‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 23 sur 72 · IT · texte numérisé non relu

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810 HIftTOIRK DE LA MARINE^ — iflf^ —

» Le lendemain matin , au point du jour, le duc se trouva , atec les vaisseaux dont j'ai parlé , à une demi-lieue environ an vent des Hollandais. Une brise légère continuait à souffler de Test, et le temps était clair. Au lever du soleil, il n'aperçut aucun des vaisseaux qui formait le reste de sa flotte , dont il se trouvait alors au vent. Vers- neuf heures du matin, il commença à les apercevoir sous le vent et un peu à l'arrière des HoUan" dais. Alors il gouverna vers eux, et passa près de l'ennemi, qui continua sa toute sans essayer de l'empêcher de rejoindre le reste de sa flotte. Il la rejoignit avant onze heures, et remonta à bord de son vaisseau le Prince, que le capitaine Narborough avait réparé et mis en état de service. Il l'avait recruté de l'équipage des deux brûlots, dont l'un avait brûlé et l'autre coulé la veille. Arrivé sur le Prince , le duc fit mettre en panne , et donna lé signal pour convoquer à bord de son vaisseau tous les officiers généraux, afin de se faire rendre compte de l'état des bâtiments qu'ils commandaient. Pendant ce temps, les Hollandais, qui continuaient de gouverner vers le sud , se trouvèrent tout à fait hors de vue. D'après le rapport des officiers généraux, il se trouva qu'on avait perdu le Royal -James; que le Charles II et le Saint-Michel avaient tellement souffert, qu'il fallait absolument les envoyer à Sheerness, où était déjà le Victorieux, le Henry, le Royal-Catherine y de troisième rang; le Fairfax, le Dunkirky le Yot*k, de quatrième rang; et le Greenwich, commandé par le capitaine Greeu , qui avait emmené avec lui le Stavem sans en avoir reçu l'ordre ; il fut cassé pour cela. On reconnut aussi que la plupart des vaisseaux en état de servir avaient presque épuisé leurs munitions.

Il fut donc décidé, sur l'avis unanime de tous les officiers généraux alors présents , de forcer de voiles pour se rendre à Sheerness , et chacun retourna à son bord pour attendre que le vaisseau amiral donnât le signal du départ.

Mais à peine y étaient-ils rentrés, que de l'arrière du vaisseau amiral on aperçut la flotte ennemie gouvernant sur nous. Le duc alors ne jugea pas devoir suivre le projet arrêté; mais, au lieu de cela, pensa qu'il fallait prendre le vent et rallier la flotte ennemie. Il donna donc à la sienne le signal de se mettre en orfre de bataille. On fit d'abord partir pour le Nore et pour Sheer-

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neflstous les Taiaseaux mallraités, excepté deux, le Saint-^MieheL et le Fairfax, qui tronvèrent moyen de rester quoique fort crevassés et en mauvais état Le comte d'Estrées y avec Tescadre française, avait Tavant'^arde; Tescadre bleue, alors commandée lar le vice-amiral sir Joseph Jordan et le contre-amiral sir John Kemptbor, avait Farrière-garde. Sir John Harman , qui avait renvoyé son vaisseau avec le reste des vaisseaux désemparés, vint à bord de celui dli duc, qui lui ordonna de se rendre \ bord du Cambridge y dont le capitaine, sir Freètchville-Hollis , avwt été tué la veille, et d'y mettre son pavillon de contre-amiral de Tescadre rouge.

» La fbtte anglaise, ainsi en bon ordre, gouverna vers la flotte hollandaise , sur laquelle elle avait l'avantage du vent ; mais , lorsipic notre avant-garde fbt arrivée à la hauteur du milieu de la ligne hollandaise, Ruytër fit à toute sa flotte le signal de virer de l)ord à la fois, et ils s'éloignèrent serrant le vent pour gagner leurs côtes. Le duc fit alors signal à son avant-garde de forc^ de voiles; toute la ligne en fit autant , se portant sur l'ennemi. Aussitôt qu'il vil M. Du Quesne, qui, son pavillon au mât de hune, conduisait les Français, arrivé à la hauteur de la tête de la flotte ennemie,«l donna le signal du combat, et gouverna sur les Hollandais , sur qui nous avions alors le vent , et dont nous n'étions pas à plus de demi-portée de canon. Il était deux heures après midi. Les Hollandais, voyant que la chose était sérieuse, an lieu d'attendre le duc ou de faire leur retraite en bon ordre, forcèrent de voiles sans s'arrêter à mettre en sûreté leurs vaisseaux désemparés. Le duc en compta quinze à l'arrière de leur flotte , et avait tontes les raisons du monde de crmre qu'il s'cp rendrait bientôt maître; ibais il plut à Dieu d'en ordonner au* trement : car, en ce moment même , l'air, jusqu'alors serein et brillant de soleil , se chaîna tout à coup d'un brouillard tellement épais, qu'on ne se voyait pas de Tavant à l'arrière du vais* seau. Le duc, voyant arriver le brouillard, fit retirer le signal du combat, qui était un drapeau rouge au haut du mât de hune, mit en panne, serrant le vent le plus qu'il put, afin que pendant le brouillard les Hollandais ne le prissent pas sur lui. Il dura plus d'une heure; et quand il s'éclaircit , nous étions toujours au vent , éloignés de l'ennemi de plus de portée de canon. Le

