‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 70 sur 137 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

mu' rnnl'ianco onliôrc. Le (Irsaslir. sulii pnr noiro flollc. à la HoLigue, survciiaiil ajuvs une longue suili' d»^ succès, souleva une très vive émotion. L-el'lct moral fui donc considérable: ([uanl à la j^erie matérielle, elle n'avait et ne pouvait avoir d'importance dans un pays qui avait pu créer si rapidement une marine. Le roi ne fit pas retomber sur Tourville le poids des fautes commises par lui et pai' son ministre de la marine, Ponlchartrain. 11 ne voulut voir que le résultat de la journée du 29 mai, pendant laquelle quarante-quatre vaisseaux français, luttant contre qua Ire-vingt-huit vaisseaux anglais et liollamlais, avaient infligé à leurs adversaires la perte de deux vaisseaux. Le 27 mars 1693, Tourville reçut le bâton de maréchal de France; on doit ajouter que Louis XIY, éclairé par les événements, accorda, à partir de ce jour, toute sa confiance à ce grand marin.

Au mois de mai de l'année 1693, nous retrouvons le maréchal de Tourville à Brest, à la tète d'une flotte comprenant soixante et onze vaisseaux. On venait d'apprendre qu'un convoi de quatre cents voiles était sur le point de partir d'Angleterre, pour se rendre dans la Méditerranée, sous la protection d'une escorte dont l'importance n'était pas bien connue. 11 fut décidé que l'on tenterait de s'emparer de ce convoi. Le 26 mai, Tourville prit la mer axec soixante et onze vaisseaux et vingt-neuf bâtiments légers qu'il conduisit au mouillage de Lagos. à l'extrémité méridionale du Portugal. Le

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26 juin, dans la soirée, les éclaireurs laissés au lariie, ayant signalé l'approche de la flotte marchande, l'arnK'-e mit sous voiles. Le convoi fut aperçu, le lendemain 27, faisant route irrand largue, avec des vents de nord-ouest, sous Tescorle de vingt-trois vaisseaux anglais et hollandais: à la vue de la flotte française, il se dispersa. Nos ])àtiments firent des prises dont le nombre eût été plus grand si le lieutenant-général Cabaret, (jui avait le commandement de l'escadre légère, composée de vingt-deux vaisseaux, pris parmi les meilleurs voiliers, n'a^-ait pas signalé de former la ligne de ])ataille, alors ([u'il aurait dû chasser le convoi sans observer d'ordre. Le lieutenant-général Gabaret voulait se mettre en position de combattre l'escorte, mais celle-ci, loin de songer à se défendre, se couvrit de voiles et s'éloigna, suivie d'un petit nombre de navires bons marcheurs. Toutefois, trois vaisseaux, deux hollandais et un anglais, furent joints et pris.

Après avoir levé la chasse, Tourville fit route pour entrer dans la Méditerranée. Des (h'tachemenis de noire armée caplurèrent ou détruisirent des navires, appartenant au convoi, ([ui s'étaient réfugiés à Santi Pétri, Gibraltar et Malaga; un vaisseau hollandais, mouiHé à Gibraltar, fut coulé. Le résultat obtenu n'était peut-être pas en rappoi't avec les moyens employés: néanmoins, si on en juge par les plaintes que firent entendre les négociants de l'Angleterre et de la HoUande, le commerce de nos ennemis éprouva un sérieux dommage. « De mémoire d'homme, dit Macaulay, on n'aAait vu, à Loncb-es, une tristesse, une agitation semblable à celle qui s'empara de la cité le jour où îirriva la nouvelle de la rencontre de la baie de Lagos. On vit des marchands, dil un b'-nioin oeul.iii-e, sortir de la lîourse aussi [)àles (|ue s'ils avaient été condamnés à mort. » Les négociants, alleinis

