‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 41 sur 72 · II · texte numérisé non relu

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838 HISTOIRB DE lA MARINE. ~ 1673 -

trop tôt L*an passé, ce qu'il a fait à Du Quesne crie vengeance devant Dieu; enfin il y a si bien pris ses partis qu'il n'a jamais voulu s'engager à faire aucune attaque. L'on peut dire avec vérité que c'est un pauvre homme , fort décrié parmi les Anglais ; je ne crois pas qu'ils veuillent aller à la gUerre avec lui, n'y ayant nulle créance.

» Je suis, avec le respect que je vous ai voué, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. .

» P. Martel. »

Le 6 septembre 1673.

{Arch. de la marine , à Versailles.)

Les lettres suivantes de M. de Croissy sont relatives aux reproches faits à l'escadre française , et donnent les plus curieux détails sur ces contestations, dans lesquelles le roi Charles, gêné par la reconnaissance qu'il devait au roi, et crjiignant de perdre ses subsides, donne tour à tour raison à tout le monde, et s'excuse avec une adresse infinie de ne prendre aucun parti k ce sujet, se rejetant toujours sur la bravoure de ses alliés et la royale parole de son frère de France.

tt Londres, le 7 septembre 1673.

«Monsieur,

» Vous recevrez cette lettre en même temps que celle que je me donnai l'honneur de vous écrire l'ordinaire dernier, parce que, comme j'étais sur le point d'envoyer les premières à la poste la nuit du 4 au 5, milord Arlington m'envoya dire que le roi son maître avait résolu de retenir les lettres pour cette fois, et fermer les ports pour empêcher que les ennemis n'eussent connaissance du retour des flottes dans la Tamise, au préjudice des ordres que Sa Majesté Britannique avait envoyés au prince Rupert d'aller mouiller vers les Dunes , et, au cas que le vent fût à l'est, de se retirer à la Fosse-de-Saint-Jean. Cette contravention, que ledit prince a assez mal exécutée, a si fort déplu audit roi, qu'il a pris résolution de faire revenir ce prince, sous prétexte de le consulter, mais, en effet, pour le retenir auprès de lui^ et de donner le commandement de sa flotte au sieur Ormond, qui a la place du feu sieur Spragge. Ce changement m*a fait

beaucoup de peine» étant un peu rude à un vice-amiral de France d*être commandé par un homme si peu relevé ; mais, comme le roi d'Angleterre donne au mérite dudit sieur Ormond le commandement de toute sa flotte, qu'on lui remet aussi entre les mains le pouvoir que Sa ^Majesté a donné à M. le prince Rupert pour substituer en son absence, et qu'enfin Tescadre de Sa Majesté n'est qu'auxiliaire, je n'ai trouvé aucune raison « ni dans notre traité, ni dans nos conventions , qui pût me donner lieu de faire une plus grande opposition à ce changement « outre que» le prince Rupert étant si mal intentionné, il est toujours avantageux au service du roi qu'il n'ait plus le ^commandement. Il airiva hier au soir ici, et je ne doute point que son retour ne fasse recommencer les calomnies contre ]\J. le comte d'Estrées, que j'avais entièrement justifié , depuis deux jours , à la honte et à la confusion dudit prince Rupert Vous avez su, monsieur, que nous étions accusés de trois choses : la première, d'avoir laissé prendre le vent aux ennemis pendant la nuit du 20 au 21, faute d'avoir fait la manœuvre qui nous était ordonnée ; la seconde, de n'avoir pas asse? ârrité sur les ennemis depuis le midi du 21, que l'escadre de France eut gagné le vent sur eux; et la troisième , de n'avoir pas suivi le signal que le prince Rupert fit sur la fin du jour pour venir dans ses eaux. Ce prince avait fait publier par milord Waban , le colonel Howart, et par d'autres ses émissaires, que ces trois fautes l'avaient empêché d^emporter une pleine victoire sur les ennemis; que le roi notre maître était d'intelligence avec les Hollandais, et qu'il ne fallait rien espérer de bon de notre jonction. Comme le peuple est assez susceptible de toutes les calonmies que l'oli invente contre la France , vous pouvez vous ims^er, ïnonsieur, qud mauvais effet celles-ci avaient produit Cependant la première a été d'abord détruite dans l'esprit du roi ,^ le major lui ayant fait voir clairement que M. le comte d'Estrées avait ponctuellement suivi l'ordre du prince Rupert la nuit du 20 au 21 ; quant à la seconde, nous avons soutenu^ et espérons même de justifier bientôt^ qu'après que l'escadre de France eut percé celle de Bankert et gagné le vent s elle n'employa pas une demi-heure de temps à remettre ses manœuvres rompues en état de profiter, et que M. le vice-amiral mit, aussi bien que tous les vaisseaux de son escadre^ toutes voiles dehors ,