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veat étant alors au nor4-ouest, le duc fit déployer le pavillon sanglant, comme rappellent les marins, et gouverna de nouveau sur les Hollandais pour engager le combat; mais, avant qu*il pût en venir aux mains avec eux, le vent augmenta à tel point, que, la mer étant ti*op grosse , il lui devint impossible de faire usage de ses basses batteries. Il retira donc son pavillon sanglant , et continua de tenir le vent sur les Hollandais , qui se dirigèrent 8\ir Weelings. Vers neuf heures ou dix heures du soir, le vent soufflant toujours très-frais , le duc vira de bord pour éviter le danger de donner sur les bancs de Flandre. Il marcha donc jusqu'à minuit en serrant le vent; puis, virant de bord une seconde fois , se remit à la poursuite de Tennemi jusqu'au lendemain matin ; mais alors , ne l'apercevant plus , et jugeant qu'il s'était mis à l'abri dans ses sables, où l'on ne pouvait songer à le suivre, il jugea devoir changer de marche, et se rendre à force de voiles •à la balise du Nore, afin de s'y réparer, espérant avec raison reprendre la mer le premier après l'avoir quittée le dernier. »

Vient enfin la relation de Ruyter, extraite de sa vie.

» Â la pointe <lu jour , les Hollandais , étant arrivés par un vent d'est-nord-est devant Southwold-Bay,î^ui est un port entre Harwich et Yarmouth, découvrirent, sur les cinq heures, l'armée ennemie, composée des forces de France et d'Angletetrre, et forte à peu. près de cent trente voiles. Néanmoins d'autres ont assuré que les Anglais seuls avaient cent seize navires de guerre et vingt-quatre quaiches, et que les Français en avaient quarante-huit ou trente-trois, selon le rapport de quelques autres, avec huit brûlots et quatre flûtes. De plus, on prétend que les vaisseaux anglais étaient tous ensemble montés de vingt-trois mille cinq cent trente hommes, et de quatre raille quatre-vingt-douze pièces de canon, et que les français portaient près de onze mille hommes et mille neuf cent vingt-six canons. Leur armée était à l'ancre; et les Hollandais parurent si subitement devant la baie, que plusieurs navires ennemis furent obligés de couper leurs câbles pour se mettre sous voiles et en ligne, ce qui se fit avec beaucoup de diligence. Elle était divisée en trois escadres , ainsi que celles des Provinces-Unies. Le duc d'York, en qualité d'amiral du royaume, la commandait en

chef, étant au milieu avec Tescadre rouge sous lui. L'escadre blanche, presque' toute composée de Français, était à Taile droite , commandée par Jean , comte d'Estrées, vice-amiral de France. L'amiral Edouard Montagu, comte de Sandwich, commandait l'escadre bleue, qui faisait l'aile gauche. Le duc d'York montait /e Prince on, comme d'autres l'ont appelé, fe iSamf- MicheL , portant le pavillon royal au grand mât. L'armée des deux rois, ayant mis à la voile, porta le cap au nord, et celle des États, qjii avait alors l'avantage du vent, mais d'un vent fort faible, arrivait peu à peu sur les ennemis. Ensuite le lieutenant amiral Ruyter mit le pavillon rouge au perroquet de fougue pour signal de commencer le combat, gouvernant de son côté au sud, afin de tomber sur l'escadre rouge des Anglais. Le lieutenant amiral Bankert courut le même bord, et fit aussi le sud pour attaquer l'escadre blanclie des Français ; et le lieutenant amiral Van Gent tourna l'escadre bleue, qui était plus au nord. Les trois escadres s'avancèrent chacune en son rang , ce que leurs divisions firent aussi toutes en même temps et presque en utie . droite ligne, Ruyter étant au milieu, Bankert à sa gauche, et Ydn Gent S sa droite. Les deux navires de guerre, accompagnés des deux brûlots détachés de chaque division , ainsi qu'il a été dit , faisant ensemble le nombre de dix-huit navires et de dix-huit brûlots, naviguaient un peu de l'avant, chaque partie de ce détachement à la tête de son escadre , de laquelle Û était suivi. Ruyter avait exhorté en peu de paroles toute son armée à bien faire son devoir, et avait vivement remontré quelle était la con-, séquence du combat où ils allaient tous s'engager, et quelles en devaient être les suites, puisqu'il ne s'agissait pas de moins que du salut de la patrie , de la liberté des Provinces-Unies , ^s biens , du sang et de la vie de chaque particulier, et qu'il n'y avait que leur courage qui pût les garantir de l'injuste violence des deux rois qui les attaquaient. Après cela , sur les sept ou huit heures du matin, les deux armées ennemies s'engagèrent dans une terrible bataille. Ruyter, de qui l'escadre gouvernait sur l'escadre roug^, dit à son premier pilote : Pilote Zegei^^ voilà notre homme , montrant du doigt le duc d'York. Le pilote, ôtant son bonnet, répondit à la matelotte : Monsieur, vous allez le rencontrer. Et en ^aitt cela, il arriva droit surjui,

