‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 71 sur 137 · LIVRE Vllf · texte numérisé non relu

LIVRE Vllf

mai, ainsi (jiio cela avîiil 016 décide par le gouvernement l)iitanni(|uo. La flotte (Hait prête en temps utile, mais 1(! mauvais temps la retint au mouillage. Louis XIV, aussitôt (ju'il connut, d'une manière certaine, les dangers que courait Brest, en informa Yauban (|ui inspectait les côtes de Normandie. Ne comprenant probablement pas la nécessité d'agir avec une extrême diligence, le roi se conlenla de lui prescrire de se rendre dans la place menacée lorsqu'il aurait terminé sa mission. Enfin, le 10 mai, Vauban reçut l'ordre d'aller à Brest: aussitôt arrivé, l'illustre ingénieur se mit à l'œuvre pour fortifier la ville et les dmx côtés du goulet. Vauban disposait des pouvoirs les plus étendus, mais il n'avait pas de lr(juprs. peu d'argent et de très faibles ressources au point de vue du matériel. Ce fut seulement dans l'arsenal maritime qu'il trouva des moyens d'action. « La marine, écrivait-il, nous est une ressource universelle qui nous est d'un secours sans lequel nous ne pourrions être que dans un état de souffrance achevé, car il n'y a plus guère dans la place que ce (|ue la marine fournit. Ju si pies ici je n'y ai trouvé que des gens de bonne volonté ; le corps des soldats me paraît très bien, et j'en ai bonne oi)inion. Les officiers de la marine, qui ne sont pas leurs chefs naturels, les estiment et en ])arlent bien, et ce témoignage-là vaut beaucoup. » Vaul»an s'appliqua, avec une attention particulière, à fortifier Bertheaume et Camaret et surt-out ce dernier point, comme s'il eût eu le pressentiment que là se ferait la descente. Le 16 juin, et l'on voit ce qui serait advenu si l'ennemi s'était présenté au commencement du mois de mai, nous n'avions pas terminé les travaux jugés nécessaires: de plus, il manquait une partie des troupes annoncées par le ministre de la guerre. Toutefois, la situation était modifiée, et les dispositions habiles, prises par Vauban, nous permettaient de combattre les

Anglais avec des chances de snccès. Des deux côtés du goulet s'élevaient des balteries servies par des canonniers de la marine : les chefs d'escadre de Langeron et d'Infreville commandaient, le premier la côte nord, et le second la côte sud. La défense de Gamaret et de Bertheaume était assurée par des troupes s'appuyant sur des ouvrages très solides.

La flotte anglaise, lors(|u'elle était partie de Portsmouth, comprenait les bâtiments aux ordres de l'amiral Berkeley, ayant Brest pqur objectif, et l'escadre, commandée par l'amiral Russel, qui devait se rendre dans la Méditerranée. A la hauteur d'Ouessant, l'amiral Russel fit route pour sa destination, et lord Berkeley mouilla entre Bertheaume et Gamaret. L'ennemi vint immédiatement reconnaître ce dernier point. Le rapport fait à lamiral Berkeley et au commandant en chef du corps expéditionnaire, lord Talmash, ne dissimulait pas que le débarquement s'opérerait difficilement. Mais lord Berkeley et lord Talmash n'en voulurent rien croire; ils étaient, l'un et l'autre, pleins de confiance dans les renseignements donnés par le gouvernement, lequel probablement n'avait pas eu connaissance des travaux exécutés depuis l'arrivée de Vauban. Le lendemain 17, vers onze heures, un brouillard très épais, qui régnait le matin, n'ayant pas permis de mettre plus tôt sous voiles, les bâtiments, appelés à i)rot('ger la descente, entrèrent dans la baie de Gamaret sous un feu très violent de nos batteries, aucpiel les l)àtiments anglais, aussitôt qu'ils furent mouillés, i-ipostèj'ent avec A'igueur. L'amiral et lord Talmash, surpris de la résistance que rencontraient les navires anglais, se deniaiidaieiil s'il ne serait pas sage de renoncer à l'expédition, mais, toujours couA^aincus (jue Brest était sans défense, ils voulurent r(>m|)lir la mission don l ils (Maienl chargés el l'ordic fui donné

