‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 53 sur 137 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

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de la faiblesse des résultats obtenus par la marine, lors- (|ue celle-ci agissait conlre les villes situées pi'ès du li(U(l de la mer, il s'était demandé si Ton ne pourrait pas mettre, à la disposition des flottes, un moyen redoutable, employé par l'armée; de terre, c'est-à-dire le liombardement. Cotte idée, absolument neuve, car personne ne supposait que des mortiers pussent être placés ailleurs que sur un terrain solide, souleva de nombreuses objections, mais Renau parvint à convaincre ses contradicteurs et sa proposition fut acceptée. En 1681, cinq galiotes à bondies, tel fut le nom donné aux nouveaux bâtiments, furent mises en cbantier, les unes à Dunkerque et les autres au Havre. Les essais de ces navires, au double point de vue de la navigation et du tir, furent considérés comme satisfaisants.

En 1682, Duquesne fut appelé au commandement de l'expédition qui devait venger les nombreux griefs que nous avions contre les Algériens. Le 23 juillet, il arriva devant Alger avec onze vaisseaux, quinze galères, deux brûlots et les cinq galiotes à bombes construites sur les plans de Renau. Contrarié par le mauvais temps, il se vit, plusieurs fois, dans la nécessité d'interrompre les préparatifs de l'attaque pour prendre le large. Les galères, n'ayant plus d'eau, furent renvoyées en France. A la fin du mois d'août, le temps étant devenu favorable, l'escadre prit ses dispositions de combat, et, le 30, elle ouvrit le feu. Le P. Levacher, qui remplissait les fonctions de consul de France à Alger, vint, de la part du dey, demander la paix ; les propositions, dont il était porteur, ne furent pas agréées par le commandant en chef, et le bombardement continua. Le 12 septembre, le temps étant devenu mauvais et l'équinoxe approchant, Duquesne mit sous voiles et fit route pour Toulon. Les galiotes à bombes avaient donné les résultats prévus par

rinvenleur ; une partie de la ville d'Alger était en cendres. Les Algériens ayant refusé d'accepter les conditions que nous jugions nécessaires de leur imposer, une nouvelle expédition eut lieu en 1683. Dans le courant du mois de juin, Duquesne parut devant Alger, avec treize vaisseaux et sept galiotes, c'est-à-dire aA ce deux bombardes de plus que Tannée précédente. Le feu fut ouvert le 26. Quelques jours après, la Aàlle ayant beaucoup souffert, le dey Baba-Assan chargea le P. Levacher de porter au chef de l'escadre des propositions de paix. Des négociations furent immédiatement entamées ; chaque jour, des esclaves chrétiens nous étaient rendus. Des otages, déjà désignés, devaient nous être remis et rester sur nos navires jusqu'à l'entière conclusion du traité de paix. Une solution satisfaisante était donc sur le point d'intervenir, lorsqu'une révolution éclata dans la Aàlle d'Alger. Un certain Mezzo ^Nlarto, f[ui figurait parmi les otages, soulcAa la milice et, se mettant à sa tête, euA^ahit le palais du dey ; Baba-Assan fut tué, et le chef de la réA olte devint son successeur. Les négociations furent rompues et le bombardement reprit a\QC une nouAcUe Adgueur; la A'ille d'Alger ne représentait plus (pi'un amas de décombres. Les hommes de la milice, que le nouA^eau dey était impuissant à maintenir dans l'obéissance, se Ha raient à tous les désordres. Ils se saisirent de notre consul, le P. LeA^acher, et l'attachèrent à la bouche d'un canon qui fut tiré dans la direction de n()tr(; flotte. Le temps s'écoulait, et rien n"indi(juant, de la part des Algériens, le désir de reprendre les négociations, l'escadre fit route pour Toulon lorsque les munitions des galiotes furent épuisées. Nous revenions sans aA'oir obtenu du dey la reconnaissance de nos droits ; toutefois, l'escadre ramenait six cents esclaA^cs; d'autre part, la destruction, par notre feu, desbàtinienls mouil-

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lés dans le port dAlger, mcUail, pour quelque Icmps, la marine delà régence dans l'impuissance dagir. Enfin, menacés l'année suivante d'un n(niveau foomb.ii-dement, les Algériens se décidèrent à signer un traité de paix dont la durée fut fixée à cent ans.

Colbert, après une vie de travail (jui avait ('puisé ses forces, mourut le o septembre 1683. La France perdait un de ses plus grands serviteurs ; en se plaçant au seul point de vue de la marine militaire, Colbert laissait une œuvre considérable. Sous son ministère, les ports de Brest et de Toulon reçurent des agrandissements, et celui de Rochefort fut créé. Les hommes vivant du métier de la mer, pécheurs, caboteurs et marins naviguant au long cours, furent portés sur des listes spéciales. Le ministre eut une base lui permettant de calculer l'étendue qu'il était possible do donner à nos armements. Les marins furent divisés en trois classes devant servir tour à tour sur les bâtiments de l'Etat. Cette législation remplaçait avec avantage les mesures violentes, à l'aide desquelles on recrutait, à cette époque, les équipages de la flotte de guerre. Jusque-là, en effet, lorsque l'Etat faisait des armements à Brest, à Toulon ou à Rochefort, on formait les équipages en s'emparant par la force des matelots qui se trouvaient dans les ports voisins. Si cette mesure était insuffisante, les ports de commerce étaient fermés sur une certaine étendue du littoral. Il était défendu aux bâtiments marchands de preuth'e la mer avant que le personnel nécessaire aux besoins du moment eût été réuni. Dans ces conditions, le régime imaginé par CoLbert constituait un avantage très sérieux pour les populations maritimes; si ce système avait fonctionné régulièrement, il eût été considéré par les marins comme un bienfait. Mais ce ne fut pas ainsi que les choses se passèrent. Les guerres qui remplirent le

