‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 21 sur 72 · MÉMOIRE DU COMTE D'ESTRÉES AU ROI · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DU COMTE D'ESTRÉES AU ROI

a De la rade South woId-Bay, le 6 juin I67â.

« Quoique j'ai écrit hier par la voie de monsieur l'ambassadeur du roi h Londres , je n'ai garde de laisser partir une barque de M. d'EIbœuf, qui vient d'arriver pour apprendre des nouvelles de celte armée , et qui veut s'en retourner incontinent , sans faire savoir par cette occasion que l'on a appris aujourd'hui de vaisseaux marchands qui ont passé dans l'armée de Hollande, qu'elle a abandonné le p<^ste où elle était pour gagner le Texel , où apparemment l'opinion qu'elle a eue de l'arrivée prochaine de la flotte des Indes, et la crainte de ne pouvoir joindre les vaisseaux que l'on arme à Amsterdam , l'aura sans doute attirée. Cependant les vaisseaux anglais se pressent d'embarquer leurs vivres et faire leurs eaux; mais je vois bien qu'ils ne feront pas

la diligence qiie M. le duc d'York avait espéré, et que celle qu'ont faite les vaisseaux de Sa Majesté est surprenante. Je me flatte qu'on pourra se passer d'une partie des bâtiments de Londres chargés d'eau, qu'on aurait demandés suivant les ordres et l'empressement de M. le duc d'York de remettre à la voile cinq jours après avoir mouillé. Je viens de donner part, par un courrier exprès, à monsieur l'ambassadeur, de l'état où nous sommes, et de l'espérance de pouvoir se passer d'une partie de ce secours, afin de ménager tout ce qui sera possible sur cette dépense.

» On continue toujours ici dans le dessein de se montrer à la côte de Hollande, et à y faire même des descentes, plus pour le bruit et l'éclat que pour en espérer un grand effet. Si ce n'est que je me persuade que le roi d'Angleterre croit que la présence de cette armée na^le et l'entrée de celle du roi en même temps dans le pays fera naître le trouble et la confusion dans les conseils, et pourra réveiller les factions que l'on peut y avoir entretenues , an moins j'ai lieu de le penser sur la lettre que M. le duc d'York m'a fait voir, et qu'il reçut hier du roi d'Angleterre.

» Le comte d'Estrées. » .

{Lettres de Colbert, BibL roy, mss,)

Je joins ici l'état des flottes anglaise et française.

fgO HtSTOiRË DE LA MAKINE. — «?» —

aranuigeiix à S^d Altesse Royale de demenrer mooUlée, où elle était, vingt-quatre heures de plus, ce qui sufiîrait pour achever rapprovisionuement de sa flotte , aj^roYÎsîonneinent qui ne pourrait, si on la mouillait plus loin du rivage , se terminer de |dnsieurs jours. Enfin M. le d'York, s'étant laissé persuader de demeurer comme il était, avait conservé son mouillage au nord et au fond de la baie.

Dans le conseil qui se tint ensuite, ainsi qu'on Ta ^t, le comte de Sandwich avait vivement combattu la résolution que le duc d'York avait prise d'après l'avis de sir John Cox. Mais, soit que le duc d'York fût convaincu de la solidité des raisons données par son capitaine , soit plutôt qu'il s'obstinât à ne pas revenir sur une résolution déjà prise, et ce à l'instance du comte de Sandv^ich qu'il n'aimait pas, le duc répondit avec hauteur an comte de Sandwich , qui exagérait l'imprudence de cette profonde sécurité, et le danger de ce mouillage si l'on était surpris. — Oh! je sais, mitord, que vous êtes fart prudent.,, très-prudent... mais votre ptvdence permettra pourtant qu*en cette rencontre f agisse comme je le veux, et comme je le dois.

£n appuyant sur les mots prudent avec une intention évidemment blessante, le duc s'en faisait un moyen de blâme indirect, aussi cruel qu'il était peu mérité ; car le comte de Sandwich avait toujours vaillamment seni, entre autres fois lors du combat de 1665 , où il enleva à l'abordage le vaisseau de l'amiral hollandais Opdam, qui périt dans cette bataille.

Écrasé sous ce reproche , le comte de Sandwich pâlit et répondit seulement en s'inclinant : — J^ose assurer à Votre Altesse Royale que je n'ai méinté ni ne mériterai jamais le reproche de lâcheté qu'elle vient de m' adresser, elle le verra bien. Puis , saluant respectueusement le duc , il sortit de la grand'chambre pour retourner à bord de son vaisseau le Royal-James, de cent canons.

Le comte d'£strées , qui rentrait dans la chambre du conseil au moment où le comte de Sandwich en sortait , fut frappé de son air sombre et désespéré, et ne put s'empêcher de faire part de cette remarque au duc d'York , qui répondit froidement : — ftlilord Sandwich est sujet à de ces sortes d'hypocondries.

