‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 42 sur 137 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Chalham où élaicnt. mouillés nos vaisseaux. 11 ne larda pas à s'apercevoir qu'il était chargé d'une mission difficile. Les offiri<>rs étaient divisés en deux camps, les uns soulenaul dEslrées et les autres Duquesne. Les renseignements qu'il obtint furent tellement contradictoires qu'il ne parvint pas à discerner la vérité. Pour bien comprendre les divers incidents de la journée du 7 juin, en ce qui nous concerne, il faut appliquer à l'escadre française le raisonnement que nous avons fait plus haut pour l'armée combinée. En serrant le vent, bâbord amures, aussilôl après avoir levé l'ancre, les vaisseaux du comte d'Estri'cs étaient obligés, pour se mettre en ligne, de se former sur le Ikî liment le plus sous-venté, c'est-à-dire sur le Téméraire, chef de file de la première division. Les vents étant au nord-est, les vaisseaux prenant le plus près, les amures à bâbord, gouvernèrent à l'est-sud-est. On se rappelle cpie l'escadre était mouillée sur une ligne allant du nord au sud ; nous devons ajouter que la terre n'eût pas gêné la formation immédiate d'une ligne de bataille, les amures à bâbord, puisque la côte d'Angleterre, à la hauteur de SoutliAvood-bay, court au nord-est. Or, le Saint-Ph'dipye, portant le pavillon du commandant en chef, tint le vent. Les bâtiments, qui étaient dans le nord de ce vaisseau, pouvaient se placer dans ses eaux, en laissant porter, mais ceux qui étaient dans le sud étaient condamnés à rester sous le vent de la ligne jusqu'à ce qu'ils eussent assez gagné dans l'est pour prendre leurs postes. C'est ce qui explique que le corps de bataille de l'escadre française et surtout l'arrièregarde, cette dernière, commandée par le chef d'escadre de Rabesnières-Treslebois, prirent part immédiatement au combat, tandis que l'avant-garde, sous les ordres de Duquesne, n'arriva que dans l'après-midi sur le champ de bataille. Ce retard était la conséquence de la brusque

apparition des Hollandais et de la manœuvre du comte d'Estrées. Ce dernier se battit très bravement et il s'approcha de l'ennemi autant qu'il le put, mais sa conduite fut celle d'un capitaine et non d'un amiral. Au lieu de faciliter la formation de son escadre, il ne se préoccupa que de s'élever au vent. Le dissentiment, survenu entre Duquesne et d'Estrées, prit de telles proportions qu'on reconnut, à Paris, l'impossibilité de laisser ces deux officiers généraux en présence l'un de l'autre. Colbert, qui connaissait Duquesne, était bien couA^aincu qu'il avait fait son devoir, mais, d'autre part, le vice-amiral d'Estrées avait une très grande situation à la Cour ; de plus, son vaisseau s'était bien battu, et lui-même avait conquis les sympathies des officiers anglais. Le roi décida que Duquesne ne serait pas employé pendant la campagne de 1673. Nous nous sommes étendu sur l'affaire de SouthAvood-bay dans le double but de combattre une erreur historique et de montrer la marine française à l'œuvre, la première fois qu'elle parut sur un grand théâtre. Quoique le rôle de notre escadre, le 7 juin 1672. eût été très effacé, l'esprit reste frappé de l'importance des résultats obtenus par Colbert en quelques années. On se rend compte de la somme d'efforts que l'armement de ces trente vaisseaux et la composition de leurs étals-majors ont coûté au grand ministre.