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jusqu'à une portée de mousquet Alors l'amiral anglais vint lui prêter le côté , et lui envoya une bordée, à quoi le Hollandais répondit de toutes les siennes, ce qui couvrit Tair d'une si épaisse fumée, qu'il. n*y eut plus moyen de rien apercevoir, le peu de vent même qu'il faisait étant tout à fait tombé dans ce moment-là , comme si c'eût été sous les coups qu'on avait tirés. Il est impossible de bien représenter ni même de s'imaginer toute l'horreur du combat qui suivit cette première décharge. Les Sept'Provinces et l'amiral anglais furent pendant' plus de deux heures au côté et sous le feu l'un de l'autre, tant qu'ils eu demeurèrent presque tout désemparés. Le canon de Ruyter fut si bien servi, que des mousquets n'eussent pu tirer plus vite, et qu'enfin , sur* les neuf heures , le grand mât de hune du duc d'York fut abattu avec son pavillon rouge; et il aurait alors couru grand risque d'être abordé par des brûlots, si le calme ne les en eût pas empêchés. Il prit donc en cet instant le parti d'arriver et de se séparer de Ruyter ; mais sa place fut bientôt rempUe par plus d'un grand navire de son parti. Cependant il fut obligé de passer à bord [du Londres et d'y faire transporter son pavillon, qui y fut arboré; mais, depuis, il ne se rapprocha plus de l'amiral de Hollande. A peu près en ce m^me temps, le capitaine Engel de Ruyter^ qui combattait en son poste dans la division de son père , fut si fort blessé d'un gros éclat à l'estomac, que, deux ou trois jours après, il ne pouvait plus ni parler ni faire entendre aucune forme de voix. Ses lanternes à car*touches avaient été vidées et remplies deux fois pendant le com- W. Il avait abattu ce jour-là le grand mât de hune d'un navire anglais, et avait eu onze hommes de morts à son bord et quinze de blessés, dont il y en avait dix qui l'étaient dangereusement U avait reçu six coups à l'eau ; trois de ses canons avaient eu là bouche emportée , et son grand mât de hune aussi bien que sa vergue d'artimon étaient fort endommagés. Deux jeunes aventuriers des meilleurs familles d'Amsterdam et un avocat de la même ville signalèrent , en cette occasion , et leur valeur et l'amour qu'ils avaient pour leur patrie. Ils s'étaient embarqués en qualité de volontaires avec un assez granâ nombre de matelots qu'ils avaient levés à leurs dépens. Le premier , qui était Girard Hasselaar, issu de la généreuse fanulle des bourgmestres

Hasselaar, laissant à Amsterdam deux jeunes filles qui avaient déjà perdu leur mère, fiile de Girard Hasselaar, bourgmestre et grand bailli , commandait , avec quarante matelots portant des bonnets à l'anglaise bordés de velours rouges , à bord du Protecteur, commandé par le capitaine David Swerius, dans l'escadre du lieutenant amiral Ruyter. Là, son zèle fut malheureusement éteint dans son sang ; mais rien ne pourra jamais eiïacer l'éclat de la gloire qu'il s'est acquise en mourant ainsi au lit d'honneur pour sa patrie , et le coup de boulet qqi le mit au tombeau servira du moins à faire vivre sa mémoire dans les cœurs de tous les véritables Hollandais. Le second , qui était Conrad de Heemskerk, fils du docte conseiller feu Jean de Heemskeri: , et d'une sœur du bourgmestre Conrad Van Beuningen, si célèbre par son éloquence et par ses diverses ambassades, était, avec cinquante matelots portant aussi des bonnets à l'anglaise bordés de velours bleu, à bord du Dauphin , comjnandépar le lieutenant amiral Van Gent; et, après avoir donné de belles preuves de son courage , il revint heureusement sans avoir reçu aucune blessure. Le troisième, qui était Jean Bergh, avocat, issu d'une bonne famille de Naarden, mais habitant d'Amsterdam , et enseigne de la bourgeoisie , était , avec huit matelots portant des bonnets bordés de vert et de gris , à bord de la Ville d^Utrecht, vaisseau commandé par Jean Bont, dans la division du vice-amiral de Liefde. Celui-ci eut aussi Tavantage de survivre à une action si noble et si hardie, et le plaisir de raconter ensuite ce qu'il avait vu des particularités de la bataille. Lemart Corneille de Witt, qui avait été tourmenté de fluxions depuis qu'il était sur mer, ayant encore alors quelque incommodité à la jambe, fit porter un fauteuil de velours vert sur le haut de la dunette, et quand il était las d'être debout, il s'asseyait sur un coussin du même velours, oii étaient les armes de l'état en broderie. Il se tint en ce lieu-là tout le jour, afin de voir ce qui se passait et d'ooserver la conduite et les actions de chaque particulier ; mais, la fumée continuelle s' opposant à son dessein, à peine pouvait-il apercevoir jusqu'à la distance de la longueur d un navire. Cependant il ne hasardait pas nioim sa vie que le moindre matelot, et les boulets ne volaient pas moiîis autour de lui. Il avait dans ce temps-là pour hallçbardiers douze

soldats vêtu^ de rouge doublé de jaune ^ qui sont les livrées de Hollande, Comme ils se tenaient proche de lui au haut de la dunette y près de la frise , il y eut un boulet de canon (jui, ve~ nant siffler à ses oreilles , en abattit trois presque à ses pieds , et en blessa deux ou trois autres mortellement^ à l'un desquels il emporta les detix jambes. Intrépide au milieu d^un si grand danger. Corneille de Witt dit sans s'émouvoir à de Vitt, gendre de Ruyter, capitaine des soldats qui étaient près de lui, qu'il eût à faire jeter à la mer les trois corps tout vêtus, ce qui fut à l'instant exécuté.

