‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 42 sur 72 · V. ]^Qudresy le 25 septembre 1673, » Monsieur · texte numérisé non relu

V. ]^Qudresy le 25 septembre 1673, » Monsieur

» Le* courrier de M. Colbert me rendit hier le« lettres qu*il vpus a plu m'écrire , des 15 et 19 de ce mois, et je ne dout§ point que le vôtre n'ait trouvé M. le vice-amiral à la voile verf le Mildelgrond, oi^ il m'écrivit hier qu'il mouillerait cette nuit , pour continuer ensuite sa navigation vers les porta de Frfince, autant que le vent lui permettra.

» Yous aurez été informé , monsieur, pjr mes précédentes t de tout ce que j'ai fait pour justifier la conduite de M. le comte d'Eatrées, et que ce n'a été qu'^ l'extrémité , et lorsque j'ai vu qu'on uoutMt b^ueoup p(ns c|e fin m relation de u, 4«. mt\M

qu*à rocs raisons et ré[diques , que j*ai conseillé à M. le viceamiral de demander des commissaires non suspects pour informer de ce qui s*est passé , sachant bien que le prince Rupert avait plus d'intérêt que nous de l'empêcher, et le roi d'Angleterre assez d'esprit pour le refuser, comme il a fait d'une manière très-obligeante pour les Français. Enfin , monsieur, cette instance me servira de preuve convaincante de la bonne conduite de l'escadre de Sa Majesté contre ceux qui la voudront blâmer dans le prochain parlement ; et les présents que le roi d'Angleterre a envoyés à M. le comte d'Estrées, à M. Désard^is et au major, marquent assez la satisfaction qu'il en a ; il est vrai qu'il en a aussi donné à M. de Martel, et je l'aurais empêché si je l'avais su ; mais ce n'est que parce qu'il est lieutenant général, et que ledit roi a cru avec raison ne devoir pas entrer en connaissance de ce qu'il y a à blâmer dans la conduite particulière dudit sieur de Martel. Enfin , monsieur, je peux vous assurer que j'ai conduit cette affaire d'une manière que j'ai sujet d'espérer qu'elle ne fera pas grand tort au service du roi , et qu'elle tournera à la confusion du prince Rupert et de ceux qui lui ont conseillé d'agir comme il a fait : le chancelier même , qui a le plus envenimé cette affaire , commence à s'en repentir, et le roi d'Angleterre a si bien fait connaître combien sa conduite lui avait déplu , qu'il tâche à présent d'étouffer tout le mal qu'elle a fait, et promet d'employer tout son crédit et ses amis pour empêcher qu'on n'attaque l'alliance de France dans le prochain parlement Le prince Rupert , qui revint hier de la flotte , m'a paru assez mortifié ; il m'a même fait plus de saints , dans la chambre de la reine, que je ne lui en ai rendu ; et je crois qu'il serait fort aise de se racconmioder si je voulais lui aller rendre la première visite , ce que je n'ai pas cru devoir faire dans la conjoncture présente, jusqu'à ce qu'il ait apaisé par ses lettres le juste ressentiment de Sa Majesté, et qu'elle m'ait ordonné de le voir. » Le sieur de Sicé m'avait promis qu'il m'enverrait un désaveu , signé par M. de Martel , de la relation qui a couru sous son nom, pour m'en servir en cas de besoin, mais il ne l'a pas fait; j'avais aussi prié les capitaines que M. le vice-amiral a envoyés ici de me faire un mémoire véritable de toutes les fautes qu'ils ont vu conunettre à M. le prince Rupert dans les deux

premiers combats, afin de m'en servir contre lui au cas que si» cabale veuille blâmer dans le parlement prochain la conduite de l'escadre de France ; mais ils ne me L'ont pas envoyé , et je crois qu'il est du service du roi de les presser de le faire.

