‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 48 sur 137 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

iles d'Hyores, à la fin de juin, il reprit la mer, un mois après, avec vingt-quatre vaisseaux, laissant, derrière lui, six vaisseaux sous les ordres du chef d'escadre Gabaret. Celui-ci dcvMJI appareiller aiissilùl après avoir embju'(|ué des troupes qui étaient alleudues à Toulon. Dans le courant du mois d'août, Duquesne mouilla dans le port de Messine, amenant trois mille hommes d'infanterie. Pendant cette dernière traversée, nous avions aperçu, à toute vue, et inutdement poursuivi l'escadre hollandaise. Celle-ci avait quitté la Sicile, se rendant à Xaples où elle devait, conformément aux ordres des Etats généraux, attendre des renforts. En réalité, la Hollande renonçait à soutenir la cause des Espagnols en Sicile: elle se disposait à rappeler sa flotte, trouvant qu'elle avait fait assez de sacrifices d'hommes et d'argent en faveur d'un allié incapable de toute action vigoureuse pour la défense de ses propres intérêts. Les forces navales de l'Espagne étant, par suite du départ des Hollandais, réduites à l'impuissance, le seul service que put rendre la flotte française fut de canonner quelques places du littoral. Ni à Versailles ni à Madrid on ne se montrait satisfait de la marche des affaires en Sicde. Le marquis de Villafrauca, vice-roi pour l'Espagne, et le duc de Vivonne étaient, l'un et l'autre, dans l'impossibilité de rien entreprendre. Le premier ne disposait pas de forces suffisantes pour s'emparer des positions que nous occupions, et le second n'avait pas assez de troupes pour entrer en campagne et faire la conquête de l'île. Le duc de Vivonne, fatigué du rôle qui lui était imposé, obtint, à la fin de l'année 1677, un congé qu'il sollicitait depuis quelque temps déjà. Nous étions en paix avec l'Angleterre, mais il était facile de voir que, la guerre continuant, cette puissance se joindrait à nos ennemis. Si cette éventualité se présentait, notre situation, en Sicile,

devenait périlleuso. Le successeur du duc de Vivonne, le maréchal de Laleuillade, recul l'ordre de ramener l'armée en France. Le maréchal partit de ÎNIessine, au mois de mars 1678, sur le Monarque, ([ue montait Duqucsne. Telle fut la fin d'une expédition que le gouvernement avait entreprise sans en bien calculer les avantages et les inconvénients, expédition abandonnée, en réalité, presque aussitôt que commencée, le duc de Vivonne n'ayant jamais (^u assez de troupes pour conquérir la Sicile. Nous partions, livrant, ce qui était peu honorable pour la France, les habitants de Messine et nos partisans dans Vile, à la vengeance des Espagnols.

Dans les premiers jom's du mois de mai 1678, Duquesne prit la mer, avec dix vaisseaux, pour a])puyer les opérations du maréchal de Navailles en Catalogne. Le 25, l'escadre parut devant Barcelone, où Duquesne croyait trouver une escadre his[)ano-liollandaise. 11 n'y avait, à Barcelone, cju'un seul navire ennemi ; c'était un vaisseau espagnol de cinquante canons. Celui-ci, changeant immédiatement de mouillage, alla se placer sous la protection des batteries du port et de la ville. L'ordre de l'attaquer fut donné aux vaisseaux le Vaillant, le Fleuron et le Sans Pareil, capitaines tle Relingue, de Montreuil ec dHailly. Nos bâtiments jetèrent l'ancre, le } aillant et le Fleuron aune demi encablure du naA^ire espagnol, et le Sans Pareil, désigné comme soutien, un peu en arrière des deux premiers. Les vaisseaux fi-ançais, manœuvrant avec une extrême ]3récision sous un l'eu violent, s'affourchèrent de manière à présenter le travers à l'ennemi. Ces dispositions prises, l'action s'engagea, de part et d'autre, avec beaucoup de vigueur. Du(piesne, lors(|u'il jugea le moment favorable, fit à un brûlot, commandé par le capitaine Honnorat, le