et arriva incessamment sur celle de Bankert, en sorte que s'il ne l'a pu joindre^ et secourir par conséquent le prince Rupert aussitôt qu'il aurait désiré, on ne le doit disputer qu'à ce que les vaisseaux hollandais sont encore meilleurs voiliers que ceux de France, et que ledit prince fiupert ne tenait pas assez ferme pour être bientôt rejoint. Ainsi la justification de cette seconde accusation n'est pas avantageuse audit prince. Pour ce qui regarde la troisième , le roi d'Angleterre était tombé d'accord la première fois que le major lui en parla en ma présence, que, si M. le comte d'Estrées n'avait pu apercevoir que sur les sept heures du soir le pavillon bleu sur la vergue d'artimon de l'amiral (qui est le signal que lui faisait le prince Rupert de venir dans ses eaux), et qu'il ne l'ait pas pu suivre sans perdre le vent qu'il avait sur les ennemis , il avait très-bien fait de se conserver cet avantage. Ainsi , toutes ces accusations s'étant trouvées mal fondées, Sa Majesté Britannique avait écrit au prince Rupert qu'il avait eu grand tort de vouloir ôter par ses lettres la réputation au Français, et ruiner la bonne intelligence qu'il lui a tant recommandé d'entretenir; mais ce prince lui a répliqué que ce n'était pas lui seul, mais la plupart des capitaines français mêmes qui blâmaient le comte d'Estrées '; et il a envoyé en même temps ici le sieur Holmes, cadet de celui que vous connaissez, qui a avancé an roi , en ma présence , que le signal du pavillon bleu sur la vergue d'animon était pour arriver sur les ennemis et les combattre, et non pas pour venir dans les eaux du prince Rupert ; ce qui a obligé ledit roi de se faire représenter incontinent l'instruction, dans laquelle on a reconnu que ce que disaitledit sieur Holmes était faux, et que le signal était pour venir dans les eauxdudit prince Rupert. Cela m'a donné lieu de parler avec plus de hauteur, et de dire au roi que, puisque les Français étaient suffisamment justifiés, et que le prince Rupert ne cessait de vouloir rendre suspectes les intentions de Sa Majesté pour l'Angleterre , et d'attaquer la réputation de ses armes, je croyais ne devoir plus avoir pour ce prince les ménagements qui m'avaient fait assoupir tous sujets de jrfaintes, tant qu'il avait gardé quelque apparence d'honnêteté avec les Français; que M. le comte d'Es-

* Voir plus Ijas l'iiislruclion secrète de de Seuil.