» Je me suis donné l'honneur de vous informer des raisons qui avaient rendu inutiles toutes les instances que j'ai faites pour faire demeurer les flottes en mer jusqu'au mois d'octobre; milord Ârlington m'assura hier que le roi son maître avait résolu de tenir une escadre de dix vaisseaux vers Yarmouth , et une autre de pareil nombre vers les dunes; il a ajouté que comme les marchands anglais se sont plaints que Sa Majesté n'avait* pas l'année dernière , à beaucoup près , tout le nombre de vaisseaux que j'avais promis par son ordre qu'elle entretiendrait pendant l'hiver pour la sûreté du commerce , il me priait d'en donner un état véritable; et des endroits qu'ils garderaient, offrant de m'en remettre en même temps un de ceux que le roi son maître avait en mer, afin que les sujets, de part et d'autre, puissent prendre des mesures certaines pour leur commerce. Le roi d'Angleterre m'a dit aussi qu'il prendrait dans peu de jours ses résolutions là-dessus ; et quoique vous m'ayez donné déjà , par votre lettre du 17, une connaissance générale des intentions de Sa Majesté sur ce point, je vous prie, monsieur, de m'en envoyer un mémoire en détail, que je puisse donner ici, pour en tirer un pareil , quoique , à vous dire le vrai , je crois qu'on me cachera autant qu'on pourra la vérité, par beaucoup de raisons particulières à ce gouvernement-ci , dont il est inutile de vous importuner.

» COLBERT

{Lettres de Colbert. — BibL roy, Mss. )

« Londres, le 38 septembre 167^

» On ne m'a point encore rendu les lettres de l'ordinaire, ainsi je ne puis accuser la réception de celles dont vous pourriez m'avoir honoré. Vous serez informé de ce que je continue de faire ici pour détruire le mauvais effet que les accusations du prince Rupert et la prétendue relation de M. de Martel ont produit, par l'information que j'envoie à M. lé marquis de Seignelay, dont je joins ici copie; je dois seulement y ajouter que le pauvre M. de Martel est au désespoir d'être tombé dans

un aussi fâdieux piège « et m'a fait prier par son beau-frère de faire tout ce qui me serait possible pour Fen tirer; mais je lui ai dit que le mal était plus facile à faire qu*à réparer, et qu*il n*y avait point d'autre voie que de m'envoyer le désaveu par écrit que je lui ai demandé. Ëiïectivement , c'est un pauvre honune qui n'a pas beaucoup de lumière, et il s'est imaginé que tout ce qu'il dirait contre M. le comte d'Ëstrées ne pourrait nuire au service de Sa Majesté. Pour ce* qui regarde la conduite et du chef et des capitaines de l'escadre de France, dans le dernier combat, je, continue à m'éclaircir de la vérité, autant qu'il m*est possible , pour vous en pouvoir bien informer ensuite par une voie sûre.

» Le roi d'Angleterre m'a renvoyé, pour le paiement prochain, à son gr^nd trésorier , qui consent qu'il soit fait par lettres de change, de la même manière que le précédent, et l'on me promet de me tenir compte du tiers qui appartient à Sa Msyesté, sur la prise faite sur les Hollandais du vaisseau des Indes Orientales, dont l'évaluation se doit faire au premier jour.

» COLBEHT. »

{Lettres de Colbert. — Bibl. roy. Mss.)

Ici M. le marquis de Seignelay répond à sa manière aui reproches que l'Angleterre faisait à la flotte française au sujet du combat On est presque honteux de citer d'aussi puériles et mauvaises réponses. On les a seulement soulignées.

MÉMOIRE DU MARQUIS DE SEIGNELAY SUR LA RELATION DE M. LE PRINCE RUPERT.

• • 13 novembre 1673.

EXTRAIT DIS PRINCIPAUX POINTS CONTEITUS EN LA RELATION DE M. LE PRINCE RUPERT CONTRE l'eSCADRS DE VRANOE.

« Premier point. — Qu'il ny avait que sept vaisseaux et trois brûlots de l'escadre de Zélande qui ont combattu l'escadre de France.

» Réponse, — Il est certain, par le témoignage de toute l'armée, que l'escadre de Zélande , qui a combattu contre l'escadre de France, était composée de dix-neuf vaisseaux et huit brûlots;

» Et, sur ce que la même relation porte que Bankert» amiral de Zélande , a combattu contre le prince Rupert :

» Il n'est encore que trop certain que Bankert a combattu contre Fescadre de France ; que le sieur d'Ëstiyalle , capitaine de l'Invincible^ combattit contre lui, et fut tué sur son vaisseau d'uii coup de canon de cet amiral.

