SECOND COMBAT
. « Il est rapporté que les Français ont commis plusieurs fautes dans cette journée.
» Celle par laquelle ils ont commencé est d*aYoir laissé le gros des ennemis, sur les Anglais pour aller, avec tous les vaisseaux du roi y s'arrêter au vice-amiral de Zélande, qui, n'en ayant que neuf , eût été assez occupé de la shtle division de M. de Martel.
» Ce vice-amiral leur ayant échappé pendant que les Anglais faisaient le sud-ouest, ils sont allés courir à l'est pendant cinq horloges y sans que qui que ce fût leur disputât rien pour les y obliger.
» Et après cette course les Français ayant reviré toutes voiles hors, et étant arrivés entre les cinq à six heures environ à la
portée du canon des ennemis^ au lieu (farrii?er sur teux qui n'étaient point en ordre et qui semblaient embarrassés de quelque vaisseau endommagé , ou bien au lieu de se remettre dans les eaux de M. le prince Rupert sans profiter de leurs avantages en donnant sur les ennemis ou en canonnam, ils se mirent en panne côté à travers et sans mouvement^ donnant lieu et temps aux ennemis de se retirer au Texel aussi aisément qu'ils firem. La conservation du vent pour le lendemain est traitée de vision par plusieurs, qui estiment que Ton ne se pouvait guère commettre en enfonçant les ennemis etx désordre , parce que, en tout cas, la journée n'avait pltis guère à durer, et par la raison d'ailleurs que les ennemis eussent tombé aux Anglais qui leur étaient sous le vent, et bien en état de les soutenir.
» Le vice-amiral de Zélande, dont j'ai parlé, s'est mis en début à ne pouvoir manquer d'être pris lui troisième pout- peu que l'on s'y fût attaché. Étant écarté de M. de Ruyter, il prit le parti de percer au traters de la division des Français pour aller le joindre ; et , passant à travers des vaisseaux qui étaient alors avec M. de Martel, ce vice-amiral se trouva pendant un long t^tnps sous le vent de dduie vaisseaux français , et au vent de M. de Preully qui le servait à ceux du vent, n'en étant éloigné que de la portée du pistolet , sans que M. dé Martel ait arrivé pour l'aborder, et que ni MM. Du Magnou, Langeron ou Villcneuve-Ferrières , qui s'en sont trouvés tout proche, aient donné dessus comme ils le pouvaient , étant si forts en seconds.
t» M. de Martel n'a pas été épargné Û'avoii*. matiqiié ce vifccamiral , et il a été parlé aussi de ce qu'il s'est approché dèilx fois des ennemis sans y tenir ; il est vrai qu'il ri*y fut pas suivi et qu'il s'en plaint, et particulièrement de quelques capitaines; dont on ne nomme que le chevalier de Beaumont , qui , d'un dire commun , n'a pas kit ce qu'il pouvait. »
Sur la conduite de MM. les généraux.
a Chacun sait que si M. le pruice Rupert eût autrement ménagé les Français qu'il n'a fait , et que s'JJ^ 'avait pas fait dans les trois journées des démarches aussi ^^drdinaires qu'ont été les siennes , sur la confiance qtie l'on y aurait eu , on se
-^Ifi7d - tttttÈ V, (DltAPÎtftÈ I. m
serait abandonné à beaucoup plus de choses , et qù*il en serait venu beaucoup plus de satisfaction de la campagne.
» M, le comte d'Estrèes ne manque, point de gefû ifui censurent sa conduite; il lui est imputé d'être si prévenu de sa capacité qu'il ne preiid point de conseil de ceiix qui lui en peuvent donner; d'où il arrive que, cônirhe il n'a pas toutes teh expériences ni toutes les vues, il en tontbe dans des fautes qui font^ souffrir ceux qui ont à le suivre. Il est taxé de jalouser tout jusqties aux petites choses, se faisant l'hôtnme de tout; et^ n'y pouvant suffire, une partie des affaires demeurent ou se font imparfaiteiflent; à quoi est à ajouter que les officiers igénè* raux ou particuliers auxquels il diminue ce qt^ils pourraient OU devraient faire en ont des mortifications qui lei élùignfent de lui, et qui les tirent d'une partie de la considératioU dans laquelle ils se tiendraient,
» Ses manières avec les officiers, toujours tendues sur la hauteur et sur la supériorité, ne sont pas encore de leurs goûts , et on leur attribue les premières causes de sdn divorce avec les lieutenants généraux.
