‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 48 sur 72 · II · texte numérisé non relu

II

— Eh bien!

— Les Gravina ne doivent-ils pas être extrêmement Espagnols, ou plutôt ne sont-ils pas extrêmement Espi^nols? Or, nne pareille fortune, ou plutôt Tinfluencc qu'elle donne, ne peut-elle pas devenir ainsi une arme des plus dangereuses entre les mains de cette branche si évidemment ennemie de notre maître? Or, au fait, quel est à cette heure le but unique, universel de notre politique? De nuire à FEspagne , à Naples par les brigands que l*on soudoie ; à Messine, par les soulèvements que Ton y excite... Eh bien! on poursuivra', on' atteindra, on blessera la monarchie espagnole jusque par le mariage du bonhomme Bracciano.

Madame de Chalais ne put s*empêcher de rire, et le cardmal continua.

— En un mot, plus j'exagère la question, plus je lui donne d'importance, plus le maître incomparable redouble d'instances pour vous décider... Pomponne est fort de vos amis et des miens, il donne à cette affaire la même couleur que nous; et le bonhonune Bracciano voyant le plus grand roi du monde tâcher de vous fléchir, en perd la tête : sa cervelle italienne bouillonne d'orgueil et de vanité ; aussi je ne puis prévoir quels sacrifices U est prêt à faire, surtout si on lui laisse entrevoir que s'il peut jamais parvenir à obtenir de vous de sécher vos larmes, et d'ou- Uia* Chalais... U serait possible que, pour le récompenser ainsi qu'il le mérite du très-éminent service qu'il vient de rendre à notre maître, à l'État., que dis-je, à l'Etat? à l'Europe... en vous fusant, il serait possible, dîs-je qu'on lui accordât l'ordre à lui... Bracciano. Vous concevez alors, Marie, tju'il n'y aurait dans ce cas plus qu'une chose à craindre, à savoir que la raison du pAuvre duc ne s'égarât et que vous n'eussiez à conduire un foia k l'auteL . . Âh ! Marie !. . . Marie ! je ne vous dis plus maintenant par ma barette, mais par votre incomparable esprit, que vous serez princesse des Ursins.

— De la sorte, je le croirais assez, César; mais dans tontes ces choses, il faut faire, vous le savez mieux que mw, la part des

. mauvaises chances... et dans cette afliadref que vous vous exagérez en bien, il en est quelques-unes... Entre nous. César, les malveillants (ici madame de Chalais sourit) peuvent fort noircir

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notre commerce amical : songez que je vous vois presque tous les jours et fort longuement.

— Mais heureusement, Marie, — répondit le cardinal, en souriant, — heureusement qu'avec une adresse |înfmie vous savez rendre mes fréquentes visites moins remarquables en recevant presque tous lesjours et fort longuement aussi Rospîgliosi, Porto-Carrero, Bouillon, quand il vient à Rome, enfin presque tout le collège, en un mot.. Or, parfaitement accueillir tous les élus du sacré collège, cela serait si compromettant, que cela ne peut compromettre le moins du monde; et en cela, Marie, je vous sais un gré que je ne.saurais vou^ dire de cette résolution que vous avez prise de supporter toutes ces ennuyeuses éminences, de sembler même les traiter en toutes choses avec autant et quelquefois plus de bienveillauce que moi-même, à cette seule fin d'effacer tout ce qui pourrait paraître de peu orthodoxe dans notre amitié.

Madame de Chalais ne put réprimer un léger mouvement de dépit en entendant cette malice du cardinal, et puis elle ajouta en souriant: — Ne dites donc pas de pareilles méchancetés, César... parlons plutôt de ce qui vous intéresse, puisque voil) la question de ce mariage chimérique à peu près épuisée... Oft enêtes-vous de Messine?

— Avant de vous parler de Messine, Marie, laissez-moi vous dire encore une des raisons qui nous doivent engager à agir de la sorte que je vous propose... c'est-à-dire d'intéresser beaucoup le roi à votre mariage... c'est que ce sera là une merveilleuse occasion de forcer un peu la main à madame votre tante pour lui faire rendre ce qu'elle vous retient Enfin, laissez-moi ce soin, ce soir même je joindrai à ce sujet une longue note à nos dépêches sur Messine, et à notre prochain courrier, vous en verrez les effets... vous verrez que ce mariage...