» 2*^ POINT. — Que Vescadre de France s'éloigna de dente grandes lieues à pleines voiles avant de revirer sur les ennemis,

» Réponse. — Quand le prince Rupert a écrit cet endroit de sa relation, il ne s*est pas souvenu qu'il a dit un peu auparavant que le vent était tourné au sud , d'autant qu'il aurait fallu que lé vice-amiral de France avec toute l'escadre eiH mis le cap au sud pour s'éloigner des ennemis , ainsi porter le cap droit contre le vent ; en sorte que cette accusation se détruit d'ellemême , et il est assez difficile de se persuader comment l'on a pu avancer une fausseté aussi manifeste. Mais, comme M. le prince Rupert dit lui-même qu'il alla à toutes voiles pour secourir l'escadre bleue qui n'avait pas trop besoin de son secours, et qui était, ainsi qu'il le dit lui-même, à trois grandes lieues, sous lé vent, il ^est facilement imaginé, allant aussi vite qu^il allait .que (fêtait t escadre de France qui s'éloignait de lui, sans faire réflexion qu*ayant le vent contraire , elle ne le pouvait pas, et que c'était lui qui s'éloignait d'elle avec un vent fort frais.

» S'' POINT. — Que l'escadre de France n'a point reviré le bord assez promptement , et n a fait assez de diligence pour profiter de C avantage du vent quelle avait pour venir combattre les ennemis,

» Réponse. — M. le prince Rupert ne tint le vent devant Ruyter que jusqu'à huit ou neuf heures du matin, et aussitôt tl plia à toutes voiles pour aller au secours de Fescadre bleue; ef, comme l'escadre de France soutint le vent et combattit contre l'escadre de Zélande jusqu'à midi , tous les vaisseaux dé cette escadre revirèrent de bord en même temps, et tous les capitaines firent raccommoder dans la route les manœuvres qui leur avaient été coupées dans le combat. Mais , «encore qu'ils fissent force de voiles, M. le prince Rupert s'était si' fort éloigné en

trois OU cpiatre heures d'avance qu'il avait sur Fescadre de France qu'elle ne le put rejoindre que sur le six heures du soir, et alors cette escadre avait si bien conduit la manœuvre quelle se trouva avoir l'avantage du vent sur les ennemis , M. le prince Rupert étant toujours sous le vent

» 4" POINT. — Qu£ l'escadre de France n'a 'point combattu les ennemis, suivant le signai qu'U fit du pavillon bleu un mât d'artimon.

» Réponse. — Il a été vérifié eu présence du roi d'Angleterre que ce signal n'était pas celui du combat, mais celui de se ranger dans ses eaux. Mais le vice-amiral de France voyant qu'en exécutant ce signal il s'allait mettre sous le vent de la flotte ennemie , il conserva son avantage , ne doutant point que de moment à autre M. le prince Rupert changerait son signal ou lui enverrait porter* ordre de combattre, ce que toutefois il ne fit point; et, conmie il était déjà sept heures du soir, le vice-amiral de France conserva le vent, ne doutant point que M. le prince Rupert ne voulût combattre le lendemain matin.

» L'on peut dire en général de ce combat que Spragge a fait en brave et galant honune , s'étant mis en panne pour attendre Tromp et le combattre; mais, comme Tromp avait le vent sur lui, et que ses voiles qu'il avait mises en panne ne le soutenaient point, il dévira, et s'éloigna très-fort de l'escadre rouge.

» Que M. le prince Rupert a voulu avoir trop de soin de l'escadre bleue, qui était à trois lieues de lui, et dont il ne pouvait pas savoir le succès, et que pour aller à son secours il a plié un peu trop devant l'ennemi. A l'égard de l'escadre de France, elle a fait une fort bonne manœuvre, puisqu'elle a soutenu et gagné le vent sur l'escadre qui la combattait; et l'on peut dire certainement que , si le prince n'avait point été si vite au secours de cette escadre bleue , et que celle de France l'eût pu joindre seulement deux heures plus tôt, venant avec vent arrière sur les ennemis, la flotte de Hollande était entièrement perdue. »

{Archives de la marine, à Versailles.)

MÉMOIRE DE M. LE COMTE D'ESTRÉES SUR LA RELATION DU PRINCE RUPERT, POUR AJOUTER AUX REMARQUES FAITES PAR M. LE MARQUIS DE SEIGNELAY SUR LA RELATION DE M. LE PRINCE RUPERT.

