‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 43 sur 137 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Expédition de Sicile. — Coinijat du 10 lévrier 1675. — Affaires de Barletta et de Reggio. — Prise d'Agosta. — Départ de Duquosne pour Toulon. — Arrivée en Sicile d'une escadre hollandaise commandée |iar Riiyter. — (-ombats de Stromboli et d'Agosta. — Mort do Ruyter.

— La (lotte hispano-hollandaise est battue devant Palerme. — Les Français évacuent la Sicile. — Un vaisseau espagnol est brûlé dans le port de Barcelone. — Combats livrés par le cliof d'escadre de Ghâteaurenault. — D'Estrées reprend au.x Hollandais Cayenne et Tabago.

— Naufrage de l'escadre sur les îles d'Avès. — Traité de paix de Nimègue.

La Sicile supportait impatiemment le joug de TEspagne. En 1673, les Messinois révoltés demandèrent à Louis XIV des secours et surtout des vivres ; bloqués par les Espagnols, ils étaient menacés de la famine. Six vaisseaux, sous les ordres du chef d'escadre de Valbelle, entrèrent dans le port de Messine avec quelques navires chargés de blé. Le chef d'escadre de Yalbelle, revenu à Toulon, prit la mer, le 18 décembre 1674, escortant un nouveau convoi. Le l"" janvier, à l'entrée du détroit de Messine, il aperçut une escadre espagnole, comprenant vingt vaisseaux et des galères. Après être resté vingt-quatre heures en observation, l'ennemi ne faisant aucune manœuvre qui indicpiàt l'intention de l'attaquer, le chef d'escadre de Valbelle fit route, dans la nuit du 2 au 3 janvier, et il mouilla à Messine avec son convoi.

lOG HISTOIRE DK LA MARINE 1-RANÇAISF,

Le duc do Vivonnc, nommé vice-roi de Sicile, pailil de ïoiikm, le 10 janvier 1675, avec neuf vaisseaux el des transports sur lesquels des troupes et des vivres étaient embarqués. L'escadre se trouvait, le 10 février, entre les îles Lipari et Stromboli, lorsque des Abolies furent aperçues. C'était la flotte espagnole, forte de dix-neuf vaisseaux et de dix-neuf galères, qui gouvernait sur la nôtre. Quoique la partie semblât fort inégale, nos vaisseaux se préparèrent à combattre. Le duc de Vivonne, chef de l'armée, était au centre, le lieutenant-général Duquesne commandait l'avant-garde, et le chef d'escadre Preuilly d'Humières l'arrière-garde. L'effort principal de l'ennemi se porta sur notre avant-garde, qui se défendit avec une extrême vigueur. Le combat se poursuivait sans désavantage pour les Français, malgré leur infériorité numérique, lorsque les six vaisseaux du chef d'escadre de Valbelle furent signalés. Les Espagnols se couvrirent alors de voiles et s'éloignèrent. Le lieutenant-général Duquesne, sans attendre les ordres du commandant en chef, poursuivit l'ennemi avec sa division, à laquelle vinrent se joindre denx des vaisseaux sortis de Messine. Après une canonnade qui dura quelques heures. Duquesne, rappelé par le duc de Vivonne, rallia l'escadre avec un vaisseau de quarante-f[uatre canons, la Mudona del popolo. Le lendemain 12 février, le duc de Vivonne mouilla dans le port de Messine.

Au mois de mars, trois vaisseaux venant de Toulon, sous les ordres du lieutenant-général dAlmeiras, rallièrent notre escadre. Ayant reçu ce renfort, le duc de Vivonne mit son i)avil]on sur le Sceptre et il prit la mer avec rinl(Mition de brûler l'escadre espagnole dans le [)oi't de Naples, oti elle s'était retirée après le combat du 11 février. Abandonnant son projet, avant même d'avoir vu 1(> poil de Naples, le duc revint l\ Messine.