— Mais, en vérité, César, ne parlons plus de cela, je vous prie; songez donc que c'est vous qui me parlez de mariage, que c'est moi qui vous réponds... César!.,. César!... avec nos souvenirs, aux termes où nous en sommes... cela est bien cruel! oh ! bien cruel !... — dit madame de Chalais avec un soupir.

En entendant la jolie veuve exprimer cette un peu tardive répugnance, le cardinal ne put s'empêcher de sourire et de lui

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dire : — ÂUons, Marie, à menreîlle, tous répétez un pea ayec moi le rôle que tous devez jouer arec le bonhouune Bracciano. . . j'y cousais et..

— Puisque nous parlons de Messine, César; et vos enToyés, les avez-vous tus? — dit madame de Chalais en feignant de n'aToir pas entendu.

César d'Estrées r^arda un instant Marie, la menaça en riant, et répondit : — Non certes, ce n*est seulement qu*à la nuit, ce soir, que nous dcTons les m^'stérieusement introduire dans notre immunité, grâce au casino du palais Famèze qui y communique par un degré souterrain.

— Et comment M. de Pomponne omdnit-fl cette ^fiaire-la?

— Faiblement; on temporise trop, à mon aTisL C'est ommie l'affaire de Naples ; on ne laisse pas a^ mes pauTres chers bandits qui nous coûtent si peu et qui raTa^ent si bien les Abruzzes et font tant de mal à l'Espagne en faisant leurs afl^dres particulières. Il y aurait là, si on le Toulait, toutes les chances d'une merveilleuse sédition; mais encore une fois, à mon sens, on regarde ces affaires en France comme de trop peu de chose; tandis qu'au contraire, en appuyant ces soulèvements, et surtout celui 4e Messine et de la Sicile contre l'Espace, oa peut peut-être entraîner le royaume de Naplesdans le même alûme et faire une utile diversion i la Catalogne ; car on s'émeut fort dans le Roussillon. J'ai reçu des lettres de Yivonne, qui depuis trois mois croise avec ses vaisseaux et ses galères sur ces côtes-là pour tâcher d*y débarquer les troupes du maréchal de Scbomberg.

— Mats ce gros creré est impayable; il bataille tant sur terre H sur mer que c'est tout une héroîde que sa vie...

— Sans doute, seulement au passage du Rhin, qu'il a intrêpidemait passé ; d'aîUeurs, le pauvre Jean LdJanc, son cheval favori, ployant sous le fais des nouveaux lauriers de son maître, a bien manqué de le laisser dans le fleuve; aussi le gros crevé s'écria-t-il, dit-on, « Hdà! Jean Ld)lanc, ne vas pas noy» ea 9 eau douce un général des galères. »

— C'est bien lui., toujours le même... une plaisanterie au moment du périL Mais il est des mieux en cour à cette heure; il a pour pi-esifm beaux-frèn?s les deux maîtres... aussi, avec

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les droits de la Montcspan et de la Thiange sur le roi et sur Seignelay, Vivonne peut tout espérer à cette heure.

— Et je pense bien que cette croisière n'est qu'un pas pour 'lui donner mieux; son poste est des plus importants... et Ton ne

peut trop l'en divertir... Pourtant, si le roi envoyait des secours considérables à Messine, nul doute que Vivonne n'y fût pour quettjue chose... Mon Dieu! qu'il vienne donc, ou plutôt que Pomponne comprenne davantage les suites probables de ce soulèvement. Il peut en dériver des résultats d'un bonheur incalculable pour les intérêts de notre maître ; car Naples et la Sicile échappant à l'Espagne, il devient presque impossible à cette puissance de conserver l'état de Milan ; la Flandre se voit privée de ses meilleures troupes; l'autorité des ministres d'Espagne à la cour de Rome est* anéantie, et en même temps aussi tous ces petits princes d'Italie, qui ne demandent que faiblesse pour insulter, n'y manqueront pas, et secoueront sans doute la dépendance dans laquelle Madrid les a tenus si longtemps.

— Entre nous, mon ami, ces raisons m'avaient déjà frappée; car voyez que le roi peut porter un coup mortel à la monarchie espagnole par le hasard qui le sert, et qu'enfin ce que de grandes armées n'ont jamais pu accomplir est faisable aujourd'hui par le chemin que Messine vient de frayer.

