‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 59 sur 137 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE Vil

I.iirn"' d'Au^^'slioiiiTJ^. — (ioinluil do la haie (U\ Haiihy. — U(''nnion à Hivst de nos forces navales. — Helle manuMuro de Tourville. — Victoire do Bévi'ziors — (;aiiiipaL:iu' du lartre.

Un des adversaires les plus redoutables de Louis XIV, le prince d'Orange, stathouder de Hollande, était parvenu à liguer contre nous l'empereur, l'Espagne, la Suède et la Savoie. Cette alliance, connue sous le nom de ligue d'Augsbourg, avait, en apparence, pour but, le maintien des traités de Westphalie, de Ximègue et de llalisbonne. En réalité, la ligue n'attendait qu'une occasion favorable pour enlever à la France les conquêtes que ces traités lui assuraient. Louis XIV, informé des projets de ses adversaires, fit d'inutiles efforts pour dissoudre cette ligue. Apprenant que le prince d'Orange hâtait ses armements, il résolut d'attaquer ses ennemis avant que ceux-ci fussent prêts à entrer en campagne. Une armée française marcha, au milieu de Tannée 1688, contre l'empereur : le roi déclara la guerre à la Hollande, le 26 novembre de la même année, et à l'Espagne, le 15 avril de l'année suivante. Le 17 mai 1689, c'était l'Angleterre qui venait se joindre à ses alliés. A la fin de l'année 1C88, une révolution avait éclaté en Angleterre. Le stathouder de Hollande, le prince d'Orange, était devenu, sous le nom de Guillaume 111, roi de la Grande-Bretagne; son beau-i»ère. .lacques II. obligé,

devant le soulèvement de son peuple, de s'enfuir, était venu chercher un refuge en France.

Louis XIV ne voulut voir dans Guillaume III que le stathouder de Hollande, el il résolut de soutenir la cause du roi détrôné qui conservait des partisans en Irlande. Jacques II passa dans cette lie où il devait être rejoint par un corps de troupes, mis jjar Louis XIY, à sa disposition. Le lieutenant-général de Chàteaurcnault sortit de Brest avec vingt-quatre vaisseaux, se dirigeant sur la baie deBantry, située dans le sud-ouest de l'Irlande. Le 10 mai, il arriA'ait à sa destination ; on commençait le débarquement des troupes lorsc^ue les découvertes signalèrent l'approche des Anglais. Gétait l'escadre du vice-amiral Herbert, comj)Osée de vingt et un vaisseaux, parmi lesquels figuraient des navires dun rang supérieur à celui de nos plus forts bâtiments. Les Anglais étaient encore éloignés, et le vent soufflait de la direction même qu'ils devaient suivre pour atteindre la baie. Ghàleaurenault. se rendant compte qu'il ne pourrait être joint pendant la nuit, resta au mouillage. Le lendemain matin, l'armée française mit sous voiles et fit route sur l'ennemi, laissant dans la haie les navires sur lesquels se trouvaient les hommes et le matériel qui navaient pu être débarqués.

Le combat s'engagea vers on/e heures et demie. Soil que le signal, prescrivant la formation de la ligne de bataille, n'eut pas été fait à propos, ou qu"il eul ('!(' m;d exécuté, l'armée, au moment de ])rèter le travers à rennemi, se troma en d(''S()rdre. 11 s'écoula un certain temps avant (pie, la ligue (Maiit rc'gulièremeut l'ornicH', tous nos bâtiments fusseid en mesure de prendre part à l'action. Lennemi, tout en combattant. nian(eu\ rail pour nous éloigner. Gliàteaurenault, estimant que le i)reuiiei' de ses devoirs était dîissui-er le succès de la