» Les officiers ou capitaines plus sensés sont persuadés de la héCessité de mettre une personne forte à servir auprès de M, le vice-amiral ; ils parlent d'un lieutenant général ou d'un chef d'escadre; mais au moins un homme de la façon de M, Ga^ baret l'aîné,
» Les capitaines qui ont servi sur la Reine disent que pendant la campagne ils n*ont été appelés ou consultés sUr aucune rencontre importante.
» Il est rapporté qu'il y avait un homme sur le même vaisseau qui, pendant un des combats, allait au gouvernail faire remettre au lofî, quand M. le vice-amiral, ayant dit d'arriver, rentrait datis sd chambre ; même il est encore rapporté dans le publie tfue c'est sur le conseil de deux volontaires^ qu'on ne nôtHfné pas, qu'il g^est apputfé pour retenir le vent en mettant en pûHWs le soir de la troisième jùurnée. Il y a quelques plaintes de ce que ses domestiques entrent trop dam les discussions aux t^tenrenées d'affaires du roiè »
Pour les capitaines.
« L'on prétend que le roi a mis un. sujet de trouble dans les combats et de discorde entre les capitaines quand Sa Majesté a fait promettre des charges à ceux qui se signaleraient plus , parce qu'ils en prennent sujet de se tirer des lignes pour aller chercher aventure et d'en rompre leurs ordres, et par la raison encore que , comme ils font souvent tous également , les plus ambitieux voulant néanmoins s'élever cabalent pour décrier leurs concurrens contre la vérité , et donnant prise pour les enqucreller, sont cause des désunions que l'on voit entre eux. Il se dit que l'on a échauffé la quereUe d'entre M. de Valbelle et M. Gabaret, afin qu'en les engageant à se battre , ils en fussent obligés de sortir du service ; et que M. Martel s'en allant pour dîner avec M. le vice-amiral, fut passer à bord de l'Orgueilleux^ où il en fut détourné sur des donnés à entendre qu'il n'y recevrait pas assez de civilités.
» Les relations de combats, dans lesquelles on n'a employé jusques ici que quelques personnes affichées , font un des premiers chagrins et entretenement des officiers dont il n'est point fait mention ; et il en est revenu des explications aigres qui ont tourné en des froideurs. Ils voudraient généralement, ou qu'elles, fussent bannies, ou qu'il n'y fût parlé que des morts, des blessés et des actions shigulières. Un capitaine dit avoir vu un de ses camarades ne faire pas ce qu'il eût pu selon le caractère de son naturel, afin, se disait-il, de ne travailler pointa l'histoire d'autrui, et y ajoutant qu'il aurait beau se battre, et qu'il n'en serait pas plus connu.
» L'on convient que le roi a un coi'ps de bons officiers de marine capables d'exécuter de grandes choses quand ils seront menés. De mon information secrète, je n'ai. rien pu apprendre d'eux en particulier qui ne rapporte à ceci, et je n'y ai trouvé à reprocher que ce que j'ai ci-devant dît sur les trois combats; ils conviennent pourtant sans se nommer qu'il y en a qui s'exposent plus que les autres, et quelques-uns qui ne paraissent vers l'ennemi que quand ils y voient un intervalle de vaisseaux, et que d'autres aussi sont plus chauds que leurs camarades pour se trouver où il y a plus d'attaque; par exemple, à la troisième
journée, le chevalier de SepviUe, qui était de garde, trouva moyen d*être de bonne heure au combat et eu ligne ; au lieu que le chevalier de Nesmond, qui était aussi de garde avec lui, n*y parut point ou peu à celui qui me Ta dit. Je ne puis disthiguer ici ceux qui m'ont été nommés pour être plus capables de soutenir et d'entreprendre de bonnes actions, parce que j'y ai trouvé assez de contradiction pour me faire craindre que Ton m'en ait parlé avec passion^ intérêt, ou avec esprit de cabale, en sorte qu'il ne serait pas sûr d'y ajouter foi.
» Pour la netteté sur les vaisseaux , elle y pourrait être plus grande que je ne l'y ai trouvée ; les bestiaux que l'on y nourrit entre les ponts y font une saleté et une mauvaise odeur qu'il est difficile d'empêcher ; j'y ai vu les ponts mouillés et salis de longue main. Le Téméraire m'a paru plus plein de crottes et plus boueux que les autres , et le Vaillant un peu plus négligé ; les officiers du Téméraire ne savaient pas, au désarmement, qu'il y eût été embarqué du vinaigre pour en faire brûler entre les ponts, afin d'en purifier l'air ; leur négligence a pu procéder de ce que M. de Saint-Âubin ne les a pas satisfaits dans ses manières de vivre avec eux, comme il lui en arrive presque autant à toutes les campagnes ; il lui serait nécessaire d'avoir des officiers de l'ordre matelot.
