LIVRE IX
lr<)ii|tes. fii'eiit cesser les hésitations du gouveiiiciir (|iii dépêcha, auprès de Duguny-Trouin, doux pei'souuages, l'un militaire et l'autre civil, pour reprendi'e les négociations. 11 fut convenu que la ville paierait six cent mille cruisades et livrerait cinq cents caisses de sucre. Le 1 1 novemhre, le p.'iienienl de la conlrihulion ('tant effectué, Duguay-Trouin tennina ses derniers préparatifs et, le 13, il mit à la voile. Deux hàtiments, une prise et un des navires de l'expédition, la Concorde, chargés de marchandises qui ne pouvaient être vendues que dans les mers du sud, firent route pour celte destinalion.
Xousavions trouvé, àRio-dc-Janeiro, unofficier. (jualre gardes de la marine et trois cent cinquante hommes, provenant de l'expédition Duclerc ; quelques soldats et les autres officiers avaient été envoyés, parles Portugais, dans la haie de Tous-les-Saints. Duguay-Trouin se proposait de les délivrer et de frapper la ville d'une contrihution, mais, arrivé à la hauteur de la haie, après quarante jours d'une traversée très pénible, il se vit dans la nécessité, n'ayant plus que les vivres nécessaires pour aller en France, de continuer sa route. Dans les parages des Açores, l'escadre qui. jusque-là, avait navigué en bon ordre, reçut plusieurs coups de vent d'une extrême violence, à la suite desquels elle se trouva dispersée. Duguay-ïrouin mouilla, sur la rade de Brest, le 6 février 1712, avec les Aaisseaux le Lys, le Brillant et les frégates V Amazone, Y Argonaute, VAstrèe et la Dellone; les autres bâtiments, incommodés par le mauvais temps, avaient été obligés de chercher un port de relâche. Malheureusement deux vaisseaux, l'un de soixantefjuatorze et l'autre de soixante, le Magnanime et le Fidèle, ne reparurent plus. Le premier était commandé parle chevalier de Courserac, signalé par Duguay-Trouin.
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pour sa belle conduite, lorsque l'escadre avait pénétré dans la rade de Rio-de- Janeiro. L'entrée de vive force dans celte ratle nous avait coûté trois cents hommes hors de combat, et la traversée de retour nous enlevait deux vaisseaux avec leurs équipages et les troupes passagères, soit environ deux mille hommes. Cette expédition, dont le succès militaire était roman juable, fut très fructueuse au point de \i\e commercial; elle nuisit, en outre, aux opérations des alliés, en pi'ivant le Portugal des troupes qu'il avait envoyées au Brésil et des ressources qu'il tirait de ce pays.
Le capitaine de corsaire Cassard avait débuté dans la carrière, en 1686, et, jusf[u'au jour de la conclusion du traité de paix de Ryswick, il n'avait cessé de naviguer. Ayant pris part à l'expédition de Carthagène, sous les ordres de Pointis, sa conduite avait été récompensée par le grade de lieutenant de frégate. Lorsque vint la gvierre de la succession d'Espagne, Cassard se montra le digne émule des Saint-Pol, des Forbin et des Duguay-Trouin. Croisant dans la ÏNIanche et dans l'Atlantique, il capturait des bâtiments de commerce, après avoir enlevé, à l'abordage, les navires de guerre qui les escortaienl. Cassard se distingua, d'une manière j)arliculière, dans la Méditerranée, en escortant des convois de grain, inq)atiemment attendus dans notre pays, menacé de la famine. Attaqué, plusieurs fois, dans l'accomplissement de ce service, par des forces supérieures, il sauva, grâce à son courage et à son iial)ilel(', les navires marchands confiés à sa garde, ainsi (|ne les forces militaires placées sous son comniandcincnl. I"]n 1712. Cassard, connu alors comme lui honune d'une capacité éprouvée, fit, à Toulon, un (u-mement en course, comprenant trois a aisseaux, trois frégates et deux ])elits bâtiments, avec lesquels il ])rit la mer. à la fin de mars, l'aisanl roule sur rarchipel
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(lu (]aj»-V('iL Celte division s'empara ries loris rie la Praya, dans lile de Saii-Vaf:o. L(^ iroiivernciir poi-luj/ais, après avoir donné sa parole de payer u'ne rançon, sélanl enfui dans les montagnes avec les habitants, Cassard fit sauter les forts et prit les mai-chandises que contenaient les magasins delà ville. Se dirigeant alors vers les côtes d'Amérique, il alla([ua avec succès et mit à contribution Surinam. Essequebo, Berbice, sur les côtes de la Guyane, Anligue el Montferral, dans les Antilles, Sainl-Enslacbc et Curaçao, dans le golfe du Mexique. Sa division étail devenue la terreur des colonies anglaises, portugaises et hollandaises. Cassard revint en France, livrant, sur sa route, nn combat avantageux à des forces supérieures. Cette