— Sans doute; et, combiné avec les troubles de Naples que mes chers bandits des Abruzzes nous mûrissent, il n'est pas à douter que tout n'arrive à bonne fin.

— Et ce chef dont vous m'avez parlé?

— Pablo Baglio?

— Lui-même.

— Oh! le drôle est reparti, et je l'attends un jour ou l'autre. . . Quel compagnon! il est le digne fils de Gluseppe Baglio, qui surprit et ravagea Cambly pour donner au feu le cardinal Mazarin un échantillon de son savoir-faire, sans lequel échantillon le bon cardinal ne le voulait pas employer.

— Et ce digne fils de son père n'a-t-il pas fait quelque preuve aussi?

— Des plus magnifiques. Ayant su, le 12 juillet, que le président de r Aqnila avait ramassé près de mille cinq cents hommes de sbires ou de milice pour aller attaquer les brigands dans la

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montagne où ils étaient retournés avec leur butin, le digne Pablo n'attendit pas le président ; il marcha droit à sa rencontre, et le poussa si vigoureusement qu'après avoir couru risque de* sa vie et essuyé beaucoup d'arquebusadcs, le président s'enfuit avec tous les gens qui l'accompagnaient, et aipsi porta lui-même à Naples la nouvelle de sa défaite. Ainsi voyez combien tout est favorable; car Naples et Messine seront toujours les deux points les plus vulnérables de la monarchie espagnole. Encore une fois, je suis à m'étonner comment M. de Pomponne met autant de mollesse à profiter de ce soulèvement

— Mais» César, ceci est tout simple : Louvois ne veut pas. Cette guerre se trouverait dans les attributions de Colbert, puis* que c'est une guerre maritime; et par son influence sur l'esprit du maître» il entrave touL

— £t c*est grand dommage; mais, hélas! Louvois est Louvois. . .

— Allons, — ajouta le cardinal, — la nuit est tout à fait venue... Adieu, Marie. Il me faut aller à l'ambassade pour recevoir et entretenir ces mystérieux envoyés messinois, que l'abbé Scarlati nous doit amener. Je voudrais pouvoir expier cette nuit même mon courrier au roL Me permettez-vous donc de me charger de vos intérêts, Marie, et d'engager le mariage Bracdano comme je l'entends?

— Son excellence n'est>elle pas sûre d'avance de toute ma reconnaissance^! — dit madame de Chalais en entendant gratter à la porte de l'oratoire.

Sur un ordre de sa maîtresse , une femme de chambre entra, donna des lumières; et le cardinal, ayant cérémonieusement baisé la main de la belle veuve, regagna le palais de l'ambassade de France.

Le lendemain , 2 août, le courrier de Rome à Paris portait au roi les duchés suivantes.

Cette première lettre de M. le cardinal d'Estrées à M. de Pomponne estreUUve à ses vues sur le mariage de madame de Chalais.

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<c Rome, 18 août 1674.

. » Quand je vous informai , il y a quinze jours, monsieur, de nos projets sur M. de Bracciano , je vous représentai en même temps les motifs qui devaient faire désirer à Sa. Majesté que le duc se remariât promptement, et les honnêtetés qu'il était à propos de lui faire pour Ty amener davantage. L'un et Tautre fut agréé par Sa Majesté , et les termes obligeants dont elle s'expliqua en lui répondant firent tout l'effet que j'en avais attendu ; car cette marque du désir et de l'estime de Sa Majesté le fortifla contre plusieurs diligences qu'on faisait continuellement du côté du palais pour combattre cette résolution. Je pensai dès lors à quelque chose de plus ; mais je ne m'en déclarai pas encore , parce que , pour yn*éussir, il fallait qu'il se mûrît comme de lui-même, et ne le pas précipiter. C'était de le déterminer à faire un mariage en France, dans lequel, outre l'avantage de le lier plus étroitement au service de Sa Majesté, je n'imaginais pas seulement quelque sorte d'éclat pour la nation, en ce que le premier seigneur de Rome vînt choisir une femme parmi nous; mais j'y trouvais un autre intérêt plus solide, puisque, par le moyen de cette femme, soit qu'elle eût des enfants , ou qu'elle n'en eût pas , pourvu qu'elle sût ménager l'esprit de son mari, il pouvait être porté à donner sa succession , dont il peut disposer librement ^ à une autre branche de sa maison que celle de Gravina, qui ne peut être qu'espagnole , et par là perpétuer l'attachement de la maison Ursine à cette couronne. Je me gardai bien toutefois de lui rien découvrir de cette vue ; car je le voyais embarqué dans le dessein d'épouser la princesse de Venaffro , et dans l'espérance d'en obtenir la dispense ; ce que je n'estimai jamais possible , car je la traversai, et , par cette raison , j'applaudis encore plus à la tentative qu'il faisait. Ayant été exclu de la dispense , 11 [me communiqua qu'on voulait le faire songer à la duchesse de Bassanello , sœur du connétable Colonne. Je ne lui témoignai pas moins de complaisance sur ce second parti, que je savais, par plusieurs raisons, d'une discussion longue et difficile; mais je lui fis insinuer cependant par le P. Ripa , de la compagnie de Jésus, quia un grand crédit auprès de lui, et qui s'en est trèsbien servi en cette rencontre , que si ce second parti ne réus-

