LIVRE VI i'6'S
(lui'ail (l('[)uis (iu('l(|ii(' Iciiijjs (It'jà, le capitaine <lii Sa/i Jeronimo crut que son chef s'était readu, il amena son pavillon. D'Estrées resta près du S(/n Jcronimo, tandis que le capitaine de Chàteauren.udl venait se i()indr(i au Content ([ui se battait avec une très grande vigueur contre un adversaire qui lui était très supérieur. Après une lutte de plusieurs heures, la Capitanc amena ses couleurs : elle avait cent hommes hors de combat, des avaries dans sa coque, et son grand màt était abattu. Tourville fit sommer de nouveau l'amiral espagnol de saluer noire pavillon. « Papacliin me fit dire, écrivit Tourville dans son rapport, par lofficier que je lui avois envoyé, qu'il me salueroit. mais que ce n'estoit que la force qui l'y contraignoit ; et auparavant de me saluer, ilfist assembler tout son équipage et leur dit qu'ils voyoient bien qu'il y estoit contraint: ils répondirent tous d'une voix : Si Sefïor ; il me salua de neuf coups de canon, je respondis à son salut fort honnêtement, et luy enuoiay offrir tout ce qui despendoit de moy. »
Les avaries faites par les bâtiments français ne leur permirent pas de rallier, devant Alger, l'escadre de l'amiral d'Estrées. Nos pertes, au point de vue du personnel, étaient importantes; le Content avait soixantedeux hommes tués ou blessés ; Tourville avait reçu deux blessures. Dans la situation où se trouvait l'Europe, à cette époque, à la veille d'une guerre générale que chacun prévoyait, ce n'était pas pour une telle cause que nous aurions dû perdre des hommes, et mettre nos bâtiments hors d'état de rendre des services. Ce sentiment était, sans nul doute, celui de Tourville, car son rapport commençait ainsi : « ^lonseigneur, je n'ay le temps de vous parler présentement que d'une affaire qui m'est arrivée en mer, à quinze lieues d'Alicante. J'ay trouvé par malheur, dans la conjecture des affaires pré-
sentes, sous mes A^oiles, deux vaisseaux de guerre d'Espagne. » Nous étions encore loin du temps où l'importance du salut échangé entre deux navires, se rencontrant à la mer, serait ramenée à ses véritables proportions.
Au commencement de l'année 1688, la marine perdit un des hommes les plus remarquables qu'elle ait eu à sa tête. Duquesnc mourut à Paris, le 2 février, à l'âge de soixante-dix-huit ans, moins de quatre années après avoir quitté le service actif. Les combats qu'il avait livres sur les côtes de Sicile, aux Hispano-Hollandais, lui avaient conquis une réputation européenne. D'une grande fermeté de caractère, sévère dans le service, nul plus que lui n'avait contribué à établir l'ordre et la discipline dans les escadres. A son école s'étaient formés des officiers généraux et des capitaines qui devaient faire honneur à la marine. Connaissant à fond toutes les parties du service, il était le plus solide appui de Golbert dans l'organisation des ports, et, sur toute question importante, il était consulté, non seulement par le ministre, mais aussi par le roi. Ne transigeant jamais avec sa conscience, il soutenait ses idées avec une franchise allant souvent jusqu'à la rudesse. On peut même faire la remarque que, dans la plupart de ses lettres, après avoir répondu, d'une manière précise, aux demandes qui lui étaient adressées, ou exposé les faits dont il avait le devoir de rendre compte, il insérait une vérité utile, alors même que cette vérité pouvait ne pas être accueillie favorablement à Paris. Il conAdent d'ajouter que Colbert comblait Duquesne d'égards, et faisait le plus grand cas de ses avis qui, d'ailleurs, finissnienl toujours par triompher. C'est ainsi que, dans les ports et à la mer, Duquesne avait rendu à la marine les plus éminents services. Gomment ce grand marin fut-il récompensé ? Le roi fit remettre h Duquesne la somme nécessaire à l'achat d'une
