-là. les soldats embarqués sur les flottes étaient pris dans les rangs de l'armée de terre. En 1627, les cent compagnies détachées furent supprimées et les hommes qui en faisaient partie formèrent un régiment qui prit le nom de régiment de la marine. Les compa-
gnies franches de 1622 elle régiment de la marine dans lequel elles vinrent se fondre, cinq ans après, sont les premières troupes de la marine dont l'existence ait été officiellement constatée. On remarquera qu'il ne s'agissait pas de troupes destinées h servir dans les ports ou dans les colonies, mais d'hommes appelés à former une fraction importante des équipages de la flotte de guerre.
En 1627, le roi vint, en personne, mettre le siège devant la Rochelle : il était accompagné de Richelieu qui avait l'intention ])ien arrêtée de réduire la cité rebelle, devenue l'alliée de l'étranger. Louis XIII, étant tombé malade, s'éloigna, laissant Richelieu chargé, avec le titre de lieutenant du roi, de la direction générale des opérations sur terre et sur mer que le siège devait entraîner. Les Anglais se décidèrent à intervenir. Le 7 juin 1627, Rucldngham quitta l'Angleterre avec quatre-vingt-dix bâtiments, portant un corps de débarquement d'environ dix mille hommes. A son arrivée devant File de Ré, trente bâtiments étaient restés en arrière ; il les attendit pendant quelques jours, ce qui nous permit d'organiser la défense. Lorsque toute sa flotte fut réunie, Ruckingham mit ses troupes à terre ; celles-ci parvinrent, malgré la résistance qui leur fut opposée, à refouler la garnison dans la ville de Saint-lNIarlin, devant laquelle elles mirent le siège. Thoiras, le gouverneur de l'Ile de Ré, était disposé à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, mais, ayant peu de vivres, la famine pouvait le contraindre à capituler. Le capitaine Vallin, avec seize barques, montées par des marins basques, traversa, de nuit, la flotte anglaise, apportant aux assiégés des vivres et des munitions ; cette opération terminée, il ])artit emmenant les malades et les blessés. Une seconde tentative, faite dans le même bul ])ar le capitaine^ Audouin, de l'île de Ré, lut ('gaiement couronnée de succès. Nous ne