‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 46 sur 72 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Guerre de Messine. — Exposé de la situation de Messine depuis 1665 jusqu*â 1674. — Ses divers soulèvements. — Leurs causes^. — Sédition de juillet 1674. —Procession de la lettre dite de la lettre de la sainte Fierge aux Messinois. — Le tailleur Antonio Adam. — Première cause de la révolte. — Le marquis de Crispano. — Les Merli. — Les Malvizzi. — Le marquis de Bayonna. — Le sénat de Messine déclare le gouverneur et le vice-roi pour l'Espagne déchus de leurs droits. — Les Messinois attaqués en^ voient des députés à M. le duc d*£strécs , ambassadeur de France à Rome, pour demander Tinterventiou et le secours de Louis XIV.

Cette guerre de Messine, qui dura si longtemps, qui fut si onéreuse à la France et si fatale aux Messinois, abandonnés plus tard par Louis XIV à la vengeance de FEspagne, après avoir été excités et soutenus par lui dans leur rébellion ; cette guerre pouvait avoir les plus avantageux résultats pour la France, et porter un coup funeste à la monarchie espagnole, si, par haine de Colbert et de son fils, chargés de la marine, M. de Louvois n'eût pas compromis le succès de cette expédition en refusant les troupes nécessaires tt Tentière occupation de la Sicile ; et si enfin la mollesse et rinsouciancc incompréhensible de M. le duc de Vivonne, nommé vice-roi de cette possession, u'eilt rendu vaines

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toutes les espérances qii*on pouvait attendre d'une aussi importante et si facile conquête.

Avant d'arriver au dernier soulèvement de 1674, qui mit cette ville aux mains de la France , il est indfspensable d'exposer rapidement les diverses périodes de l'histoire de Sicile depuis 1665'.

Charles II, né le 6 novembre 1661, du second mariage de Philippe IV avec Marie- Anne d'Autriche, succéda le 17 septembre 1665 aux royaumes de son père. Plusieurs historiens ont observé que depuis les grandes contestations des maisons de France et d'Aragon , les Siciliens, et surtout les Messinois, ne forent jamais si malheureux que sous ce règne ; mais que jamais aussi l'esprit inquiet et turbulent de ce peuple ne vint se heurter contre une autorité plus despotique et plus intraitable que celle des vice-rois de ces temps-là.

Quant à la cause première et vraie des troubles sérieux qui agitèrent Messine pendant cette période (de 1665 à 1674) , elle est fort simple et des plus humaines : ce fut une lutte d'intérêts purement matériels.

4iOrs de la grande sédition de Balerme , fomentée par le tireur d'or Alesi, qui, se mettant à la tête des rebelles, chassa le vieeroi, la cour d'Espagne avait été si contente de la fidélité que la ville de Messine lui avait témoignée, qu'à la sollicitation de don Ansalon, elle ordonna, le 31 mai 1663, que toutes les soies de Sicile sortiraient à l'avenir par le po7^t de Messine,

On conçoit quels immenses avantages les Messinois devaient trouver dans cette disposition ; aussi un pareil monopole excitant le mécontentement et l'envie des autres villes de Sicile, elles réclamèrent vivement contre cette faveur.

* On sait que la Sicile ne fut plus qu'une sorte de province de l'Espagne, à dater de Tannée 141S, où elle passa tout à fait sous la domination des rois d'Espagne et d'Aragon.

La Sicile est située entre l'Italie et l'Afrique, bieii qu'avec distance inégale, vu qu'elle est seulement séparée de la première par le petit détroit ou phare de Messine, qui n'a' que trois milles d'Italie de large, c'est-à-dire entre le cap de Faro de celte île, et le lieu de Sciglio. ou pointe du Cheval de Calabrc, au lieu que le plus court trajet de Sicile en Afrique est de quatre-vingts milles, c'est-à-dire entre le cap Boco ou Marsala de cette tle et celui de Tunis, ou cap Bona en Afrique.

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