LIVRK V 107

Le capitaine do vaisseau do Tourvillo, ocrivaiil à M. de Seigncltty, disait a ce sujet : « Je crois que M. do V'^ivonne vous aura l'ait savoir le lionliour qu'il oui de trouvor, pondant un ralnio. plusiours banjuos cliargôos de blo, sans ([uoi les nniimures des Messinois auraient été grands. » Doux vaisseaux, la Sirhie et le Téméraire , capitaines de Tourvillo et de Léry, furent envoyés dans l'Adriatique pour s'opposer au passage des troupes allemandes qui devaient s'embarquer à Trieste pour se rendre en Italie et de là gagner la Sicile. Les deux capitaines apprirent que les Allemands, débarqués à Pescara, au sud d'Ancône, avaient été mis à terre au nord du Phare. Los trois navires qui les avaient transportés étaient mouillés, sous le canon dun fort, dans le port de Barletta, situé dans le golfe de Manfredonia. Les capitaines de Tourvillo et de Léry résolurent de les attaquer. S'approchant do Barletta pendant la nuit, ils mouillèrent, au point du jour, à demi portée de canon de ces bâtiments, comprenant un vaisseau vénitien de cinquante et doux frégates espagnoles. Après une vigoureuse canonnade, quatre embarcations commandées par M. de Coëtlogon, abordèrent, sous le feu du fort et des navires ennemis, le vaisseau vénitien et l'enlevèrent rapidement. M. do Coëtlogon se dirigea alors sur une frégate espagnole, coupa ses amarres et l'emmena au large. Le troisième na^^re fut pris et brûlé pendant la nuit. Cette affaire, conduite avec autant d'habileté que lie vigueur, faisait le plus grand honneur aux capitaines de la Sirène et du Téméraire, à M. de Coëtlogon et à plusieurs officiers, parmi lesquels on doit citer, comme s'étant particulièrement distingués, MM. dos Gouttes et de Sillery. Les deux vaisseaux et les prises faites à Barletta étaient arrivés à Messine, lorsque l'on apprit que la frégate la Gracieuse, capitaine de Gossonville,

entraînée sous Reggio par les courants, avait été capturée, étant en calme, par des galères espagnoles, après une défense opiniâtre. La Sirèfie, le Téméraire et un brûlot que commandait le capitaine Scrpant, prirent la mer, le 27 juillet, faisant route sur Reggio. La Sirme et le Téméraire en panne, à petite portée de canon, ouvrirent le feu sur les forts pendant que le capitaine Serpant se dirigeait sur la frégate, accompagné par des chaloupes commandées par MM. de Coëtlogon, des Gouttes et de Sillery. La Gracieuse, abordée par le brûlot, ne tarda pas à être en feu ; l'incendie, favorisé par le A'cnt du large, atteignit une quinzaine de navires, puis une poudrière qui, en faisant explosion, démolit une partie des remparts et mit le feu à plusieurs maisons. Lorsque la division française s'éloigna pour rentrer à Messine, la ville était en flammes. Parmi les entreprises particulières, faites aAX'c un petit nombre de btUiments, on en citerait peu ayant été plus brillamment conduites que les deux expéditions dont nous venons de faire le récit. Le 17 août, l'escadre française pénétra, de vive force, dans le port d'Agosta ; après avoir éteint les feux des batteries qui défendaient l'accès de la rade, elle tlébarqua le corps expéditionnaire qui s'empara de la ville. Au mois d'octobre, Duquesne fut envoyé en France, avec vingt vaisseaux, pour y prendre des troupes, des vivres et du nudéiiel. Peu après son départ, quinze vaisseaux espagnols et neuf galères vinrent mouiller sur la côte de Galabre. Le lieutenant-général d'Almeiras sortit, avec huit vaisseaux, se dirigeant sur l'ennenii. Les Espagnols ne l'attendirent pas : ils mirent sous voiles, passèrent le phare et firent route sur Melazzo, suivis |)ar notre escadre. Pendant cette chasse, trois de nos vaisseaux, (|U()i(|ue tous eussent des pilotes du |)ays, touchèrent ; deux furent promptement remis

Page 1