trées et moi avions empêché que les capitaines français qui avaient assez remarqué dans le premier et le second combat jusqu'où allaient les mauvaises intentions dudit prince Rupert contrç la France, n'ouvrant la bouche qu'à son désavantage ; qu'au contraire, quoique l'escadre de France eût soutenu le principal effort des ennemis et ébauché la victoire , qu'il ne tenait qu'à M. le prince Rupert de la remporter pleine et entière, néanmoins ils lui avaient donné tout l'honneur du peu d'avantage que l'on avait eu sur les ennemis ; mais je n'avais pas pu empêcher qu'il ne •restât dans l'esprit, et du comte d'Estrées, et de tous les capitaines français, un juste soupçon que ledit prince voulait perdre l'escadre de France , et croyait acquérir par là plus de mérite auprès du petit peuple, auquel il avait plus d'envie de plaire qu'au roi son maître et son bienfaiteur que par aucune victoire ; qu'ainsi, quoique Sa Majesté ait expressément commandé à monsieur le vice-amiral et à tous les officiers de la flotte de n'épargner ni ses vaisseaux ni leur vie lorsqu'il s'agira de servir ledit roi d'Angleterre et d'obéir à son général, en sorte qu'il soit satisfait d'eux , néanmoins cette obéissance ne devait pas être si aveugle qu'elle dût les obliger à se perdre si manifertement, sans que ledit roi en pût retirer aucun fruit ; que le signal du prince Rupert était de cette nature , puisqu'il leur laissait perdre le vent à l'entrée de la nuit , les exposait sous le vent de cinquante vaisseaux des ennemis, qui n'auraient pas eu de peine le lendemain à faire périr la flotte des deux rois, et à en remporter une pleine victoire; Ledit roi a fort approuvé ce que je lui aï dit, et a extrêmement blâmé la conduite de M. le prince Rupert , me faisant même confidence de tous les manquements et malhonnêtetés de ce prince, m'avouant qu'il avait été trompé dans l'espérance qu'il avait conçue de lui dans cette campagne , et m'assurant qu'il ne lui donnerait jamais un semblable commandement. Cependant, monsieur, je vois que cette affaire n'est pas encore finie, et cpie j'aurai encore bien des batailles à livrer auparavant qu'on cesse d'en parler. Mais aussitôt que M. le comte d'Estrées m'aura envoyé quelques preuves dont j'ai l)esoin , j'épargnerai d'autant moins ledit prince Rupert que je vois bien que, s'il se relève, il sera très-difficile de maintenir l'alliance de France dans la prochaine séance du parlement, n'y ayant que la cabale qui nous

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est conjtraire qui le soutient auprès dudit roi, et qui fait leaderniers efforts pour nous décrier. Depuis ma lettre écrite , je me suis promené dans le parc avec le roi d^ Angleterre, et le prince Rupert a parlé derrière moi avec M. de^Canaples de ce qui s'est passé dans le dernier combat avec beaucoup plus d'honnêteté sur le sujet deTescadre de France qu'il n'en a écrit; et je vois bien que les réprimandes de Sa Majesté Britannique lui donnent du déplaisir de s'être emporté comme il a fait, et qull souhaite qu'il n'en soit plus parlé ; il veut même se justifier auprès de Sa Majesté. » Le duc de Monmouth va monter un vaisseau de soixante pièces de canon, et l'on ne doute pas qu'il n'ait bientôt le commandement de toute la flotte.

. » COLBEUT. »

(Lettres de Colvert, Bibl. roy., Mss,)

Dans la lettre suivante, M. de Croissy ne loue plus si fort M, de Martel.

« Londres, le 11 septembre 1673.

% J*informe amplement M. le marquis de Seignelay du tort irréparable que cause aux intérêts du roi, en ce pays*ci , l'emportement de' M. de Martel contre M, le comte d'Ëstrées; et comme il a déjà, fait tout l'éclat et tout le mauvais effet qu'on en pouvait craindre , tant ici qu'en Hollande , je crois qu'il ne faut pas feindre de demander au roi d'Angleterre des commis-' saires non suspects, pour informer tant sur le» vaisseauic français qu'anglais,* et pousser le prince Bupert convoie le plus grand .ennemi de la France, et j'osç même dire du roi d'Angleterre, son bienfaiteur. Car, à vous dire le vrai. M, de Martel , par sa relation, a mis ici les affaires du roi dans un si mauvais état, qu'il sera difficile au roi d'Angleterre de soutenir l'alliance de France dans le prochain parlement, si la conduite du comte d'Ëstrées dans le dernier combat n'est justifiée avec beaucoup de hauteur. J'attendrai avec impatience, les ordres du roi sur toute cette affaire, et cependant vous me ferez grand plaisir de me donner vos conseils sur la manière dont vous crçyei que je me doive conduire. J'avais eu dessein d'aller sur les vaisseaux pour pacifier tous ces différends; mais j^ai considéré que l'accommodemeni entre M, le comte d'fstrée^ et iU. de Mortel msÂX plutôt

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préjudiciable dans la conjoncture présente, qu*utite au service du roi; et je me crois très-nécessaire ici pour réfuter toutes les calomnies^ qu'on invente tous les jours contre nous, pour rendre suspecte auprès du roi d'Angleterre la sincérité des intentions de Sa Majesté.