« Il dit : Ruyter et Bankert , avec le reste de leur flotte et brûlots, vinrent sur moi et sur notre escadre, et le combat commença environ les huit heures.

» Il y a lieu de s'étonner qu'il ait voulu avancer une chose si contraire à la vérité, puisque tout le monde sait que cet amiral de Zélande , appelé Bankert, combattit à neuf heures et demie jusqu'à dix contre les vaisseaux français de la division du vice-amiral, et que d'autres vaisseaux zélandais, qui suivaient ledit amiral, étaient engagés en même temps avec la division de M. Désardens, chef d'escadre de France; et que lorsque le viceamîral de France revira pour couper celui de Zélande , les seconds combattaient des deux bords.

» Auquel temps l'air s'éclaircit et le vent tourna est-sud-est, qui mit les Français, qui avaient alors l' avant-garde , au-dessus du vent des Hollandais.

» Il y aurait lieu de s'étonner comment le vent en changeant aurait pu mettre les Français au vent et n'y pas mettre M. le prince Rupert, ou du moins d'une très-grande partie des vaisseaux ennemis, puisque l'escadre rouge et la blanche étaient au commencement du combat sur une même ligne, si l'on n'apprenait en même temps que ledit prince commença d'arriver une demi-heure après le combat , et que l'escadre blanche tint toujours le vent autant qu'il lui fut possible.

» Au contraire, ils se retirèrent vers le sud,

» Cet endroit est une merveilleuse contradiction, puisque des vaisseaux ne vont pas droit du côté que vient le vent '; il faut aussi savoir que tous les vaisseaux français ne revirèrent pas en même temps , que toute la division du chef d'escadre combattait , avec quelques vaisseaux de la division du vice-amiral , contre d'autres vaisseaux de l'escadre de Zélande, tandis qu'il

' C'est à f.iirc pitié; puisque le vent n'était pas sud, mais est-sud-est. Cette ridicule objection avait été aussi fuite |)ar M. de Seignelay. II. 23

coupa enjeux la division 'du vice-amiral, laquelle s*enfuit en si grand désordre qu'elle n'approcha pas de M. le prince Ruprt , et ne fut en état de retourner que lorsque M. le prince Rupert prêtait le côté à de Ruyter, sans faire feu de part ni d'autre , comme il est dit dans la relation ^ et même plus tard.

» Ruyter n'eut pas plus tôt connu mon dessein qu'il arriva sur moi avec toute sa flotte pour secourir Tronip, si bien que tout ce que nous pûmes faire fut de nous prêter te côté , à la portée du canon, sans faire feu de part ni (foutre,

» Il est difficile de voir une plus grande contradiction , puisque arriver et prêter le côté à la portée du canon sont deux choses incompatibles dans un même temps ; mais il n*y a personne qui ne juge qu'au moins cette façon de combattre à cinq heures durant, n'est pas assez dangereuse pour croire, comme il est dit à la fin de la relation, que jamais il n'a été si assisté de la Providence divine qu'en cette occasion.

)) Il est toutefois constant qu'alors Ruyter mit le cap au nordest, et M. le prince Rupert au nord-nord-ouest.

» Et si alors les Français , qui étaient â une certaine distance sur le vent, avaient obéi à mon signal, et qu'ils fussent arrivés sur les ennemis, conformément à leur devoir, nous auriom mis les ennemis en déroute, et les eussions eruièrement détruits. C'était la plus belle et la plus avantageuse occasion qui ait jamais été perdue à la mer,

» Il y a apparence que M. le prince Rupert avait fait des merveilles avant que les Français l'eussent approché; mais, pour lors, il avait la proue tournée pour faire retraite, et non pas du côté des ennemis. Le vice-amiral de sa division faisait l'arrièregarde et le suivait; et ce rude combat, qui avait recommencé sur les cinq heures, avait fini pour lui à cinq heures et demie du soir, et ayant duré jusqu'à jour failli pour les autres, était entretenu par quatre ou cinq vaisseaux hollandais qui tiraient sous le vent, pendant que iM. le prince Rupert se retirait avec beaucoup de voiles, et non pas avec peu, comme il est allégué. Les brûlots que l'on détacha ne firent aucun effet, parce qu'ils furent envoyés de loin et n'étaient pas soutenus.

