‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 81 sur 137 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

nous i'('('l;iiiii()iis. rcscadi'c i-cviiil à Toulon cl fui désarmée.

Stanislas, appelé au Irone de Polo^^^ne à la mort ilAuguste II, vit son élection attaquée par la Russie et l'Autriche. Le succès de son concui'rent, Auguste III, menaçait rindépendance delà Pologne. La France avait intérêt à soutenir la cause de Stanislas; on ne pouvait, d'autre part, se dissimuler les difficultés de cette entreprise. 11 fallait envoyer une arnic^e en Pologne et, dans cette hypothèse; traverser une partie du continent européen, ou transporter cette armée par mer. En France, l'armée et la noblesse réclamaient hautement l'intervention du gouvernement. Le cardinal Fleury. n'osant s'opposer à ce courant d'opinion, déclara la guerre à lAutriche (|ui prêtait son appui au concurrent de Stanislas, et, quoiqu'il eût la A'olonté bien arrêtée de ne pas se mêler des affaires de Pologne, il fit partir, pour Dantzick, où s'était réfugié le nouveau roi, le capitaine de vaisseau Dubois de Lamotte avec une division navale, portant quinze cents hommes. Dubois de Lamotte apprenant, à son arrivée dans la Baltique, que la ville de Dantzick était assiégée par trente mille Russes, conduisit sa division à Copenhague. Notre ambassadeur au Danemark, le comte dePlélo, olîéissant à des sentiments chevaleresques, se mit à la tête du faible détachement envoyé de Franx^e, et tenta de pénétrer dans la ville de Dantzick en forçant les lignes russes. Il fut tué ainsi que la plus grande partie des hommes qui l'accompagnaient.

Vn rapport adressé au roi, en 1730, par le comte de Maurepas, nous apprend que le budget du ministère de la marine ne dépassait pas le chiffre de neuf millions par an. Or, sur cette somme, les galères, regardées depuis longlemps comme inutiles, prenaient un million six cent mille hvres. On consacrait un million sept cent

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mille livres aux difl'érents services indiqués, ainsi (|iril suit, dans le rapport du ministre, « ai)poinlemenls des officiers majors et des troupes, solde du soldat et vivres ])oui' leur subsistance et habillements, fortifications et dépenses (jui y sont nécessaires, y compris Tarmement des vaisseîuix qui sont destinés tous les ans aux colonies » . Puis venaient des dépenses concernant les pensions et les appointements des officiers de tout grade, la solde des officiers mariniers et du personnel des arsenaux, les hôpitaux, loyers de magasins, etc., etc. On arrivait ainsi au chiffre de six millions et demi, sans avoir prévu d'autre armement que celui des rares navires envoyés, tous les ans, aux colonies, ainsi qu'il a été dit plus haut. 11 restait alors une somme d'un peu plus de deux millions, « employée, disait le ministre, à la construction, entretien et radoub des vaisseaux ». Ainsi nous avions des officiers qui ne naviguaient pas ; comment exiger de ces officiers, la guerre survenant, des connaissances qu'il ne leur était pas donné d'acquérir. La même observation s'appliquait aux officiers mariniers et aux marins des spécialités. Voilà pour le personnel. Si nous passons au matériel, nous voyons (|ue le noiubre des vaisseaux, frégates, corvettes et bricks ne dépassait pas le chiffre de cinquante et un. Or, au même moment, l'Angleterre avait cent soixante-neuf bâtiments de guerre en état de ]irendre la mer et quarante en construction ou en réparation, ces derniers [)Ouvant être prêts dans un temps très court.