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sissait pas, on enToyah peu dans Rome qDilai fiassent propres, et qn*Ô aurait pLus de satisfaction d'en prendre nn en France ; qne cette pensée plairait à Sa Majesté, et lui donnerait liea de redoubler sa protection rers le dnc et le cardinal son firère. H eût bien désiré* qne je fusse entré en matière sur cda, mais je Fai évité. Je loi ai laissé pesa- ces considérations ; et, pour loi faire Toir que je ne pariais qne par son intérêt , et sans aucune fin particulière , je Faf touIu réduire à s'en expliquer. Enfin la diose a tourné comme je Favais e^ré; car le cardinal Ursin me témoigna avant-hier fort an long, après en avoir parlé à M. l'ambassadeur plus succinctement , que le duc son fi^ voulait se remarier au plus tôt, sdon les volontés du roi; qu'il songeait même à épouser une Française pour donner encore à Sa 3Iajesté une plus grande marque de sa soumission, et qne, s'il osait, il prendrait la liberté de suf^er le roi qu'il eut l'honneur de la recevoir de sa main; il ajouta en même temps que madame de Chalais , dont il connaissait la naissance et la vertu, étant déjà accoutumée aux manières du pays , lui paraitrait fort ccmvenable » Sa Majesté l'agréait ; qu'il remettait toutefois entièrement son choix entre les mains de Sa Majesté; qn'il espérait qu'eUe aurait la bonté de protéger encore {dus particulièrement sa famille après ce nouveau témoignage de son dévouement Nous louâmes extrêmement sa résoluticm ; nous Fassurâmes que Sa Majesté l'apprendrait avec hiea de la joie; qu'ayant toujours estimé le mérite de cette dame, eik serét apparemment bien aise qu'il la préférât à toute autre; que toutefois il ne pouvait mieux faire que de s'abandonner entièrement à Sa Majesté; que pour elle, ce que nous avions connu, et en France, et ici, de sa conduite et de son esprit, était digne de toute sorte d'esdme; mais qu'dle avait paru jusqu'à cette heure occupée de la perte de son mari, et éloignée d'un second mariage; pourtant que nous nous servirions d'une pr(q[N)»tion aussi éclatante potr ébranler sa première résolution. Le cardinal Ur»n me paria de son bien ; je lui dis ce que j'en avais su dans le temps qu'elle fut mariée, et lorsqu'elte ne bougeait de l'hôtel d'£strées , et je reconnus qu'il lui fallait qudque argeut comptant C'est pourquoi si Sa Majesté, comme je me le persuade, veut que cette affaire soit traitée, il faudra

que madame de Noirmouliers , entre les mains de qui le mariage de madame de Chalais est demeuré , se résolve à lui en donner une partie. C'est une diligence que M. de Vitry et ses autres parents auront à faire quand elle se sera résolue à se marier. Cela ne doit pas être difficile; car, eh quelque lieu qu'elle vive, on ne peut lui refuser son bien. Cependant, pour y donner plus de chaleur, il n'y aura pas de mal que madame de Noirmoutiers connaisse que Sa Majesté regarde cette affaire comme une chose qui importe à son service ; qu'elle lui saura bon gré des facilités qu'elle apportera à sa prompte conclusion , et qu'elle aura soin de sa famille dans les occasions qui se présenteront.

