LIVRE IX
GuiM-ro delà siirccssion dTspagne. — Dvsasiro do Vigo. — Coiiil.;it do quatre vaisseaux français centre une division anglaise. - Croisières des cnpitaines (te Forbin. Duquesne-Monnier et de Saint Pol. — Engagement d'une division française avec cinq vaisseaux hollandais. — Bataille de Malaga. — Perte de cinq vaisseaux appartenant à l'escadre qui l)loque C.iiiraltar. — Les alliés mettent le siège devant Toulon. — Les Anglais s'emparent de Miuorque. — Croisières du chef d'escadre de Forbin et du capitaine de vaisseau Duguay-Trouin. — Prise de Rio-de-Janeiro. — Croisière du capitaine Cassard. — La paix est signée.
Quelques années à peine s'étaient écoulées depuis la sij^nature du traité de Uyswick que la guerre éclatait de nouveau. Charles II. roi d'Espagne, mourait, sans postérité, le 1" novembre 170U. léguant sa couronne au duc d* Anjou, petit-fils de Louis XIV. Le roi de France, après avoir pris Lavis de son Conseil, accepta le testament hIc Charles IL Cette décision, qui plaçait un prince français sur le trône d'Espagne, causa dans toutes les Cours, qui redoutaient l'agrandissement de la maison de Bourbon, un profond mécontentement. L'empereur Léopold et le roi d'Angleterre auraient immédiatement déclaré la guerre à la France, si le premier ne siHait vu sans ressources, au point de vue des finances, par suite de la longue guerre qu"d avait soutenue contre la France et la Porte Ottomane, et si le second ne sétaitpas rendu compte que
le parlement britannique ne consentirait pas à augmenter la dette publique et à sacrifier le commerce pour donner satisfaction à la baine que Guillaume II portait à Louis XIV. Le roi d Angleterre, les Etats de Hollande, rélecteur de Bavière, la Cour de Lisbonne et le duc de Savoie reconnurent Philippe V. Ce fut au moment où Ton pouvait concevoir l'espérance de maintenir la paix que la conduite imprudente de Louis XIV rendit la guerre inévitable. En apprenant que nous imposions au duc de Mantoue l'obligation de recevoir une garnison française dans sa capitale, Léopold fit passer des troupes en Italie, sous le commandement du prince Eugène, avec l'ordre de commencer les hostilités. Pendant que l'on se battait en Italie , Jacques II mourut à Saint-Germain , et Louis XIV , contrairement à l'avis de son Conseil, proclama le fils du prince décédé comme roi d'Angleterre, sous le nom de Jacques III. Or, la France, par le traité de Ryswick, avait reconnu cette qualité à Guillaume. Non seulement celuici, mais le peuple anglais, considéra comme une injure la décision prise par Louis XIV. Le parlement britannique, dont le roi navait pu, jus(jue-là, vaincre les hésitations, vota toutes les propositions présentées par le gouvernement. En 1702, nous étions en guerre avec l'Angleterre, r Allemagne et la Hollande, puissances auxquelles vinrent bientôt se joindre la Prusse, le Portugal et la Savoie. La France n'était pas en état de soutenir une nouvelle lutte, sur mer, contre l'Angleteri'c et la Hollande réunies. Xoire pays, épuisé par de longues années de guerre, consaci'ail ses dernières ressources à l'armée de terre. Les ([uelques ann('es (jui s'étaient écoulées depuis la paix de Ryswick avaient été, en ce qui concernait la marine, considérées non comme une circonstance favorable pour se préparer h In guerre, mais comme une occasion de faire des économies. La marine anglaise, au contraire, élail dans l'état
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1(^ ])lus l'iorissîiiil : (iiiilliiiiiiic aviiil arciii, dans des |)i()l)Oi-li()iis considcM'nhlcs. les loi'ces navales tic son royaunu.'. L'AiiglclciTC possédait, au moment dé la déclaration de guerre, près de trois cents bâtiments, parmi lesquels on comptait cent soixaute-dix vaisseaux du premier au cinquième rang. Dans ces conditions, nous devions agir avec beaucoup de prudence et d'iiabileté. Or, ce nétait pas par ces qualités que se distinguaient l(;s personnes, étrangères h la marine, ([ui avaient la direction de nos forces navales.
