LIVRE IV
très vive impulsion. En se substituant à l'amiral de France sous le titre de grand maître chef et surintendant de la navigation et du commerce, le cardinal n'avait pas obéi à un sentiment d'ambition vulgaire. L'intérêt de la France, aux destinées de laquelle il présidait, avait été l'unique mobile de sa conduite. Lorsf[ue ce grand ministre mourut, son œuvre n'était pas achevée, mais dans l'organisation qu'il laissa derrière lui, il est facile de reconnaître les principes qui, plus tard, servirent de base aux institutions de Colbert,
Pendant les premières années de la régence d'Anne d'Autriche, la marine joua un rôle très honorable. Le duc de Brézé, à la tète de vingt-quatre bâtiments, rencontra les Espagnols le 9 août 1643, au large de Barcelone; il les attaqua et leur prit cinq bâtiments. Dans une seconde rencontre qui eut lieu le 3 septembre, l'ennemi subit de nouvelles pertes. Les Espagnols, très affailîlis par ces deux défaites, restèrent quelques années sans rien entreprendre sur mer. Dans le mois de juin 1646, le duc de Brézé croisait devant Orbitello pour couvrir le siège de cette place, du côté de la mer, avec quarante-cinq bâtiments parmi lesquels figuraient vingt galères et dix brûlots, lorsque l'ennemi fut signalé. L'amiral, don Francisco Diaz Pimienta, avait sous ses ordres vingt-cinq vaisseaux, trente galères et huit brûlots. Après un combat très vif, l'amiral espagnol, quoiqu'il eût l'avantage du nombre, nous abandonna le
champ de bataille. Le duc de Brézé, ayant trouvé dans ce combat une mort glorieuse, Mazarin lui donna pour successeur celui qui était le véritable chef de l'armée, le commandeur Des Gouttes. En 1647 et en 1653, les escadres françaises, sous le commandement du maréchal de la Meilleraye, du duc de Richelieu et du duc de Vendôme, appuyèrent avec succès les opérations des troupes françaises en Espagne et en Italie. Les troubles de la Fronde ruinèrent cette marine naissante. La charge de surintendant général de la navigation et du commerce, prise d'abord par la reine, à l'instigation de Mazarin ([ui n'osait la conserver, fut donnée en 1650 à la maison de Vendôme. La royauté se trouva de nouveau dépourvue de l'autorité nécessaire pour diriger les affaires de la marine. Dans nos ports, oii régnait l'abandon le plus complet, nous avions une trentaine de bâtiments parmi lesquels on ne comptait que trois vaisseaux de soixante à soixante-dix canons. Les arsenaux furent laissés dans le dénùment. les bâtiments à flot dépérirent et on n'entreprit aucune construction neuve. Le personnel, aussi négligé que le matériel, disparut ou fut détourné de sa destination. Lorsque l'autorité royale fut rétablie. Mazarin donna quelque att(Mition à la marine, dont les services lui étaient nécessaires pour combattre les Espagnols. Les tentatives faites à cette époque pour réorganiser nos forces navales, ne furent pas poussées avec une vigueur suffisante pour aboutir à un résultat sérieux.
Golbert, nommé intondant des finances en 1661, trouva le trésor vide et les revenus de plusieurs années dé])ensés à iaxance. fîràce à Tordre (pTil apiiorta dans l'organisation des services dont il était cliargé, Louis WV put, on 1662, donner cinq millions au l'oi d'Angleterre, Charles IL pour racheter Dunkerque. Des travaux furent immédiatement entrepris pour fortifier cette place et