LIVRE IX
pai'ul (levaiil Harceloiic, avec liriite vaisseaux, ])()ur appuyer les opérations des troupes ({ui assiégeaient celte ville, mais, apprenant ([ue l'amiral SlioAvel était entré dans la Méditerranée avec des forces supérieures, il revint à Toidon. obéissant à ses instructions qui lui défeiidaienl de ris(juer un combat inég(d. Les Anglais, maîtres de la mer, jetèrent des troupes dans Barcelone et s'emparèrent de l'Ile deMinorque que les Français reprirent, peu après, par un heureux coup de main. En 1706, le sort des armes fut contraire à l'Espagne et à la France. Le maréchal de Yilleroi perdit la sanglante bataille de Ramillies, et Plnlippe Y dut quitter Madrid où son com- ])étiteur, l'archiduc Charles, fut proclamé roi. Louis XIV, craignant de plus grands malheurs, fit de pressantes démarches jjour arriver à la conclusion d'un trait(' de paix, mais les alliés ayant posé des conditions inacceptables, la France fit de nouveaux efforts pour continuer la guerre. La célèbre Aictoire d'Almanza, remportée, le 25 avril 1707. par le maréchal de Berwick, rétablit Philippe V sur le trône d'Espagne, en même temps que Villars et Vendôme battaient l'ennemi sur le Rhin et en Flandre. Les alliés, voulant prendre leur revanche de ces échecs, formèrent le projet de pénétrer dans noire pays par le Davqdiiné. La France, ainsi prise à rcAcrs, eût été exposée, si le succès couronnait cette entreprifie, aux plus grands dangers. Dans un but facile à comprendre, les Anglo-Hollandais insistèrent très vivement pour que l'objectif de cette campagne fut le siège de Toulon, notre grand port sur la Méditerranée. Ce plan fut tenu très secret, et, à Paris, malgré des avertissements venus d'Italie, on se refusait à y croire. Aussitôt que les mouvements de l'ennemi eurent clairement indiqué ses intentions, la population tout entière prêta son concours aux troupes pour réparer les fortifications
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qui tombaient en ruines. La marine, que commandait le lieutenant-général de Langeron, plaça des canons et des mortiers dans les forts et éleva des batteries partout oii les canons de la flotte pouvaient être utilement employés. Les canon niers et soldats de marine furent appelés à servir les pièces dans les forts et dans les batteries. Deux vaisseaux, fortement protégés par des estacades, prirent en rade une position qui leur permettait de balayer les dehors de la place. On jugea nécessaire de couler les Aaisseaux qui étaient dans l'arsenal pour les mettre à l'abri du bombardement.
Le duc de Savoi(^ et le prince Eugène, à la lète de quarante mille hommes, chassèrent les Français de iSlce, entrèrent en Provence et vinrent mettre le siège devant Toulon. Une flotte anglaise, forte de cinquante vaisseaux, aux ordres de Tamiral Showel, bloqua le port. Fort heureusement, les ennemis, dans leur marche sur Toulon, ne s'élaient pas hâtés, ce qui nous avait permis, si ce n'est d'achever, au moins d'avancer nos préparatifs. Quand les alliés se présentèrent, à la fin de juillet 17U7, la place ne pouvait plus être prise que par un siège régulier. Bientôt le maréchal de Tessé, venant du Dauphiné à marches forcées, entra dans Toulon, et il donna aux opérations de la défense une impulsion A'igoureuse. L'amiral Showcl (pii, dans le siège de Toulon, ne voyait <|ue le moyen de détruire l'arsenal, voulail péné'lrer dans la rade, mais les forts de l'entrée l'en empèchaieid. Sur sa demande très pressante, deux de ces forts, (|ui ne pouvaient être facilement défendus, furent enlevés j)ai' l'ennemi. Le 21 aoid, six galiotes, protégées par la flotte anglaise, purent pi'endre position à l'abri de nos batb»l'ies et envoyer des bombes dans l'arsenal. .Nhiis toute espérance d'allcindi-e le l)nl (|U(? se proposait l'amiral anglais ne larda pas à disparaîlre. les aliicV. (N'sespi'raiil
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(lu succès de leur enl reprise, levèrent le siège el se rclirèrcnl dans In nnif du 23 août, ayant perdu environ (|iiin/.(' mille honinies. pai' noire feu. les maladies et les d('sertions. Toul danger se Iroiivail ('cari*'', mais le pori avait, au poiid de vue maritime, subi des pertes qui devaient le mettre, i)endant un temps très long, hors d'état de faire de grands armements. Les flottes ennemies étaient donc libres d'agir, à leur gré, dans la Méditerranée, comme elles étaient déjà en mesure de le faire dans rOci'an. Les Anglais soulevèrent la Sardaigne en faveur de rarehiduc, et attaquèrent Minorque enseptembre 1 708. Une tentative, faite par la France pour secourir lile, ne fut pas couronnée de succès : les Anglais s'en rendirent maîtres, et devinrent par conséquent possesseurs de Mahon où leurs flottes pouvaient hiverner.