règne de Louis XIV exigèrent de continuels armements. Le d<'partement de la marine aurait encouru une grave responsabilité, si le manque d'hommes avait été un obstacle au départ de nos escadres. La formation dos équipages fut une des plus pénibles préoccupations de la carj'ièrede Colbert. Celte sitiudion ne lui permit presque jamais d'applicjuer la règle qu'il avait faite : au lieu d'être appelées tour à tour, les classes furent confondues et. le plus souvent, tous les hommes de l'inscription maritime, présents dans nos ports, étaient envoyés sur les bâtiments de guerre. Cette mesure était très naturelle, puisque tous étaient nécessaires à la défense du pays, mais ces idées, que l'on admet aujourd'hui, n'étaient pas comprises à cette époque. D'autre part, cet appel g('néral coïncidant avec un règlement (jui ne parlait que d'appels particuliers, laissa dans l'esprit des populations une haine profonde contre l'inscription maritime, dont nous retrouverons pendant longtemps la trace.

Les nouvelles ordonnances firent donc peser sur les populations maritimes une lourde charge. Ce fut pour l'atténuer (pie Colbert institua la caisse des invalides. Une ordonnance de 1673 décida qu'il serait fait, à l'avenir, une retenue de six deniers par livre sur les appointements des officiers généraux et particuliers de la marine et sur les salaires des équipages, « pour la subsistance, l'entretien et la récompense des officiers, mariniers et matelots estropiés sur les vaisseaux, et pour la fondation d'un hôpital général dans chacun des ai'senaux de Rochel'ort et de Toulon ». Ces deux hôpitaux ne furent pas construits, mais, avec les fonds destinés à cet usage, lo département de la marine donna des secours aux hommes qui auraient eu le droit d'entrer dans ces étabhssenKmts. Telle est l'origine de la caisse des invalides de la marine et des pensions connues sous le nom

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(lo (Icmi-soldos. Ce système fut complété en 1703. A pnriir do cotle époque, ou préleva trois deuiers par livre, sur le produit de loules les prises. Eu 1709, la releuue sur la solde, faite au profit des invalides, fut abaissée, mais elle atteignit les trailemenls des fonriionnaires de Tordre civil, ainsi que les gages payés par les armateurs ;uix matelots des bûtiments de commerce : « Pour être lesdits deniers employés au paiement des pensions que nous accorderons, tant aux officiers invalides de nos vaisseaux et galères, qui en seraient jugés dignes, qu'aux inlendanls et autres officiers de nos ports et arsenaux, comme aussi pour la demi-solde, tant des matelots et soldats que des ouvriers de nos arsenaux et des galères qui auront été estropiés ou qui auront A^eilli. auxquelles récompenses seront pareillement admis les officiers, matelots et soldats invalides ou estropiés sur les vaisseaux marchands. »

Colbert organisa avec un soin tout particulier le service de l'artillerie: des compagnies d'apprentis canonniers furent attachées d'une manière permanente aux ports de Brest, de Toulon et de Rochefort. Ces compagnies, dont l'effectif s'élevait à cent homm.es, étaient commandées par un lieutenant de vaisseau et un enseigne. Les apprentis canonniers passaient huit mois dans les ports ; après ce laps de temps, consacré à leur instruction, ils rentraient dans leurs quartiers, tandis que des marins de nouvelles levées venaient prendre leur place. L'État entretenait d'une manière permanente, dans chacun de nos ports militaires, un certain nombre de maitres-canonniers. Les troupes de la marine, composées des deux régiments « la Marine et Royal des vaisseaux » , créés par Richelieu, le premier en 1626, et le second en 1635, furent augmentées, en 1669 et en 1670, de deux nouveaux régiments : « Roval IMarine et Amiral. »

En 1671, LouYois. ayanl obtenu du roi que ces quatre régiments fussent mis à sa disposition, Colbert leva cent compagnies franches pour le service de son département. Les soldats de ces compagnies montaient la garde dans les arsenaux lorsqu'ils n'étaient pas embarqués. Pendant leur séjour à terre, les soldats des compagnies franches étaient envoyés, par détachements, aux écoles de canonnagc où ils faisaient l'exercice des différentes bouches à fou employées dans la marine. On leur apprenait à charger et à Jeter (\es grenades ; à bord des bâtiments, outre le service de garde et celui de la police qui leur incombait, ces soldats prenaient part à tous les travaux. Ceux d'entre eux qui étaient en état de jouer un rôle utile dans la mâture, recevaient un supplément de solde. Les ordonnances et règlements, dont nous venons de donner une rapide analyse, assuraient aux bâtiments de guerre des matelots capables, des canonniers habiles et une bonne mousqueterie. Les cadres des compagnies franches comprenaient le nombre de sous-officiers nécessaires à la bonne direction de ce personnel. L'Etat entretenait un certain nombre de maîtres de toutes professions. Ces maîtres, lorsqu'ils n'étaientpas embartpiés, étaient employés à la garde et à l'entretien des bâtiments désarmés.

Colbert avait fondé des arsenaux, créé des flottes et formé des équipages. L'organisation d'un corps d'officiers était le complément indispensable de son œuA^re. Conformément aux dispositions d'une ordonnance royale, parue en 16G9, les cadres des officiers de la marine comportaient trois lieutenants généraux, six chefs d'escadre, soixante capitaUics de vaisseau, soixante lieutenants, soixante enseignes et vingt capitaines de brûlot. Le développement de la marine amena promplement l'augmentation du nombre des officiers de tout grade.

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