campagne lui valut le grade de capitaine de vaisseau . A cette époque malheureuse de notre histoire, la marine militaire n'existait guère que de nom. Les seules combinaisons, faites par le ministre, Jérôme de Ponlchartrain, consistaient à tirer quelque argent du matériel contenu dans nos arsenaux. On vendait, à vil prix, les bâtiments qui avaient besoin de réparations, voire même des voiles et des cordages. Non seulement l'Etat prêtait, contre une redevance, des navires pour faire la course, mais aussi pour porter des marchandises ; on créait des charges, pour la plupart inutiles, dans le seul but de les vendre. Les officiers, matelots et soldats, ainsi que les fonctionnaires de l'ordre civil, ne recevant pas leur solde, étaient dans la position la plus pénible. Les ouvriers en état de gagner leur vie, en travaillant chez des particuliers, disparaissaient des arsenaux; il ne restait que les incapables, vivant, puisqu'on ne les payait pas, dans la plus affreuse misère. Le commerce maritime était complètement ruiné. La navigation au long cours aA'ait cessé et l'apparition très fréquente, sur nos côtes, des navires de guerre de l'ennemi et de nombreux cor-
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saires, rendait le cabotage, si ce n'est pas impossible, au moins très difficile. La course, qui était devenue une des formes du commerce, allait, chaque jour, se ralentissant, parce (|u'clle ne donnait plus que 1res peu de profil. Sur terre, après des alternatives de succès et de revers, la fortune des armes s'était déclarée pour nos adversaires, et le danger de l'invasion de notre sol par les coalisés se dressait menaçant devant nous. Des circonstances inattendues vinrent atténuer, dans un sens favorable, la crise que nou^ traversions. Joseph P'" étant ]nort, le 17 avril 1711, sans laisser de postérité mâle, rarcbiduc Charles, le compétiteur de Philippe V, fut appelé à porter la couronne impériale. Le système d'équilil)re, adopté par les Cours alliées, ne permettait pas que ce prince réunit à ses Etats toute la monarchie espagnole. D'autre part, il se produisit dans la politique intérieure de l'Angleterre, un changement qui modifia la situation des belligérants. Les Wighs, à la tête desquels était le duc de Malborough, tout puissants depuis la révolution, furent remplacés par les Tory s.
Le nouveau cabinet se trouA^a composé d'hommes qui regardaient la paix comme nécessaire: nous nétions pas, en effet, les seuls à souffrir. Si, à la fin de la guerre, les armateurs français n'osaient faire des armements en course, il n'en avait pas toujours été de môme. Outre les Saint-Pol, les Forbin. les Duguay-Trouin, les Ducasse, les Cassard, des corsaires, commandés par des capitaines braves et habiles, avaient tenu longtemps la mer. Les négociants et les armateurs, ruinés par la guerre, ne cessaient de se plaindre. L'Angleterre, ayant i)ris l'engagement de soudoyer la coalition, faisait face à la |)lns grande parlie des (lé|)eMses militaires. La dette ])ulili(|ue allait croissani, el il devenait douteux que les Anglais fussent longtemps encore en étal de
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payer les lourdes charges qui pesaieul sur eux. Le gouvernement anglais entama, avec le cal)inet de Vorsailles, des négociations secrètes dans lesqnclN's furent élaltlies les conditions principales du Iraih'' ([ne ces deux puissances s(^ ])roposaienl de conclure. Les troupes britanniques abandonnèrent la grande ai'Uiéc de la coalition dans les premiers jours de juillet 1712. L'importante victoire remportée, un mois après, par Villars à Denain. détermina les alliés à suivre l'exemple de l'Angleterre. L "empereur seul resta les armes à la main.
La ville de Dunkerque, devenue la terreur du commerce anglais, paya cher la gloire qu'elle s'était acquise: une des clauses du trait(' conclu avec l'Angleterre nous obligeait à combler son port. La France dut céder à cette puissance la baie et le détroit de IHudson, File Saint- Ghristophe, l'Acadie et File de Terre-Xeuve. Nous conservions le droit de construire des cabanes pour sécher le poisson péché sur une certaine étendue de la côte. L'Espagne abandonna Gibraltar et Fde de Minorque : elle dut. en outre, subir une condition dans laquelle se révèle Fàpreté du commerce britannique. L'Angleterre " exigea que le droit exclusif de porter, pendant trente ans, des nègres aux colonies espagnoles de l'Amérique, lui fût concédé ; sans l'acceptation de cette clause par l'Espagne, les hostilités n'eussent pas cessé. La paix fut signée entre la France et l'empereur, le 6 mars 1714.