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cliai'go sur un ennemi qui, dès le commencement de raclion, avait été supérieur et qui n'avait encore rien perdu de ses forces ». Sappuyant sur celte délibération, lamiral Byng se rendit à Gibraltar. Lorsque les événements que nous venons de rapporter furent connus à Londres, lamiral Byng reçut l'ordre de rentrer en Angleterre pour y rendre compte de sa conduite. Le nouveau commandant de l'escadre de la Méditerranée, l'amiral Hawke, prit la mer avec dix-sept vaisseaux, et fit route pour Minorque. L'escadre française avait disparu, et le pavillon blanc flottait sur le fort Saint- Philippe. Après la capitulation de cette place, qui avait eu lieu le 30 janvier, les troupes, immédiatement rembarquées, étaient retenues à Toulon avec l'escadre.
La prise de Minorque n'était pas le seul événement malheureux qui eut atteint nos adversaires pendant le cours de Tannée 1756. Les Anglais avaient fait, dans l'Amérique septentrionale, une perte importante. Un corps de troupes, opérant contre nous, avait, comme base d'opération, le fort Oswego construit à l'entrée de rOnondaga. Un nombreux personnel, un matériel considérable et des approvisionnements se trouvaient réunis sur ce point lorsque nos troupes parurent. Le fort Oswego fut pris, le 16 août, après quelques jours de siège ; seize cents hommes et cent pièces de canon tombèrent entre nos mains. La mauvaise fortune avait également poursuivi les Anglais dans llnde; le nabab du Bengale s'était rendu maître de Calcutta le 26 juin.
Lorsque le bâtiment qui portait l'amiral Byng mouilla dans un port anglais, l'opinion publique, surexcitée depuis longtemps, avait perdu tout sang-froid. Gomment, avec les immenses préparatifs faits en vue de la guerre, pouvait-on débuter par des défaites. De toutes les parties du royaume arrivaient des adresses, récla-
mant, en termes énergiques, une enquèfe sévère sur les causes des derniers désastres. La cité, la puissante cité, qui mène toute l'Angleterre, voyant les affaires en suspens, le commerce arrêté, poussait des cris de vengeance; il régnait, dans les esprits, une telle agitation que le gouvernement avait tout à craindre, même une révolution. Le ministère avait commis deux fautes, la première en donnant à l'amiral des forces insuffisantes, et la seconde en le faisant partir trop tard ; c'est ce qu'une enquête, faite avec la seule préoccupation d'établir la vérité, eut facilement démontré. Les ministres, peu soucieux de voir leur conduite soumise à l'examen d'une commission parlementaire, s'empressèrent de déclarer que l'amiral Byng ne s'était pas conformé à ses instructions. Une clameur générale s'éleva contre le malheureux amiral ; la victime que l'on cherchait était trouvée. Le gouvernement, paraissant céder à la pression de l'opinion publique, traduisit l'amiral Byng devant un Conseil de guerre. Des juges, sourds au cri de leur conscience, le trouvèrent coupable. Il y eut cependant une honorable exception; un membre du Conseil de guerre, l'amiral Forbes, déclara que a lorsqu'il s'agissait de signer un acte pour répandre du sang, un homme ne devait être guidé que par les mouvements de sa propre conscience et non par l'opinion des autres ». Le Conseil de guerre, reculant, au dernier moment, devant son œuvre, recommanda le condamné à la clémence royale ; les juges voulaient probablement que dans cette affaire, purement politique, la couronne partageât leur responsabilité. Le ministère, assailli par l'opposition, avait sombré dans la tourmente. Dans la nouvelle administration, entrée aux affaires au mois de décembre 1756, figurait Pitt, célèbre depuis, sous le nom de comte Chatani. Au risque de compromettre l'im-
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menso popularité dont il jouissait et sa position dans le cabinet, cet homme d'Etat parla en laviuii' de Bynj;, à la chambre des communes. Appuyé par loixl Temple, premier lord de l'amirauté, il intervint auprès du roi pour que celui-ci, usant de sa pri'rogative. modifiât la peine qui avait été prononcée. Ces courageux efforts furent inutiles; la condamnation était inique, mais elle répondait au sentiment du peuple anglais. Georges, qui avait senti trembler son trône, fut inexorable. L'exécution eut lieu le 27 février 1757.