« COLBERT, « {Lettres de Colbert. BM^ roy. Jtfiii.) « Londres, le U septembre 1678.

» Monsieur,-

» Je vous ai écrit , par ma dernière , que j'avais entièrement justifié la conduite de M. le comte d'Ëstrées auprès du rd d'Angleterre, qu'il m'avait même témoigné son mécontentem^t contre M. le prince Rupert, et assuré qu'il ne lui confierait jamais le commandement de ses flottes. €e prince étant retourné ici depuis trois jours, a fait voir audit roi, au duc d'York, aux ministres et à tous les principaux de la cour et de la ville, une relation, ou plutôt un libelle diffamatoire contre M. le comte d'Estrées, qui fait plus de tort ici aux intérêts Su roi que tout ce que les Espagnols et les Hollandais s'efforcent de faire tous les jours pour ruiner l'alliance de France; et l'on ne feint pas de dire que M. le comte d'Estrées ne se serait pas comporté si lâchement, s'il n'en avait reçu des ordres secrets de Sa Majesté; que la France est d'intelligmce avec les HoUaindais, que l'Angleterre ne doit rien espérer de notre jonction , qu'elle sera abân*^ donnée de notre escadre dans toutes les entreprises qu'elle pourra faire ; et enfin , j'appris hier de milord Kraft que beaucoup de personnes de cette cour (qu'il est inutile de nommer, dînant chez lui, et l'entendant parler à la justification de, fescaîdre de France, lui dirent qu'il n'y avait plus que le roi d'Angleterre, le duc d'York, lui et moi, qui parlassent de cette manière; mais que si le roi d'Angleterre n'appuyait le prince contre les Fran^ çais, la chambre basse le soutiendrait. Le colonel Howart, te comte de Carlisle, et d'autres émissaires dudit prince Rupert, ont même écrit de tous côtés aux principaux membres du parlement tou^ ce qui peut les aigrir contre la France. Ainsi , vous ne devei pas douter, ùionsieur , que la division des chefs de l'escadre ne donne de puissants moyens aux ennemis de la France pour rconpre l'alliance que nous avona avec l'Angl^erre. Je vous envoie la

m HISTOIRE DE LA HUUNE. —1673^

lettre qœ m'a écrite ledit sieur de Martel , avec la répoose que je lai ai faite, et si je pois avoir la copie que mîlord ÂriingUMi m*a promise de la relation que Ton fait courir sons^le nom dudit sienr de Martel , je la joindrai à ma lettre. Je renvoie anjourd'hni M. de Saint-Amand vers M. le comte d'Estrées; et comme cette affaire a si fort éclaté , par la malice du prince Rupert et de ses émissaires, qu'il n'en faut pas craindre dorénavant (quelque chose qu'on fasse) de plus méchants effets que ceux qu'elle a déjà produits, et dans l'Angleterre, et chez nos ennemis, je vois qu'il est de la gloire du roi et de la réputation de ses armes, de la pousser à bout, et de faire voir que si Ton n'a pas eu tous les succès qu'on pouvait désirer, on n'en doit imputer la faute qn*à M. le prince Rupert; et pour cela, je crois qu'il est nécessaire que M. le comte d'Estrées écrive au roi d'Angleterre même la conduite qu'il a tenue dans le dernier combat , et qu'il le prie d'envoyer des commissaires non suspects pour informer sur chaque vaisseau, tant français qu'an^ais, de ce qui s'est passé; parce que , comme*ledit sieur de Saint-Amand m'assure que tous les capitaines de l'escadre de France sont d'un même sentiment, à la réserve des trois qui commandent les vaisseaux que M. de Martel a amenés de Levant , et qu'au contraire, parmi les Anglais, il y en a plus qui blâment la conduite de M. le prince Rupert que de ceux qui la soutiennent, il y a lieu d'espérer que cette information ne peut être qu'à notre avantage; mais, en tout cas, il est certain que, si nous n'agissons fièrement et avec hauteur, toute l'Angleterre demeurera persuadée que nous avops tort , et ce sera la ruine inévitable de nos intérêts dans le prochain parlement.