Le fait est que lord Sandwich s'exposa tellement et si impru-

demment dans le combat du 7 juin , qu*il y périt avec soq fils. Le duc d*York avait alors trente-neuf ans. Sa figure rude , austère et pensive, inspirait plutôt Féloignement que Tattraction car, ainsi que son frère Charles, il ne possédait pas le secret de cette joyeuse humeur , de cette spirituelle bonhomie qui , ca* cbant sous une apparente cordialité un épouvantable égoîsme , savait parfois charmer jusqu*aux plus violents détracteurs de ce roi insouciant et sceptique , qui se moquait de tout et de tous , de lui-même , du pape , de ses favoris, de ses ministres , de ses maîtresses, de son peuple, de la catliolicité, et enfin de la superbe de Louis XIY, dont il empochait gaiement les subsides en disant :

— Non oient servitudinein '.

Le duc d*York, au contraire, catholique fervent et exalté, surtout depuis son affiliation à Tordre des Jésuites, en 1669, d'un cai*actère ferme et opiniâtre, d*une religion inviolable pour sa parole, voulant résolument, à sa manière , le bien et Thonueur de l'Angleterre; persuadé que la monarchie absolue, appuyée sur le catholicisme pur, le conduirait à ce but; d'un ordre et d'une économie, dans ses affaires, qui approchaient de l'avarice; an^i sûr et fidèle, mais implacable ennemi ; si peu voluptueux , que le roi Charles disait plaisamment, en parlant d'un des objets du goût peu élevé de M. le duc d'York : — C'est le confesseur de mon frère qui lui a imposé cette maîtresse-là pour pénitence;

— en un mot, le duc d'York avait pour ainsi dire l'exagération ' de tous les sentiments dont ^a complète négation formait le trait le plus arrêté du caractère du roi Charles , si , à part son impérieuse habitude de satisfaire le caprice du moment à quelque prix que ce fût, argent, houmies ou nation, il y eût jamais quelque chose d'arrêté dans ce qu'on est obligé d'appeler le caractère du bon Rowley \

Quant aux connaissances nautiques du duc d'York, elles étaient grandes et complètes; sa charge d'amiral d'Angleterre convenait parfaitement à ses goûts et aux études toutes spéciales qu'il avait faites de la marine. Il avait singulièrement perfectionné l'usage des signaux sur mer, et s'occupait fort de l'emménagement des

' Ils ne seuteiit pas la servitude.

^ Ou bsùi que ce fut un des surnoms de S. M. d'Angleterre.

m , HISTOIRE DE LA MARINE. — ICTÎ —

vaisseaux. Ce fut encore lui qui engagea surtout le roi son frère à remplacer, par un nombre égal de matelots, une grande partie des troupes de terre et d*artillerie qu'on embarquait à boii des vaisseaux anglais, et à ordonner enfin que les matelots seraient à la fois canonniers, marins et soldats. Sur terre, le duc d* York avait appris la guerre à Técole de Turenne , de Condé , de don Juan d'Autriche, et commandant sur mer depuis 166/i, il avait, dans plusieurs batailles rangées , acquis une grande habitude pratique de la navigation en escadre.

Nous avons laissé le comte d'Estrées et le duc d'York dans la chambre du conseil Soit que le duc ait réfléchi aux observations du comte de Sandwich , ou qu'il ait eu d'avance l'intention de l'ordre qu'il donna au comte d'Estrées , il dit à ce dernier :

— JMonsieur le comte, comme voire escadre a presque terminé ses approvisionnements d'eau , je désirerais que vous la fissiez mouiller plus au sud et plus au large de la baie, pour être prêts en cas de surprise, non que je craigne le moins du monde d'être inquiété , mais c'est une précaution qu'il est toujours bon de prendre , et je vais tout à l'heure faire donner le signal de cçtte manœuvre.

— Les ordres de votre Altesse vont être exécutés à l'instant, — dit le comte d'Estrées.

— Adieu donc, monsieur le comte... J*espère, que vous n'oublierez pas la promesse que vous m'avez faite de venir ce soir souper ici, pour porter un toast en l'honneur du jour de la naissance du roi mon frère.

— Que votre Altesse soit persuadée que cette faveur m'était trep précieuse pour que je l'aie oubliée, — dit le comte d'Estrées en s'inclinant; puis, sortant de la chambre, il fit demander son canot pour rallier son bord , et faire exécuter les ordres qui ne tardèrent pas à lui être signalés par l'amiral d'Angleterre.

bn verra plus tard combien les prévisions du comie de Sandwich étaient fondées, et avec quel heureux instinct le duc d'York fit mouiller son avant-garde (l'escadre française) plus au large; car les renseignements donnés par le capitaine Cox étaient fauï.