La marine était livrée à l'abandon. Les officiers jie touchaient pas leurs appointements; les matelots, les soldats, les ouvriers n'étaient pas payés; ceux qui allaient à la mer, officiers, matelots et soldats ne recevaient qu'une faible part de ce qui leur était dû. Le matériel, existant dans les ports, était employé, mais on ne le remplaçait pas. Le système suivi à la fin de la précédente guerre fut repris; l'Etat passa des contrats avec les armateurs, et il prêta des bâtiments sur les- (piels les officiers de la marine militaire pouvaient s"embar(|uer. Le 28 octobre 1706, le capitaine de Forbiii. croisant dans la mer du Xord, avec quatre bàtimenl.s^ attaqua un convoi escorté par six navires de guerre. Deux de ces navires parvinrent à s'échapper, deux furent coulés et les deux autres tombèrent entre nos mains. Pendant ce rude combat, le convoi avait pu, en forçant de voiles, se mettre hors de notre atteinte. Le 1,3 mai 1707, Forbin, étant dans la ]\Ianclie avec sept bâtiments, qui portaient de quarante-huit à soixante
canons, renconlra un convoi naviguant sous l'escorte de trois A'aisscaux de soixante-dix canons; un de ces navires s'échappa, mais les deux autres furent enlevés à l'abordage. Des corsaires de Dunkerque, qui accompagnaient la division du capitaine de Forbin, capturèrent vingtdeux navires de commerce. Depuis la reprise des hostilités, Duguay-Trouin avait fait la course avec des navires lui appartenant ou sur des bâtiments prêtés par l'Etat. Chaque année avait été marquée par des succès qui lui avaient valu, à la fin de 1706, le grade de capitaine de vaisseau. Le 19 septembre 1707, Duguay-Trouin sorlit de Brest avec six bâtiments; il était accompagné par Forbin, devenu chef d'escadre, qui avait, sous ses ordres, une division de huit bâtiments, armés également en course. Le 21 octobre, à la hauteur du cap Lézard, un convoi nombreux, escorté par cinq vaisseaux, fut aperçu sous le A ent. Après un combat opiniâtre, trois vaisseaux anglais, le Cuinherland , le Chester oiXo, Rubi/ amenèrent leur pavillon ; le Roijal-Oak parvint à s'enfuir et le Dcvonshire sauta. La plus grande partie du convoi tomba entre nos mains. Le succès remporté par Duguay- Trouin et Forbin joua un rôle important dans les affaires d'Espagne. Le convoi, attaqué et presque détruit, le 21 octobre, allait à Lisbonne avec des troupes noml)reuses et un matériel considérable destinés au compétiteur de Philippe V, rarchiduc Charles.