A l'arrivée du lieutenant-général de la Galissonnière à Toulon, les bâtiments qui avaient souffert dans le combat de Minorque, furent réparés. Quelques vaisseaux, dont l'armement était terminé, se joignirent à l'escadre. Celle-ci, forte de seize vaisseaux, était en rade à la fin du mois d'août, prête à appareiller. L "amiral, apprenant que le successeur de l'amiral Byng, l'amiral Hawke, tenait la mer avec dix-sept vaisseaux, écrivit à Paris pour demander l'autorisation de se porter à sa rencontre. Tous, capitaines, officiers, matelots, pleins de confiance, dans leur chef, attendaient, avec impatience, la réponse du ministre. Cette proposition ne fut pas acceptée. Malheureusement pour la marine, l'amiral de la Galissonnière, malade depuis quelque temps, se vit obligé de quitter son commandement; il mourut. Ie26 octobre 1756, avant d'arriver à Paris où il se rendait. Le lieutenantgénéral de Massiac fut mis à la tète de l'escadre, forte, à ce moment, de dix-sept vaisseaux. Le 1" novembre, arriva l'ordre de désarmer douze vaisseaux ; cinq vaisseaux seulement, placés sous le commandement du chef d'escadre de Laclue, furent conservés. Comment expliquer une pareille mesure; l'escadre, comprenant treize vaisseaux, ayant pris part au combat devant Mahon, avait, par cela même, acquis, non seulement de
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la solidité, mais aussi de la confiance en sa propre valeur. Celte force morale, qu'on n'improvise pas, et qui est le gage du succès, le ministre, au lieu d'appliquer tous ses soins à la conserver et même à l'augmenter, se hâte de la détruire. Mais pour les hommes ignorants, qui, de Paris, dirigeaient la marine, la question d'argent était tout et la cjuestion militaire rien. En pleine guerre contre l'Angleterre, c'est-à-dire avec la plus grande puissance maritime, le gouvernement faisait désarjiier douze vaisseaux pour éviter la dépense, sans se demander comment il retrouverait une escadre le jour oii il voudrait agir sur mer.
Le capitaine de vaisseau Dauhigny se rendait dans la mer des Antilles avec un Aaisseau et deux frégates lorsque, le 11 mars 1756, à petite dislance de la Martinique, le A^aisseau anglais, le M'arwick, de soixantequatre, fut aperçu. Chassé par la division française, le A'aisseau anglais fut rejoint par la frégate, de trentequatre, VAtalante, capitaine du Chaffault. Voulant enlever au navire ennemi la possibilité de s'enfuir, le capitaine de VAtalante, quoiqu'il fût loin de ses conserves, engagea l'action. Compensant, par l'habileté de ses manœuvres, la faiblesse de son artillerie, il réussit à mettre le Warivick hors d'état de s'éloigner. Le capitaine anglais se dirigea A^ers le a aisseau français afin d'amener ses couleurs pour ce dernier, mais le capitaine Dauhigny, jugeant que la position du }\'arwick éimi désespérée, ne tira pas un coup de canon. Le Warwick se rendit à VAtalante.
Le capitaine de Aaisseau de Kersaint sortit de Brest, à la fin de l'année 1756, avec quatre Aaisseaux, dont un armé en Hùte. Après avoir détruit plusieurs comptoirs anglais, sur la côte d'\fri(|ue, et capturé des hàliments de commerce, il se rendit dans les Antilles. La division était sur le point de quitter Saint-Domingue pour se
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rendre en France avec un convoi niarcliand. lorsqu'elle eut connnissnnce do hàliinonls anjilais venus do la Jamaïque pour l'observer. Le commandant de Kersaint prit le parti d'aller au-devant des Anglais et de les combattre, sans être embarrassé par son convoi. Il ap|)aroilIa, pendant la nuit du 2u octobre, avec les vaisseaux X Inlrî'p'uh, de soixante-quatorze, qu'il commandait. Y Opiniâtre, de soixante, capitaine Mollieu. et le (inriuric//. do cin(|uante. capitaine Foucault: h ces trois bâtiments, il adjoignit le vaisseau armé en flûte, le Sceptre, capitaine Glavel. Le lendemain, trois vaisseaux furent aperçus, courant sur nos bâtiments : les navires en vue étaient le Dreacbiouglit et la Princesse Aiigusht, de soixante, et VÉdinburg, de soixante-dix. L'action s'engagea vers quatre heures de l'après-midi; à cin(| heures et demie, les bâtiments ennemis, qui étaient au vent, prironl le plus près et s'éloignèrent. La division française, qui aAait fait des avaries de mâture ne lui permettant pas de les poursuivre, se dirigea sur le Cap Français. h'Intrèjjide démâta avant d'arriver au mouillage. Le brave capitaine de Kersaint, blessé pendant le combat, n'avait pas cessé de diriger les mouvements de ses bâtiments. La croisière anglaise ayant disparu, le but poursuivi se trouvait atteint ; après s'être réparée à la hâte, la division, accompagnant le convoi, fit route pour la France.