Tia Cf)ntiinielles difficult('s sélevaient entre les Cours de Madrid et de Londres. Les négocijuils anglais ne voulaient pas admettre que leur gouvernement ne fil pas dis])araitre, même par la force, les obstacles pouv;mt empêcluîr leurs marchandises de pc'nétrer sur les marchés étrangers. Lors de la conclusion du traité d l trecht,

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la Cour de Londres avait stipulé que le commerce anglais nurnil le droit, chn({U(! année, d'envoyer à Porto-Bcllo un navire (Je cim[ cents tonneaux, portant des marcliandises d'Europe . Les Anglais expédièrent d'abord un navire dont le tonnage dépassait celui (jui était indi(|ué dans le traité, puis plusieurs navires. Vu seul mouillait à Porlo- Bello, mais celui-ci, à mesure que la cale se vidait, recevait, par des cludoupes, le chargement des autres bâtiments qui étaient à l'ancre non loin de là. Poussé par lamour du gain et enhardi, d'autre part, par la faiblesse des autorités espagnoles, le commerce anglais expédia sur les côtes du Mexique et de la Terre-Ferme, des navires qui inondèrent le pays de marchandises. Devant cette violation formelle des traités, l'Espagne finit par s'émouvoir : des bâtiments garde-côtes, chargés de la surveillance du littoral, capturèrent des navires contrebandiers. Dans cette lutte, des violences furent commises, de part et d autre, contre les personnes. Aussitôt que ce commerce illicite fut gêné, Londres retentit des plaintes des négociants. LAngleterre, qui avait fait l'acte de navigation, ne voulait pas reconnaître à l'Espagne le droit de fermer ses colonies au commerce étranger. Le ministère britannique, profondément convaincu de l'injustice des réclamations qui lui étaient adressées, s'efforça de calmer les esprits. D'autre part, l'Espagne, animée du désir de conserver la paix, fit des concessions; le traité du Pardo, signé le 10 janvier 1739, ne mit pas fin aux difficultés pendantes. Le commerce anglais ne voulait pas se contenter des avantages accordés par l'Espagne ; il voyait des bénéfices qui lui échappaient et aucune autre considération ne pouvait le toucher. Cette cause, quelque mauvaise qu'elle fût, trouva des défenseurs dans le parlement. Des membres de la Chambre Haute et de la Chambre des Communes décla-

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l'èrent qu'ils cesseraient de siéger si les slipiilnlions du traité du Pardo, qui réglaient les rapports commerciaux entre les deux nations, étaient maintenues. Le premier ministre, Walpole, qui voulait rester au pouvoir, s'inclina. nu()i(|u'il ne se Tùt i)roduit aucun incident depuis la signature du derni(>r traité de paix, la Cour de Londres déclara la guerre à l'Espagne. Les débuts furent loin d'être favorables à l'Angleterre. Le gouvernement, pour donner une première satisfaction à l'opinion publique, avait décidé que les premières opérations seraient dirigées contre les colonies espagnoles de l'Amérique. L'amiral Anson, qui devait se rendre sur les côtes occidentales de l'Amérique du Sud, perdit presque tous ses bâtiments ; l'amiral Vernon échoua devant Garthagènc ; enfin, la mai-ine marcliîuide subit des pertes très sensibles. Les Anglais accusèrent de ces insuccès le ministère (pii fut renversé. Le nouveau cabinet, sachant ce que l'on attendait de lui, demanda pour les différents services de la marine des sommes considérables que le Parlement s'empressa de lui accorder.

La marche que suivait l'Angleterre maritime et commerciale depuis la conclusion du traité d'Ud'echt, en 1713, montrait l'étendue de la faute que le gouvernement de Louis XV avait commise en négligeant la marine. Il était facile de prévoir que la Cour de Londres ne nous Irailerait pas avec plus d'égards que l'Espagne, le jour où les circonstances lui permetiraient de nous aHa(|uer avec avantage. L'occasion attendue de Tau Ire voir du d('troit ne devait pas tarder à se pi'ésenler. L'cinpiM-iHir Charles YI, dernier prince de la maison d'Autriche, mourut le 20 octobi'c 17iO. L'Europe avait garanti la Pragmatique Sanction <|ui assurait les droits de l'archiduchesse Marie-Thérèse, mais à peine l'enqiereur (Hail- 11 descendu dans la tondje ([ue sa fille se trouvait en

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prcscnco do iionihrcux comciutchIs. En 1741, i'iiii (Triix, l'électeur do Bavière, soulenu par l'Espafjne et la France, altaqua rAutriche. L'An^detorro. salisfailo do nous voir engagés dans une guerre rontinenlaie, suivaiiles événements sans se déclarer. Toutefois, sa diplomatie? faisait de conlinuels ol'forls pnui" augnioiilor nos (Mubai-ras en Europe.

