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de Toulon, il piil la drlc^rmination d'appareiller. Le duc de Vivonnc avait mis son pavillon sur le Sa'pire, que commandait de Tourville, et il était de sa personne sur ce vaisseau, lorsque les Messinois, informés de son prochain départ, envoyèrent, à son bord, une députation chargée de lui demander, avec les plus vives instances, de ne pas (piitter la ville. Le duc, cédant, peut-être sans difficulté, à ces pressantes sollicitations, regagna la terre, déléguant, à la très grande satisfaction des officiers de l'escadre, ses pouvoirs au lieutenant-général Duquesne.
Le 22 avril, les deux armées se trouvèrent en présence. Le lieutenant-général d'Almeiras commandait Tavant-garde et le chef d'escadre Cabaret l'arrière-garde. L'armée française comprenait trente vaisseaux, et deux brûlots étaient attachés à chacune des trois escadres. Les ennemis avaient vingt-sept vaisseaux, neuf galères /ît des brûlots. L'amiral don Francisco Freire de la Gerda était au centre de son armée ; Ruy ter commandait l'avantgarde et le vice-amiral Haën l'arrière-garde. La brise était failDle, Aariable, et il était quatre heures lorsque les deux flottes se trouvèrent en position d'engager le combat. L'ennemi était au vent de notre escadre. L'avant-garde, sous Ruyter, laissa porter et vint se placer à petite distance de notre deuxième escadre avec laquelle il engagea un combat très vif. L'amiral espagnol, loin de suivre le mouvement de son avant-garde, tint le vent et échangea, avec nos bâtiments, une canonnade à longue portée. Le vice-amiral hollandais Haën, commandant l'arrière-garde, se trouva, quel que fût son désir de combattre, dans l'obligation de se maintenir dans les eaux du commandant en chef. Quatre Aaisseaux démâtés, appartenant à lavant-garde, furent pris à la remorque par les galères espagnoles. Os vais-
m HISTOIRE DE l,A MARINE FRAM.AISE
seaux occupaient, dans la ligne do bataille, un poste qui les plaçait très près du Itàtiment monté parRuyter. « Cet amiral, dit Du(|uesne dans son rapport, se trompa alors peu accompagn(': il fui contraint de mettre lèvent sur ses voiles, pour donner lieu aux vaisseaux qui étaient derrière lui, de le rejoindre, en sorl(; quil tomba en travers du Saint-Esprit^ qui était entre le Sceptre et le Sai}it-Michel, desfjuels vaisseaux il essuya un si grand feu qu'il fut obligé de virer de bord à la faveur de la grande fumée que causaient les canonnades de part et d'autre, et même de l'obscurilé de la nuit qui s'approcliait, sans (juoi il y aurait sans doute demeuré, et l'on entendra dire, quek[ue jour, que jamais vaisseaux ne se sont retirés en si mauvais étal. » Le commandant en clief de l'armée combinée, ])renant enfin la détermination de venir en aide à son avant-garde, se rapprocha de la ligne française. Ln combat très vif s'engagea aloi-s entre l'arrière-garde hollandaise et la nôtre, mais la journée s'avançait, et, lorscpic la nuit fut Avenue, le feu cessa. L'armée hispano-batave se dirigea sur Syracuse, les galères espagnoles ayant à la remorque les vaisseaux qui avaient subi les plus grands dommages. On doit reconnaître que les galères espagnoles jouèrent un rôle extrêmement utile ; sans leur concours, cinq ou six vaisseaux, appartenant à lavant-garde, seraient, selon toute probabilité, restés entre nos mains. Lelieutenanl-général d'Almeiras, les capitaines de vaisseau de ïandjonneau et de Cou étaient au nombre des morts, Ruy ter était grièvement blessé. Le 2ii avril, l'escadre française jxniit devant Syracuse, mais lamii'al espagnol ne fit aucun mouvement. I)ii(|nesne se monli'a de nouveau devantcelte ville, le 29: c'était un jour de deuil pimr les nlli(^s el surl^mt pour les Hollandais : l'uiyler. cet illnslre amiral, venait de moiiiir des suites de la Ijlessurc ([u'il avail reçue au