Il faut maintenant passer aux autres circonstances de cette mémorable bataille. Dès le commencement, le lieutenant amiral Vmi Nés, avec quelques vaisseaux de sa division, porta sur le viceamiral et sur le contre-amiral de l'escadre rouge ; et en leur faisant sa décharge, ri courut le même bord qu'eux au nord; mai^ le cabne devint si grand au parage où ils étaient, qu'ils ne faisaient que dériver les uns parmi les autres, et qu'il était impossible que les vaisseaux fissent assez de mouvements, ou pour s'écarter, ou pour avancer, ou pour reculer. Ainsi Van Nés et le vice-amiral de l'escadre rouge anglaise furent tout proches et flanc à flanc Fun de l'autre pendant une heure et demie, faisant un feu continuel, chacun sur son ennemi. Au même instant. Van Nés perdit de vue le capitaine Braakel, la fumée l'empêchant de plus rien voir tant soit peu loin de son bord; et lorsqu'elle commença à se dissiper , il aperçut des vaisseaux coulés bas , ce qui lui fit soupçoimer que celui de ce brave capitaine pouvait être de ce nombre. Le lieutenant colonel Palm et le contre-amiral Van Nés eurent le malheur de s'aborder alors, et ils dérivèrent ainsi engagés ensemble sans pouvoir se déborder à cause du calme , jusqu'à ce que Palm eût jeté Tancre ; mais cette manœuvre les fit enfin séparer. Sur le midi, le Royal-Catherine, navii-e anglais, monté de quatre-vingts pièces de canon , et commandé par le capitaine Jean Ghichely, fit chapelle à l'avant du lieutenant amiral Van Nés, sans pouvoir ni venir au vent ni arriver : ainsi ils dérivèrent longtemps Fun proche de Fautre en s'envoyant sans cesse leurs bordées. Alors un brûlot de la division de Van Nés se faisant nager vers l'anglais, celui-ci baissa l'enseigne de poupe et voulut se rendre. Cependant le feu prit au brûlot^ et Van Nés,

qui dérivait toujours, fut sur le pdnt d*en être. touché à Tarrière, et se vit dans un fort grand péril, le brûlot se trouvant entre lui et l'anglais; mais^ ayant fait tous ses efforts pour s'en éloigner, le brûlot vint enfin au côté de Chichely, auquel Van Nés tira quelques coups à Teau. Chichely détourna aussi le brûlot, mais il n'en était pas moins sur le point de périr ; car ses sabords de tribord étaient déjà dans Teau. Van Nés , qui s'en aperçut, envoya le capitaine Yan Aarsen avec la frégate l'Utrecht et le commandeur Wynant Van Meurs avec l'yacht te Rotterdam, pour enlever l'équipage , et ensuite couler le vaisseau à fond ou le brûler. Ils y allèrent, et prirent une partie de l'équipage avec le capitaine. Cependant le lieutenant amiral Van Nés, ayant reviré au sud , et s'étant de nouveau engagé avec les ennemis , ne sut ix)int alors ce qu'était devenu le vaisseau de Chichely. Mais ensuite on apprit d'Angleterre que les Hollandais qui l'avaient abordé s'étaient tellement amusés au pillage, et si mal à propos oubliés eux-mêmes, ne gardant plus aucun ordre, que les Anglais, se servant de l'occasion , les attaquèrent , en tuèrent quel- . ques-uns, reprirent le navire, et l'emmenèrent dans un de leurs ports. Jean Van Braakel, qui commandait la Grande-Hollande ^ et qui était, comme on l'a vîi, l'un des six ordonnés pour se mettre un peu de l'avant de l'escadre de Ruyter, afin d'adresser chacun un brûlot, fit ce jour-là une action d'une hardiesse étonnante , telle qu'il ne s'était encore rien vu de pareil dans un combat^ néanmoins sans ordre, et peut-être Un peu contre l'ordre, mais pourtant d'une grande conséquence. Suivant les ordres prescrits, son rang était de combattre dans l'escadre de Ruyter, et dans la division de Van Nés, contre les vaisseaux de l'escadre rouge; mais, au commencement du combat, s'étant écarté sur la droite avec le brûlot de Dirk Mminik , il porta le cap au nord , vers Montagu , amiral de l'escadre bleue, et gouverna droit sur lui sans tirer un seul coup, quoique quelques Anglais le canonnassent de toute leur force pour l'empêcher d'avancer. Montagu, de son côté, faisait des décharges si terribles pour le détourner, qu'il semblait que c'était une grêle de boulets et de chevilles de fer qui tombât , et que leur chute fît bouillonner et élever la mer comme si elle eût été remplie de baleines. Mais Braakel, nonobstant qu'on lui tuât beaucoup df aes gens , ne tira pas ua