» Quant au duc de Bracciano, comme il croit acquérir par cette résolution quelque mérite auprès de Sa x^Iajesté et se rendre plus digne'de ses grâces, il inc semble qu'on le doit confirmer dans cette opinion ; et j'estimerais que dans cette conjoncture Sa iMajesté pourrait , en considération de son mariage , lui assigner ponctuellement une pension- à l'avenir, ou bien faire connaîti*e au cardinal Ursin, qui a demandé il y a quelque temps quelque bénéfice , qu'elle est disposée de l'en gratifier au plus tôt; faire espérer l'ordre du Saint-Esprit au duc de Bracciano, ou , si on le lui a voulu donner autrefois , le lui accorder en cette occasion : c'est un honneur qu'il sentirait extrêmement ; et enfin montrer en général un grand agrément pour le dessein qu'il a fonné d'après nos visées , et l'assurer qu'il ne se trompe pas en croyant qu'elle en redoublera sa protection pour lui; et, comme il est fort à propos que la personne qu'il veut épouser entre dans cette maison fort accréditée , il sera bon que, dans l'article ostensible qu'il plaira à Sa Majesté de nous écrire sur tout cela , on parle d'elle en tenues très-avantageux, et de sa naissance comme de sa personne ; car les grandes alliances qu'ils ont dans leur maison les rendent fort sensibles sur ce point

Pour ce qui regarde madame de Chalais , je vous en écrivis l'année passée tout le bien que j'en connaissais , et il me semble que l'abbé de Saint-Martin a enchéri sur ma lettre; ainsi je ne le répéterai pas. Elle a été jusqu'à cette heure fort touchée de la mémoire de son mari et dans le plus grand éloignement du mariage. Quand la duchesse de Bracciano mourut, beaucoup de gens lui parlèrent en l'air de cette affaire; moi-même

je l'en ai retenue, et toutes les fois que ce chapitre a été traité : ingemuit, laa-ymisque gênas implevit oboriis. Depuis quelques jours , 1\I. de Vitry, ayant su le bruit qui d'abord s'en était répandu sans fondement aucun, lui en a écrit avec tant de force, qu'il a fait plus d'impression. D'ailleurs, comme la gloire et l'élévation la touchent , et qu'elle a le courage de ne se pas lasser d'un petit couvent où elle est depuis deux ans , eue aura bien celui de s'ennuyer quand il le faudra dans la maison d'un homme qui a peu de santé et près de soixante ans, pourvu qu'outre la distinction du rang, il lui paraisse que le roi le désire, et l'estime assez pour la croire capaUe de le servir dans cet établissement Tout ce qui combat dans son esprit pour la mémoire de son mari, à qui il n'en arrivera ni bien ni mal, cédera à une si forte considération, et l'ombre de la volonté du roi détruira la peine ou le scrupule qu'elle aurait de ne pas l'ésister. Je croirais donc, monsieur, que vous me pourriez écrire un article dans lequel vous me diriez que le roi sait et loue ses regrets, et les sentiments qu'elle a pour une personne qui lui devait être si cher; mais qu'il a trop bonne opinion d'elle pour douter que sa gloire ne la porte à prendre un rai^ aussi distingué que celui qu'on [peut lui offrir, et dans lequel il se promet qu'elle sera en état de. le bien servir; qu'il approuve extrêmement cette proposition, et qu'il désire qu'elle s'effectue. Il est constant qu'avec l'estime et la considération extraordinaire qu'elle s'est acquise parmi un ^rand nombre de cardinaux, et l'intelligence et le talent qu'efie a pour cette cour et le commerce des étrangers, elle fera la première figure dans Rome, et sera propre à beaucoup de choses.

» Le cardinal Rospigliosi , qui la voit souvent , parce qu'elle est amie intime de sa belle-sœur, et qui est toujours plein de mille vues, m'en a parlé beaucoup de fois comme d'une chose nécessaire à ménager, et dans laquelle il imagine plusieurs avantages pour cette cour. Je lui paraissais même trop inappliqué sur cela, et peut-être vous en écrira-t-il quand il saura jusqu'où la chose est engagée.