» Et ainsi finit cette bataille , lorsqu'il me vint un officier

— 1^73-- WVïlE Y, CPAPJTRE ï. 855

du comte d'S^trçes pmir recevoir des ordres et savoir à qtteiie mention on avait arboré un pavillon bleu siir ta vergue d'ar^ timo^; de quoi je m'étonnai fort g puisqu'il n^ y a/vait^pasd' instruction plus claire et plm facile à conc^oir entre tous les signaux pour combattre que celui-ci, et de plus, il ne man-qtiait pas d'éclaircissement pour les signaux; ni d'instruction pour lui dire ce qu'il devait avoir fait.

» Tout le monde sait que Faide-inajor des vaisseaux français fut envoyé à une heure et demie dans une barque longue à bord du Souverain y pour recevoir des ordres sur ce que M. le prince Bupert arrivait si fort , et que l'on n'apercevait plus Tespadre bleue. ï)e sorte que ce fut longtemps devant que le pavillon bleu eût été mis à Tartimon, et que ce n'était pas à dessein d'apprendre ce qu'il voulait dire qu'on le fit partir; mais 11 peut l'avoir demandé de lui-même , parce qu'il n'avait pas le livre des ordres.» On le fit partir dans une barque longue qui d'ordinaire double le sillage des grands vaisseaux; cependant il ne put arriver que sur les cinq à six heures; mais quoiqu'on l'eut aperçu du Souverain^ on ne lui envoya de chaloupe que sur les huit heures, parce que l'on ne songe pas à toutes choses dans le grand eugagement où se trouvait à six heures M. Je prince Rupert.

» Quand l'obscurité de la nuit fut venue ^ les ennemis se retirèrent sur leurs côtes, et jeci^s avoir raison d'en être satis^ fait, m' étant proposé, si je ne pouvais l'éviter, de ne pas hasarder un nouvel engagement le jour suivant , à moins que j'eusse meilleure assurance du comte d'Estrées, mais aussi que quelques-uns de nos capitaines eussent résolu et promis de mieux faire, puisqu'ils m'avaient manqué en celui-ci,

» Il est vrai que les ennemis se retirèrent; mais M. le prince Rupert ne fit pas mettre des feux qu'il n'en fût parfaitement assuré , ayant attendu à commander qu'on les allumât qu'il était plus de dix heures et demie, et il est certain qu'il a sujet d'être sj^isfait des Hollandais, parce qu'ils ne l'ont pas trop pressé dans sa retraite; mais quant à la raison qu'il allègue pour n'avoir pas recommencé le combat le lendemain , il ne fallait pas d'autres assurances des Français et du comte d'Estrées que des trois combats de la campagne , et pour ce qui regarde les capitaines

anglais dont il lui plaît de se plaindre, quand on songe que Tannée passée , après avoir été surpris à Taiicre , on poussa le lendemain les ennemis dans leurs bancs, et on remporta sur eux de notables avantages , il est bien difficile que l'on puisse consentir à rejeter sur de si braves gens le fondement du dessein de ne pas combattre , mais bien au peu de désir que M. le prince Rupert a témdgné en toutes les occasions de la campagne de retourner aux ennemis le lendemain. »

{Archives de la marine, à Versailles,)

Ce mémoire, tout entier de la main du comte d*£strées, est complètement récusé par la pièce suivante, le rapport contra-* dictoire de M. de Seuil. Il est impossible de résumer plus de faits. Ce rapport et celui qui le suit sont extrêmement curieux , le dernier surtout, en cela qu'ils citent l'autorité de chaque officier recommandable de l'escadre à propos de la conduite de M. le vice-amiral d'Ëstrées , et qu'ils confirment en un mot ce qu'on a déjà dit à propos du déni d'assistance lors du dernier combat, et de la bravoure de presque tous les capitaines lors du combat du 7 juin. La seconde partie du deuxième rapport offre aussi , pour ainsi dire , une statistique de l'état moral du corps de la marine, admirablement bien résumée; on découvre dans ce peu de lignes le germe de toutes les dissensions qui souvent furent si nuisibles aux armes de la France.

RAPPORT DE l'information SECRÈTE SUR LA CAMPAGNE DE LA MANCHE , PAR M. DE SEUIL.

« A Brest, le 23 novembre i673.

» Par ce qui m'est revenu de m'être informé 4e la conduite et des actions des officiers des vaisseaux du roi pendant la dernière campagne de la Manche , j'ai appris :

Page 1