‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 51 sur 137 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Lo Suns-Parcil ot le Conquérant coulent bas en pleine nvr. - I'"i»esne poursuit les corsaires tripolitains. - Alger est bombardé en 1(.82 et \m - Mort de (:oli>ert. - Son œuvre. - Seignelay est nomme ministre de la marine. - Bonibardement de Gènes. - Expédition contre les Barbaresquos. -Question des saints dans les rencontres en mer. - Coml^at de TourviUe et du vice-amiral l'apachin. - Mort de Duquesne.

Il se passa, dans l'année qui suivit la conclusion de la paix, un événement dont nous devons parler, parce qu"d se rattache à l'état de la marine à cette époque. Tourville, que ses brillants services avaient mis en évidence, prit,'au printemps de l'année 1679, le commandement d'une division de quatre vaisseaux avec laquelle il donna la chasse aux corsaires mayorquais ; ceux-ci arrêtaient nos navires marchands, quoique la France fût en paix avec l'Espagne. Après une campagne d'été, consacrée à ce se^^•ice, TourN-iUe reçut l'ordre de se rendre à Rochefort avec ses quatre vaisseaux, le Sans-Pareil, qu'il montait, le Conquérant, le Content et VArc-en-Ciel, capitaines de Chabert, d'AmfreviUe et de Coëtlogon. Une flûte, chargée de poudre, qui accompagnait l'escadre, ayant signalé, à la hauteur de Lisbonne, une voie d'eau, fourville entra dans le Tage pour procéder aux réparations que nécessitait l'état de ce bâtiment. La division

reprit la mer h la fin du mois de septembre. Le Sans- Pareil étant un A'ieux vaisseau que son artillerie fatiguait beaucoup, Tourville, par mesure de prudence, la saison s'avançant, fit descendre dix-huit pièces dans la cale et cintrer le vaisseau avec des grelins. Le 21 octobre, lèvent soufflant du sud-ouest en tempête, les quatre vaisseaux fuyaient devant le temps ; le Sans-Pareil n'avait alors, auprès de lui, qvicYArc-en-Ciel. Le premier de ces A^aisseaux perdit successivement son beaupré, son mât de misaine et son grand mât ; il s'ouvrit, et on ne tarda pas à reconnaître lïmpossibilité de le maintenir à flot. Des embarcations, portant quatre-vingts hommes, purent atteindre YArc-en-Ciel, mais aussitôt cette opération terminée, ces embarcations furent abandonnées par les hommes qui les montaient. Il ne restait alors d'autre ressource que de gagner ce vaisseau à la nage: Tourville put atteindre un petit canot que YArc-en- Ciel était parvenu à mettre à la mer. Le Sans-Pareil coula, et son équipage, à l'exception de cent hommes environ, disparut aA^ec le vaisseau. Le Conquérant avait eu le sort du Sans-Pareil : il avait coulé en mer. Quelques hommes, jetés à terre sur des épaves, aA^aient fait connaître ce nouA^eau malheur. L'équipage du ConlenI u'aA'ait échappé à la mort que par une chance toute particulière. « J'ai A'u ici d'Amfreville, écriA^ait Tourville au ministre, dans un pitoyable état. S'il avait été une demiheure de plus à gagner Belle-Isle, il était noyé. » Dans une lettre, adressée à l'intendant de la marine à Toulon, on (lit, à propos du Content : « JNI. d'AndVevihe est arrivé à Belle-Isle avec six pomj)es et deux puits ; une demiheure plus tai'd il était perdu ; des gens frais, ([u'on lui a (Mivoyés de terre, lont sauvé. » Le quatrième vaisseau, YArc-en-Ciel, eut beau(;oup de peine à gagner Belle-Isle. L'émotion fut grande, à Paris, lorsque l'on apprit ce