Depuis (|ue rAngloterro avail (h'-clari' la guerre à l'Espagne, le budget de uotre marine recevait un supplément do trois millions. Les constructions neuves et les réparations absorbaient une partie de cette somme, et le reste était consacré aux armements. L'Angleterre, quoi(iu'elle fût en guerre avec l'Espagne, se conduisait, à l'égard des neutres, avec l'arrogance cpii lui était habituelle; sa marine inquiétait nos navires marchands, et, sous de vains prétextes, attaquait nos bâtiments de guerre. Une escadre, placée sous le commandement du lieutenant-général d'Antin, se montra dans la mer des Antilles pour protéger notre commerce pendant que les Anglais opéraient, avec des forces considéraliles, dans le golfe du Mexicpie, contre les possessions espagnoles. Un détachement de cette escadre, comprenant trois vaisseaux et une frégate, sous le commandement du capitaine de vaisseau de l'Epinay, Acnait de quitter Saint- Domingue pour se rendre à la ^Martinique lorsqu'il aperçut, devant lui, six vaisseaux anglais. Le capitaine d'un de ces bâtiments, après avoir inutilement sommé le capitaine do lEpinay do mettre en travers, lui envoya des boulets. Le navire français, ayant répondu par une bordée, rengagement devint général; on se battait depuis quelques heures lorsque les Anglais, cessant le feu, se placèrent hors de portée. Au jour, une embarcation conduisit, à bord du vaisseau que montait le capitaine de l'Epinay, un officier chargé de lui présenter les

excuses du chef de la division aufïlaise. Celui-ci avait cru, disait l'officier, (juil se trouvait on présence de navires espagnols dissimulant leur nationalité.

Le cardinal Fleury mourut en 1743. Honnête, désintéressé, économe des deniers de l'Etat, le cardinal sacrifia la dignité et la sûreté de la France à son désir de conserver la paix. Il négligea la marine, non seulement "parce qu'il voulait éviter la dépense, mais aussi pour donner satisfaction à l'ombrageuse susceittibililéde l'Angleterre. Après le règne de Louis XIV, la France, épuisée, appauvrie, éprouvait le double besoin de recouvrer ses forces et de refaire ses finances. Une politique pacifique étaitla consé(iuence naturelle de cette situation; mais, sous la régence aussi bien que sous le ministère du cardinal Fleury, la mesure fut dépassée, et l'excès de prudence conduisit à l'abaissement du pays. Louis XY déclara qu'il n'aurait plus de principal ministre, mais, incapable de se livrer au travail qui eût été nécessaire pour donner une direction à son gouvernement, il laissa chacun des secrétaires d'Etat agir en maître dans son département. Le comte de Maurepas, lorsqu'il ne fut plus soumis à l'autorité du cardinal Fleury, se montra plus actif (pi'il ne l'avait été jus([ue-là: mais, en 17i-3, la guerre était proche et le peu de l(Mn|)s (pii nous en séparait n'aurait pas permis, même à un ministre habile, de modifier sensiblement la situation de notre marine. Dans le courant de cette même année 1743 (pii vit mourir le cardinal Fleury, deux vaisseaux et une frégate, sous le commandement du capitaine de Caylus, faisaient route pour entrer dans la Médilerr;mée lors(|ue. à petite distance du détroit de Gibraltar, trois vaisseaux anglais furent aperçus. Vers onze heures du soir, le cai)itaine d'un de ces bâtiments bêla un vaisseau fran(;ais, l'invitant à mettre en panne pour attendre une embarcation