» £n général, il est rare de voir les capitaines de qualité prendre d'autres soins pour leurs vaisseaux que ceux qui regardent le combat, leur sûreté et leurs tables ; ils se prévalent de leurs ressources, et je ne connais de moyen de les amener aux autres soins que ceux de l'exemple du supérieur général; de la négligence de ces capitaines de qualité procède le relâchement des capitaines, qui ne sont plus obligés à bien servir, parce qu'ils ont toujours à montrer qui fait moins qu'eux. »
Pour le^partances et retours.
« Si, à la dernière séparation des armées, les vaisseaux du roi étaient ramenés directement en France au lieu d'être entrés dans la Tamise, on y ménagerait, outre beaucoup de dépense, un temps pour la «commodité du retour, d'autant plus précieux qu'il est ordinairement proche de l'équinoxe, où commencent les grands vents.
m HIStdtHË DE LA MÂtlî!l£. — 167.9--
i> Mi le Tice-attiifal a trop précipité la derrilêrè partatifcë de .la Tamise ; il n'a point attendu le retour de là plupart des chaloupés qui étaient à terre pour des vivres, et il avait donné à juger qu'il ne partirait pas le jour qu'il a appareillé.
» Il partit trop tard, et on lui impute de partir ordinairetoent de cette manière , et que s*il s'en est venu seul , c'est qu'il a manqué d'aller au rendez-vous qu'il avait donné à Portsmoîith et à Torbay, en cas de relâche.
» Si, après la partance de la Tamise^ au lieu de mouiller au nord Forland, il eût fait tenir la mer pendant la nuit, oU eût gagné l'île de Wight le lendemain, et évité le désordre causé par le mauvais temps qui surprit lès vaisseaux à l'ancre dans la mauvaise rade de la Rie.
» La rade de là Rie étant aussi dangereuse et aussi exposée qu'elle est, il convenait de retourner aux Dunes, au lieu d'estaller la marée dans cette rade dans un temps comme celui qu'il faisait, et pendant la maline, où un capitaine dit qu'il était t)resque impossible que les ancres et les câbles tinssent^ fussentils d'acier. »
Pour les vivres.
« l)*ùn commun accord chacun souhaiterait que l'on en embarquât moins que l'on a fait, et particulièrement quand les équipages sont grands: les vaisseaux eu iraient mieux^ ils en seraient plus sains, et les vivres s'en cOnser\ ant davantage seraient inieux ménagés et feraient moins de maux. »
Pour les tfuaiûés des vaissenuxi
« Je dois rapporter que le vaisseau la heine est en toute ma îiière un des Meilleurs que l'on connaisse, et qii'il n'est pas encore i-evenu Uil capitaine pour désarmer, qiii n'ait dit des louanges de son vaisseau ; chacun rappoi*tant que, à la fm des campagnes, les vaisseaux du roi vont dans le général aussi bien qUe les vaisseaux /anglais, et que si les Français n'avaient pas plus de vivres à porter qu'etix, et étaient aussi frais carénés, ils les égaleraient en tout.
» A Brest, le 23 novembre 1673. >
{Aixhives de la Marim à Versaillesi)
titfiË V, cIrÀPitfeE i.
MÉMOIRE POUR SERVIR A L'INFORMATION SECRÈTE DE CE QUI s'est passé dans l'armée navale PENDANT LA DERNIÈRE CAMI*AGNÈ 1673.
Au dire de MM.
de Preully et de Bclle-Ile.
Le sieur de Kcrgiieliii i capitaine de flûte.
Serpault, capitaine de briiiot.
M.deIklle-IIe.
Totia les ofiiciers,
« Lors du premier combat, quand M. de Ruyter, après avoir coutU son premier bord, revita sur nous, il y eut huit de nos vaisseaux que Ton vit faire vent arrière devant liii, les capitaines en étant étonnés.
» M* le vice-amiral, au commencement du premier combat, vers le midi, les etmettiis , étant sous le vent et en peloton, au lieu de revirer le bord pour tomber sur eux, mit sa grande voile et tenant le vent s'en alla fconrir à une liêue de Ruyter, sans avoir aucun ennemi devant lui.
« Les brûlots mal consommés contre l'ordre, sans appui et sur des commandements mal dirigés; M. le wce- amiral avait même lait tenir un des siens devant lui et entre son vaisseau et l'ennemi ; impossible de faire réussir de cette façon et çu'on n'y périsse.
