‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 62 sur 137 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

jus(|ne-là dans le choix de sos ministres, lui donna pi »ii l' succosseur PIk'I ypeaiix de Pontchai-I iviin, ancien j)i-ésident du parlement de Rennes, conlrôk'ur des linances depuis 1689, homme de mérite, d'ailleurs, mais (pie rien, dans son passé, ne désignait })our le poste au(iuel il était appelé. On ne tarda pas à voir retendue de la faute que le roi avait commise en confiant le d(''partement de la marine à un homme (|ui déclarait, lui-même, n'avoir aucune des connaissances nécessaires pour occuper cet emploi. Les bureaux n'étant plus contenus par la main ferme de Colbert ou l'impérieuse volonté de Seignelay, prirent une importance considérable. Ainsi, en pleine guerre, la direction de nos forces navales allait être confiée à des hommes étrangers au métier de la mer, et ces hommes, qui ne portaient le poids d'aucune responsabilité, se trouvaient placés sous les ordres d'un ministre, moins instruit, en ce qui concei'nait le service de la flotte, que ses commis.

Après la victoire remportée par la flotte française, en 1090, le ministère de la marine, plein d'espoir dans l'avenir, ne doutant plus de rien, voulait que l'année 1691 fut marquée par d'éclatants succès. Les bureaux décidèrent que l'armée navale, sous le commandement de Tourville, sortirait au printemps, bloquerait les ports ennemis, afin d'empêcher les alliés de faire leur jonction, et les battrait séparément s'ils tentaient de prendre la mer. Tourville détacherait une division qui croiserait dans les parages des Sorlingues, point d'atterrissage du convoi de Smyrne, à la capture duquel le ministère, que la question d'argent préoccupait, d'ailleurs, à juste titre, attachait le plus grand intérêt. Ce plan était peut-être un peu hardi en présence de l'alliance de l'Angleterre et de la Hollande; dans tous les cas, pour le mettre à exécution, il fallait que les forces dont nous pouA^ons dis-

poser fussent prêtes avant celles que les alliés comptaient mettre en ligne. A cette époque, où l'organisation des ports n'avait pas encore une très grande solidité, l'armement des bâtiments entraînait de continuelles difficultés. Les magasins n'étant pas approvisionnés, on devait traiter avec les négociants, non pour des besoins futurs, mais pour les besoins du moment. Golbert suivait, avec un soin particulier, ces opérations qui faisaient l'objet d'une correspondance de chacjue jour entre Paris et les ports. Le résultat poursuivi, c'est-à-dire l'armement dune flotte, ne pouvait être atteint qu'au prix des plus grands efforts et d'une extrême habileté de la part des administrateurs chargés de réunir les approvisionnements nécessaires. Or, Pontchartrain avait écarté les collaborateurs de Golbert et de Seignelay, pour les remplacer par des hommes dévoués à sa personne, mais incapables. Ce fut à peine si la flotte, qui ne comptait cependant que soixante-neuf Amisseaux, fut prête au commencement de juin ; à ce moment, les alliés avaient fait leur jonction, et il ne pouvait être question, ni de les bloquer, ni de les battre en détail. Enfin, on apprenait que l'ennemi disposait de forces très supérieures aux nôtres; le ministère dut abandonner les projets ([u'il avait formés. Les vaisseaux armés dans les poris de Rochefort et de Loriont, obéissant aux instructions venues de Paris, étaient réunis à Belle-Isle, sous le commandement du lieutenant-général de Villette, attendant l'escadre de Brest qui n'était pas prête. Si la flotte anglohollandaise venait établir sa croisière sur Ouessant, la jonction ne pouvait plus s'effectuer; d'autre part, rien n'empêchîiit l'enncMni d'albuiner et de biitlre le délachement qui était à Belle Isle. Tourville dut échanger, avec Paris, une longue correspondance pour obtenir que l'ordre fût donné au lieutenant-général de Villette de