» J'ai mis cette affaire dans un mémoire séparé , et je vous prie de remarquer qu'il importe de la tenir secrète en France comme ici , jusqu'à ce qu'elle soit conclue ; car il n'y a rien que

le palais et les Graviiia ne fassent pour la traverser. Personne jusqu'à cette heure ne l'a pénétrée. Les discours vagues qu'où en a semés d'abord, comme ils n'avaient point de subsistance dans un projet réel , ils n'ont pas laissé d'impression. »

Voici un fragment de la dépêche du cardinal, à Pomponne^ au sujet des bandits de Naples dont on a parlé.

« Sur le sujet des bandits , dont j'ai compris que vous voulez parler quand vous vous êtes servi du terme de mutins, en lesquels la distribution de quelque argent pourrait être avantageuse , je vous dirai, monsieur, qu'il ne sera pas bien difficile d'établir avec eux quelque correspondance. Les principaux chefs de l'Abruzze se retirèrent dans l'état ecclésiastique, du côté d'Ascoli, où l'on trouvera des gens qui pourront se charger des propositions : ceux-là ont quelques relations à l'autre troupe qui est du côté de Calabre. L'un d'eux m'a promis, dans quinze jours ou trois semaines au plus, une relation très-particulière de leurs personnes, de leurs qualités, et de l'état où ils se trouvent, sur laquelle on pourra plus aisément établir un jugement certain. Cependant, ce qtii paraît en gros de ces sortes de gens, c'est qu'ils sont gens plutôt à piller les particuliers, désoler la campagne, et ramasser pendant l'été de quoi vivre dans les montagnes et dans les terres où ils se retirent l'hiver, qu'à former des desseins de suite et de durée. Ils sont extrêmement odieux aux peuples, et quoique quelques-uns d'entre eux soient favorisés pai* des gens de qualité, dans des provinces, qui s'en servent pour exercer leurs vengeances particulières, ou qui participent à leurs rapines et à leurs brigandages, il n'y en a point qui ne déteste et ne maudisse en public ce rallieinent de scélérats, qu'il fomente souvent en secret; on dit même qu'ils se font la guerre les uns aux autres, et que comme les officiers du royaume leur accordent leur impunité à prix d'argent à condition d'apporter quelques têtes de leurs compagnons^ il arrive que la plupart obtiennent de cette manière leur abolition pour les crimes, qu'ils ont. commis l'été. Cependant l'audace et le nombre des bandits ayant paru plus grands que les autres an^ nées, et leur conduite plus concertée, on m'a dit que depuis peu on avait révoqué le pouvoir de leur accorder l'impunité.

» Ce changement les jetant dans le désespoir pourrait leur faire entreprendre quelque chose : on ne croit pas qu'il fût difficile de les engager, avec un peu de secours, à se saisir d*uu ix)ste dans les pays où ils ont plus de forces, et à le garder quelque temps. Ils prirent, en 53 ou en 54, une ville appelée Cambly, M. le cardinal Mazarin ayant voulu cette épreuve de leur savoir-faire avant que de recevoir les propositions qu'ils lui avaient fait porter. Mais je ne sais si*cette exécution seule causerait aux Espagnols l'alarme et l'inquiétude que Sa Majesté voudrait exciter par les troubles de ce royaume ; ce n'est pas que si l'on travaillait d'ailleurs à quelque chose, la diversion qu'on pourrait faire par le moyen de ces gens-là ne pût être de bon usage et n'augmentât l'embarras des ministres d'Espagne. »

Ces dépêches sont relatives au soulèvement de Messine.

a 2 aoill 4674.

