‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 66 sur 137 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

(levant, à ce moment, disait-on à Paris, rln' (Mic(ji'e dans leurs p<irts, rien ne s'opposerait à rex(''(uli()n de l'opération projetée. Pendant ([ue l'armée n'avale croiserait dans la Manche, surveillant les mouvements de l'ennemi, la flotte de transj)()rts ferait route sous l'escorte du comte d'Estrées, venu de Toulon avec dix-huit vaisseaux. Si. au contraire, nous n'avions jias, au mois d'avril, un nombre suffisant de vaisseaux en état de prendre la mer, l'expédition serait retardée jusqu'au moment où nous pourrions disposer de la totalité de nos forces, c'est-à-dire des quatre-vingt-huit vaisseaux, en y comprenant les dix-huit que le comte d'Estrées devait amener de Toulon. La flotte se mettrait alors à la recherche de l'ennemi pour le combattre ; si une victoire nous rendait maîtres de la mer, l'expédition ferait route pour sa destination. En admettant ({ue le prince d'Orange, à la nouvelle du débarquement de Jacques II, se hàtàt de repasser la mer, son départ enlèverait aux troupes françaises, opérant en Flandre, un ennemi redoutable : si, au contraire, le prince restait à la tète de son armée, on était convaincu, à Paris, (ju'il perdrait son trône, évchiement qui serait immédiatement suivi de la conclusion de la paix entre la France et l'Angleterre.

Nous venons de voir que l'exécution du projet de descente en Angleterre comportait deux manières différentes de procéder. Le roi adopta la première, celle qui consistait à effectuer cette opération dans le courant du mois d'avril. La cavalerie, l'artillerie, les bagages devaient être embarciués au Havre, et l'infanterie dans le petit port de la Hougue. Tourville considérait comme très déhcate la navigation, dans la Manche, d'une flotte qui pouvait compter, si les promesses faites par le ministère étaient tenues, jusqu'à quatre-vingt-huit vais-

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seaux, alors quo nous uuvioiis, sur la côte fmuçaisc, aucun port clans lequel nos bâtiments fussent assurés de trouver un al)ri. Il drdarait même ne A^ouloir y conduire la flotte placée sous son commandement, que sur un ordre de la main du roi. Tourville sentail toute l'inanité de ces plans, dans lélaboration desquels il nélait pas tenu compte des difficultés maritimes ou militaires que pouvait rencontrer leur exécution. Pour la gloire de la France, aussi bien que pour sa propre gloire, Tourville ne demandait qu'à battre les Anglo-Hollandais, et nulle satisfaction n'eût égalé la sienne s'il lui avait été donné de; monlrei' dans la Manche, voire même dans la mer du Nord, son pavillon victorieux, mais il pensait que la France, (''tant en guerre avec les deux plus grandes puissances maritimes de l'Europe, devait se garder d'un excès de confiance qui ne serait plus de la hardiesse, mais de la témérité. Il lui paraissait donc sage, le mouKMit venu, c'est-à-dire lorsque nous aurions achevé nos armements, de maintenir l'armée en croisière sous Ouessant, position qui permettrait de suivre les événements et de profiter de toutes les circonstances favorables pouvant se présenter. Mais le chef de la flotte, tenu en suspicion par les bureaux du ministère, n'était pas consulté.

Nous empruntons aux instructions adressées à Tourville les passages suivants doid la connaissance est nécessaire pour porter un jugement raisonné sur la campagne de 1692 : « Sa jMajesté n eut qu'il (Tourville) mette à la voile, le 25 avril prochain, en quehju'état que soit le Soleil-Bot/al qu'il doit monter, avec le nombre de vaisseaux de guerre, les brûlots et les bâtiments de charge qui seront en estât de le suivre. Après estre sorti de iJrest, Sa Majesté veut (juil entre sans perdre de temps dans la Manche, (|ii'il dé'tache juissystot de son

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