Au lieu d'être mouillés au Texel, Ruyter se trouvait ce jour-là même, le 6 juin au matin , à dix milles du North-Joreland , et apprenant là, par un bateau charbonnier, la position de la flotte

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anglo'française à Soiebay, il avait mis immédiatement à la voilé dans cette direction, et était, à cette heure ^ en marche pow venir surprendre le duc d'York au mouillage.

La baie de Southwold, appelée communément i5o/^6a^ >, était située sur la côte orientale de TAngleterre , dans le comté de Suffolk, à trente lieues environ de Tembouchure de la Tamise en remontant vet^ le nord. A Feutrée de cette baie * d'un côté le banc Sizewell, et de l'autre le banc Bamard, étendaient au loin leurs lignes sableuses sur lesquelles la mer brisait doucement

La rade de Southwold était partagée en deux bassins nord et sud par une langue de terre qui s'avançait de l'ouest vers l'est jusqu'aux deux tiers de la largeur de cette baie ; la rivière Blith, venant de l'ouest, se déc];targeait dans le bassin du nord, et un assez grand bourg, ombragé de vieux chênes, s'élevait sur le rivage méridional de cette jolie rivière.

Vers le milieu de l'isthine (Jont on a parlé, un petit fort , sur^^ monté d'une tour de signaux, élevait ses murailles de pierre grise sur des rochers bruns tapissés de nombreuses plantes marines d'un vert d'émeraude; enfin, au loin, on voyait la masse blanche et crayeuse, des hautes dunes du cap Ëarton, immense promontoire situé vers le sud, qui, de ce côté, abritait la rade, et puis encaissant la baie , c'étaient ces moUes et grasses prairies d'Angleterre qui , s'abaissant vers la côte , y laissaient voir de beaux troupeaux paissant çà et là, ou bien sur la pelouse épaisse d'une colline, au milieu de quelque grand bouquet d'arbres séculaires , quelque joli cottage aux murailles de briques à demi cachées sous le feuillage d'un rosier en fleurs.

La rade, du côté de la rivière Blith, offîrait surtout le coup d'œil le plus animé. L'escadre française, qui venait de mouiller au sud et plus au large, formait l'avant-garde, tandis que lé corps de bataille et l'arrière-garde étaient mouillés vers le nord, et fort proche du rivage, ainsi qu'on l'a dit

Sillonnant la rade en tous sens, une multitude d'embarcations allaient emplir leurs futailles de l'eau limpide et fraîche de la rivière ; chaque chaloupe se distinguait par le pavillon de sa ' nation et le costume de ses marins. -^Les matelots anglais, uni-*

« Southwold-Bay, par 68» 22' N. et r V à PO. cte Paris.

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formaient Têtus de jaquettes et de cbaosses de toile blaache serrées autour des reins par des ceintures de laine ronge, avaient cette apparence de prqireté, cette allure leste et dégagée que ne possédaient pas encore les marins français, qui portaient alors généralement le costume de leur province.

Ainsi, les laides braies de Bretims, aux longs cheveux et aux jambes nues, les diausses {dus étroites, et les grandes bottes de pêcheurs dunkerquois et normands, contrastaient avec le vêtement brun des Rochellois; seulement les uniformes blancs à parements bleus, et les feutres galonnés de quelque sfAâat ou serg^t de marine, rappelaient que cette foule de matdots, vêtus de costumes si variés, appartenaient aux vaisseaux du roL

Il était environ huit heures du soir , le soleil commençait à disparaître au condiant, et presque tontes les chaloupes et embarcations regagnaient leur bord^ chargées de futailles pleines d'eau. Les marins, gais et chantants, ramaient avec vigueur, et levaient leurs avirons en cadence : plusieurs s*étant éparpillés dans les plaines pendant que les tonnes se remplissaient, aveient rapporté de gros bouquets de fleurs cueillies dans les blés déjà jaunissants ; et ces hommes rudes et naïfs , à qui Faspect de ces champs fertiles avait rappelé le doux souvenir de leurs campagnes et de leurs chaumières natales, s'épanouissaient à cette belle soirée de juin en ralliant joyeusement leur navire, après cette chaude et laborieuse journée.

