LIVRE XII
anglais. C'était à des commissaires que le traité d'Aixla-(îiiapelle remettait la solution de toutes les f|uestions relatives à la délimitation de nos possessions dans lAmérifiue du Nord. Un gouvernement prévoyant eut compris qu'il y avait là une source de difficultés insurmontables, s'il ne rencontrait pas, delà part des Anglais, une l)onne volonté égale à la sienne. Or, nous savions par expérience, que, dans le règlement des questions coloniales, il ne fallait pas compter sur les dispositions conciliantes de la Cour de Londres.
L'article V du traité de paix d'Aix-la-Chapelle avait décidé, en ce qui concernait les colonies, que les conquêtes seraient rendues de part et d'autre, « en sorte, était-il dit, que toutes choses seraient remises dans l'état oii elles étaient ou devaient être avant la guerre » . Cette expression « ou devaient être » ne pouvait manquer, par son ambiguïté, de devenir une cause de discussions très vives, les Français et les Anglais étant absolument divisés sur la question des limites de l'Acadie et du Canada. Les Anglais, profitant du peu de précision avec laquelle cet article était rédigé, s'établirent sur des territoires qui nous appartenaient. Au mois de juin 1749, les Cours de Paris et de Londres nommèrent des commissaires auxquels fut confiée la mission de fixer les limites de l'Acadie. On décida, en même temps, que. jus([u'au règlement définitif de la question, il ne serait apporté aucun changement à l'état de choses existant. Les Anglo-Américains, ne tenant aucun compte de cette interdiction, continuèrent à s'avancer en dedans des limites qui avaient toujours été considérées comme les frontières de nos possessions.
Au mois de mai 1754, M. de Contre-Cœur, commandant un poste sur les bords de l'Ohio, apprit que des troupes, ayant l'ordre de l'attaquer, étaient proches. Il
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fit partir un officier, M. de Jumonville, porteur d'une lettre, dans laquelle des explications étaient demandées au chef du détachement anglais, sur le but que celui-ci poursuivait. ^I. de Jumonville. qui était accompagné de trente hommes, se trouva, le lendemain matin, en présence des troupes dont la marche était signalée. Les Anglais, quoiqu'ils n'eussent rien à craindre du détachement français, dont l'infériorité numérique était évidente, firent une décharge qui tua quelcfues hommes. M. de Jumonville ayant fait signe qu'il était porteur d'une lettre, le feu cessa ; la lecture de cette lettre n'était pas achevée que les Anglais tiraient sur l'officier français, le tuaient et faisaient son escorte prisonnière. Un soldat, qui parvint à s'échapper, apprit à M. Duquesne, gouA^erneur général du Canada, l'assassinat de M. de Jumonville et le sort des soldats qui l'accompagnaient. Une demande de satisfaction, faite immédiatement par le gouverneur général, étant restée sans réponse, nos troupes s'emparèrent du fort dans lequel les soldats de l'escorte de M. de Jumonville avaient été conduits. A la fin de l'année 1754, l'Angleterre fit passer en Virginie, oii il y avait déjà plus de soldats qu'il n'était nécessaire pour assurer la sécurité de cette colonie, des troupes placées sous le commandement du général Braddock.
Dans un mémoire remis, le 22 janvier 1755, à notre ambassadeur, le duc de Mirepoix, en réponse à une communication du gouvernement français, le roi d "Angleterre, faisant allusion à l'envoi du général Braddock en Virginie, disait : « Que la défense de ses droits et possessions et la protection de ses sujets avaient été les seuls motifs de l'armement qui avait été envoyé dans l'Américpie septentrionale. le([uel s'était fjiit sans inlenlioii d'offenser quelque puissance que ce pùl èlre, ou de