ai8 HISTOIHB DE LA MARmS. — im—

coup qu'il n*eût abordé et accroché le Royal-Jacques^ que montait Montagu , et qui avait fait ses décharges. Alors le iioUaudais lui envoya k son tour toutes ses bordées, qui tuèrent une multitude de gens et en blessèrent encore davantage, les blessés jetant des cris horribles. A Tinstant, il se livra un combat épouvantable entre les deux ennemis , dont les forces étaient bien inégales : Braakel paraissait auprès de Montagu comme une barque auprès d'un gros navire ; car son vaisseau ne portait pas plus de trois cents hommes et de soixante-deux pièces de canon, et Tamiral anglais portait mille hommes et cent quatre canons. Cependant le hollandais demeura une heure et demie à son côté. faisant un feu continuel, et le réduisant dans un tel état qu'il se serait rendu , comme son lieutenant le rapporta depuis , si le vaisseau de Braakel avait porté un pavillon. Il reçut à la vérité des gens frais, qui lui furent envoyés dans des chabupes, et tâcha, en sautant à Tabordage , d'accabler son ennemi par le nombre; mais, quoique les Anglais fussent déjà sur le premier pont, les Hollandais ne tinrent pas moins ferme, et se défendirent d'en bas sans plier. Toutefois , le vaisseau fut percé de tant de coups, et ses agrès furent si incommodés , qu'il ne pouvait plus porter de voiles; outre cela, Montagu coula à fond deux ou trois brûlots qui arrivaient encore sur lui. Le ruart ayant vu que Braakel, au lieu de combattre près de Ruyter et de Van Nés, contre l'escadre rouge, était allé avec tant de témérité s'engager avec Montagu , s'irrita fort de ce mépris de ses ordres , exemple dangereux et qui est de la dernière conséquence dans les combats, et prétendit que cette action méritait châtiment, quoiqu'il ne laissât pas de l'admirer en elle-même et de la louer; mais il eût souhaité qu'elle eût été faite contre le duc d'York, puisqu'aIors> au lieu de devoir être punie ou vantée, elle n'aurait été digne que d'applaudissements et de récompense. Cependant l'escadre du lieutenant amiral Yan Cent étant aussi entrée en action , il y eut d'autres vaisseaux qui tombèi^ent sur Montagu , ce qui l'obligea de redoubler ses efforts pour couper les amarres et se déborder de Braakel , à quoi ayant enfin réussi , le capitaine hollandais dériva tout désemparé; mais, quoique l'amiral anglais se fût dégagé de lui , il n'était pourtant plus en état de se défendre. 11 ne laissa pas néannioiiis de se maintenir, et de donner les dernières

preuves d'une valeur in£ortunée jusqu^à luidî, que le vice-auiiral Sweers, ayant cru l'aborder» vit que Jean Danielz Van den Ryu» commandant du brûlot la Paix^ arrivait aussi 8ur lui ; et. à cette vue, changeant de dessein , il se retira après lui avoir envoyé ^ bordée, et laissa agir le brûlot, qui, jetant les grapins à ce superbe vaisseau, le réduisit aussitôt en cendres, spectacle également digne de la compassion des siens et de ses ennemis. Il brûla sans' sauter en Tair, parce que Braakel l'avait percé de tant de coups que toute sa poudre était mouillée, et que, sans le brûlot, il était déjà près de couler bas. Les matelots se jetèrent à la mer \ centaines , tâchant d'éviter le feu par l'eau. L'amiral Montagu voulut se sauver avec son fds dans la chaloupe ; mais la midtitude des matelots qui s'y jetèrent en même temps la firent enfoncer, de sorte qu'il y périt misérablement avec son fils, ou^ comme d'autres ont rapporté , avec ses deux fils. Telle fut la fm déplorable de ce comte, qui était vice-amiral d'Angleterre, vaillant, intelli^ gent, civil, prudent, honnête dans ses manières et dans ses discours, et qui avait rendu de grands services à son roi, non-seulement à la guerre, mais aussi dans les affaires d*É(dt et dans les ambassades. Son corps, qui flottait parmi les autres, fut péché ; mais son visage, ses beaux cheveux et son estcmiac , baves c^ brûlés par le feu , le rendaient tellement défiguré qu'il n'était reconnaissable que par ses habits. Il fut porté à Londres, et inhumé avec toutes les cérémonies dues à son rang et à son mérite. Sa perte fut accompagnée de celle de plusieurs autres per-* sonnes de considération; mais son capitaine^ nommé Haddok, quoique blessé , se soutint à la nage , et fut retiré de l'eau. Son lieutenant fut aussi sauvé par la chaloupe du brûlot qui l'avait mis en feu, et mené encore avant midi à bord de iHuyter, qui lui '-lit donner des habits et le voulut faire descendre à fond de cale, afin qu'il ne lui arrivât plus aucun accident particulier; mais il pria qu'on le laissât sur le pont, et qu'il pût voir ce qui se passerait, disant au lieutenant amiral : « Monsieur, c'est là se battre: » il n'est pas encore midi , et cependant voilà plus d'expédition » faite qu'il ne s'en fit en quatre jours^ l'an 1666. » Il demeura sur le pont, n'étant point blessé. Pour le commandant Van den Ryu, de qui le brûlot avait mis le feu au vaisseau de Montagu, il reçut dans la suite avec son équipage six mille livres de récom^