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(|iii allait se niclli'c à son hoid. La réponse du capitaine français ayant été noijativc, le vaisseau anglais ouvrit le feu; peu après les trois hàtimenls français étaient attaqués. L'eniragenienl dura plusieurs heures. Au jour, un officier, venu dans un canot portant pavillon parlementaire, présenta au ca})itaine de Caylus les excuses de l'officier conunàndant la division britannique ; celui-ci avait pris nos bâtiments pour des navires espagnols. Les choses ne s'étaient pas passées autrement, lors de l'attaque des vaisseaux que commandait le capitaine de l'Epinay. Lorsque les bâtiments de guerre des deux nations venaient à se rencontrer, il était rare qu'il ne se produisit pas des incidents, dans lesquels les droits des neutres étaient complètement méconnus par la marine britannique. Quelquefois, nos officiers irrités prenaient rinitiative et obligeaient les navires de guerre de la Grande-Bretagne à saluer le pavillon français.

Douze vaisseaux espagnols, commandés par le chef d'escadre don José Xavarro, étaient mouillés sur la rade de Toulon, attendant, depuis plusieurs mois, une occasion faA'orable pour appareiller. L'Espagne avait, en Italie, des troupes avec lesquelles elle ne pouvait communiquer que par mer. Don Navarro avait reçu l'ordre de leur porter des renforts et des munitions, mais une flotte anglaise, forte de trente vaisseaux, sous le commandement de l'amiral Mathews, croisant près de Toulon, exerçait une surveillance très active sur les mouvements

de l'escadre espagnole. En présence de l'inégalité exislanl entre les forces qu"il comniandail el la flotte anglaise, don ?savarro ne jugeait pas prudent de prendre le large ; il était d'autant moins disposé à le faire, que ses vaisseaux, au double point de vue du matériel et du personnel, étaient dans l'état le plus fâcheux. Nous aA'ions, sur la rade de Toulon, une escadre à la tète de laquelle était le lieutenant-général Labruyère de Court. Cédant aux instances de l'Espagne, Louis XV décida que don Navarro serait escorté par> cette escadre jusqu'à l'entier accomplissement de sa mission. Le lieutenant-général Lid)ruycre de Court et don Navarro appareillèrent le 11) février 1744, le premier ayant quinze vaisseaux sous ses ordres, et le second douze. Don Navarro, déclinant la proposition, faite par l'amiral français, d'entremêler les vaisseaux des deux nations, l'escadre espagnole forma l'arrière-garde. Le 22, la flotte anglaise, forte de vingtneuf vaisseaux, fut aperçue au vent: elle laissa immédiatement porter sur notre armée, rangée en ligne de bataille. L'avant-garde anglaise prit position à la hauteur de notre première escadre, et le centre, directement placé sous les ordres du coniniiiiKlaiit en chef, l'amiral Malhews, s"ari'èta par le li-avers de notre arrière-garde, c'est-à-dire des Espagnols. L'action s'engagea vers denx heures. Lue heure après, le iieuleiiaiit-gcMié'ral de Court, voyant ([ue l'(U"mée anglaise ne remontait pas le long de notre ligne, et craignant que l'escadre espagnole ne fût attaqu('(i à la fois par le centre et l'arrière-garde de l'ennemi, fit à son avant-garde, commandée ])ar le chef d'escadre Cabaret, le sign.d de virer de bord. Soit (pie la faiblesse de la brise rendit celte manoeuvre inqu)ssil»le ou (|ue le sigiuil M'eût pas ('t('' \\\. cet ordre ne fut i)as ex(''cuté. D'autre ])arl, rarrièrii.-gar(le anglaise, conmiaiidée pîu' 1(! vice-amiral Lestoccj, se maintenait à son

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