» Dans le second combat, /et^ameaula Reines vaisseau du comte d'EstréeSj a été vu à cou-vert de l'ennemi par un vaisseau du pavillon rouge qui^ quand il culait pour laisser passer la Reine vers l'ennemi, le même vaisseau la Reine, faisant même manœuvre ^ se laissait culer aussii et avançait aussi^ comme l'an^ glais) quand il faisait porter pour la laisser derrière, il a été su que l'anglais en a dit de grosses injures du général français ^ à un ^Français volontaire sur son bord, qui voyait ce munége des deux vaisseaux»
» Au troisième -combat : le parti d'avoit couru après les vaisseaux de l'escadre de Zé- . lande n'a pas été appromé; il Hlr été mieux
Le sieur de Kerguélin.
M. de Nesmond el tous.
Lui, Rosmadec et ses officiers.
Belle-Ile et tous les ofiiciers.
(Vy envoyer un détachement pour joindre le gros à M. le prince Rupei^t,
» Les Anglais y faisant le sud-ouest, nous courûmes à Test, et pendant cinq horloges, n'ayant qui que ce soit qui nous disputait rien.
» Avoir tenu le vent le soir afin de le consetvei' pour le lendemain est tout au moins plus prudent que brave,
» M. de Valbelle faisant signe du chapeau et criant pour faire arriver la Reine, qui n'en fit rien.
» M. LE VICE-AMIRAL ADONNÉ A ENTENDRE, APRÈS LE COMBAT, ET SURTOUT A M. DE GRANCEY, que le ROI NE VOULAIT PAS QUE l'on HASARDAT SES VAISSEAUX DANS LE PÉ- RIL, ET A MÊME FAIT CONNAITRE QUE l'iN- TENTION ÉTAIT QUE L'ON SE MÉFIÂT DES AN- GLAIS. » .
On ne s'étendra pas davantage sur les conséquences politiques de ces deux dénis d^assistance qui , soulevant le parlement d'indignation contre l'alliance française, contribuèrent si puissamment à la paix séparée de l'Angleterre avec la Hollande.
Ces faits, complètement ignorés, pouvaient tellement prêter à la contradiction, vu les pompeuses mélopées qui depuis bien longtemps ont cours à propos du grand siècle, qu'on a préféré de donner ici naïvement toutes ces pièces servant à la fois de récit et de preuves à ce qu'on avait avancé déjà.
Cette action navale fut la dernière de l'année 1673; et vers le mois de décembre, Louis XIV, apprenant que Charles II était sur le point de céder aux exigences de son parlement, qui demandait absolument à faire la paix avec la Hollande, offrit à son frère d'Angleterre, par M. de Ruvigny, cinq millions et demi de subsides s'il voulait rejeter ces propositions et dissoudre le parlement Mais les préliminaires étant trop avancés, la paix entre l'Angleterre et la République fut signée à
Westmjpstjei:,..Je .9 février 167/t, et Chartes II resta neuti^e'à regard de la France.
Cette paix, qui semblait devoir rompre l'union qui régnait entre Louis XIV et Charles II, en fit naître, au contraire, une plus intime, peut-être parce qu'elle était plus secrète. La duchesse de Portsmouth, au comble de la faveur, entretenait le joyeux monarque dans ces sentiments, si largement rétribués d'ailleurs par Louis XIV. Sachant que ce roi voulait mettre sa marine sur un plus grand pied encore, Charles II envoya à Rouen plusieurs modèles de vaisseaux et un assez grand nombre de ses meilleurs constructeurs, qui plus est, il se chargea de faire les vivres de l'armée de M. de Turenne; et, sonune toute, nuisit aux Hollandais le plus qu'il lui fut possible.
Les suites de cette guerre de Hollande, d'abord si facile, ne répondaient pas à ses commencements, le prince d'Orange et le vieux duc de Lorraine montraient une activité désespérante. Au commencement de cette année, Louis XIV fut obligé de mettre trois puissantes armées sur pied. L'opiniâtre et fatale jalousie de Louvois entravait toutes les résolutions de Turenne, et bien que ce grand général y eut peu d'égard, le service en souffrait. *
Puis, les membres de la coalition gagée par la France con- ^tre la Hollande, diminuaient peu à peu : d'abord l'évêque de Munster ût sa paix avec la République, et l'électeur de Cologne suivit bientôt son exemple.
