‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 69 sur 137 · I.IVHK VIII · texte numérisé non relu

I.IVHK VIII

ricurcs, ne i)Oiivnil ronsorver l'espoir de les sauver. Trois vaisseaux nwHiiilpreiil à Gherbour-, elles douze autres à la Ilougue. I/enncmi, après avoir iniltilement chassé la partie de la flotte française qui avait franchi le ra/ Blanchard, revint vers Cherbourg et la Hongue. Des trois vaisseaux niouilh's à Cherbourg, deux furent incendiés jiar (les brûlots, et le troisième, qui s'était jeté à la côte, pju- des embarcations. Lorsque les alli(^s parurent en vue de la Hougue, ïourville ordonna de mettre les vaisseaux au plain; les efforts tentés pour les défendre furent inutiles, l'ennemi parvint à les livrer aux flammes.

La bataille de la Hougue fut une journée de gloire pour la marine française ; amiraux, capitaines, officiers, matelots donnèrent les preuves les plus éclatantes de capacité, de courage et de dévouement. Tourville fut admiré même par ses ennemis. Le commantlant en chef de Tarmée alliée, lordRussel, lui écrivit « qu'il le félicitait sur lextrème valeur qu'il avait montrée, en Tatlaquant avec tant dïntrépidité et en combattant si vaillamment avec des forces si inégales ». Les amiraux Sowhel, Ralph de Lavai et Almonde, les deux premiers Anglais, et le troisième Hollandais, louèrent publiquement le courage et l'habileté de leurs adversaires. Dans aucune circonstance, l'œuvre de Colbert n'avait mieux montré sa sohdité que le 29 mai 1692. Si larniée française avait pu, au lieu de laisser quinze vaisseaux en arrière, franchir tout entière le raz Blanchard, jamais succès plus grand n'eût été obtenu, dans une bataille rangée, par une flotte, ayant, axec ses adversaires, une telle disproportion de forces. Jamais aussi on ne vit mieux le sort qui attend les flottes et les armées lorsque, dans la direction imprimée aux opérations maritimes ou militaires, il n'est pas tenu compte de l'opinion des marins et des militaires. Le plan de la campagne de 1692

l'JO HISTOIRE DR l,A MARINE FRANÇAISE

avait ('U' fait, à Paris, par des gens entlioiisiastes, rêvant d'obtenir dos résultats inconnus jusque-là. Pour ces hommes, ([ui ne se rendaient pas compte des conditions de la guerre sur mer, battre l'ennemi n'était rien, si ce succès navait, pour corollaire, quelque entreprise dont l'éclat fit pâlir les triomphes de l'armée de terre. Tourville, par excès de prudence, disait-on à Paris, n'avait tiré aucun parti de la victoire de Bévéziers. Les fonctionnaires, qui dirigeaient la marine, aux lieu et place du ministre inexpérimenté choisi par Louis XIV, déclaraient que les choses se passeraient autrement en 1692, et ils ne craignaient pas de dire que Ion saurait contraindre Tourx'ûie h se montrer plus hardi. La perte de la bataille de la Hougue, tel était le résultat auquel avaient nhouti leurs com1)inaisons. Si ïourville avait été le maître des destinées de sa flotte, il eût attendu, sous Ouessant, les renforts que devaient lui amener le vice-amiral d'Estrées et les lieutenants-généraux de Chàteaurenault et de la Porte : après avoir réuni toutes ses forces, il se serait mis à la recherche de l'ennemi. Ce que la flotte française aA^ait fait, le 29 mai, monli-e ce qu'elle eût été en droit despérer si elle avait combattu les Anglo-Hollandais avec c[uatre-vingt-huit A^isseaux que nous aurions eus, si les armements avaient été bien dirigés. Peut-être alors cette expédition à laquelle la marine avait été inutilement sacrifiée, eût-elle été possible. On ne rencontre que trop souvent, dans les annales de notre marine, des opéralions conçues et préparées par des honmios étrangers au métier de la mer, et ayant, pour conséquence inévitable, des revers. C'est la leçon que nous avons voulu dégager en faisant le récit des circonstances qui onl précédé et amené la bataille de la Hougue.

La marine jouait, depuis vingt ans, ini rôle qui lui avait concilié la faveur publiipic : la b'rance avait en elle

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