Le ciel pur et sans nuages s'empourprait des derniers rayons du soleil, et rien n'était plus majestueux que cette flotte de cent vaisseaux de guerre mouillés sur cette rade calme comme un lac, et couverte de milliers de barques ; puis tout cet aspect de guerre contrastait singulièrement avec la tranquillité sereine de la côte; car là tout respirait le calme et la paix... A mesure que l'heure du retour des paysans s'approchait, on voyait au loin an-dessus du bourg et des habitations semées dans les vertes plaines, s'élever peu à peu mille petits nuages de fumée blanche irisés d'azur et d'or par les feux du soleil couchant, tandis que le long du rivage de pesantes charrettes de foin odorant, attelées de grands bceufis, et accompagnées de quelque robuste fermier nu>nté sur son poney, regagnaient lentement leurs métairies.

iMais, lorsque le soleil eut tout à fait disparu derrière les

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hautes montagnes de l'ouest, un coup de canon retentit sourdement à bord du Saint-Philippe. A ce signal, un roulement de tambour se fit entendre sur tous les vaisseaux français^ et siu* chacun le pavillon du roi fut. amené, la garde relevée, les postes placés pour la nuit, et sur chacua aussi la cloche tinta longuement pour appeler les équipages à la prière du soir, dite par les chapelains de chaque bord.

Le révérend père THoste, chapelain du Saint-Philippe, était déjà sur le pont de ce beau vaisseau ; au dernier son de la cloche ses gaillards se couvrirent de monde, et bientôt le père FHoste s'agenouiUant, Tamiral et son état-major l'imitèrent, se découvrirent et se mirent à genoux sur la dunette, tandis que les matelots et les soldats^e tenaient sur le pont dans un profond et religieux silence.

Alors le chapelain, d'une voix pure, grave et sonore, entonna VAve maris Stella, qui fut répété en choeur par tout l'équipage, piiis VExaudiat, dont le chapelain dit le premier verset, puis l'oraison pour le roi; et enfin, un acte de contrition auquel l'équipage répondit par le Confueor; après quoi, le chapelain donna une absolution générale. — On cria vive le roi trois fois, et l'équipage alla souper.

Au moment où le vice-amiral demandait son canot pour se rendre à bord du duc d'York, on vit poindre à l'entrée de la baie les deux frégates anglaises et la frégate française qui croisaiîent au large pour éclairer la côte et éviter toute surprise. La brise du nord-est fraîchissant, les deux anglaises entrèrent vent arrière et sous petite voilure dans la rade, et mouillèrent proche de la passe pour être plus tôt prêtes à appareiller le lendemain; mais la frégate française, tÉole, au lieu d'imiler la manœuvre de ces deux bâtiments, resta un instant en panne, mit une embarcation à la mer, puis, pour l'attendre, courut quelques bordées sous ses huniers en dehors de la passe.

Bientôt on vit le canot de VÉole se dir^er vers le Saint-Philippe.

— Regardez donc, mon père, — dit M. d'£strées au chskiyelain, — voici que la frégate de Cc^olin reste dehors au lieu de rentrer en rade comme les frégates anglaises... que signifie cela?

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— Je ne sais^ monsieur, c'est peut-être pour quelque raison iu}i)ortante, car voici bien les Anglais qui rentrent.

— Il faut donc que ce soit quelque chose de particulier à M. de CogoUn ou à notre escadre, dit Tamirai d'un air pensif.

Puis il ajouta : — De toutes façons, ce ne peut être que pour le bien du service du roi que Cogolin agit de la sorte, car déjà une fois, grâce k la marche supérieure de sa frégate, il a découvert Tarmée hollandaise ce jour où le brouillard nous a séparés.

— Mais voici Tembarcation qui s'avance, monsieur le comte, et nous saurons bientôt ce que c'est; et à ce propos rien ne me paraît plus prudent que d'avoir de xes sortes d'éclaireurs, et il est même dommage qu'on ne puisse envoyor quelque bâtiment léger en manière d'ambassade, au milieu d'une flotte ennemie, sous le prétexte de vouloir parlementer ou défier un ou plusieurs vaisseaux à combat égal.

— Et pourqud cela, mon père?

— iMais, monsieur le comte, pour pénétrer les plans et leS projets.de l'ennemi, ainsi que le fit autrefois Sextus-Pompeius, en Sicile: on enverrait donc, je suppose, dans ce bâtiment léger, que je dis, des officiers adroits, travestis en mariniers, lesquels, pendant que l'ambassadeur ou porteur de défi parlementerait, tâcheraient de connaître les projets ennemis en faisant jaser les matelots.

— Mais cela, mon père, — dit d'Estrées en souriant, — est un peu contre les droits de la guerre, et les jaseurs pourraient d'ailleurs donner lieu à des soupçons.

— Dans ce dernier cas, monsieur le comte, et pour détourner tout soupçon, il serait bon que l'ambassadeur ou porteur du cartel fît administrer aux jaseurs ou officiers travestis une forte bastonnade, en manière de réprimande, auquel cas roesdits officiers travestis prendraient la- bastonnade en patience, songeant qu'ils servent les intérêts de leur maître comme fit autrefois Lucinius, brave capitaine, qui fut bâtonné par Laelius en pareil rencontre.

— Peste» mon père, vos moyens sont rudes, et puisque voici Cogolin qui monte à bord, nous allons lui demander son senti* ment à ce sujet

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— A ce moment, M. de Cogolin, capitaine de vaisseau, parut sur la dunette, et salua ramiral.