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aux cinlmi'calions (le rcscadiv. porlaiil le corps expéditionnaire, (le se (lirif^er vers la lerre. Les preniières troupes déhanpiées l'ui'eid reçues avec une Icllc vi^Miciir qu'il se produisit uu nionieut d'iK'silation dans la l'Ioltille faisant route vers la c()le. Hienlùl les cndiarcatious, qui n'avaient pas encore al)oi'd(''. prirent le I.Mrjj;e, manœuvre promi)lenient imitée par les navires chargés de protégerla descente. Lespertes éprouvées par les Anglais, à terre et sur les bâtiments, étaient de douze cents hommes tués ou blessés ; près de six cents prisonniers restèrent entre nos mains. Une galiote, portant des soldats, fut coulée par une bondje, et une frégate holLandaise, qui s'était échouée, amena son pavillon. Tel fut le résultat d'une expé<lition sur lacpielle (juillaume comptait pour frapper l'opinion publique. Les Anglais, voulant probablement réparer l'échec qu'ils avaient subi devant Gamaret. bombardèrent le Havre, Dieppe et Dunkerque. La ville de Dieppe, construite en bois, fut incendiée: les deux autres places n'éprouvèrent pas de dommages sérieux.

Tourville, ainsi que nous l'avons dit plus haut, était parti de Brest, le 24 avril, se rendant dans la Méditerranée; après avoir franchi le détroit de Gibraltar, il s'était porté sur les côtes de Catalogne pour seconder les opérations de l'armée que commandait le duc de Noailles. Celuici était sur le point de mettre le siège devant Barcelone, que notre flotte devait attaquer du côté de la mer, lorsque l'on apprit la prochaine arrivée de l'amiral Bussel a^ec des forces considérables. Dans ces conditions, le résultat du siège devenait douteux, la ville pouvant être ravitaillée par mer. Le maréchal de Xoailles. abandonnant ce projet, Tourville reçut l'ordre de rentrer à Toulon. En 1695, Louis XIY voulut faire une nouvelle tentative en faveur de Jacques IL Des vaisseaux furent armés à

Toulon, cl on prépara, dans les ports delà Manche et de rOcéan. des navires sur lesquels les troupes devaieni être embarquées. Malgré les précautions i^rises par le gouvernement français, l'Angleterre parvint à connaître le but de l'expédition. Guillaume poursuivit les partisans des Stuart avec une extrême sévérité, et il rendit, par des dispositions militaires l)ien entendues, tout soulèvement im])ossible. Louis XIV se vit coniraint d'abandonner cette entreprise.

Reprenant le cours de leurs opérations contre nos principales places mai'itiines, les Anglais boml)ardèrent Dunkerque, Calais, (Iran ville et Saint-Malo. L'année suivante, ils boud)ardèrent de nouveau Calais, puis Saint-Martin de Hé et Olonne. Des débarquements eurent lieu dans les îles de Houat, d'Hédic et de Croix. Les habiles dispositions prises par le gouvernement empêchèrent l'ennemi de rien entreprendre de sérieux sur nosc(Mes. Telle fut la conduite de FAngleterre jusqu'à la conclusion delà paix, en 1697. iX'ayaid plus d(^ halîiilles navales à livrer, cette puissance A^oulut utiliser les forces considérables dont elle disposait, pour porter la ruine et la .dévastation sur notre territoire. C'était l'ancien système de guerre maritime qui reparaissait, mais il n'avait pas répondu aux esp('r(nices des Anglais. Les temps, en effet, étaient cliangc's. Avec des navires de jictiles dimensions, marchant à l'aviron, lorsipi'il faisait calme ou (pic In brise («tait coidrairc, on pouvait, en arrivant inopin<''mcnt sur un j)()int du littoral ennemi. op(''rer un débai-qucment. prendre une ville, la rançonner et même la détruire avaid ipie l'adversaire fût en mesure de s'y opposer. 1! n'en («tait ])as de même avec les grands navires composant les flottes (|ui tenaient la mer î\ la fin du xvii" siècle, toute c\|)(''(lili()n exigeant des pi'éparalil's qui resUueid rarenieni sccrcis. D'autre [tart. la création

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