‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 94 sur 137 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

navales, réunies dans les ports du royaume, craignant (le soulever l'opinion contre lui, s'il les éloignait. Les ministres connaissaient non seulement* les préparatifs maritimes et militaires faits à Tonlon, mais le but mémo de l'expédition ; néanmoins, ce fut seulement au commencement d'avril qu'ils se dccidèreiit à envoyer l'amiral Byng dans la Méditerranée. Cet amiral partit de Spithead, le 5, avec dix vaisseaux, portant quatre mille hommes, destinés à renforcer la garnison du fort Saint-Philippe.

Le petit nombre de navires donnés à l'amiral Byng montrait le désarroi qui régnait dans les régions gouvernementales. Le ministère comptait que l'amiral trouverait, en arrivant à Gibraltar, trois vaisseaux, mais quelle certitude pouvait-il avoir que ces vaisseaux n'avaient pas été pris. En admettant le cas le plus favorable, c'est-à-dire que ces trois navires fussent à Giljraltar, Byng n'avait que treize vaisseaux. La composition de l'escadre de Toulon, restée plus de six mois en armement, était connue à Londres. EuAoyer treize vaisseaux pour en combattre douze, c'était rendre douteux: le résultat d'une rencontre. Si nous étions victorieux, ^Nlinorque devait tomber entre nos mains. L'amiral Byng apprit, à Gibraltar, le débarquement des troupes françaises ; il prit la mer avec treize vaisseaux, et, le 19 mai, ses découvertes signalèrent notre escadre. De part et d'autre, on manœuvra pour avoir l'avantage du vent ; le 20, dans la matinée, nous étions au vent des Anglais lorsque la brise, jusque-là très irrégulière, nous mit, en passant à l'est, sous le vent de l'ennemi. Vers une heure de l'après-midi, les deux escadres couraient les amures à tribord, les Français tenant le plus près et les Anglais se rapprochant de nous. Les chefs d'escadre commandeur de Glandevès

et de Lacluc commandaient, le premier, notre avantgarde et, le second, larrière-garde. A deux liem'es, mi combat très vif s'engagea entre les deux avant-gardes, puis le feu s'étendit rapidement sur toute la ligne ; il cessa à cinq heures et demie. On peut résumer, ainsi qu'il suit, les diverses phases de cet engagement.

L'escadre française, qui était sous le vent des Anglais, ne pouA^ait prendre l'initiative du combat; elle attendait l'ennemi, formée eu ligne de bataille très serrée. L'amiral Byng voulut combattre notre arrière-garde avec une partie de ses forces, mais il ne put y parvenir. Une tentative, faite par le lieutenant-général de la Galissonnière pour placer l'avant-garde ennemie entre deux feux, n'eut pas plus de succès. Notre tir, bien dirigé, fit éprouver de nombreuses avnries à nos adversaires; quelques A'aisscaux anglais, lomljant. désemparés, sur ceux qui les suivaient, jetèrent un peu de désordre dans la ligne ennemie. Quand les Anglais s'éloignèrent, le lieutenant-général de la Galissonnière ne put les poursuiA re parce que notre aA^ant-garde, qui avait été assez maltraitée, n'était plus en état d'obéir à ses signaux. Le 16 juin, c'est-à-dire ([uelques jours aA^ant cet engagement, la France avait officiellement déclaré la guerre à l'Angleterre.

L'amiral Byng, chargé d'une mission dont l'importance ne pouA'ait lui échapper, se A'oyait dans l'impossibilité de la remplir. Il n'avait, dans ce premier engagement, perdu que le champ de bataille ; dans un second, il s'exposait à laisser des vaisseaux entre nos mains. Dans son opinion, la retraite s'imposait. Ne voulant pas poi-ter seul la responsabilité de cette décision, il asseml)la un Conseil de guerre. Celui-ci déclara « qu'une grande partie de l'escadre étant hors de combat, il y aurait eu de l'imprudence à retourner à la

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