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pense. Le lieutenant amiral Yan Gent , irrité contre les Anglais qui avaient demandé qu*il fût puni pour n'avoir pas voulu baisser pavillon devant l'yacht le Merlin, porta avec beaucoup d'ardeur sur l'escadre bleue, et perça au travers avec tant de courage, qu'il y jeta l'épouvante ; mais une demi-heure après le commencement du combat, il fut malheureusement atteint d*un boulet ' qui lui ôta la vie, et priva les États d'un de leurs meilleurs officiers. C'est ainsi que mourut le vaillant Guillaume-Joseph baron de Gent, lieutenant amiral de Hollande sous le collège de l'amirauté d'Amsterdam , et colonel du premier régiment des troupes de l'État, issu d'une noble famille de Gueldres, et qui comptait parmi ses ancêtres le fameux Martin Van Rossem, ce foudre de guerre, et parmi ses oncles, Walraven et Oton, barons de Gent,' célèbres par leurs belles actions dans la guerre contre l'Espagne, mais particulièrement ce dernier , connu sous le til^e de seigneur de Dieden, sous lequ^ il se signala à la prise de Wesel, l'an 1629. Notre Guillaume-Joseph , qui avait premièrement servi sur terre était devenu en iort peu d'années un très-excellent officier de mer, qui, d'abord en divers combats, sous les yeux du lieutenant amiral Ruyter, et ensuite depuis son avancement, avait donné dés preuves extraordinaires de valeur et de prudence , surtout dans Tentreprise exécutée sur le Meckwei près de Chatam ; et qui, après cela, n'avait pas acquis moins de ^oire dans une expédition qu'il avait faite contre les corsaires turcs, de sorte qu'on ne pouvait attendre que de grandes choses de lui. Sa perte fht d'autant plus sensible à tous ceux qui étaient affectionnés à la patrie , qu'il mourait presque à la fleur de son âge , et lorsqu'il était le plus en état de lui rendre service. Son corps fut envoyé en Hollande dans une galiote , où , après avoir été embaumé à La Haye , il fut porté à Utrecht , et enterré dans l'église cathé-' drale avec toutes les plus honorables cérémonies qu'on ait coutume de pratiquer. On lui a depuis élevé, aux dépens du public, un magnifique tombeau de marbre, où ses vertus et ses illustres faits, gravés en lettres d'or, doivent être, aux yeux de la postérité, autant d'aiguillons à la gloire.

» Pour revenir aux cvrconstances de la bataille, dans le même temps que les escadres des deitx lieutenants amiraux de Hollande s'étaient engagées avec les ennemis, celle du lieutC"

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nant amiral Banket^ avait de son càté mis le cap sur tem* escadre blanche, composée principalement de Français, et le combat n'avait pas moins commence rudemem entre celles-ci; mais le comte d'Estrées revira bientôt au stid, et, par ee moyen, il s éloigna des Anglais, Bankert le suivit, et, faisant le sud comme lui, ils demeurèrent presque tout le jour engagés ensemble^ les Français baissant toujours sous le vent, et Bankert chassant sur eux de toute sa force, sans toutefois remporter beaucoup d'avantages. Véritablement, cptelques-uns ont dit qu'on avait coulé à fond un gros navire français; mais je n'en ai trouvé aucune certitude. D'autres ont estimé que le but de la France n'avait été que de regarder de loin le combat pour conserver ses vaisseaux, en laissant les deux nations de CEurope les plus puissantes sur mer consumer 'leurs forces et s'entre-détruire, afin de pouvoir mieux dans la suite venir à bout de leurs desseins. Cependant ]*escadre rouge et celle de Ruyter continuaient à faire un feu épouvantable Fune sur Fautre; mais enfin, faute de vent, on se trouva en état de ne pouvoir p>lus gouverner et de dériver les uns parmi les- autres, si bien qu'à peine pouvait-on plus garder aucun ordre, et que les vaisseaux qui venaient à s'aborder s'incommodaient d'autaut'plus qu'il était impossible de changer assez promptement de bord. Il se fit alors des deux côtés des exploits dignes d'une éternelle mémoire. Un grand navire anglais monté de soixante-dix pièces de canon fut mis en feu par un brûlot , et deux autres furent coulés bas. On croit même qu'il en fut détruit davantage, et par le feu, et par l'eau; mais je n'en puis rien dire de préais, parce que ceux qui ont fait le rapport, ayant été en différentes escadres, se sont quelquefois mépris dans la confusion du combat, et; brouillant leurs idées, ils ont attribué à un vaisseau ce qui était arrivé à un autre, ou ont fait deux divers récits .touchant un même vaisseau; il y eut neuf ou dix brûlots hollandais détruits ou brûlés sans avoir pu faire aucun effet : les coups d'un seul navire anglais ea brûlèrent cinq ou six. Ijo Josué, monté par le capitaine Jean Dik, fut coulé à fond. Le Stavern, monté par le capitaine Ëlzevier, qui se défendit vaillamment, fut néanmoins pris. Après la mort de Van Gènt, son navire, et par conséquent la plus grande partie do son escadre, puisque ^chaque escadre