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saisir la promir'rc occasion favorable pour se reiKlrc à lîrest. Si rciincnii a\'ait (Hé plus avisé, les vaisseaux mouillés à Belle-Isle auraient été gravcnieni compromis. Des insli'uclions. sifruées i)ar le roi, furent expédiées, le 26 mai, à ïourvillc. La flotte deAait croiser à Tenlrée (le la Manche, « de sorte, était-il dit, qu'il ne puisse entrer ni sortir aucun bâtiment sans tomber au pouvoir des vaisseaux de Sa Majesté ». Le roi, ayant principalement pour but de protéger les côtes de France contre toute insulte, Tourville avait l'ordre formel d'attendre, dans cette croisière, des nouvelles concernant les mouvements de l'ennemi. On attachait non moins d'importance à la prise du convoi de Smyrne. Ce convoi, parti de Livourne le 7 avril, avait été aperçu, un mois après, au large dAlicante, et on supposait, à Paris, qu'il arriverait à l'ouvert de la Manche, au commencement de juin. Il était ordonné à Tourville de ne pas entrer dans cette mer pour se mettre à la recherche de l'ennemi, mais, si celui-ci sortait de la Manche, la conduite que devait tenir le chef de la flotte était indiquée. L'article X des instructions disait : « En cas que les ennemis sortent de la Manche et qu'ils soient en nombre supérieur, Sa Majesté ne veut pas qu'il les attaque : elle veut au contraire qu'il les évite, en ménageant cependant, autant qu'il se pourra, la réputation de son armée navale, et profitant des occasions favorables que sa capacité et son expérience peuvent faire naître, étant certain qu'il peut y avoir des dispositions telles à la mer que le petit nombre peut devenir supérieur au grand . » Le rédacteur, quel qu'il fût, de ces instructions, était évidemment convaincu que , étant en vue de l'ennemi , le chef d'une flotte pouAait, à son gré, accepter ou refuser le combat. Tourville mitàla suite de l'article X l'apostille suivante : « Il serait nécessaire d'être informé du nombre et de la force des vaisseaux de guerre de l'armée enne-

mie ; il ne faudrait pas hésiter à les attaquer, si leurs forces n'étaient supérieures aux nôtres que d'un petit nombre de vaisseaux de six, sept, jusqu'à huit. Comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire au Roi, dès le moment que deux armées sont en présence, en état de se pouvoir reconnaître, il est impossible d'éviter un combat. Quand une armée ennemie voudra engager l'autre et qu'elle aura le vent, dans une saison où la nuit n'est que de trois à quatre heures, et où les coups de vent ne peuvent pas faciliter une séparation, il n'y aurait d'autre expédient que d'abandonner tous les vaisseaux qui ne seront pas fins de voiles, ce qui ne se peut pas pratiquer, car ce serait une manœuvre qui intimiderait de telle manière les équipages, qu'il serait très difficile de les pouvoir rassurer lorsqu'il faudrait combattre; tous les officiers généraux, et ceux qui ont de la pratique à la mer, conviendront de ce fait, et que le meilleur parti (quoique inférieur) est d'attendre l'ennemi en bon ordre et tenir une brave contenance. » Les instructions contenaient encore diverses dispositions dont Tourville fut obligé de démontrer l'inutilité ou le danger. De ces instructions, quelque peu obscures, et sur plusieurs points contradictoires, se dégageaient les ordres suivants : Croiser à l'entrée de la Manche, s'emparer du convoi de Smyrne, protéger les côtes de France et éviter le combat contre des forces supérieures. Comment avoir la pensée de capturer le convoi de Smyrne, alors que la flotte avait un point de croisière dont elle ne pouvait s'écarter que dans des conditions déterminées. Devait-on supposer que l'amirauté britannique serait à ce point audessous de sa tâche, qu'elle ne prendrait aucune mesure pour assurer l'arrivée d'un convoi impatiemment attendu en Angleterre et en Hollande. Ou l'armée ennemie, qui ne pourrait ignorer la position des Français, viendrait

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