LIVRE V
Or, la Hollande clail con.sidérée, à celle époque, comme la |H"cmi«'rç |)uissaii((' iiiarilinic de riuir(>[)e. !si Duquesne élait sorti vainqueur de la rencontre du S jauvier, ce n'était pas seulement à sa conduite, le jour du combat, qu'il le devait, mais aussi à ratteution soutenue avec laquelle il dirigeait l'instruction de l'escadre. D'un caractère très ferme, ayant une grande habitude du commandement et doué de dispositions naturelles pour l'exercer, il exigeait, de la part des capitaines, une application constante à leurs devoirs. Veillant, avec un soin particulier, à ce que les vaisseaux tinssent exactement leurs postes dans toutes les circonstances de la navigation, il ne craignait pas d'adresser de justes reproches aux capitaines qui les méritaient. Duquesne savait fort bien que, le jour oii on se battrait, la. bonne volonté, le zèle et la bravoure ne suffiraient pas. si l'instruction ne venait pas se joindre à ces qualitc's. Quelques capitaines manquaient encore de l'expérience nécessaire pour commander des vaisseaux. Ce qui s'était passé à l'arrièregarde, le 8 janvier, en était la preuve. Par suite d'abordages et de fausses manœuvres, cette escadre n'avait pris, pendant une partie de la journée, qu'une très faible part au combat. Duquesne cita, avec éloges, le chef d'escadre de Yalbelle, les capitaines . de vaisseau de Tourville, de Langeron, de Cou et de Léry. Le commandant en chef ne fit pas connaître au ministre les noms des capitaines dont il avait à se plaindre, mais il prévint ces derniers que « au premier défaut de conduite et de manœuvre, il mettrait, à l'instant, un autre commandaid à la place du délinquant ». En même temps que le lieutenant-général d'Almeiras opérait sa jonction avec notre escadre, huit vaisseaux espagnols ralliaient les Hollandais. Le prince de Montesarchio. qui avait pris le commandement de l'armée combinée, se maintint à
grande distance de notre escadre, quoiqu'il fut au vent, et, par conséquent, en position de nous attaquer. Le 1 1 , un coup de A'ent d'ouest, très violent, sépara les deux armées. Les alliés se rendirent à Palerme, et les Français, après être restés quelques jours en croisière, attendaut l'ennemi, se dirigèrent sur Messine, oii ils entrèrent, le 22 janvier, aux acclamations des habitants. Deux vaisseaux, V Apollon et le Joli, appartenant à l'arrière-garde, s'étaient fait de graves avaries en s'abordant pendant une manœuATe, et tous deux avaient quitté l'armée. Quelques jours après cet événement, V Apollon rallia Messine où le Joli n'arriva que le 27 janvier. En rendant compte de cet incident, Duquesne écrivit à Colbert : « Je vous avouerai ici, Monseigneur, que les officiers et capitaines qui n'ont servi qu'es mers du Levant, ne sont pas intelligents à Tobservation des ordres de marche et de bataille, comme il se doit, faute de l'avoir exercée et même, pour n'avoir pas cette expérience, ils ont peine de l'approuver, ce que nous reconnaissons être aux Hollandais l'avantage quils ont sur nous de naviguer presque de tous temps, notamment en présence de l'ennemi, jour et nuit en bataille: aussi ils évitent les abordages entre eux. ce à quoi l'on est trop sujet parmi les vaisseaux du roi. » Duquesne ajoutait qu'il userait d'une juste sévérité à l'égard des capitaines « qui ne seraient pas attentifs à l'observation des ordres de marche et de bataille ». L'armée hollandaise, après s'être réparée à Naples, revint à Palerme. Les alliés, ayant résolu d'attaquer Messine par terre et par mer, la flotte hispano-batave, commandée par le vice-amiral don Francisco Freire de la Cerda, prit la mer. Le duc de Yivonne conservait nos vaisseaux dans le port de Messine où il jugeait leur présence nécessaire: comprenant cependant qu'il ne pouvait laisser l'ennemi li])re d'arrêter les convois attendus