» Sire ,

» M. le cardinal d'Estrées avait informé, par l'ordiilaire dernier, M. de Pomponne, de tout ce qu'il avait appris sur le soulèvement de Messine au moment que la nouvelle en arriva , et sur les premières notions, quoique dignes de considération, nous ne jugeâmes pas à propos de dépêcher un courrier exprès , ou d'envoyer l'ordinaire en extraordinaire; mais ce que nous avons su depuis nous a paru assez important pour en rendre compte à Votre Majesté en diligence. Nous nous servons toutefois de toute la précaution possible , afin de tenir cette expédition secrète ou pour le moins ambiguë. Deux gentilshommes siciliens de qualité et de mérite sont ici depuis plusieurs mois : l'un s'appelle don Philippe Cigala, âgé d'environ soixante ans ; et l'autre, le baron di Catani , qui en a environ quarante-cinq : ayant été soupçonnés d'avoir fomenté la sédition qui arriva à Messine il y a vingt mois , et qui fut apaisée par le prince de Ligne , on leur commanda de sortir du pays, et ils se retirèrent ici. Le premier, qui est d'une maison très-noble, dont l'origine est génoise, a connu à Gênes M. l'abbé Scarlatti , et a continué depuis son commerce et sa liaison avec lui ; il a été jurât de la ville , qui est le premier poste de ceux du pays, toujours occupé par des personnes de la première qualité. Ces deux hommes lui firent savoir qu'ils

pouvaient n*être pas inutiles au service de Votre Majesté dans la conjoncture présente, et qu'il nous en avertit, M. le cardinal et moi , afm que nous puissions nous en prévaloir en ce que nous jugerions à propos. Comme cet abbé a un très-grand attachement et un très-grand zèle pour ce qui regarde le service de Votre Majesté , il eut bien de la joie d'en pouvoir donner quelques marques en cette occasion , et ne perdit point de temps à nous venir trouver.. Nous dîmes qu'il remerciât de notre part* ces deux gentilshommes, et qu'il leur' fit connaître qiîe nous apprendrions volontiers ce qu'ils croyaient pouvoir faire pour servir Votre Majesté, soit qu'ils voulussent eux-mêmes nous parler secrètement , ou s'en ouvrir à quelque autre : ils répondirent qu'ils se retiraient chez eux toujours avant la nuit, par la crainte qu'ils avaient que les Espagnols ne les fissent assassiner ; qu'une sortie extraordinaire donnerait trop de soupçon ; qu'ils se pourrait faire qu'ils auraient ordre de leur ville de les venir trouver, et qu'en cas que le soulèvement durât , ils viendraient d'euxmêmes se réfugier dans mon quartier, parce qu'ils ne se croyaient pas en sûreté aUleurs; qu'apparemment on leur apurait déjà écrit, et qu'ils attendaient à toute heure des nouvelles et des commissions; mais que cependant ils nous communiqueraient toutes les lumières qu'ils avaient, par le moyen de l'abbé Scarlatti^ auquel ils ont confié tout ce que contient le mémoire qu'il a dressé lui-même dans notre langue, et qui accompagne cette dépêche. Si Votre Majesté jugeait à propos que je témoignasse de sa part à cet abbé qu'elle lui sait gré de la manière dont elle a su qu'il en use dans toutes les occasions qui regardent son service et particuhèrement dans cette dernière , cette marque de la bonté de Votre Majesté serait bien sensible et lui donnerait plus de force pour agir lorsqu'il serait nécessaire. Il a de l'esprit, du savoir-faire, beaucoup d'habitude ici, et est bien capable de servir. Depuis hier au soir nous avons reçu trois différents extraits de lettres de Naples , par lesquels il est aisé de juger que l'affaire est considérable , puisque le peuple et la noblesse agissent de concert, et que le vice-roi est obligé d'y accourir avec toutes les forces du royaume , qu'il ne croit pas toutefois suffisantes, puisqu'il demande celles de Naples qu'on y envoie d'une manière qui ne montre que trop l'impuissance. Ces lettres du 17

sont de l*inqi]isitear et d'un homme qualifié clerc de chambre , qui écrivit à leurs intimes amis. Le troisième extrait est sorti du palais de Nittard, au moins j'ai sujet de le croire par la manière dont il m'est venu : ils jugent tous que c'est un dessein prémédité , et qui peut s'étendre au-delà de la ville de Messine, s) le parti des habitants est supérieur à celui du gouverneur, et se rend maître de la ville ; les moyens présents de le soumettre .sont si faibles, à ce qu'il paraît, et du Côté de Sicile, et du côté de Naples; et les plus éloignés sont assez lents pour croire que les ordres ou les vaisseaux de Sa Majesté y pourraient arriver à temps.