M* de Cogolin avait environ trente-quatre ans, et portait le justaucorps à brevet

-— Bonsoir, monsieur de Cogolin, — lui dit le vice-amiral, — * pourquoi donc restez-vous en dehors de la passe au lieu de ve-* nir au mouillage conune les Anglais?

— En voyant une brise aussi favorable pour nous attaquer que celle qui vente à cette heure, monsieur, et bien que je n'aie rien découvert au large, j'ai cru, avant que de rentrer en rade, devoir, venir vous demander, monsieur, si vous ne trou* veriez pas à propos que je restasse cette nuit en croisière*

— Je n'en vois pas trop l'urgente nécessité, monsieur, car on sait de science certaine que la flotte des États remonte main* tenant au nord, et qu'elle se dirige vers le Texel et les bancs de Flandre pour protéger la rentrée de ses convois, et assuror ses côtés contre nos insultes... -—Pourtant, — ajouta M. d'Estrées après un moment de réflexion, — pourtant j'approuve votre idée ; il ne peut d'ailleurs, y avoir aucun inconvénient à cela... oui, oui, retournez croiser cette nuit, je prends sur moi de voUs etcûser auprès de M» le duc d'York de ce que vous n'aurez pas imité la manœuvre de ses éclaireurs qui vien* nemt de rentrer en rade. — Aussi, allez, monsieur, et je n'oU* blterai pas votre bonne volonté pour le service du roi< ' M* de Cogolin salua^ et prit congé de l'amiral, qui, accom* pagnè de son capitaine de pavillon et du père l'Hoste, se rendit I bord du duc d'York. <

Peu de temps après, alors que le crépuscule (Projetait sesom-» lires envahissantes, et que les échos de Soulhwold retentissaient des gais huzza et des fanfares guerrières de la flotte anglaise^ éclairée de mille fanaux étincelants, on vit la fi-égate i'Éobf courir quelques bordées pour s'élever au vent de la baie 5 puis, cachant ses feux, s'avancer hardie, silencieuse et vigilante dans les profondeurs de l'horizon, où l'on put suivre encore quelque temps sa marche, grâce à la blancheur de ses voiles... Mais là nuit devenant sombre, l'alerte frégate, qui allait seule veiller pour tous, ttefutplus^jU'ùne forme légère et indécise, qui bientât disparut tout à fait dan» l&A ténélireasw vap^rs de TOcéaur

Le lendemain, 7 juin, vers trois heures du matin, une tiède nuit d*été étendait son voile sur la mer, à peine ondulée par une brise d*est-nord-est; le silence de cette sombre immensité était quelquefois interrompu par le choc de deux lourdes lames longuement et pesamment soulevées pai* une faible houle qui, venant de Test, les déroulait vers l'Angleterre, dans la direction de la côte orientale du comté de Suffdk.

Au milieu de ces vagues noirâtres sans horizon, et malgré Tobscurité de la nuit, on voyait la coque blanche et les voiles aussi blanches d*une petite frégate, qui tenait le plus près du vent sous ses huniers et ses perroquets. La mer, toujours trèsrjrfiosphorescente à cette époque de Tannée, scintillait au loin comme un sillage de feu, derrière la poupe sans fanal de ce navire, ou pétillait sous le tranchant de son taillemer comme une nuée d'étincelles.

Cette frégate était l'Éote: elle croisait depuis la veille dans ces parages, et se trouvait alors à sept milles environ de la rade de Southwold, où était, on le sait, mouillée la flotte anglofrançaise.

L'équipage de l'Éole était tout entier sur le pont; car, pour bien remplir l'importante mission qu'on lui avait confiée, M. de Gogolin, en expérimenté capitaine, avait voulu que tout son monde fût prêt en cas d'alerte. Aussi, quoique ses feux fuss«it cachés, le branlebas de combat était fait partout, et les mantelets des sabords, soigneusement fermés, empêchaient de voir du dehors la batterie illuminée à l'intérieur et remplie de canonniers prêts à servir leurs pièces; dans lés hunes, et jusque sur la pomme des mâts, M. de Gogolin avait fait disposer- un grand nombre de fusées et d'artifices de signaux^ afin d'être à même d'avertir la flotte dans le cas où il reconnaîtrait l'ennemi.

Les matelots de l'Éolç, que sa marche supérieure rendait propre à ce service d'éclaireur, étaient tous marins d'élite, et les deux meilleurs pilotes de la Manche faisaient la route de cette frégate.

Des mariniers, placés en vigie aux bossoirs, sur le tourmentin et dans la hune de misaine, avaient reçu l'ordre de veiller au large avec ia plus grande attention , tandis que le reste de

l'équipage était sur le pont prêt à se jeter sur les bras des vergues et les amures , dans le cas où il deviendrait nécessaire de virer de bord précipitamment et de prendre chasse devant l'ennemi.