» Le roi d'Angleterre me dit hier qu'il avait reçu avis que les ennemis étaient vers le Texel, au nombre de soixante vaisseaux de guerre, et qu'il ferait sortir au plus tôt l'escadre de France de la Tamise, avec environ quarante vaisseaux anglais, pour assurer le retour des vaisseaux des Indes qui sont vers la Manche; après quoi les vaisseaux de Sa Majesté pourraient s'en retourner dans les ports de France. Mais comme les vaisseaux anglais n'ont pas encore pris leurs vivres, je crains bien que ceux du roi n'arrivent encore plus tard que l'année dernière , quelque sollicitations que je puisse faire pour qu'ils soient bientôt congédiés.

» M. de S^usirigny vient de retourner de la flotte, et m'a dit

qu'il y avait deux mille malades sur Tescadre de France , et qu'on en avait mis à terre une bonne partie.

» Depuis ma lettre écrite, j'ai reçu les deux dont il vous a ï^iu m'honorer, des 4 et 6 de ce mois. Je n'ai rien à ajouter à tout ce qui regarde les démêlés entre M. le prince Rupert et M. de Martel, d'une part, et le comte d'Estrées, d'autre, sinon que le roi d'Angleterre, avec qui j'ai eu Fiionneur de dîner aujourd'hui, m'a dit qu'U avait trouvé la relation dudit aeur de Martel si emportée et si extravagante, qu'elle justifiait le comte d'Estrées; qu'il voyait bien aussi que ceux qui l'accusaient agissaient plus contre l'intérêt de sa couronne que contre celui de Sa Majesté , duquel il m'a assuré que rien au monde ne serait jamais capable de le séparer. Miiord Arlington m'a aussi parlé dans le même sens; et si M. le comte d'Esti'ées suit le. conseil que je lui fais donner par M. de Saint- Amand, j'espère sortir de cette affaire à la confusion des accusateurs; mais il n'est pas, selon mon sens, du service de Sa Majesté de demander rien davantage au roi d'Angleterre contre ledit prince Rupert, sinon qu'elle ne lui confie pas pour l'année prochaine le commandement de sa flotte. Le roi d'Angleterre prétend que sa flotte tienne la mer, c'est-à-dire qu'elle demeure vers les dunes, ou à la Fosse-Saint-Jean, jusqu'à ce que les vaisseaux des Indes, qui sont dans les ports d'Irlande , et qui n'auront pu se mettre à la voile qu'aujourd'hui, seront rentrés dans la Tamise ; après quoi l'escadre de France sera congédiée , et on enverra une escadre de dix ou douze vaisseaux anglais vers Yarmouth. C'est tout ce que j'ai pu apprendre des résolutions du roi d'Angleterre; et quant au nombre de vaisseaux cpi'il tiendra dans la Manche pour la sûreté du commerce, comme on ne m'a jamais répondu catégoriquement l'année dernière sur ce point, quelque instance que j'aie faite, ni sur la dernière demande que j'en ai réitérée « je n'espère pas en apprendre davantage que ce que le public en saura par la Gazette, et je vous dirais bien quelles sont là-dessus leurs raisons et leurs maximes ; mais cela ne servirait qu'à vous importuner d'une plus longue lettre.