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CDiuliiil (lA^MjsUi. lUiyler avait soixaiid'-di.v ;ins. Son corps fui rapporlô en ITollanrlo el IiiIiuuk'', en grniide pompe, à Rotterdam. Louis XIV ordonna que tous les bâtiments de la marine i'raneaise. en vue desquels passerait le navire portant les dépouilles de ce grand homme, salueraioid du canon. Les Hollandais et quelques officiers espagnols se plaignirent hautement de la conduite de lamiral don Francisco Freire de la Ccrda dans la journée du 22 avi'il. Quoique celui-ci eût écrit à Madrid cpii' l'armée comhinée avait bîittu les Français, la vérité arriva jusqu'au souverain, et l'amiral don Diego de lijarra fut a[)pelé au commandement en chef de hi flotte. Don Francisco Freire de la Gerda ne voulut pas quitter l'armée : il resta sur le vaisseau amiral comme volontaire, montrant ainsi que, s'il était un médiocre général, il avait l'àme d'un soldat. Notre escadre, après quelques jours passés dans le port d'Agosta. reçut du duc de Vivonne l'ordre de revenir à Messine.
Le 22 avril, lescadre française avait bien manœuvré et s'était bravement battue : on ne pouvait lui demander davantage. Le commandant en chef, après avoir fait connaître au ministre toute la satisfaction (ju'il éprouvait, cita, avec des éloges particvdiers. d'abord les morts dont nous aA'ons déjà donné les noms, puis le capitaine devaisseau de Gogolin. qui était au nombre des blessés, et les capitaines de vaisseau de Léry, de Langeron, de Beaulieu et de Lafayette. Duquesne appela également l'attention du ministre sur la bravoure et l'habileté des chefs descadre Preuilly d'Humières, de Yalbelle et de Tourville, et du capitaine de vaisseau Saint-Aubin d'Amfreville. Le chef d'escadre Cabaret et plusieurs capitaines navaient pas été l'objet dune mention spéciale ; ceux-là formèrent un parti de mécontents auquel
vinrent se joindre quelques bons officiers, en tète desquels le commandant en chef plaçait le chef d'escadre de Valbelle, qui se battait fort bien, mais dont l'esprit « pernicieux et brouillon » faisait beaucoup de mal. Duquesne, (jui avait, sur la nécessité d'établir dans l'armée une discipline très ferme, des idées arrêtées, écrivit à Golbert : « J'espère que, dans peu, Sa Majesté aura la satisfaction de voir sa marine en réputation, si elle a agréable de la purger de quelques esprits brouillons et autres mercenaires qui causent de la division dans le corps. » Certains procédés, dont usaient Golbert et Seignelay, n'étaient pas étrangers aux difficultés que rencontrait Duquesne pour établir dans Tannée une sévère discipline. Seignelay était en correspondance avec des officiers généraux et des capitaines de l'escadre. Les lettres qu'il recevait et dont son père prenait connaissance, étant toujours écrites à un point de vue particulier, devaient rarement présenter les faits sous leur véi*i table jour. Les cori'(>spondants de Seignelay, généralement disposés à trouver bien ce qu'ils faisaient, ne professaient pas toujours les mêmes sentiments pour les actions de leurs collègues. Enfin, pouvait-on compter qu'un officier, ayant encouru un blâme de son chef, jugerait celui-ci avec impartialité f Quelle que fût leur perspicacité, Golbert et son fils devaient souvent être fort empêchés de discerner la vérité. Toutefois, dcA-ant la plainte faite par Du([uesne, dont la position, par suite de ses ])rillants combats, était très solide, Golbert n'eut pas d'li('sitation. Toute satisfaction fui donnée au chef de l'escîadre. Le ministre informa de Valbelle que sa conduite lui faisait le plus grand tort dans l'esprit du roi, et, d'autre part, il écrivit à Duquesne : « Vous devez être assuré que tous les avis que vous donnez pour le service du iloy seront exécutés ; surtout appliquez-vous