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observe et suit son pavillon, tint le vent sans faire presque ancun inonvement, et sans porter comme auparavant sur 1 eseadre bleue d(ns Anglais. Ce fut à la plupart de ceux-ci une occasion de se joindre à Tescadre rouge , et d'aller fondre en si grand nombre sur Ruyter qu'ils espérèrent l'accabler ; mais il ne tourna jamais la barre du gouvernail pour arriver devant l'ennemi , et le combat n'eu devint que plus violent et plus opiniâtre. Ensuite Panhois, capitainedes troupes se rendit à son bord ; et, ayant secrètement informé le ruart de la mort de Van Gent , il eut ordre de garder encore le secret, et de faire en sorte que, le même navire continuant à porter le pavillon d'amiral, on prit soin de le conduire avec tant de précaution, qu'on ne pût rien apercevoir du changement qui était survenu. Panhuis retourna donc à son bord avec cet ordre* et, à sa venue, il fit arriver de nouveau l'escadre de Gent sur les ennemis, et alors on vit redoubler la chaleur du combat Au commencement, Ruyter avait gouverné au sud; mais ensuite , les Anglais ayant viré au nord , Ruyter revira aussi; et, ayant couru près de deux heures le même bord qu'eux, il les serra sifort'contre le rivage, qu'ils fur^t contraints de revirer au sud ; ce qu'il fit aussi en même temps, courant si près de terre que, lorsqu'il fut un peu dégagé de la fumée qui l'environnait, il pouvait distinctement de son bord apercevoir les maisons et les hommes. Les Anglais, ayant porté le cap au sud, forcèrent de voiles pour gagner le vent de Tescadre de Ruyter, qui, voyant leur manoeuvre, et s'apercevant de leur dessein, fit tous ses efforts pour conserver son avantage, fmrt satisfait de ce qu'en paenant cette route , ils lui donnaient moyen de s'approcher de Bankert et des Français, qui étaient fort éhngnés vers le sud, et de combattre à une moindre distance du lientenant amiral de Zélande, afin de lui pouvoir dmmer secours s*il en avait besoin. Ainsi il tint toujours le vent, et se surit de cet avantage autant qu'il put, mais beaucoup moins qu'il n'aurait lait si le calme ne l'en eût point empêché. Qqpaidant on combattait sans rettche. Jean H erman , contre-amiral de l'escadre rouge, officier brave et courageux, fut longtemps, avec quelques autres des siens, au côté ou proche de Ruyter, faisant un feu furieux, 4 quoi le général ne manqua pas derépftidredemême, Sur le soir» dnq An^ais de Pescadre falote, ayant passé an vent

de lui, firent mine de vouloir aniver sur son vaisseau avecdeut brûlots , ne voyant plus auprès de lui que le capitaine Philippe Van Alraonde et un senau : mais ib manquèrent de cœur ; car, quoiqu'ils eussent un vice-amiral parmi eux , tous les cinq mirent néanmoins en panne avant que d*être à la portée de son canon, au lieu de conduire les brûlots k son borda la faveur deleurs décharges et de la fumée; mais les brûlots, plus hardis, ne laissant pas d'arriver, Almonde et le senau, selon leur devoir, allèrent se mettre entre eux et Tamiral, qui n'eût pu s'empêcher d'en être abordé, n'ayant point de chaloupe pour aller les détourner, parce que les siennes avaient été toutes deux coulées à fohd. A ce défaut, Almonde et le senau se mirent en état de lui rendre ce service ; mais, quelque résistance que ce brave capitaine fît de son canon et de sa chaloupe pour éviterlui-même le péril, il ne put empêcher que I^ des brûlots ne jetât les grapins à ses haubans d'artimon. On crut alors qu'il était perdu. Néanmoins, le feu ayant un peu couvé dans le brûlot, il eut encore le temps de couper ses haubans et de se déborder, en sorte que le brûlot, dérivant à son arrière , s'en trouva assez loin pour ne lui faire aucun dommage lorsqu'il commença à s'enflammer. L'autre brûlot, ayant vu ce qui s'était passé, ne fut pas aussi hardi que le premier : il fit le tour par l'arrière de Ruyter, et prit son cours vers le contre-amiral de l'escadre rouge , qui était encore sous le vent à lui. Les vaisseaux hollandais qui étaient aii vent de Ruyter s'avançant alors pour le soutenir, le combat continua encore plus opiniâtrement qu'il n'avait fait. Cependant on vit de loin que l'escadre blanche du comte d'Estrées était descendue de plus de deux lieues sous le vent de celles des Anglais, et que l'escadre de Bankert , étant en bon état , lui donnait la chasse. Mais, comme dans les batailles navales on se bat en divers endroits , quelquefois en même temps , quelquefois en des temps différents , et que la fumée empêche souvent qu'on ne voie ce qui se passe , tellement qu'une escadre ou une division, la plupart du temps, ne sait pas en quel état est l'autre, il est presque impossible qu'on puisse rapporter nettement toutes les différentes circonstances de ce qui s'est passé en changeant de cours, en arrivant ou en revirant , et de ne pas placer quelquefois plus tard dans sa narration ce qui, en effet, est arrivé plus tôt, ou de

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ne pas raconter plus tôt ce qui est arrivé plus tard. On peut encore moins faire tout à la fois le récit de ce qui s*est passé en différents endroits dans un même temps, et c'est ce qu'on peut appliquer à Tordre que je suis obligé de tenir en rapportant ici dans la suite les divers incidents arrivés eu cette journée à la indivision du lieutenant amiral Van Nés.

