‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 90 sur 137 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

nous avions les plus graves embarras financiers. Un édit, paru on 1718, on prononça la suppression: le personnel passa au service <le lîi marine.

La campagne de l'Inde, glorieuse pour nos armes, n'avait pas eu, au point de vue financier, de rc'sullats favorables pour la Compagnie; celle-ci ne l'oubliait pas, et la conduite du vainqueur de Madras était, de sa part, l'objet d'accusations passionnées. L'escadre de l'Inde, ayant fait une opération de guerre qui n'avait apporté aucun profit, celui ({ui la commandait devait expier une faute que rien, aux yeux des directeurs, ne pouvait excuser. C'est ainsi que les choses se passent en Angleterre, où le commerce se montre impitoyable envers les marins et les militaires lorsque ceux-ci, malgré leurs efforts, ne parviennent pas à sauvegarder ses intérêts. De ce côté du détroit, l'opinion se serait révoltée à la pensée que la Compagnie des Indes put exercer une action décisive sur le sort d'un homme qui avait honoré le nom français. Cette Compagnie aurait donc inutilement poursuivi Labourdonuais si elle n'avait pas trouvé un comphce dans le gouvernement. Ce n'était un secret pour personne, après quatre années de guerre, que le ministère avait montré, dans la conduite des affaires de l'Inde, une extrême incapacité. En déclarant bien haut que Labourdonnais était coupable, les ministres faisaient peser sur lui le poids des fautes qu'ils avaient commises. Les ministres et les directeurs se troiivèrent donc d'accord pour le frapper, les premiers A-^oulaut, en traitant le chef mihtaire avec sévérité, tromper le public sur leurs propres actes, et les seconds satisfaire leur haine contre l'homme qui, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, ne les avait pas enrichis. La prospérité des lies de France et de Bourbon, qui était l'œuvre de Labourdonnais, le

plan de campagne dans l'Inde qu'il avait présenté et dont l'inexécution aurait amené dans un pays bien gouverné la condamnation du ministère, l'armement de son escadre à File de France, l'effort prodigieux qu'il avait fait à Madagascar, l'avantage obtenu sur le commodore Peyton, la prise de Madras, tout fut oublié, et le ministère eut le triste courage d'envoyer à la Bastille l'homme qui avait rendu de tels services à son pays. Api'ès être resté deux ans au secret, on reconnut (|u"aucun reproche ne pouvait lui être adressé, et il fut mis en liberté. Miné par le chagrin, la santé affaiblie par cette longue détention, si peu en rapport avec l'existence active qu'il avait toujours menée, il mourut en 1753, se répandant jusqu'à ses derniers moments, en plaintes amères contre Dupleix, et préparant peut-être l'opinion à accueillir les accusations qui, peu d'années après, devaient être portées contre le gouverneur général de nos possessions dans l'Inde. Telle fut la fin de Labourdonnais qui, sous un Colbert, serait mort entouré d'honneurs, après avoir rendu à l'Etat les services que comportait sa triple qualité de marin, de militaire et d'administrateur.

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