En 1673, la mer du Nord fut le théâtre de nouveaux combats entre les alliés et les Hollandais. Les deux flottes ennemies se rencontrèrent, les 7 et 15 juin et le 21 août. Le 7 juin, l'escadre française qui formait, ce jour-là, le corps de bataille, montra une vigueur à laquelle les Anglais rendirent un public hommage : 1 affaire du 15 juin fut une simple canonnade, mais, le 21 noùl, on se battit très sérieusement. De nouvelles et on poMi'inil dire d'interminables discussions, s'élevè-

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rent à la fin de la campagne ; elles rappelaient celles de l'année précédente el n'avaient pas plus de portée. Le 21 août, il n'y avait eu aucun ensemble dans la manœuvre de la flotte anglo-française. Le prince Rupert, qui avait remplacé le duc d'York dans le commandement de l'armée, se plaignit de ses deux lieutenants, le contreamiral Spragge et le comte d'Estrées. Ces deux officiers généraux protestèrent très vivement contre les reproches qui leur étaient adressés, et ils accusèrent, à leur tour, le prince Rupert d'avoir manœuvré, avec sa propre escadre, sans se préoccuper des deux autres. Le comte d'Estrées eut, en outre, des démêlés avec ses propres officiers. Dans le rapport quïl envoya, à Paris, sur le combat du 21 août, il blâma avec une extrême sévérité la conduite du lieutenant^général, marquis de Martel, qui avait remplacé Duquesne dans le commandement de la première division de l'escadre. Moins heureux que son prédécesseur, le marquis de Martel ne se tira pas d'affaire par la perte de son commandement, il fut mis à la Bastille où il resta jusqu'au mois de février de l'année suivante. Une enquête, sur le combat du 21 août, faite par M. de Seuil, intendant de la marine à Brest, n'aboutit à aucun résultat. C'était là Técueil bien naturel de ces sortes dinformations n"ayant d'autre base que des conversations particulières ou des interrogatoires officieux. D'autre part, à quel juge compétent fallait-il soumettre la conduite du commandant en chef et les contestations survenues entre lui et ses lieutenants? Non seulement le vice-amiral d'Estrées navait pas, en dehors du ministre, de supérieur dans la marine, mais il n'avait pas d'égal. Derrière lui venaient deux lieutenants-généraux, Duquesne et le marquis de Martel; or, le premier était en disgrâce et le second à la Bastille. Colbert n'avait pas, à sa disposition, de moyens régu-

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liers d'informations ; il devait tout voir et tout juger. Ces considérations montrent r('tendue de la tùche que ce grand ministre s'était imposée, et le mérite quil eut à la remplir : elles nous permettent, d'autre part, de dire que les rapports des intendants, lorsqu'ils ont trait h des sujets purement maritimes, nont aucune autorité. De l'étude des batailles livrées aux Hollandais par les alliés, en 1672 et 1673, il ressort que, dans la flotte anglaise comme dans la nôtre, le personnel supérieur n'est pas à la hauteur de ses fonctions ; il y a, sans nul doute, des exceptions, mais elles sont peu nombreuses. La formation de combat, qu'elle soit indiquée à l'avance ou signalée après l'appareillage, n'est l'objet, de la part des amiraux et des capitaines, d'aucune attention, et l'armée arrive en désordre devant l'ennemi. Le commandant en chef ne dirige pas plus ses trois escadres qu'il no dirige le corps de bataille, placé sous son commandement direct ; il en est de même des officiers généraux commandant la deuxième et la troisième escadre. Une fois le combat engagé, les amiraux, qui tiennent à donner l'exemple, n'ont d'autre préoccupation que de se bien battre ; ils se hâtent de mener au feu h; bâtiment sur lequel flotte leur pavillon, mais ils ne font rien pour faciliter la manœuvre des vaisseaux qui doivent être en ligne avec leur propre navire. Le système des signaux, alors très imparfait, rend, d'ailleurs, difficile la transmission des ordres. Chaque capitaine, se trouvant livré à hii-inéme et n'ayant qu'une connaissance très faible des manœuvres qu'il a le devoir d'exécuter, agit suivant ses propres inspirations. Ce n'est plus un comljat. mais une mêlée dans la([uclle on voit des vaisseaux changer non seulement de poste, mais d'escadre. Cet état de choses n'a rien qui puisse surprendre. Des amiraux et des capitaines ('xp(''rimontés aniviient difficilemeid main-