Duguay-Trouin raconte, dans ses mémoires, eu pnilaiil du combat engagé entre un de ses vaisseaux, le Lifs. et le vaisseau anglais le Vumhei'land, un ('pisode (|ui ne doit pas être passé sous silence. « Je ne puis m'enq)ècher, écrit-il, de citer l'action d'un de mes contre-maîtres, qui sauta le premier à bord du Cumberland, par-dessus son beaupré rompu, et qui pénétra à son pavillon de poupe, pour le baisser; il était occupé à en couper la
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drisse, quand il vil f(ualro soldats anglais, qui s'étaienl tenus ventre à terre, s'avancer sur lui le sabre liant. Dans ee ])('ril imprévu, il conserva assez de jugenicnl pour i(4('r à Ja nier le [)avill()u anglais, et pou.r s'y lancer ensuite Ini-nuMue; il eut aussi la présence; d'esprit de ramasser le pavillon dans l'eau, et de gagner à la nage une chaloupe que le Cumberland avait à la remorque; il en coupa le càblot, et, se servant d'une voile qu'il trouva dedans, il arriva vent arrière, et se rendit dans cet équipage abord de V Achille, qui était resté en travers sous le vent, pour se rétablir du désordre où son abordage l'avait mis. Le pavillon dont je i)arle ici l'ut porté dans l'église de Xotre-Dame de Paris avec ceux des autres vaisseaux anglais. » Le 6 novembre de la môme année, Duguay-Trouin, qui avait repris la mer, aperçut un vaisseau anglais, le Glocester, de soixante canons : il l'attaqua et s'en rendit maître, après un combat dune heure et demie, à la vue des navires de sa division qui forçaient dévoiles pour le rejoindre. En 1709, Louis XIY lui accorda, ainsi qu'à son frère, des lettres de noblesse.
Le capitaine Duclerc avait tenté une attaque contre la capitale du Brésil, la ville de Rio-de-Janeiro ; cette expédition, faite avec des moyens insuffisants, s'était terminée par un échec. Le capitaine Duclerc avait signé une capitulation aux termes de laquelle lui, ses officiers et ses soldats devaient être renvoyés en Europe et échangés. Violant la parole donnée, les Portugais mas-
sacrèrent le capitaino Diiclerc et une partie de ses hommes, et ils jetèrent les autres dans des prisons faites pour les pires criminels. Duguay-Trouin. représenlanl une société d'armateurs, demanda au ministre de la marine l'autorisation de renouA'eler Fentrcprise que le capitaine Duclerc navait pu mener à bonne fin. Cette proposition, qui devait avoir pour conséquence de venger nos soldats, lâchement assassinés, et de faire à la couronne de Portugal un mal considérable, fut agréée par le roi. L'Etat prêta des bâtiments « carénés et en ])on état, avec leurs garnitures, rechanges, agrès et ap- ]»araux, canons, armes et minutions nécessaires pour une campagne de neuf mois ». Ces navires furent armés, au personnel, dans les mêmes conditions que s'ils avaient été destinés au service de l'État. La Compagnie (hîvait payer la solde et les vivres, pour les officiers mariniers et marins, les vivres seulement pour les soldats, et le traitement de table ainsi que la différence entre la solde à terre et la solde à la mer pour les officiers. Une part sur les bénéfices, s'il y en avait, était attribuée à l'Etat. Les capitaines et les officiers des bâtiments prêtés à la Comj)agnie étaient pris dans le corps de la marine, et désignés par le ministre, sur la proposition de Duguay-Trouin. Toutefois, celui-ci pouvait présenter, pour exercer un commandement dans son escadre, trois capilaines de corsaire, d'une valeur reconnue, auxquels ri']lat s'engageait à donner un grade dans la marine, pour la durée de la campagne. La Cour de Lisbonne. iid'oi'UK'e de nos projets par le gouvernemeni anglais, se bâta d'expédier à llio-de-Janeiro un navire, ])ortcur d'instructions prescrivant aux autorités marilimes et militaires de ne rien négliger pour assurer la (h'-fensc delà rade el de la ville. Le gouverneur j)orlugais. ayani, à sa disposilion, d'une part, un lUidériel considi'-
rallie, cl. (raiitic pari, un giaiid nombre de iS'oirs. fil ('lal)lirclcs retranchemeiils et élever ries batteries parloul ofi il supposait que nous poumons l'attafpior.