mallicun'iix rvpiu'niriil. Lu perle de deux vaisseaux, (|ui roulaient l)as dCau, en pleine mer, enlminanl dans l'abimc leurs équipages, à l'exception do quelques hommes; un troisième vaisseau n'évitant le même sort (pie par un heureux hasard constituaient un ensemble de laits pouvant, aux yeux de la France et de l'Étranger, amoindrir la valeur de notre marine. Les quatre vaisseaux ayant été armés à Toulon. Duquesne, qui se trouvait dans ce port, fut chargé de faire une emiuète sur les travaux exécutés pour mettre ces bâtiments en état de tenir la mer avec sécurité. Golbert send)lait convaincu que les radoubs des quatre vaisseaux n'avaient pas été faits avec un soin suffisant, « n'étant pas naturel, écrivait-il, ni ordinaire qu'un vaisseau, qui n'est en mer que depuis cinq ou six mois, soit en état de périr faute de radoub » . Le marquis de Seignelay, qui était à Valence, fut chargé par Golbert d'adresser un blâme sévère à Arnoul, l'intendant de Toulon. Sans attendre les résultats de l'enquête ordonnée par son père, Seignelay accusa nettement l'intendant, dans une lettre fort dure, d'avoir causé la perte du Sans-Pareil et du Conquérant, par l'extrême négligence qu'il apportait dans son service. On ne peut s'empêcher de penser que Seignelay voulait trouver des coupables et, parla, s'exonérer de toute responsabilité. A l'en croire. Paris avait donné les ordres les plus précis pour la mise en état des quatre vaisseaux armés à Toulon : seule l'exécution avait fait défaut. Arnoul fut relevé de ses fonctions, et le capitaine du port, ainsi ([u'un maître des constructions navales, préposé aux opérations de mâture, furent mis à la Grosse-Tour. Seignelay sacrifiait d'autant plus volontiers l'intendant de Toulon, qu'il était mécontent de ses services, mais il commettait un acte peu digne de son rang, en choisissant, pour frapper ce fonctionnaire, et, avec lui, le capitaine de port

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et un maître, une circonstance dans laquelle aucun de ceux qui étaient atteints n'avait de reproches à se faire. Duquesne ne professait pas pour les intendants, avec lesquels il a^ait de continuels dissentiments, une estime particulière, mais agissant, en toute circonstance, avec une sincérité (|ui n'avait d'égale que l'indépendance de son caractère, il écrivit au marquis de Seignelay : « Il est constant que le démàtement du beaupré du Sans-Pareil est la première cause de son malheur, son mât d'avant ayant suivi, et, en tombant, a ébranlé et fait des Aboies d'eau au vaisseau... A l'égard du radoub du Sans-Pareil, l'on croit ici que l'on n'y arien épargné : il n'a point fait d'eau pendant qu'il a été dans les mers de deçà et même jusqucs à son démàtement, qui a ébranlé son avant ; ce vaisseau est encore un de ceux qui ont été construits à Brest, à prix fait, ce qui ne réussit pas heureusement dans la marine. »

Seignelay, peu satisfait probablement des résultats de cette enquête, donna l'ordre à rintendantdes galères, Brodard, de se livrer, avec Duquesne et un contrôleur de la marine, à un nouvel examen de la question. Cette seconde enquête reproduisit, avec plus de développement, la lettre de Duquesne. Le Sans-Pareil Qi le Conquérant, disait l'intendant des galères, « étaient des bâtiments, à ce qu'il me paraît par une liste de vaisseaux du port, reconnus pour être faibles de bois, mal chevillés et fort cassés, et que cependant on charge de soixante-dix pièces de canon ; qui demeurent tout un été à la mer, et qui ensuite passent, dans une saison fort venteuse, dans de grandes mers de Ponant, qu'ils sont d'aulant moins en état de souffrir que le bois neuf qui peut y avoir été mis emporte le A'ieux qui n'est i)as cajKible de le soutenir; chargés avec cela de la pes.uiteiii' de leurs canons, il est humainemeni inq)()ssil)lc cl sans un mi-

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