LIVRE V
à flot, mais il fallut do grands efforts pour déscchouer le Magnifique que montait le comma;idant en chef. Aussitôt que son vaisseau fut en état de naviguer, le lieutenant-général d'Almeiras continua sa route et parut devant Melazzo, oii s'était retirée l'escadre espagnole; voyant que celle-ci n'était pas disposée à sortir pour le combattre, il revint à Messine.
Les Hollandais, en A^ertu d'une des clauses du traité qui les liait à l'Espagne, étaient obligés de Acnir en aide, sur mer, à cette puissance. En conséquence, Ruyter avait été envoyé sur les côtes de Sicile avec une escadre qui devait se joindre aux forces naA^ales destinées, par la Cour de Madrid, à combattre les Français et ramener File à l'obéissance. Le 2 janvier 1076, Ruyter appareilla de Melazzo avec dix-huit vaisseaux, six brûlots et neuf galères espagnoles, pour se porter au-devant de l'escadre que commandait Duquesne. Il se proposait de la combattre avant qu'elle eût opéré sa jonction avec dix vaisseaux restés en Sicile. Le 7 janvier, les deux armées se trouvèrent en présence, non loin des lies Stromboli et Salini. Ruyter avait dix-huit vaisseaux et neuf galères, et le lieutenant-général Duquesne A'ingt vaisseaux. Les Hollandais, qui étaient au vent, ne jugèrent pas à propos de nous attaquer. Pendant la nuit, Duquesne, profitant habilement des variations qui se produisirent dans la brise, se trouva, le lendemain 8 janvier, au vent des Hollandais. Les deux escadres, courant les amures à tribord, avec des vents d'ouest, les Français laissèrent porter, en bon ordre, sur l'ennemi. Vers dix heures, le combat était engagé sur toute la ligne. Notre aA'antgarde était commandée par le chef d'escadre Preuilly d'Humières, et l'arrière-garde par le chef d'escadre Gabaret. Duquesne, avec l'avant-garde et le corps de bataille, pressait l'ennemi qui pliait à mesure que nous
rapprochions. Notre troisième escadre n'imitant pas la manœuvre du commandant en chef, il A'inl un moment où l'arrière-garde hollandaise se trouva dans les eaux de la ligne formée par notre avant-garde et le corps de hataille. Un officier, envoyé par Duquesne, transmit au chef d'escadre Gabaret Tordre de suivre le mouvement des deux escadres qui précédaient celle qu'il commandait. Le dernier vaisseau du centre de notre armée, un moment compromis, fut promptement dégagé. Le calme qui survint empocha les Français de profiter de leurs avantages ; l'arrière-garde hollandaise ne put être entourée. Le feu cessa à la chute du jour. Le calme continuant, les galères espagnoles prireiit à la remorque les vaisseaux hollandais les plus maltraités. Le combat avait été rude, et, dans les deux escadres, il y avait des navires gravement avariés. Le vaisseau hollandais le Frêne, coula peu de joui*s après l'affaire du. 8 janvier. Notre escadr© comptait (luatre cents hommes hors de combat. Le capitaine de vaisseau Yilleneuve-Ferrières, et les capitaines de brûlot de Beauvoisis et de la Galissonnièrc avaient été tués ; Duquesne, les chefs d'escadre de Valbelle et Gabaret et le capitame de vaisseau de Cou étaient au nombre des blessés.
L'escadre française avait obtenu un avantage qui ne pouvait lui être contesté. La flotte hollandaise s'était dérolx'c, montrant ainsi ([u'elle ne pouvait atteindre le but pour lc([uel elle avait j)ris la mer. La route de Messine était ouverte et toute liberté était donnée à notre escadre de faire sa jonction avec les dix vaisseaux du lieutenant-général dAlmeiras; cette jonction fut opérée, le 10, à la vue des Hollandais qui, par suite d'un changement dans la brise, avaient sur nous l'avantage du venl. Ainsi, les l^^rançais, sous les ordres de DiKpiesne, avaient battu les liollaiulais connnandés par Uuyter.