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si^ninl (l'ahordor le vaisseau espagnol. La brise, venant du large, favorisait cette opération ([ui fut exécutée avec un plein succès: le navire ennemi devinl la proie des flammes. Les capitaines du San^ Pareil et du Fleui-on étaienl blessés: le premier mourut quelques heures après la fin du condiat. -Nos pertes, en hommes, n'étaient [)as très grandes, mais les navires engagés avaient éprouvé d'assez graves avaries. CeHe affaire, qui dénotait, de la part des capitaines, des officiers et des équipages, une grande solidité, avait duré cinq heures. Le capitaine Honnorat, qui venait de se distinguer à Barcelone, avait abordé et brûlé le vaisseau amiral d'Espagne, au combat de l^ilerme. Une récompense lui était bien due. Le roi lui accorda, outre deux mille ('cus de gratification, une chahie d'or et une médaille (|ui lui furent remises, à Toulon, eu présence des officiers de marine qui se trouvaient en service dans ce port. Après une démonstration faite devant Gènes qui, sans rompre avec nous, favorisait, par tous les moyens en son pouvoir, la cause de l'Espagne, Duquesne ramena l'escadre à Toulon.

Dans les premiers jours du mois de juillet de l'année 1677, le chef d'escadre de Chàteaurenault croisait, au large d'Ouessant, avec les vaisseaux de cinquante, le Bon, qu'il montait, le Bourbon et le Duc, capitaines de Itosmadec et de Sourdis, le Hardi, de quarante, capitaine Job Forant, et trois frégates. Le 12, il eut connaissance d'une escadre hollandaise qui faisait route au nord; celle-ci, placée sous les ordres du capitaine Tobyas, était composée de huit vaisseaux, ayant de quarante à soixante canons, et de huit transports armés. Quoique l'ennemi nous fût très supérieur, au point de vue du nombre et de la force des vaisseaux, de Chàteaurenault résolut de l'attaquer. La division française, qui était au vent, laissa porter et l'action s'engagea avec

beaucoup de ferm('t(' de pai't et d'autre. Api'ès quelques heures d'un combat très vif, l'ennemi, la brume survenant, s'éloigna et fut bientôt perdu de vue. Le Bon, que montait de Ghàteaurenault, s'était efforcé d'aborder le vaisseau du commandant de l'escadre hollandaise, mais le capitaine Tobyas avait déjoué toutes les tentatives faites pour atteindre ce résultat. Nos frégates s'étaient emparées de quatre flûtes, richement chargées. Ce combat faisait le plus grand honneur au commandant de notre escadre et aux capitaines placés sous ses ordres. Le 16 mars 1678, de Ghàteaurenault sortit de Brest, se rendant dans la Méditerranée avec les vaisseaux, le CourliscDi, qu'il montait, le Bon, le Saint-Louis, le Foudroycnd, Vhtvincible et le Superbe, capitaines de la Bretèche, de Belle-Ile-Erard, de la Motte, de Belle- Fontaine, de Réols, et trois brûlots. Le 17, au point du jour, une escadre, bientôt reconnue pour hollandaise, fut aperçue. Cette escadre, qui comprenait onze vaisseaux de soixante à quatre-vingts canons, deux frégates, cinq brûlots et quelques bâtiments légers, était commandée par l'amiral Evertzen. jNL de Ghàteaurenault, malgré la supériorité de l'ennemi, prit le parti de condjattre. L'engagement, commencé dans la matinée, dura jusqu'à la fin du jour. Nos vaisseaux étaient fort endonunagés, mais les navires ennemis avaient, eux aussi, Ijeaucoup souffert. Le lendemain, les Hollandais n'élai(>nt plus en vue. Le roi, d'après une lettre de Golbert, ne fut ])as satisfait des résultats de cette affaire: il ne voulait pas jidmeltre que, sur terre ou sur mer, on condjatlil les lloli;uidais, sans renqjorler sur eux un avantage considérable. Le roi el (Golbert oubliaient (pie Ghàteaurenault et ses capitaines, ayant comhatlLi onze vaisseaux avec six, étaient restés maîtres du champ de b(daille. Ne pas louer une action aussi

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