à établir l'obéissance et la régularité dans toute la marine du Roi, et soyez certain qu'il n'y a ni cabale, ni écriture qui puissent vous causer aucun préjudice dans l'esprit du Roi. »
L'armée hispano-bataye, après s'être réparée, se rendit à Païenne. Le duc de Yiyonne, sachant que le roi était mécontent de son inaction, résolut d'attaquer la flotte alliée dans le port où celle-ci s'était retirée. M. de Yiyonne mit son payillon sur le Sceptre, que montait le chef d'escadre de Touryille, et il prit la mer, le 28 mai, ayec yingt-neuf yaisseaux, yingt-cinq galères et neuf brûlots. L'ayant-garde était commandée par le lieutenant-général Duquesne, et l'arrière-garde par le chef d'escadre Cabaret. Les galères étaient sous les ordres des chefs d'escadre de Labrossardière et de Manse. Le 31 mai, le duc de Yiyonne arriya deyant Palerme. Les chefs d'escadre de TouryiUe et de Gabaret, le capitaine de yaisseau de Langeron et le major des yaisseaux de Ghaumont, passèrent, dans une felouque, à demi portée de canon de l'ennemi, et reconnurent sa position. La flotte hispano-batave, forte de vingt-sept yaisseaux, dix-neuf galères et quatre brûlots, était mouillée en demi-cercle au large de la baie. Les Hollandais formaient l'ayant-garde et l'arrière-garde : les Espagnols étaient au centre ; les galères et les brûlots avaient pris position dans les intervalles et sur les ailes. L'aile droite s'appuyait sur les fortifications de la ville, le centre sur la
foi'lei'csse do Gastellamare, cl une Ijallcric (U; dix pièces, établie sur le mùl(> (jui l'criuail le port, devail joindre son feu à celui de l'aile gauche.
Conformément aux dispositions arrêtées dans un Conseil de guerre, assemblé à bord du Sceptre, sous la présidence du duc de Vivonne, le chef d'escadre de Preuilly d"Humières mit à la a oile, le 2 juin, avec neuf vaisseaux, sept galères et cin([ brûlots, se dirigeant sur l'aile droite des alliés. Les vaisseaux mouillèrent à moins d'une encablure de l'ennemi avec lequel ils engagèrent immédiatement un combat très vif. Les brûlots furent alors mis en mouA^ement ; faA^orisés par la brise qui soufflait du nord-est. c'est-à-dire du large, ils s'approchèrent rapidement des navires ennemis. Quelques vaisseaux, sur le point d'être atteints par les navires incendiaires, coupèrent leurs câbles et dérivèrent vers la terre. Le duc de Vivonne vint alors attaquer le centre et l'aile gauche de la flotte hispano-néerlandaise : après une heure de combat, le désordre se mit dans la ligne ennemie. Le vaisseau hollandais, le Stcinberg, que montait le contre-amiral van Middellant. joint par un brûlot, coupa ses câbles et, dérivant tout en flammes, tomba sur les vaisseaux le W'ri/lieid et le Leijden. Le Steinberg sauta, couvrant de ses débris et embrasant les vaisseaux qu'il avait abordés. Deux brûlots accrochèrent le vaisseau amiral. N.-D. del Pilar, de soixantedix canons, qui fut incendié : trois autres vaisseaux espagnols eurent le même sorl. Les vaisseaux ennemis (|ui combattaient encore, cou|)èrenl leurs câbles et allèrent s'échouer à l<i côte. Quelques-uns purent se placer en dedans du môle, position qui les mettait à l'abri du feu de notre escadre. Les ])ei'tes de l'ennemi étaient considérables. Sept vaisseaux, trois hollandais et (pudre espagnols, et deux galères étaient la proie des flammes ;