Ces dispositions sagement ordonnées, M. de Cogolin continuait sa croisière , et par son ordre , toutes les cinq minutes , à un léger coup de cloche , les vigies se disaient l'une à l'autre: Notre-Dame, bon quart.

M. de Gogolin attendait le lever du soleil avec la plus grande impatience; aussi à certaine lueur douteuse qui fit peu h peu et in^perceptiblcmcnt pâlir les étoiles et permit de distinguer confusément la ligne d'horizon du côté du Levant, il ne put retenir une exclamation de joie : — Enfin , — dit-il à son maître pilote, — le jour vient ! le jour vient !

— Oui, monsieur, et avant un quart d'heure, s'il plaît à Dieu, nous pourrons éclairer cet horizon.

— Et vous, — dit M. de Cogolin au maître d'équipage, — recommandez surtout aux vigies de regarder maintenant dans le nord-est, de tous leurs yeux; car c'est de ce côté-là que doivent arriver les Hollandais du bonhomme Ruyter, s'ils ont îi venir.

Les ordres du capitaine furent exécutés, et lui-môme, monté sur le bastingage de tribord, se tenant d'une main aux haubans d'artimon, attachait un regard fixe sur le Levant, C[ui se colorait peu à peu des premières lueurs du jour.

— Ne voyez-vous rien, pilote, vous qui avez des yeux (dus exercés que les miens? — demanda le capitaine.

— Rien , monsieur ; car c'est à peine si vers l'Orient on peut déjà distinguer nettement la mer du ciel. Mais, allons, allons, voilà pourtant qu'on voit maintenant la ligne noire des vagues.

— Vous avez raison, pilote, les étoiles brillent moins, la brise fraîchit, le soleil monte. Sang-Dieu! qu'il monte donc vite, et que ma lunette me puisse servir à quelque chose. »

Biientôt, en effet, le soleil se leva.

Un large sillon de lumière, effleurant le sommet des vagues vertes et sombres, se projeta de l'orient au couchant; et l'Éole, qui se trouvait dans cette direction, fut soudainement éclairé de mille reflets éclatants, t[ui dorèrent la courbe de ses voiles Man-

iao HJSTOIRB DC LA MAHINK. «.16»^

cbes, ses flanc» arrondis et la sculpture délicate de son château d'avant.

Avant c(ue le disque du soleil n*eût paru au-dessus des eaux , M. de Cogolin et le pilote interrogeaient déjà tous les points de rhorizon, au moyen de leurs longues-vues, lorsque, tout à coup, abaissant leurs lunettes en même temps, ces deux marins se firent Tun àrautçe un geste des plus expressifs en montrant le Levant. Puis le capitaine s'écria d'une voix tonnante ;

— Maître, faites virer de bord... Vite, vite, couvrez l'Éole de toute la toile qu'elle peut porter ; et vous, pilote, à la barre, à la barre... et droit à Solebay, voici l'ennemi!

A ce mot, Téquipage agit avec un ensemble et une rapidité extraordinaires; cinquante hommes furent jetés sur les bras des vergues, et l'Éole, virant lestement de bord, commença de courir grand largue vers Southwold-fiay , et à déployer toutes les voiles qu'elle pouvait porter depuis ses civadières jusqu'à ses bonnettes.

i— Maître canonnier, à vos pièces , — s'écria Cogolin monté sur le bastingage de tribord, — et tirez en salut jusqu'à la vue de terre, toute votre artillerie, pendant que vos fusées d'artifice éclateront des hunes et de la pomme des mâts.

— Et vous, timonnier, couvrez l'Éole de pavois et de flammes, vite, vite... Mes enfants, que l'Éole s'adresse aux yeux et aux oreilles de nos frères de Solebay qui ne s'attendent pas à entrer sitôt ei branle... Courage, enfants!... courage, si nous arrivons à temps, l'Éole aura sauvé l'armée !

— Monsieur le chevalier, on est paré dans la batterie, — vint dire le connétable (maître canonnier).

— Faites donc feu, mon brave... et mettez double charge... feu partout, feu toujours; qu'on nous entende, qu'on nous voie de loin... Et vous, mes enfants, vive le roi à la première salve pour nous porter bonheur.

