‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 64 sur 137 · IIISTdlUE DE LA MARINE FliAM; VISE · texte numérisé non relu

IIISTdlUE DE LA MARINE FliAM; VISE

que sous l'escorte de Tarmée anj;lo-liollandaise tout entière. Or, cette armée, nous avions l'ordre de l'éviter. Le commandant en chef de la flollc alliée, l'amiral Russe], a])rès avoir inutilement chercli(; les Français qui continuaient à se dérober, se dirigea sur les ccMes d'Irlande où il supposait que nous nous étions portés dans le but d'intercepter le convoi de Smyrne. Ayant assuré le passage de cette flotte marchande sur la([uelle l'attention de l'Angleterre et de la Hollande était fixée, il revint vers le sud et, le 2 août, l'armée anglo-hollandaise se trouva de nouveau à petite distance de la nôtre. Lorsque des nouvelles de la flotte ariivaient à Paris, le ministre et ses conseillers apprenaient, avec une vive satisfaction, que nous n'avions pas eu d'engagements avec l'ennemi, mais ils ne parvenaient pas à comprendre que le chef de cette flotte regardât comme dangereux de manœuvrer à la vue des alliés. Tourville était obligé de fournir, à cet égard, de continuelles explications et d'appuyer son opinion, qui eût dû suffire au ministre, sur celle des officiers généraux, laquelle, d'ailleurs, était, de tous points, conforme à la sienne. Qnel(|ues bâtiments anglais ayant paru sur la rade de Bertlieaume, les alarmes redoublèrent à Paris et le ministre parut surpris que la flotte se fût éloignéi» de sa croisière. Tourville écrivit au ministre : « 11 m'a paru, Monseigneur, qu'il n'y a rien eu dans ma conduite pendant cette campagne qui n'ait été approuxi' des officiers généraux et conforme h mes instruclions. et je vous ])rie d'être persuadé que [)ei'sonne n"a plus d'envie (|ne moi défaire quelque chose, mais la connaissance (|ne j'ai du métier m'oblige à prendre des précautions, et j'ai toujours vu les officiers de Paris faire les plus belles entreprises du monde, et fort différents de ce sentiment (|nand ils sont ici; et moi, je suis toujours de même, parce (|ne

i.ivRi: vil 173

je connais Ions les inconvénients ot les ini|)(»ssil)ilil(''s. cl il nie semble (|ne jai assez lait connaître nui honiie volonté an Hoi, (|nan(l j'ai offert de combattre les ennemis avec luiit vaisseanx de moins qu'eux. A l'égard d'une croisière, il est imjiossible de la garder toujours, à cause des chasses (jue Ton donne, des vents contraires, des mouvements (|u"il faut faii-c jtour ('viler uneanné'c ennemie, et des saisons, et si, dans ce dernier coup de vent, j'avais été dans ma première croisière, je serais dans la Manche avec notre armée, et j'aurais eu beaucoup plus de vaisseaux incommodés, en voulant faire force de voiles pour éviter d'y tond^ei', car vous savez comme on a ét(' obligé de raccommoder à Brest tous les mats de la campagne dernière, pour les faire reservir. »

Tourville avait reçu Tordre formel, absolu, de ne pas rentrer avant le 1" septembre, mais le ministre, qui s'occupait des manœuvres de la flotte plus qu'il n'eût été nécessaire, n'avait pas attaché d'importance à des questions qui auraient dû être, de sa part, l'objet dune attention toute spéciale. L'armée avait quitté Bresi avec des vivres en (juantité insuffisante et de mauvaise qualité. Tourville déclarait au ministre, au commencement du mois d'août, que, si des vivres et des rafraîchissements ne lui parvenaient pas très i)ronq)tement, il serait obligé de rentrer dans un port, dût-il combattre, si l'ennemi se trouvait sur sa route. Le nomljre des malades était considérable. Le 13 août, la flotte était sur le point de manquer de vivres : n'en recevant pas au large, elle mouilla sur la rade de Bertheaume. Cette campagne, connue sous le nom de campagne du large, est un véritable chef-d'œuvre: les savantes manœuvres de Tourville firent l'admiration de toutes les marines de l'Europe. L'ennemi, supérieur en forces, n'avait pu joindre la flotte française, ni rien entreprendre sur nos côtes.

174 HISTOIliE DE LA MAHINE FRANÇAISE

Cet immense armement n'aA ait été, ponr l'ennemi, d'aucune utilité, tel fut le sentiment général de l'autre côté du détroit. De toutes parts s'élevèrent des plaintes contre Guillaume dOrange, accusé de trahir les intérêts du peuple anglais ; le nomljre des adversaires du nouveau régime augmenta rapidement. Alors que nos ennemis, eux-mêmes, s'inclinaient devant la suprême habileté du clief de la flotte française, on ne se montrait pas, à Paris, satisfait des résultats de la campagne. Des honinn^s. ne possédant, sur la marine, que des notions très vagues, n'avaient pas la sagesse de s'incliner, ainsi que rcùtfait (^olbert, devant l'opinion dïm amiral de la valeur de Tourville. Le ministre et les bureaux ne parvenaient pas à voir la situation sous son véritable jour; les yeux fixés sur la victoire de Bévéziers, ils croyaient que la marine pouvait tout oser et les combinaisons les plus hardies attiraient seules leur attention. En réalité, à Paris, on accusait Tourville de timidité. La campagne de 1692 nous moidrera les conséquences de ce sentiment que rien ne justifiait ; nous verrons également ce qu'il advient d'une force militaire, ({u'il s'agisse de l'armée ou de la marine, dont la direction est livrée à des hommes (jui ne sont pas à la hauteiu' de leurs fonctions.

Page 1