» Lorsqu'après midi le général Ruyter eut porté le cap au sud, comme avaient fait les Anglais, le vent commença un peu à fraîchir de Test-nord-est, et alors le lieutenant amiral Van Nés fit enverguer un nouveau hunier à la place du premier, qui avait été emporté de la vergue et déchiré du haut en bas. Au même temps, ayant vu le capitaine Braakel entièrement désemparé , il donna ordre au capitaine Aarsen , qui était revenu avec sa frégate auprès de lui , d'aller remorquer du milieu des ennemis jusqu'en Zélande. Ce vaillant capitaine avait à son bord cent xinquante morts ou blessés, et était blessé lui-même, outre que tout était presque brisé dans son vaisseau. Le capitaine Nicolas Boes, qui montait le Jaasveldt, ayant perdu spn grand mât et son mât de misaine, demanda à Van Nés ce qu'il ferait Le lieutenant amiral lui répondit qu'il devait faire tous ses efforts pour s'écarter de l'ennemi. Il pria qu'on le remorquât. Van Nés lui dit qu^il fallait qu'il se tirât d'affaire lui-même, parce qu'il n'y avait plus de frégate dans sa division pour lui donner. A l'instant, quelques Anglais vinrent passer devant Van Nés et devant les autres vaisseaux hollandais qui étaient avec lui, sur lesquels ceux-ci ayant fait un grand feu , ils en abordèrent un qui baissa aussitôt le pavillon ; mais il ne fut point emmené dans les ports des Provinces-Unies, soit qu'il fut brûlé, ou abandonné, ou repris. Van Nés, après avoir encore un peu attendu les Anglais, eut le duc d'York à son arrière; et en même temps le vice-amiral avec le contre-amiral de l'escadre rouge, étant au vent avec lui, ils s'avancèrent aussi à son côté à la portée du canon, et lui envoyèrent leurs bordées. Le lieutenant amiral hollandais n'avait que six ou huit vaisseaux javec lui, outre le vice-amiral Sweers, qui était un peu de l'avant , et qui gouverna alors sur les Anglais en tâchant de regagner le vent ; mais, n'ayant pu y réussir, il revira sur le même lieutenant amiral \m Nés. Il y eut un grand navire ennemi fort désemi>aré , qui , ayant tourné pour prendre

vent en poupe, se rendit par ce moyen derrière l'escadre anglaise. Cependant , la fumée ayant commencé à se dissiper, Van Nés, avec ce qu'il avait de vaisseaux, vit Ruyter et le navire de Van Gent au vent qui baissaient vers eux , et en ce moment les Anglais arrivèrent un peu ; alors Van Nés vira au nord, et monta au vent des ennemis, qui se tinrent sous le vent de ses vaisseaux à son arrière. Ainsi, s'étant avancé jusqu'à Tescadre de Van Gent, il mit aussitôt le cap au sud , et alla de nouveau aux ennemis , faisant un feu terrible sur les vaisseaux de Tescadre rouge qui étaient demeurés sous le vent à lui. Au même instant , il vit le général Uuyter de Tarrière sous le vent, qui n'était accompagné que de deux ou trois vaisseaux, l'armée n'ayant pu s'empêcher de s'écarter fort par le calme , et sur lequel portait l'escadre bleue anglaise, dont le contre-amiral était déjà à son côté. Alors Van Nés, ayant fait vent en poupe, arriva sur l'arrière de l'escadre bleue, et lorsqu'il en fut proche, il se fit un grand feu de part et d'autre. Van Nés envoya deux fois toute sa bordée au contre-amiral , ce qui obligea les ennemis de se retirer, et de tourner à l'arrière de Ruyter. Dans ce même moment, le viceamiral de l'escadre bleue était un peu au vent, avec six ou sept vaisseaux qui arrivèrent sur le contre4imiral Van Nés, lequel était tout à fait désemparé. Le lieutenant-amiral son frère , le voyant en ce péril , porta vite sur les Anglais , et courut à son secours. Aussitôt ceux-ci remirent au plus près du vent , et le navire du contre-amiral Van Nés ayant été mené au gros de l'armée , fut de là remorqué en Zélande ; mais pour le contreamiral, il passa au bord du capitaine Laucourt, où il continua à donner des preuves de son courage. Au même temps, le navire de Van Gent et d'autres de son encadre s'étant rendus auprès de Ruyter, l'escadre rouge des Anglais changea de bord et prit son cours au vent de Van Nés ; et l'escadre bleue qui était sous le vent à lui , porta aussi le cap au nord , et alla se joindre aux autres Anglais qui s'étaient tenus au vent de lui. Toutes les escadres de Ruyter, Van Nés et Van Gent se rejoignirent aussi , comme il a été remarqué ci-dessus, et firent le sud. Les Anglais ayant donc pris leur cours vers le nord, la nuit qui survint ter^ mina cet opiniâtre combat. Le lieutenant amiral Bankert , qui s'était attaché à l'escadre blanche et qui lui avait donné la chasse,

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