Malgré t^tte défection, Louis XIV, -constant dans ses projets contre l'Espagne, envahit de nouveau la Franche-Comté. Après plusieurs batailles sanglantes, le Palatinat est mis à feu et à sang par l'oidre de Louvois, imjpitoyablement exécuté d'ailleurs par Turenne. Pendant ce temps, l'Espagne, qui avait une armée en Catalogne, tâcha de faire une diversion en attaquant le Roussillon. Cette tentative offrait de grandes chances de succès, car la noblesse, chargée de taxes, menaçait de se soulever. Le comte de Schomberg fut envoyé, avec une armée de débarquement, sur les côtes de la Catalogne; le duc de Vivonue commandait l'escadre qui portait ces troupes destinées à opérer une descente dans ces parages. Cette expédition, contre le Roussillon, aurait eu les suites les plus fâcheuses, si le sonlovemeut
m HISTOIUE DE L4 MARINE. — 1«74 —
de Messine, babilei^ent exploité, n'eût ^%é)ji*f^gagne 4'ei|voyer en Sicile son armée de Catalogne, qui venait de xm^porter déjà un avantage pssez considérable sur M. de Scbomberg.
A peu près au même temps, Tromp croisa sur les côtes de l^retagne et de Normandie , sans tirer autrt3 avantage de 'cette expédition que d'enlever comme otage le prieur d'un couvent de l'île de Noirmoutiers, et de faire une descente infructueuse à Belle-Isle. Ruyter, de son côté, tenta une attaque sur la i\lartinique, qui n'eut aucun résultat important.
Voici d'ailleurs une dépêche de M. le duc de Chaulnes, écrite à M, de Seignelay , à ce siyet :
« De Brest, ce i«r octobre 1674.
» Je ije doute pas, monsieur, que vous n'ayez été informé directement par Saint-Malo du retour de Ruyter; je ne laisserai pourtant pas de vous faire savoir ce que j'apprjs hier sur la prise qu'un des vaisseaux armés de Saint-Malo a faite d'un des vaisseaux de la flotte de Ruyter. Il dit que Ruyter mouilla le 22 mai au Torbay, sur la côte d'Angleterre , avec trente-sept » vaisseaux et six brûlots. Le capitaine de la prise dit que Ruyter passa de Torbay aux îles Canaries , et de ces Ues directement à celle de la Martinique ; que le lendemain de son arrivée, qui fut le 30 juillet, il entra dans la baie, fit cauonner la forteresse, et,* à la faveur du feu de plusieurs frégates légères, fit omettre pied à terre à quatre mille honunes; qu'un des vaisseaux du foi qui voyait la descente à revers l'incommoda beaucoup, et qu'un autre vaisseau coulé à fond empêcha l'approche des gros vaisseaux ; qu'il y eut un fort rude combat à terre , dans lequel la plupart des officiers hollandais furent tués; que quatre cents de leurs soldats demeurèrent sur la place , ainsi que plus de huit ce^ts blessés ou hors de combat; que Ruyter, sur le rapport que lui envoya faire le jeune comte de Horn, qui coramaiidait ^ terre, tint conseil de guerre , après lequel il ordonna fort mélancoliquement le rembarquement de l'infanterie et le partage des blessés dans chaque navire. Le brûlot pris par le capitaine qui raconte tout ceci eut en partage de blessés le corps embaumé d'un lieutenan^-coloncl, nommé Stellan, mort do ses blessures à bord du
^\m— LIVRE V, CHiPlTHE I. m
j^une fils de Huyter, qui lui promit, comme il s^alli^it mourir, de renvoyer sûrement enterrer à La Haye, ce qui coosolf) graqdementce moribond, officier fort aimé et considéré de M. le prince d*Orange.
)) Le duc DE Chaulnes (gouverneur de Bl*etagne). » {Lettre de Colbert, Mss.y Bibl. roy,)
Quant à la flotte de Tromp , on voit, aiiiai qu'on Ta dit plus haut, par ces extraits des lettres de MM, de Lavardin et de Saint- Aignan , qu'après avoir croisé duns la "Manche et être venue mouiller h Belle-Isle, elle fit voile de nouveau vers te nord.
A M. Df: SEI6NELAY.
« Belle-Isie, le 6 septembre.
» L'escadre hollandaise , de dix-huit à vingt navires, dont neuf étaient gros, s'étant augmentée jusques à vingt-quatre, a mis à la voile ce matin , et fait sa route vers TUe de Groais. Ceux qui sont restés sous cette île ne sont^pas au nombre de plus de neuf ou dix , dont seulement quatre gros. Les gens qu'ils avaient descendus à terr.e ont seulement brûlé les églises de cette petite île et mis à terre leurs malades, qui sont en assez grand nombre, à ce qu'on m'assure.
» Le marquis de Layaudin, »