» Je demanderai au roi d'Angleterre qu'il lui plaise faire faire une évaluation raisonnable de la prise du vaisseau des Indes, et de prendre ce qui appartiendra à Sa Majesté pour son tiers, à

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compte dtt premier paiement; carje crois que. quand il n'y aura que mille pièces, plus ou moins, le roi voudra bien qu*on en use de sa part avec cette honnêteté , d'autant plus qu'on en aura apparemment davantage par cette voie que par une grande exactitude. » Je vous ai informé des connaissances que j*ai prises de Tétat de nos affaires dans les Indes-Orientales, M. de La Haye est toujours à Saint-Thomé; mais nos vaisseaux sont mouillés dans une rade où il est impossible, à ce qu'on dit, qu'ils demeurent rhiver.

» COLBERT

{Lettres de Colbei^. — BibL roy, Mw.)

tt Londres, le 18 septembre 1673.

u Monsieur, tt Je me suis donné Thonneur de vous informer, par ma précédente, du préjudice que causait aux affaires du m, en ce pays, la relation que M. le prince Rupert fait courir sous le nom de M. de Martel, ce que j'ai fait connaître qu'il était absolument nécessaire, pour le service de Sa Majesté, qu'il m'en envoyât un désaveu par écrit ; j'ai conseillé en même temps à M. le comte d*£strées de demander au roi d'Angleterre des conunissaires non suspects pour informer de ce qui s'est passé, tant dans le dernier combat que dans les précédents; et la lettre qu'il a écrite à Sa Majesté de la Grande-Bretagne sur ce sujet a ptoduit un très-bon effet, non-seulement dans l'esprit de ce prince et de ceux qui sont bien intentionnés pour le maintien de l'alliance avec la France , mais même parmi toutes les personnes un peu indifférentes, et donne un très-grand embarras aux psor* tisans des ennemis de Sa Majesté ; en sorte que si le sieur Sicéj que j'ai renvoyé vers ledit sieur de Martel, son beau-frère, pour lui faire connaître de bouche combien le piège dans le« quel M. le prince Rupert Ta fait tomber lui peut attirer de malheurs, me rapporte le désaveu que je lui ai demandé , j'es-< père réparer une bonne partie du mal que les accusations du prince Rupert nous ont fait. Mais je vous avoue, moqsieur, qu'il est encore plus grand que je ne vous puis l'exprimer , et que presque tout le royaume est à présent persuadé que M. le comte d'Ëstrées avait ordre de ne point combattre. MM. de Yalbelle, Gaharet, de TourviUe et de Laqgerqn, qui sont venus

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ici 4e son consentement, ont beaucoup contribué à confirmer le roi d'Angleterre dans la bonne opinion qu'il a toi^ours eue dudit sieur comte d'Estrées. Mais la cabale de M. le prince Rupert a fait conserver à ce prince le commandement de la flotte jusqu'à présent , contre la parole que ledit roi m-avait donnée de ne Yy plus rei^voyer; et comme je ne doute point qu'elle ne réveUle encore cette affaire lorsque le parlement sera asseniblé, j'ai prié lesdits sieurs capitaines de me faire un mémoire de toutes les fautes^ qu'ils ont vu commettre audit prince Rupert dans le troisième combat qu'il a donné , afm de in'en pouvoir servir ainsi que je le jugerai à propos pour le service de Sa Majesté, Aussitôt que les vaisseaux auront pris les vivres qui leur sont nécessaires, à quoi on ne perd pas un moment d^ temps, et que les malades, que l'on dit être au nombre de trois mille, pourront être rembarques, M. le comte d'Estrées sortira de la Tamise pour s'en retourner dans les ports de France , le roi d'Angleterre m'ayant témoigné désirer qu'il n'apportât aucun retardement à son départ j et vous pouvez juger ausà, monsieur, par le peu de vivres qui restent auxdits vaisseaux, et la longue navigation qu'ils ont l faire, qu'il n*y a pas de temps à perdra,

» COLBERT. 9 (Lettres de Cotbert, ^^ BibL rù}^, Mss.\ '

Cette lettre de Colbert de Croissy est remarquable en ce qu'elle annonce que le roi d'Angleterre, selon son système de pondération , a fait un présent à M, de Martel

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