LIVRE IV
scillc, Toulon et Aiilibes, furent spécialement chargés delà surveillance des côtes de Provence et.du Languedoc; il leur ('lait enjoiiil de donner la chasse aux Barbares» jues (jui n'avaient pas craint, tant l'impunité avait accru leur audace, de prendre les îles d'Hyères pour centre de ravitaillement. Des négociations furent entamées avec les pachas dAlger, de Tunis et du ^laroc, afin d'obtenir ([ue le pavillon de la France fût respecté par les bâtiments des trois régences. Des mesures furent prises pour assurer la sécurité des navires de commerce sur les côtes de l'Océan. Quoique rejetées au second plan par l'avènement des vaisseaux ronds, c'est ainsi qu'on appelait les navires à voiles, les galères jouaient encore un rôle important. Elles étaient dirigées par Pierre de Gondi qui portait le titre de général des galères ; cette qualité lui donnait le commandement des lies d'Hyères et la lieutenance générale du roi dans les mers du Levant. Richelieu obtint, moyennant une indemnité de cinq cent soixante mille livres, la cession de cette charge en faveur du fils dune de ses sœurs, le marquis du Pont de Courlay. Ce dernier exerça les fonctions de sa charge, en ce qui concernait la partie militaire: il commanda les galères lorsqu'elles furent envoyées à la mer, mais le cardinal garda, entre ses mains, la direction supérieure de ce service. C'était, d'ailleurs, le but qu'il s'était proposé, en confiant cet emploi à son neveu.
En 1635, la gueire éclata entre la France, alliée à la Hollande, et l'Espagne. Quarante bâtiments de guerre, ayant de huit à cinquante-deux canons, six brûlots et quatorze navires de charge, furent réunis, au mois de juin 1636, sur la rade de Belle-Ile. Cette flotte, dont l'armement représentait, de la part du cardinal et de ses agents, un effort considérable, était commandée par Henri de Lorraine, comte d'Harcourt. Ce dernier avait,
auprès de lui, comme conseiHtn*, Mgr d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, qui s'était distingué au siège de la Rochelle. Le capitaine du navire amiral, le commandeur Des Gouttes, vieil officier ayant une grande expérience de la mer, était, au point de vue ]mrement maritime, leAéritable chef de l'armée. Les instructions adressées au comte d'Harcourt lui prescrivaient de se rendre dans la INIéditerranée ; il devait s'entendre aA' ec le maréchal de Vitry, gouverneur de Provence, pour reprendre les îles de Lérins c[ue les Espagnols nous avaient enlevées l'année précédente. Le roi et son ministre tenaient particulièrement à l'exécution de ce projet. Après avoir endiarqué un corps de quatorze mille soldats, la flotte fit route vers le détroit. Dans les premiers jours d'août, le comte d'Harcourt rallia, aux îles d'Hyères, les galères du marquis du Pont de Gourlay et une escadre de bâtiments à voiles, commandée par le baron d'Allemagne. Il prit, conformément aux ordres de la Cour, le commandement en chef de nos forces natales. Par suite de contestations survenues entre le gouverneur de la Provence et le conde d'Harcourt, l'année se passa dans l'inaction. Le maréchal de Yitry avait laissé prendre les iles de Lérins par sa négligence. Le roi, se souvenaid peut-être de la journée du 24 avril 1617, et supposaid, d'autre part, que le marquis de Vitry ferait tous ses efforts pour réparer sa faute, s'était montré très indulgent. Dans nn Conseil de gucn^re, tenu an commencement de 1637, le man''chal, im'coiilent de trouver Mgr de Sourdis peu disposé à accepter ses avis, s'emporta au point de le frapper. Lorsque ces faits furent connus, le roi ajourna encore une fois les mesures de sévérité, mais le maréchal ayant continué, malgré les ordres formels de la Corn-, à vivre en mauvaise intelligence avec l'archevêque, perdit son