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Icri'c (|ui lui ('l'igro cil iiian|uisat : DiKiucsiic dcvinl nuir- (Hii-;. mais ce uT'tail pas là une récompense proportionii(''c aux services d'un Iiouinie ([ui avail l)attu Huyler el doiuié à noire marine naissante le luslro, le pi-eslige qui sont la conséquence de la victoire. Les capitaines de vaisseau, qui s'étaient distinjj:ués sons ses ordres, avaient été nommés chefs d'escadre, et le plus brillant de tous, ïourville. était lieutenant-général, enfin d'Estrées, qui auiail ilù (Mre disgracié, après le naufrage de son escadre sur les îles d'Avès, avait été fait maréchal de France, en 1681. Or, Du([uesne, nommé lieutenant-géiKM-al. en 1669, était encore lieutenant-général lorsqu'il mourut en 1688. Cependant il possédait toute la confiance du roi. Alors que Duquesne était devant Alger, en 1683, Louis XIV lui écrivit pour l'informer de son intention de bombarder Gènes et de faire une descente dans les faubourgs de la ville, projet qui fut tenu secret jusqu'au jour où la flotte partit de Toulon, pour cette expédition, en 1(384. Le roi écrivait à Duquesne une lettre à laquelle nous empruntons ce passage : a Vous devez être informé que les Génois, s'étant attiré mon indignation par leur conduite, j'ai résolu d'envoyer mon armée navale devant leur port, tant pour leur interdire le commerce qu'ils font ordinairement le long des côtes d'Italie, que pour jeter des bombes dans la ville, et pour faire même quelque descente sur la côle à l'endroit de Saint-Pierre d'Arène, ou tel autre que vous estimerez le plus convenable : et c'est sur ce projet que je veux que vous me fassiez savoir vos pensées et que vous m'envoyiez un mémoire de la manière dont vous jugez qu'il peut être exécuté. » Le roi, ainsi que le montre cette lettre, était fort heureux d'avoir un homme comme Duquesne à la tète de son armée de mer. mais il ne voulait pas le nommer vice-amiral.
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Duquesnc était protestai! L, Ici était lobstacle infrancliissable qui s'opposait h sou avaucemeut. Après sa campague sur les côtes de Sicile, surpris de ue pas recevoir la juste récompense due à ses services, Du(|uesne s'en était expliqué discrètement avec Golbert. Après quel(|ues lettres échangées à ce sujet, Golbert écrivait à Duquesnc le P' février 1680 : « J'ai rendu compte au roi de la lettre que vous m'avez écrite le 20" du mois dernier ; Sa Majesté est satisfaite des services que vous lui rendez, et A^ous pourriez vous attendre à toutes les grâces auxquelles vous pouvez prétendre, si les exclusions que vous vous donnez n "empêchaient Sa Majesté de vous en faire de plus grandes, auxquelles je souhaiterais bien, je vous assure, de vous A^oir jxu'venir. » Les officiers protestants, servant dans la marine, étaient traités avec moins de ménagement (|ue Du(|uesne : non seulement on leur refusait tout avancemeid , mais ils étaient menacés de perdre leurs grades. Golbert et Seignelay voyaient, avec beaucoup de regret, Louis XIV s'engager dans une voie qui devait affaiblir la marine en la privant de bons officiers: contraints de s'incliner devant la volonté très arrêtée du roi, le ministre et son fils apportaient, dans l'exécution des mesures qu'il leur était ordonné de prendre, beaucoup de tempérament. La menace faite aux officiers protestants de leur enlever leur grade n'était pas suivie d'effet ; quant aux emplois, (jolbert recommîuidait particulièrement aux intendants de ne donnei* la préférence aux catholiques (pie dans le cas où le service n'aurait pas à en souffrir. Le roi iioiirrissail. depuis longtemps, à r(''gard des protestants, des seuiimeids (pii devaient malheureusement aboutir à la ré\oc;dion de l'édit de Nantes. Cette mesure impoliliciue fut prise le 22 octobre 1685.