LIVRE VI
racle, s'il arrive dans cet état-là ([uelqiie teinprto (jui les fasse démâter, ce qui ouvre encore un navire, qu'ils ne se perdent absolument, et cela, Monseigneur, est si vraisemblable que vous voyez que VArc-en-Ciel, qui était un vaisseau neuf, bâti ici, a soutenu davantage l'effort cl la violence de la mer et s'est enfin sauvé ». Les ordres venus de Paris, lors de l'armement de ces quatre vaisseaux, aA'aient été exécutés, et la question des radoubs, mise en avant avec persistance par Seignelay, devait être écartée. La cause de la catastrophe survenue sur nos côtes, nous la trouAons dans la lettre de l'intendant des galères ; on avait expédié à Rochefort, dans une mauvaise saison, des bâtiments qui, par suite de leur état, constaté dans les archives du port, auraient dû rester dans la Méditerranée. Ce que l'on apprenait à Toulon, après l'événement, il eût été facile de le savoir, à Paris et à Toulon, avant de donner à ces a aisseaux l'ordre de passer dans l'Océan. Qu'il s'agisse du personnel, des actions de guerre, de la navigation et du matériel, Colbert, qui n'est pas marin, ne peut avoir, par lui-même, une opinion ; ses agents dans les ports sont dans une situation semblable. C'est là le point faible du système ; la connaissance du métier de la mer fait défaut à Paris et dans les ports, et. par cela même, des questions de grande importance échappent à l'attention du ministre.
En 1681, Duquesne, ayant sous ses ordres sept vaisseaux et quelques bâtiments de rang inférieur, fut chargé de donner la chasse à une flottille de corsaires tripolitains qui venait, jusque sur les côtes de Provence, enlever des bâtiments de commerce. Dans le courant du mois de juillet, notre escadre, croisant dans l'Archipel, eut connaissance des navires qu'elle poursuivait; ceux-ci, prévenus de notre approche, se réfugièrent dans l'île de
Ghio qui appartenait à la Porte ottomane. Duquesne somma le gouverneur de contraindre les Tripolitains à reprendre la mer. Le pacha turc ayant répondu à cette demande par un l'efus, la division française ouvrit le feu sur le port et les fortifications qui défendaient la ville : celle-ci souffrit beaucoup de cette canonnade qui dura plusieurs heures. La conduite de Duquesne ne fut pas approuvée, et la France, pour éviter une rupture avec la Porte, qui fit entendre les plus vives réclamations, consentit à payer une indemnité en réparation du mal fait par nos bâtiments. Nous n'avions pas moins à nous plaindre des corsaires algériens (jue des navires tri[)()]itains. La conduite des Algériens, qui violaient continuellement les traités conclus avec nous, méritait un châtiment sévère, mais il ne suffisait pas de vouloir le leur infliger, il fallait en avoir les moyens. Débaniuer une armée sur le sol africain, on n'y songeait pas en France; outre (|ue le souvenir de Téchec de Charles- Quint était encore présent à tous les esprits, la situation de l'Europe ne nous permettait pas de tenter une entrepi'ise (jui aurait eu pour consé([uence d'immobiliser, pendant un temps probablement très long, une fraction importante do nos forces navales et militaires. Une création récente allait nous permettre de punir les Algériens de leur mauvaise foi. En 1679, Renau d'Eliçagaray avait soumis au Conseil de marine le plan d'un navire sur lequel il i)laçait un mortier. Reiiîui, (|ue l'exiguïté de sa taille avait fait surnommer le petit llenau, s'était adonin'', dès sa jeunesse, à l'étude des sciences; il s'occu])ait, à la fois, de la construction des t)àtiments (;t des (|uestions relatives h l'attaque et à la défcuse des places. Eu d'autres termes, Renau était ingénieur militaire, et, suivant l'expression dont ou se servait à celto époque, constructeur de navires. Frai)pé