LETTRE DE M. COLBERT, AMBASSADEUR , AU ROI
« Le 2 juin 1672.
«Sire,
» Je crois, que M. le duc d'York informe Votre Majesté, par la lettre qu'il me vient d'envoyer, de ce qui s'est passé sous son commandement depuis la jonction des flottes, et principalement de la satisfaction qu'il a de la conduite de l'escadre de Votre ]\lajesté qui se fait admirer par tous les Anglais, tant dans sa bonne manière de manœuvrer que dans l'observation ponctuelle des ordres et signaux.
» J'espère qu'on aura encore plus de sujets de s'estimer quand il y aura occasion d'agir. Les deux flottes ont été quelque temps en présence près de la côte d'Aelburg, et j'apprends que si M. le duc d'York avait voulu suivre le conseil d'une partie des commandants , et même sa propre inclination , il aurait commencé le combat, dont les suites lui auraient été funestes, par la quantité de bancs de sable entre lesquels les ennemis s'étaient postés; et comme il ne lui restait que deux heures avant la nuit , et que le lendemain le vent se renforça extraordinairement , ses grands vaisseaux , qui tirent beaucoup plus d'eau que les hollandais , auraient couru beaucoup de risque. Les ennemis se sont retirés sur leurs côtes, et le duc à la rade de Southwold-Bay pour y faire de l'eau, et pourvoir aux autres nécessités de son armée navale. Il
ira ensuite se montrer aux côtes des ennemis, et puis se porter vers le Doggcrs-Bank.
» Ainsi que je me suis donné Thonneur xle récrire à Votre Majesté , Tarmée navale est à présent composée de cent trois bons vaisseaux de guerre, trente brûlots, sans compter les frégates d'avis et tous les autres bâtiments nécessaires au service de la flotte.
» Le roi d'Angleterre fait encore armer en diligence douze autres vaisseaux , et il me paraît assez qp ce prince veut faire les derniers efforts pour remporter cette anifée quelque avantage considérable par mer sur les ennemis. Il m'entretint hier une bonne heure dans son cabinet sur ce qu'il jugeait devoir être fait dans cette campagne et même la prochaine , pour l'exécution tant de ses propres desseins que de ceux qui lui sont communs avec Votre IMajesté.
» Et, comme il m'a dit qu'il voulait dans peu de jours tenir sur . ce sujet un conseil avec quelques-uns de ses ministres et moi, j'en attendrai le résultat pour en informer Votre Majesté par le moyen d'un courrier.
)) Je suis , etc. , etc.
» COLBERT
{Lettres de Colbei^t^ BibL roy, mss. )