Le début ne nous l'ut pas favorable. Le vice-amiral de Cliàteaurenaull escortait, avec quinze vaisseaux français et trois vaisseaux espagnols, un convoi de galions, venant du Mexique. Cette flotte avait l'ordre d'aller à Cadix. mais ce port étant bloqué par une armée anglo-hollandaise, forte de cinquante vaisseaux, sous le conunandementde l'amiral Rooke, Cliàteaurenault, sur la demande qui lui en fut faite par l'amiral espagnol, se rendit à Vigo. Le commandant des forces françaises, considérant comme un devoir de ne pas s'éloigner avant que le chargement des galions fût en sûreté, et supposant, d'autre part, qu'il serait attaqué par des forces supérieures, établit, à l'entrée de la passe, une estacade, et il fit travaillera la construction de batteries destinées à en défendre les extrémités. Enfin, des vaisseaux embossés en dedans <*t à petite distance de l'estacade, étaient en position de prendre d'enfilade les bâtiments voulant forcer l'entrée. L'amiral Rooke connut promptement le point où se trouvaient les galions et la force de l'escorte. Laissant la moitié de ses forces devant Cadix, il se dirigea sur Vigo, avec vingt-cin(i vaisseaux, et il parut, le 22 octobre, devant l'entrée, alors que nos préparatifs de défense n'étaient pas complètement terminés. Les alliés avaient tenté mie attaque, par terre, sur Cadix, mais battus par
!21i2 HISTOIRE HE i..\ maiîine française
les Espagnols, ils s'claicnt rembarques. L'amiral anglais, s'il ivaA'ail eu que des bàlimenls, aurait pu. en nous altaquanl, siiljir un grave éeliec. mais les Iroiqies donl il disposait ronslilnai(>nl, en sa faveur, un avantage dont il sul tirer parti. Les soldats anglais, mis à terre, prirent à revers les batteries élevées pour défendre l'entrée de la rade et s'en rendirent maîtres. Cet important résultat obtenu, l'amiral Rooke, profitant d'un vent favorable, donna, à pleines voiles, dans la passe, avee tous ses vnisseaux. L'estacade n"étant pas, ainsi que nous l'avons dit, complètement achevée, ne résista pas an choc. A rexception de quehpies vaisseaux, comme le Inn-t, de soixante-quatorze, portant le paA'illon de Château renault, l'escadre française n'était composée que de petits vaisseaux ; deux n'aAaient que quarante-six pièces et un quarante-deux. Les Espagnols avaient trois vaisseaux, un de soixante-dix el deux de cinquante-quatre. Les vaisseaux ejmemis étaient d'un pins fort échantillon que les nôtres. Après un combat très vif, Chàteaurenanll. jngeanl que la lutte était inégale, prescrivit d'évacuer les navires de l'escadre et de les livrer aux flammes. Ses ordres ne purent être complètement exécutés, et cin([ vaisseaux seulement fnrent incendiés. Les Anglo-Hollandais s'emparèrenl ties antres et de sept galions. Le ch.'n'gemenl d'une partie des galions avait été mis à terre et dirigé dans l'inh'rieur sous l'habile et énergique dii'cclion de lienau d'I'Jliçagaray.
