‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 91 sur 137 · LIVRE-XII · texte numérisé non relu

LIVRE-XII

Le traite crAix-la-Cliapcllc contient le germe d'une nouvelle guerre entre la Trance et l'Angleterre. — Conduite déloyale de la Cour de Londres. — Prise, en pleine paix, des vaisseaux l'Alride, le Z-ys et VEitpérance, et de trois cents bâtiments marchands. — Préparatifs laits par l'Angleterre en vue de la guerre avec la France. — Imprévoyance de notre gouvernement. — L'amiral Byng, après un enganient avec l'escadre de l'amiral La Galissonnière, se retire à Gibraltar. — Traduit devant un Conseil de guerre, il est condamné à mort et exécuté. — Échecs subis par les Anglais dans l'Amérique septentrionale.

Si la guerre de la succession d'Autriche nous avait fait beaucoup de mal, elle n'avait apporté a l'Angleterre aucun avantage réel, incontestable, puisqu'il n'en était résulté, pour cette puissance, aucune augmentation de territoire. Les pertes suivies par les armateurs dont les bâtiments avaient été capturés, et les dépenses considérables que plusieurs années de guerre avaient entraînées, restaient sans compensation. Les Anglais, dont l'esprit commercial se montre en toutes choses, considèrent la guerre comme une opération qui doit, si elle est bien conduite, donner des bénéfices. Il semblait donc inadmissible à ce peuple calculateur que l'Angleterre n'eut retiré aucun avantage des succès qu'elle avait obtenus sur mer. Devant la nullité des résultats, l'opinion publique accusait les ministres d'incapacité, voire même de

trahison. La paix était à peine conclue que des signes non équivoques d'un profond mécontentement se manifestèrent. Les membres de l'opposition, exploitant cette situation, déclarèrent que les intérêts et l'honneur de l'Angleterre avaient été sacrifiés à Aix-la-Chapelle. Les ministres objectaient en vain qu'ils avaient dû traiter pour sauA'er une alliée non seulement fidèle, mais utile, la Hollande; si les plénipotentiaires, ajoutaient-ils, avaient mis moins d'empressement à signer le traité de paix, l'Angleterre et son alliée [^n'auraient pas obtenu d'aussi bonnes conditions. Ce raisonnement demeurait sans effet ; on ne voulait se préoccuper ni des victoires remportées par nos armées, ni des dangers auxquels la guerre, en se prolongeant, aurait exposé la république des Provinces-Unies. La Grande-Bretagne, ayant acquis la suprématie maritime, avait, aux yeux du puljlic, des droits incontestables à un accroissement de sa puissance coloniale ; déçus dans leurs espérances, les Anglais protestaient contre la conduite du gouvernement avec l'àpreté que les nations commerçantes îq:)portent dans la discussion de leurs intérêts.

Le gouvernement français, dans sa liàte de signer le traité de paix, avait commis la faute de ne pas fixer les limites de l'Acadie et du Canada; cette délimitation, faite sur une carte, à Aix-la-Chapelle, pouvait présenter des difficultés, mais les plénipotentiaires seraient parvenus à les résoudre en prenant, comme base de leur travail, une rivière, un fleuve, des montagnes, c'est-àdire des lignes de démarcation très iieties, prêtant peu, sur le terrain, à des interprétations différentes. Ces divisions naturelles sont, d'ailleurs, fréquentes dans l'Amérique septentrionale. Comme, à ce moment, toutes les puissances désiraient la poix, l'entente se serait promptement établie entre les négociateurs français et

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