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tonii. (M\ bon ordre, des flottes aussi uonibrciiscs. Or, qui, à cette (époque, est ai)pelé h les diriger ; laissons de côt(^ les Anglais et ne eonsidérons que notre flotte. Son chef, le comte d'Estrées, est un ancien liculenant-jrtMK'i-nl. ayant abandonné l'armée de terre pour la marine : nommé vice-aniind du Ptnunit. à son retour d'une campagne en Amérique, il avait (Hé mis, après quelques années de service, à la tète d'une escadre comptant près de trente vaisseaux. Quelle action personnelle pouvait-il exercer sur la manœuvre de son armée, aucune évidemment. Le comte d'Estrées était brave, audacieux, mais ces qualités ne pouvaient suffire pour le rôle qu'il avait à jouer ; c'était donc quelque subalterne, n'ayant pas de responsabilité, qui donnait des ordres par la voix du commandant en chef. L'avant-garde et l'arrièregarde étaient bien commandées, le 7 juin 1672, mais, après cette affaire, l'escadre se trouva privée des services du lieutenant-général Duquesne et du chef d'escadre de Rabesnièrc-Treslebois. Ce dernier était mort des suites d'une blessure reçue au combat de Southwood-bay : il jouissait d'une excellente réputation au point de vue de la capacité professionnelle et de la bravoure. Il y avait, parmi les capitaines, des officiers de la plus grande distinction, comme Forant, Tourville, Gabaret et quelques autres, mais la plupart de ceux qui commandaient les vaisseaux, entrés récemment dans la marine, n'avaient pas l'expérience nécessaire pour bien remplir leurs fonctions. Cette situation touchait à sa fin; le temps n'était pas éloigné où la marine française compterait, dans ses rangs, un grand nombre d'officiers généraux capables et de capitaines expérimentés. Inférieurs, au point de vue du nombre, ayant, en général, des vaisseaux plus petits que ceux des alliés et tenant moins bien le vent, par suite de leur construction, les Hollan-

dais avaient repoussé, et quelquefois avec avantage, les attaques de l'armée combinée. L'incomparable habileté de Ruyter avait eu, sans nul doute, une grande part dans ce résultat, mais on doit signaler, en outre, l'entente existant entre le commandant en chef et ses lieutenants. Ceux-ci, ayant sans cesse présent à l'esprit le but poursuivi, font tous leurs efforts pour l'atteindre ; il y a unité de vue entre Ruyter et les officiers généraux qui commandent lavant-garde et l'arrière-garde. Ces derniers, h leur tour, impriment aux bâtiments placés sous leurs ordres, une direction fidèlement suivie, toutes les fois que les circonstances le permettent. En résumé, la flotte hollandaise présentait plus de cohésion et était mieux manœuvrée que celle des alliés. Quoique les résultats des combats, livrés aux Hollandais pendant le cours des années 1672 et 1673, eussent été indécis, Ruyter, par le fait même qu'il était parvenu à tenir tète aux forces navales de la France et de l'Angleterre, avait rendu impossiltle toute tentative de déJjarquement sur les côtes de la Hollande, ce qui eût amené la ruine totale de la république, résultat qui faisait le plus grand honneur à la marine des Provinces-Unies. Les ennemis de l'alliance française l'ayant emporté dans les Conseils de Charles II, le traité de Westminster, signé le 16 février 1674, mit fin à la guerre entre la Hollande et l'Angleterre. Cette dernière puissance profita de cette circonstance pour affirmer ses prétentions. Son pavillon devait être salué par les navires hollandais dans toute l'étendue des mers environnant les lies britanniques. La France restait en guerre avec la Hollande, à laquelle vint se joindre l'Espagne. En 1674, les Hollandais firent, mais sans succès, tiuelques incursions sur nos côtes. Ruyter, env<n'(' <1juis 1(>s Anlilh^s, tenta de s'emparer de la Martinique, mais il fut repoussé.

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