LIVRE VI loi
donnait pas. Sous lo règno de Charles H. la murinc anglaise reçut l'ordre d'exiger le salut de tous les bâtiments (Mrangcrs, renrontrés dans les mers, dites brilanniques, quelle que fût leur natiunalilt'. L'exception faite en notre faveur disparaissait. Louis XIV, informé de cette décision par notre ambassadeur, le comte d'Estrades, fit immédiatement connaître à Londres sa volonté livs f«'rme d(^ résister h une tentative ayant pour but le rétablissement d'un droit dont nous n'avions jamais admis la légitimité. Le roi lerminait une leltre qu'il écrivait au comte d'Estrades, au sujel de cette
affaire, par ce passage significatif : « je désire que,
pour toute réponse à une déclaration si hautaine, le roi et les Chambres sachent, par votre bouche, que je ne demande ni ne cherche d'accommodement en l'affaire du pavillon, parce que je saurai bien soutenir mon droit, quoi qu'il en puisse arriver. » Devant l'attitude résolue de Louis XIY, Charles II céda. Il fut convenu que les navires des deux nations se maintiendraient, quand ils pourraient se reconnaître de loin, à grande distance les uns des autres : en cas de rencontre inopinée, ce ([ui pouvait se produire, au lever du soleil, par exemple, on devait ou se saluer en même temps, ou n'échanger aucun salut.
Nous étions donc, en ce qui concernait les saints maritimes, sur le pied d'une égalité complète avec nos voisins d'outre-Manche. La France aurait dû s'en tenir là et ne pas exiger des autres puissances ce ({u'elle ne voulait pas accorder à l'Angleterre. Malheureusement, dans cette question, le point de départ avait été perdu de vue. A l'origine, nous aidons, en compagnie des Anglais et des Hollandais, refusé d'admettre le droit de propriété que s'attribuaient les Portugais et les Espagnols sur les mers dans lesquelles se trouvaient situés
les pays qu'ils avaient découverts ou conquis. Plus tard, d'accord avec toutes les puissances maritimes, nous avions lutté contre la suprématie que l'Angleterre prétendait avoir sur les mers environnant son empire. Nous avions donc combattu pour un principe, celui de la liberté des mers, défendu par le Hollandais Grotius, et attaqué par l'Anglais Selden, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Mais la question de principe avait disparu pour faire place à une question de préséance, dans laquelle la France ne voulait pas être ûioins bien traitée que l'Angleterre. De pareilles exigences ne pouvaient avoir d'autre résultat que d'amener des conflits, dégénérant le plus souventen actes d'hostilité. Nous citerons, comme exemple, le combat livré dans la Méditerranée, par Tourville, au vice-amiral Papachin, alors que la paix régnait entre la France et l'Espagne.
Le 2 juin 1688, au point du jour, à quinze lieues au large d'Alicante. le lieutenant -général de Tourville, dont le pavillon flottait à bord du Content, de cin(juante canons, aperçut deux vaisseaux espagnols, la Capitane, de soixante-six, que montait le vice-amiral Papachin, et le San Jeronimo, de cinquante-quatre. Le Content était accompagné de deux petits vaisseaux, le Solide et V Emporté, commandés par les capitaines de Chàteaurenault et d'Estrées. Ces trois bâtiments faisaient route pourralHcr, devant Alger, l'escadre que commandait le maréchal dEstrées. Se conformant aux ordres de la Cour, Tourville mit en panne et il fit dire au vice-amiral Papachin qu'il eût à saluer le pavillon de Franc(\ Le vice-amiral es])agnol ayant opposé un refus formel à la demande (jui lui était îulressée, faction s'engagea. Le Content combattit la Capitane, et Y Emporté et le Solide le San Jeronimo. Un boulet ayant coupé la drisse de pavillon do la Capitane, alors que rengagement