Le connétable descendit, et bientôt le premier coup de canon retentit sur la mer calme et déserte.,. A ce moment, le pavillon de France se hissa fièrement à poupe, et fut salué par trois cris de Vive le roi I

Au même instant aussi, mille banderolles et pavUIons de toutes çoideurs s'élevèrent sous le vent; et des fusées d'un rouge asse^

ardent pour être visibles, même en plein jour, s'élancèrent de la pomme des mâts, et tombèrent en pluie d'étincelles pendant que Tartillerie ne cessait de tonner... II est impossible de dé-' crire le tableau que devait présenter cette frégate, sous toutes voiles, inondée de soleil, faisant feu de ses deux bords, lançant des gerbes de flammes -empourprées du sommet de ses mâts pavoises, éblouissante d'éclat, étourdissante de bruit, glissant avec rapidité sur l'Océan, et laissant après elle un long nuage de fumée, tournoyant comme la poussière soulevée par un char.

Et puis sur le pont, et comme pour contraster avec tout ce dehors de iMruit, de lumière et de couleurs, c'était un calme, un silence profond ; car la frégate faisant toute la voile, toute la route qu'elle pouvait faire en ligne directe , le capitaine, le maître et les matelots attentifs, mais inoccupés à la manœuvre, n'avaient plus qu'à hâter de tous leurs vœux la rapidité de la marche de l'Éole.

La batterie offrait un spectacle plus animé : les canonniers et les soldats de la marine qui manœuvraient l'artillerie, exaltés par l'odeur de la poudre et par cet exercice entraînant, s'excitaient entre eux et s'identifiaient pour ainsi dire avec cette retentissante et grande voix de leurs canons, qui devait porter ces mots jusqu'aux échos de Southwold : — Voici l'ennemi I

Car le capitaine Cogolin ne s'était pas trompé : c'était bien la flotte de Ruyter, arrivant grand largue, et formant une imposante ligne de bataille, qui de ses ailes immenses embrassait presque tout l'horizon.

Bien que l'Éole fût de première vitesse, et que le flot et le vent le portassent droit sur Southwold, il est impossible d'exprimer l'atfreuse anxiété de' M. de Cogolin ; car la brise et la marée qui favorisaient sa marche, favorisaient aussi la flotte hollandaise, qui, à chaque instant, se dessinait plus nettement à l'horizon. Ce capits(jne songeait {H-esque avec désespoir à la surprise écrasante que devait faire éprouver aux amiraux la nouvelle qu'il apportait; la plupart des vaisseaux étant mouillés près de la côte, ayant peut-être' la moitié de leurs équipages à terre occupés à faire de l'eau, ne s'attendant nullement à être attaqués, et devant encore lutter contre le vent et la marée pour sortir

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de la baie, dans le cas même oà ils seraient avertis à temps de l'arrivée des ennemis.

Qu'on se figure donc l'angoisse de ce jeune officier, qui, les yeux tantôt ardemment fixés sur la flotte hollandaise, tantôt sur les voiles de sa frégate, semblait vouloir lui communiquer sa fiévreuse impatience, bien que la marche de ce navire fût aussi rapide que possible ; mais Tinaction, le calme dans lequel Cogolin était forcé de rester au milieu de cette fuite, lui paraissaient insupportables. Au moins à terre, soit en courant, soit en hâtant de sa voix et de l'éperon l'allure d'un cheval, on participe à l'action, le mouvement vous exalte, vous vous sentez avancer; mais, ôtre là, froid et debout sur une planche, ne pouvoir ni d'un cri ni d'un geste hâter une marche due à des moyens muets et mécaniques; être immobile quand on paierait de son sang chaque pas vere le but, c'est en vérité un supplice horrible...

. Aussi M. de Gogolin dit-il à son pilote, en lui montrant la voilure de la frégate: — Et n'avoir pas un pouce de toile de plus à mettre au vent, et supporter cette allure régulière et monotone... Au moins, abord d'une galère, on force de rames, on exalte, on emporte son équipage... le mouvement répond à votre impatience... mais à nos bords... pilote... être réduits à regarder les voiles se gonfler, et à attendre... c'est odieux...

— Mais aussi, monsieur, une pauvre voile ne se lasse pas, ne va pas par accoups, tantôt vite, tantôt doucement; si un boulet la troue, on en envergueune autre, et tout est dit; allez, allez, monsieur, pour fuir, chasser ou combattre un ennemi, ces galères que vous dites, ces barques à voleurs, ces bagnes à rames, ne vaudront jamais le plus petit brigantin monté par d'honnêtes marins... Mais, Dieu soit loué, monsieur, voici la pointe sud du banc de Sizewell, je vais prendre la barre; dans une demiheure nous entrerons dans Solebay.

— Oui, que Dieu soit loué, pilote... — s'^ria Gogolin. Puis, 8*adressant à M. de Besy, un de ses volontaires: — Gourez dans la batterie, monsieur, dh*e qu'on redouble d'activité, que les salves se succèdent sans interruption; car, par le Dieu qui nous entend, le moment est grave !. . .