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mission (|iii lui (''lait coiifiéL', l'il cesser le feu ;i(iii(| heures, el reprit la roule de la haie de Biuilry. L'escadre anglaise, très mallraitée, séloigna cl nr Ifirda pas à disparaître. Chàteaureuaull. aussilôl (pif le d('har(|uement des Iroupes el des uuuiilions fui terminé, se dirigea sur liresl, oii il mouilla le 17 mai. Nous avions remporté sur l'ennemi un avantage indiscutahle : cet avantage eût élé plus grand si, au df'hut de Taction, il n'y avail eu un peu de confusion dans nos mouvements. Quant à lescadre anglaise, chargée d'empêcher le débarquemenl des troupes que nous portions en Irlande, elle n'étail pas parvenue à troid^ler cette opération. Quoique le but poursuivi n'eût pas été atteint, on admit à Londres que la flotte anglaise avait été victorieuse. Le nouveau gouA ernement ne voulut pas (jue la guerre débutât par une défaite, et, pour mieux affirmer le succès de la marine anglaise, Herbert fut créé comte de ïorringlon. Nous devons ajouter (|ue cet amiral était un des partisans les plus ardents de Guillaume de Nassau.

Des mesures furent prises en France pour réunir dans la Manche, (jui devait être le théâtre de la guerre, des forces imposantes. Le lieutenant-général de Tourville, parti de Toulon à la fin du mois de mai pour se rendre à Brest avec une escadre de vingt vaisseaux, était sur le point darriver à sa destination, lorsqu'il fut informé de la présence, sousOuessant. d'une flotte anglohollandaise qui croisait pour l'intercepter. Il resta au large, attendant qu'une occasion favorable lui permit de continuer sa route sans être inquiété par l'ennemi. A quelques jours de là, les Agents soufflant du sud-ouest bon frais, il se dirigea sur Brest où il entra sans que la flotte anglaise dispersée par le mauvais temps, pût s'y opposer.

L'alliance de l'Angleterre, de l'Espagne et de la Hol-

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lande ])laçail la Jiiarinc française en présence des forces coinhinées des trois grandes puissances maritimes de l'Europe. Depuis l'avènement de Louis XIY au trône, les flottes créées par Golbert n'avaient pas été soumises à une aussi rude épreuve. En 1672, ayant les Anglais pour alliés, nous aA ions l'ait la guerre aux Hollandais ; les Anglais s'étant retirés de la lutt(\ notre marine avait eu pour adversaire les Hollandais d'abord, et, peu après, les Hollandais unis aux Espagnols. Non seulement la marine, en ces diverses^ circonstances, avait été à la hauteiu' de sa tîk'he, mais elle s'était montrée supérieure à ses cnnenns: Duquesne aA^ait eu linsignc honneur de batti'e le grand marin de la Hollande, l'illustre Ruyter. l)n(|uesne avait disparu; c'était i)armi ses lieutenants que devait être pris le commandant en chef de la flotte destinée à tenir tète, dans la Manche et sur nos côtes, aux forces navales de l'Angleterre et de la Hollande. Tourville, (|ui comptait déjà les plus brillants états de sei'vice, l'ut chargé de cette glorieuse mission. Après plusieui's campagnes contre les Barbaresques, il était entré dans la marine royale. Gapitaiiie de Aaisseau à vingt-cinq ans, il prit part à la bataille de Candie, sous le dnc de Beaufort, et servit avec le comte d'Estrées, pendant la guerre de Hollande, en 1672. Il commandait un vaisseau dans l'année (jui. sons les ordres de Duquesne et de Vivonne comltaltit les Holhmdais et les Espagnols dans les eaux de la Sicile. Sa conihiite, au cond)at d'Agosta, lui valut le grade de chef d'escadre, et après les campagnes de (lènes, d'Alger, de Tunis et de Tripoli, il fut nonmié lieutenant-général. Jusque-là, Tourville avait donc servi, avec la plus grande distinction, mais en sous-ordre. Nous allons le voir à l'oMivre daus le rôle de conunaudaid eu chef. L'armée n;iv;dc uiil sous voiles, à la l'iu du mois iTaoùl. niais elle ue

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