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par cet événement, déléguèrent quel(|ues-iins des leurs pour remettre à la reine, Guillaume III était alors sur le continent, une adress(î dans laquelle leurs griefs se trouvaient formulés. L'opinion se montrait surtout sévère pour les aniinuix aux([uels inc()nd)nil la mission de surveiller la flotte de Hresl: comninil. dis.iil-on, ne s'élaientilspasaperçus (pieccllc ci avait pris la inci-. Le vice-amiral d'Estrées, })arli de Toulon, au mois de mai, avec vingtdeux vaisseaux, avait bloqué, du côté de la mer, la ville de Roses, assiégée par le duc de Noailles. Le 10 juin, après la capitulation de cette place, il fit route pour opérer sa jonction avec la flotte de Brest, mais, apprenant que celle-ci était entrée dans la Méditerranée, il rejoignit le maréchal de Tourville à Toulon.

Quatre-vingt-treize vaisseaux, soixante bâtiments de rang inférieur se trouvèrent réunis; jamais la ville de Toulon n'avait vu et elle ne revit jamais un semblable déploiement de forces. Ce chiffre de quatre-vingt-treize vaisseaux comprenait trente-cinq bàtimenls. portant de quarante à cinquante-huit canons ; sur les cincpiante-huit autres, le nombre des bouches h feu allait de soixante à cent quatre. Des soixante et onze vaisseaux, avec lesquels Tourville avait mouillé sur la rade de Toulon, quarante revinrent à Brest et vingt à Rochefort, à la fin de l'année 1693. Pendant que la totalité de nos forces navales était dans la Méditerranée, les Anglais tentèrent de détruire Saint-^Ialo. Une escadre parut devant cette ville, amenant avec elle un grand bâtiment chargé d'artifices et de matières inflammables. Pendant quelques jours, des bombes furent jetées sur la ville. Le 3 novembre, la machine infernale, ce fut le nom donné au navire incendiaire, se mit en mouvement; entraînée parle vent et le courant, elle s'échoua avant darriver à petite distance des murailles. Peu après, le navire sauta. Il ressort des

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Uîlli'es écrites au sujet de cet événement par le duc de (^luuiliies, gouverneur do la province, que la machine infernale avait fait beaucoup de bruit et peu de mal.

L'affaire deLagos avail exaspéré le commerce anglais. Giullaume résolu! d(^ lenlcr (piehiue entreprise pouvant, par l'importance des ré'sultats, donner satisfaction à l'esprit public. Lorscpi'il reviut des Flandres, en 1693, la saison était trop avancée pour agir, avec des chances de succès, sur nos côtes, mais il fut décidé que, l'année suivante, le port de Brest serait attaqué par terre et par mer. Lc^s ])réparatifs de l'exjM'dition furent faits dans le j)his grand secret. Tourville étant sorti de lirest, le 24 avril 1694, avec cin(|iiaiil('-trois vaisseaux, se rendant dans la Méditerranée, sou d('^part, en laissant le port dégarni de marins et de soldats, favorisait les ])rojels de l'Angleterre. Brest était h peu près sans défense du côté (le la terre et môme du cMv de la mer. Les Anglais, (exactement renseignés sur cette situation, ne doutaient pas du succès de cette entreprise. Au mois d'avril 1694, la flotte anglaise poiivail |)énélrer dans le goulet, le franchir et mouiller sur la rade de Brest, sans être exposée à des ris([ues très sérieux. Ayant des troupes de débarquement, elle se serait facilement rendue maîtresse des deux côtés du goulet. Fort heureusement, la Cour de Sîdnt-riermain fit connaître à Louis XIV les projets de (luillaunie sur notre grand port de rOcéan. Ce fut, dit-on. le (lue de Malborough (jui commit cette trahison envers son pays, non |)ar dévouement h la cause des Stuart, mais en haine du ministère dont il désirait ardemment la chute; enfin, le duc espérait que l'insuccès de l'expédition appellerai I l'idlention sur sa persomie el lui ferait obb'uir un commandement militaire. (a'IIc circonstance inallendue n'eut pas suffi pourpr('server Hrest. si l'expédition étail parlie, an conmiencemenl du mois de

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