— Le jeune gentilhomme descendit, et Gogolin, prenant sa

longue-Yue, regarda vers le nord-est avec une anxiété croissante. Le soleil était déjà haut, et Ton distinguait parfaitement à l'horizon les largeis envergures des huniers de la flotte ennemie, qui approchait toujours à toutes voiles... Cogolin compta quatre- \ingt-dix-huit navires; puis entre lui etTarmée ennemie il aperçut bientôt cinq frégates qui éclairaient la flotte hollandaise.

Enfin l'Éole entra dans Southwold-Bay, au bruit de son artillerie et de ses cris retentissants poussés par tout son équipage : • — L'ennemi L . . l'ennemi !,., —

Aussitôt, un cutter anglais, mouillé près de la passe, mit précipitamment à la voile, et se dirigea vers le nord de la baie pour prévenir le duc d'York.

IJÉôle resta en panne à deux portées de canon du Saint- Philippe; M. de Cogolin se jeta dans son canot accosta bientôt Tamiral, et était sur le pont de ce bâtiment, que le comte d'Estrées dormait encore.

—L'ennemi ! l'ennemi ! monsieur, — cria de Cogolinà RL d'FIérouard de la Piogerie ( major des vaisseaux et de la marine du Ponant), qui, par hasard, était déjà levé, — l'ennemi me suit, ayant comme moi le vent et la marée pour lui.

M. d'Hérouard , stupéfait de cette nouvelle, ne put que faire un signe à M. de Cogolin , pour lui dire de le suivre dans la chambre de l'amiral. Introduit près de M. -d'Estrées, qui était encore au lit, M. de Cogolin lui donna rapidement les détails de sa croisière.

— Monsieur d'Hérouard , — dit le comte d'Estrées en se faisant vite habiller et armer, — allez à l'instant à bord de M. le duc d'Yo'rk lui demander ses ordres.

— Monsieur de Cou, — ajouta-t-il à son capitaine de pavillon, — faites lever l'ancre à l'instant, ordonnez de faire le branlebas de combat partout , et donnez le signal à la flotte d'imiter ma manœuvre. Puis , se retournant vers Cogolin , d'un air consterné ? — Ah I monsieur, qui donc aurait pensé cela... et M. le duc d'-York qui se croyait certain que l'amiral hollandais était mouillé au ïexel.

— C'est une bien funeste ignorance, monsieur l'amiral, mats heureusement que votre escadre est mouillée plus au large.

— Sans doute, et, malheureusement, j'ai encore une partie n. is

des écpiipages de mes vaisseaux à terre , mes barques longues y sont mouillées pour le service de l'eau , et c'est h peine si j'en aurai le nombre nécessaire pour détourner les brûlots.

Peu de temps après M. d'Hérouard revint du bord du duc d'York, et dit à M. d'Estrées : — MonsiAir, Son Altesse le duc 4' York était couchée : en apprenant cette approche si inattendue des Hollandais , elle m'a ordonné de vous dii'c d'appareiUer en coupant vos câbles ou en les filant par le bout , et de tenir le VENT AUTANT QUE POSSIBLE , parce qu'il prévoyait bien que lui-même aurait beaucoup de peine à s'élever avec son escadre ; Son Altesse ajouta , en riant , que c'était une bonne chance pour célébrer la naissance du roi son frère.

— Faites venir M. de Gou , — dit l'amiral ; puis, il ajouta: — Adieu, M. de Cogolin , retournez à votre bord, vous avez sauvé l'armée du roi.

M. de Cou entra.

— Monsieur, faîtes couper les câbles, et appareillons sur l'heure.

Mais, monseigneur, les chaloupes et matelots de la plupart dés vaisseaux sont encore à terre.

— Il n'importe , monsieur, il n'importe , faites appareiller, et donnez le signal à tous les vaisseaux qui seront prêts d'imiter ma manœuvre.

— Je l'ai déjà fait, monsieur.

Le mouvement nécessaire à l'appareillage se terminait, lorsque le vice-amiral parut sur le pont. Après une courte prière , dite par le père l'Hosle, on hissa le pavillon de combat, et le Saint- Philippe mit à la voile sous ses huniers , ayant à vaincre le flot assez fort.

Les vaisseaux le Grand, le Tonnant, le Foudroyant, l'Excellent, le Superbe, l'Aquilon et l'Invincible, n'ayant personne à terre, imitèrent la manœuvre de l'amiral, et le suivirent; lorsqu'ils arrivèrent dans la passe de la baie, ils purent voir la flotte hollandaise venant droit sur eux sur une seule ligne.

Au grand étonhement des officiers de l'escadre, et malgré l'ordre formel que lui avait donné M. le duc d'Yai'k, DE TENIR LE VENT, M, d'Estrées laissa au contraire arriyer vers le sud.

— 467«~. LIVRE rv, CHAPITRE XV. M

et bientôt Factlnn s'engagea aufion/, ainsi qu*on ta le voir, entré les flottes anglaise et hollandaise.

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