])uj.ruay-Ti'ouin pat-lit de la Uochcllc, IcOjiiiii. avccles vaisseaux le Jjjs, le Magnanime, Y Achille, le lirillanl, le (Uorieu.v, le Ficb'le, le Mars, les j'n^jzates WVrijoudiile, Y Aigle, Y Amazone, la JJellone, YAsfrt'e, la Concorde, et les corsaires le Chancelier et la Ciloriense. Duguay-Trouin montait le Lgs, de soixante-quatorze, et les autres navires, en suivant Tordre indiqué plus haut, étaient commandés par les eapilaines de Courserac, de Beaune, de Gouyon, de Lajaille, Lamoinerie, Miniac, de Locite Danycan. Dubois de Lamotte. de Lamare Deean, Du Chesnay Lefe/, Kerguelen, de Rogon, de Pradel Daniel, Durocher Danycan et de Laperche. Le 12 septembre, au point du jour, Fescadre arriva devant Rio-de-Janeiro. Duguay-Trouin, ne voulant pas laisser à l'ennemi le temps de se reconnaître, résolut immédiatement de forcer la passe. Le capitaine de Courserac, qui connaissait l'entrée, reçut l'ordre de se placer à la tête de l'escadre, et deux vaisseaux furent désignés pour le suivre. Duguay-Trouin prit le quatrième rang, ce qui permetlait, ainsi qu'il le dit, « de voir ce qui se jjassait de la tète à la queue ». Il prescriA'it aux autres capitaines « de marcher les uns après les autres, suivant le rang et la force de leurs vaisseaux » . Ces dispositions furent rapidement prises et l'escadre franchit la passe en répondant avec vigueur au feu de l'ennemi. « Le capitaine (le Courserac, écriA'it Duguay-Trouin, s'est acquis une gloire particulière dans cette action, par la bonne manœuvre qu'il a faite et la fierté avec laquelle il nous a montré le chemin. » Aussitôt que la passe fut forcée, (piatre vaisseaux qui, jusque-là, avaient joint leur feu à celui des forts de l'entrée, coupèrent leurs câbles et
226 HISTOIRE DE LA MARINE l-RANÇAISE
allèrent s'échouer sous les hatteries de la ville. Après laclion luarilime vint raclion militaire. Le 13, dos batteries, jjouvant battre la ville et les forts qui la défendaient, furent établies sur l'ile des Chèvres; des vaisseaux prirent position pour les appuyer et protéger le d('i)ar(piement. Le lendemain, deux mille cent cin- (| Liante soldats et six cents matelots armés furent mis à terre. Nos troupes, après avoir battu l'ennemi, entrèrent dans la ville qu'elles trouvèreid abandonnée; les habitants avaient fui dans les montagnes, enq)ortant ce qu'ils avaient de plus précieux. Trois cent cinquante hommes, appartenant à la mission Duclerc, avaient brisé les j)ortes de leur prison et s'étaient répandus dans la ville qu'ils pillai(;nt. Après les avoir réunis, on les envoya, sous bonne escorte, dans un des forts que nous occupions. Le 23, les ouvrages qui défendaient l'entrée tombèrent en notre pouvoir. Le gouvei'neur, comme sil eût été saisi dune véritable terreur, n'osait pas nous attaquer, (pioi(iu'il disposât de forces plusieurs fois supérieures aux nôtres. Le commandant de l'expédition était, non seulement un chef militaire, mais aussi le représentant d'une société commerciale dont ILtat faisait partie. Il fallait trouver des bénéfices auxquels le ministre de la marine, Jérôme de Pontcluu'train, tenait autant que les armateurs eux-mêmes. Or, les plus riches magasins avaient été pillés ou incendiés ; dautre part, on ne pouvait occuper la ville dans laciuelle nous avions trouvé très peu de vivres ; enfin, la faiblesse numérique du corps expéditionnaire ne nous permettait pas de pénétrer dans l'intérieur. Duguay-Trouin, qui portait le poids dune lourde i'esp<)ns;d)ililé, lit dire «m gouverneur cpie la ville s(M'ait détruite s'il ne se décidait à la racheter par une conlrihntion. Des |)()nrpiU'lers fnrent engagés, puis interrouipns; des mouvements hardis, exécutés par nos