Le succès de la mission confiée à Ghàteaurenanlt ('lail au moins problématique ; il serait plus exact dédire qu'il était livré an hasard, l^e (lé|>nrt des galions était annoncé depuis longiemj)s, et aucune ])uissance n'ignorait vers quel port ceux-ci se dirigeaient. Les Anglo-Hollandais blocluaient ('ndix avec des forces considérables, et de uond)reux bâtiments étaient en observation depuis ce
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point jus({u"aiix Sorlingues. Aussi, l'aiiiiial IlooUc aj)pril-il promplement Farrivée des galions à Vigo, dont la i-ado, par une singulière négligence des Espagnols, n'était pas défendue, La Cour de Madrid, après cet événement, changea le mode suivi jusque-là pour Fenvoi en Europe de For du Mexique et du Pérou. On cessa de former des flottes de galions et Fordre fut donné de ne faire (pie de petits convois, partant irrégulièrement et ne devant plus, par conséquent, attirer, au même degré qu'autrefois, l'attention de l'ennemi. Le capitaine Ducasse, commandant le vaisseau YHeureit.r, conduisit, en Espagne, un de ces convois, formé d'un petit nombre de galions et dont le départ avait été tenu secret. Quelques actions heureuses ne firent pas oublier la perte des quinze vaisseaux, pris ou brûlés à Vigo, mais elles honorèrent nos officiers et montrèrent que ceux-ci ne se laissaient pas intimider par le fâcheux état de notre marine et le développement extraordinaire donné, par l'Angleterre, à ses forces navales. Le capitaine Ducasse, avec quatre vaisseaux, F//e?/re?/jr ., quïl montait, V Agréable, le Phénix et VApollon, capitaines de Reucy, de Poudens et de Muin, escortait plusieurs navires, portant des troupes à Garthagène, sur les côtes d'Amérique, lorsqu'il fut chassé, le 29 août, par sept vaisseaux, placés sous les ordres du vice-amiral Bembow. Les Anglais étant au vent, laissèrent arriver sur la division française qui avait pris la queue du convoi ; Fennemi. après un engagement de quelques heures, cessa le feu et serra le vent. L'amiral BemboAv renouvela son attaque le l" septembre, mais nos vaisseaux l'obligèrent de nouveau à s'éloigner. Le 4, eut lieu un troisième engagement dans lequelle Brecla, (jue montait l'amiral Bembow, fut très maltraité. La division anglaise, perdant l'espoir de nous entamer, se rendit à la Jamaïque.
J/amiial Bembo\A-, ne A^oiilant pas admettre que sa division, forte de sept vaisseaux, eût été repoussée pai' les quatre vaisseaux du capitaine Ducasse, prétendit qu'il aA'ait été abandonné. Sur sept capitaines, six, au nombre desquels se trouvait son capitaine de pavillon, furent traduits devant un (^lonseil de guerre.
Le capitaine de vaisseau de Forl)in, envoyé dans l'Adriatique, avec quatre bàtinieiils. j)0ur empêcher les troupes impériîdes de recevoir des approvisionnements par mer, remplit cette mission avec le plus grand succès. Toutefois, comme il usait, à l'égard des neutres, que Louis XIV tenait à ménager, de procédés regardés comme très sévères, on le ra])pela en France. Le capitaine de vaisseau Duquesne-Mounier, son successeur, apprit (|ue la ville d'Aquilée, dans le Frioul, située à sept lieues environ de la côte, contenait de grandes quantités de vivres destinés à Tarmée impériale. Quoique ne disposant que de deux bâtiments et de quelc^ues barques, il prit la d('termination de marcher sur cette ville avec une? ])artic de ses équipages. Cette entreprise, extrêmement hardie, fut couronnée d'un plein succès. Le corps de (lél)ar(|uement s'empara d'Aquilée que la garnison, se croyant probablement en présence de forces supérieures, jdoandonna. Duquesne-Monnier prit ce qu'il put emporter et livra le reste aux flammes. Le capitaine de Sainl-Pol. croisant, dans la Manche, avec quatre frégates, r(Mi('ontra, le 23 avril 1703, un convoi escorté par le vaisseau de cinciuante, le Sdlishiirij, et deux frégates. La (li\isi<)ii IVancîiisc, (|ui élmt au venl. laissji arriver et nlla(|ua innn('diatenient les Anglais. Après un rude coniijat, le vaisseîui et une des frégates restèrent entre nos mains ; la plus grande partie du convoi fut capturée et conduite à Duidcerque. Ai)i'ès un court séjour dans ce |)orl. enq)loyé à réparcn* les avai'ies de sa