‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 41 sur 137 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

canon. Après ètro restées en présence, dans la journée du 8 juin, les deux armées se séparèrent; RuWer rentra dans le Texel ef 1(^ duc d'York ramena ses bâtiments dans les ports dAngleterre. Avant do tenter les chances d'une nouvelle rencontre, les deux flottes avaient à subir d'importantes réparations.

Quelques écrivains ont prétendu que Louis AlV avait donné au vice-amiral d'Estrées l'ordre de ménager ses vaisseaux. S'il n'existe, à l'appui de cette assertion, d'autre preuve c[ue la conduite de notre escadre, l'histoire doit écarter cette accusation. Avec les vents soufflant du nord-est, Tarmée combinée ne pouvait se mettre en ligne, les amures à tribord, aussitôt après avoir appareOlé. La troisième escadre et ceux des bâtiments de la première, qui précédaient le Royal-Prince, pouvaient, à la condition toutefois que le voisinage de la terre le leur permit, se placer par un mouvement d'arrivée sur l'avant de ce vaisseau. Quant aux navires de la première escadre qui étaient en arrière du Royal- Prince et tous les vaisseaux de la deuxième, ceux-là avaient lobligation de s'élever au vent pour prendre leurs postes. Le vice-amiral d'Estrées prit les amures à bâbord avec l'intention de courir un bord au large, puis de ^ârer de bord pour rallier le duc d'York. L'ennemi ne lui laissa pas le temps d'exécuter cette manœuvre; il fut attaqué avant d'avoir changé d'amures; aussitôt l'affaire engagée, le comte d'Estrées n'eut plus la liberté de ses momements. Si les Hollandais ne le pressèrent pas davantage, ce n'est pas à lui ({u'il faut en demander compte. Nous ne trouvons jusqu'ici aucun fait donnant le droit d'affirmer que le commandant de notre escadre ait reçu l'ordre de ménager ses vaisseaux. D'autre part, les Français occupèrent, toute la journée, l'avant-garde hollandaise qui représentait le tiers de la IV 7

llolto des Etais généraux. En consé(iiience, chacune des trois escadres de l'année combinée coml)attil un nombre dennemis proportionné à sa force. Comment, dès lors, peut-on dire que nous aA^ons laissé écraser nos alliés. Faut-il examiner l'hypothèse d'une entente entre les gouvernemenls de France et de Hollande, par suite de laquelle l'amiral Bankaert ne nous aurait pas pressés très vivement f Gela ne semble pas très sérieux. Il eût fallu melire dans le secret, outre Louis XIV et le gouvernement hollandais, Kuyter, ses deux chefs d'escadre, d'Estrées et ses lieutenants. Duquesne et de Rabesnière-Treslebois. Enfin, croit-on que, sous quelque gouvernement que ce soit, on trouve beaucoup de généraux disposés à sacrifier leur honneur aux exigences de la politique.

Le comte d'Estrées écrivit au ministre que plusieurs capitaines n'avaient pas fait tout ce qui était en leur pouvoir pour s'approcher de l'ennemi : au nombre des officiers dont il se plaignait, se trouvait le lieutenantgénéral Duquesne. Dautre part, on apprit, à Paris, que des bruits malveillants pour notre marine circulaient en Angleterre. Des personnages politiques, ennemis de rolliance française, attaquaient avec beaucoup de vivacité le rôle joué par notre escadre. Celle-ci, disait-on, n'avait déployé aucune vigueur dans l'engagement qu'elle avait soutenu contre les Hollandais. Des bâtiments qui la composaient, les uns n'avaient pas tiré un cjBup de canon et les autres sétaient battus de très loin. On s'émut, à Versailles, de ces accusations et des explicalions furent demandées au conde d'Estrées. Le marquis de Croissy, (uidjassadeur de France à Londres, reçut l'oi'dre de prendre toutes les informations de nature à éclairer le roi sur la conduite des généraux i^l des capitaines de l'armée. L"and)assadeur se lendit à

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