» Ce qui me plaît davantage du mémoire, c'est que les choses que les Siciliens demandent sont justement dans les bornes des petits secours que M. de Pomponne proposait de donner à un parti qui s'effleurait dans le royaume de Naples, et ne les excède pas. Ainsi , si cette révolution dure , Votre Majesté y trouvera ttaturellement la division qu'elle projetait , sans l'avoir attirée; et sa durée cependant faciliterait extrêmement les desseins]d'exciter des mouvements dans le royaume de Naples ; car , outre ' que cet exemple encouragerait les mécontents, les forces d'Espagne étant occupées à la réduction de Messine , laisseront le royaume plus exposé aux entreprises- qu'on y pourrait faire, et dans le temps qu'ils voudront éteindre le feu de Sicile , ils verront paraître un grand embrasement du côté de Naples.

» Toutes les apparences sont qu'il y a plus dé préméditation et de profondeur dans ces désordres que de hasard : l'union du peuple et de la noblesse , l'attaque ré^ée du palais du gouverneur, par la mort duquel ils auraient cru se rendre maîtres de tous les châteaux^ la conjoncture de l'éloîgnement des galères, du départ du prince de Ligne, et de l'intérim du vice-roi, et, par-dessus tout, ce que les Siciliens ont dit d'abord, et l'opinion qu'ils ont qu'on leur enverra dès ordres pour nous venir trou- Ver, et que la ville aura pu disputer déjà pour Votre Majesté.

» M. le cardinal d'Estrées avait mandé que l'évêque de Palerme était vice-roi pendant l'intérim , comme on l'écrivait de Madrid; mais nous avons su depuis qu'il s'en est excusé, et qu'on a cru un homme d'esprit plus propre à cet emploi , par toutes les connaissances que nous avons ramassces de plusieurs

endroits. Nous jugeons que pour charmer les peuples, il faut les flatter ou d'une forme de république, s'ils y vqulent songer, ou d'un roi particulier et tel qu'ils le voudront choisir, et lui promettre , pour l'un et pour l'autre , l'entière protectîoû de Votre Majesté.

» Il est bien certain, Sire, que s'ils se soustraient de la domination d'Espagne, ils deviendront toujours absolument de Votre Majesté, dans quelque sorte de gouvernement qu'ils vivent Nou3 donnerions de bon cœur et nos biens et nos vies par contribuer à une chose si avantageuse au service de Votre Majesté^ et si elle nous jugeait propre, ou quelqu'un de nous, à nous y porter, ce serait une gloire et une joie inexprimables.

» Je suis avec un profond respect,

» Sire,

9 de Votre Majesté,

» le très-humble, très-obéissant, très-obligé » et très-fidèle serviteur et sujet,

^ » Signé : Le duc d'ESTRÉES. »

«Sire,

>» Comme nous étions sur le point de fermer nos paquets, l'abbé Scarlatti nous vint trouver hier sur le midi , de la part des deux Siciliens, pour nous dire que le fils du premier jurât, d'une maison considérable , nommé Caffaro , çt neveu de don Philippe Cigala, accompagné d'un député, et parti le 21 de Messine, était arrivé le matin pretnier jour d'août à Ripe , et que le sénat et le peuple les avaient envoyés vers moi pour implorer l'assistance de Votre Majesté ; que ne se tenant pas en sûreté dans une maison ordinaire, ils avaient impatience de se rendre dans «ion immunité.

» J'envoyai aussitôt un carrosse les prendre au lien où l'abbé Scarlatti les avait laissés , et je les fis conduire, le plus secrètement que je pus , dans le casino du palais Famèïe , sans que personne s'en aperçût; et comme cette maison communique par un degré secret avec le palais, il me fut aisé de les faire introduire la nuit dans mon appartement Les deux gentilshommes siciliens dont j'ai parié , l'un dans l'impatience de voir son ne-

veu, et l'autre de savoir des nouvelles, les vinrent trouver à l'entrée de la nuit au lieu où ils étaient , et les accompagnèrent. Nous les entretînmes tous quatre longtemps , M. le cardinal et moi; nous leur demandâmes l'état de la ville, de leurs forces, de leurs munitions, de celles des Espagnols, et quels étaient leurs besoins plus pressants.

» Ils nous dirent que la ville avait vingt mille hommes portant les armes, et dont elle se pouvait servir, desquels la plupart braves et fort résolus; qu'ils pouvaient avoir des vivres pour trois mois, et pour quatre même , pourvu qu'on usât un peu d'économie ; qu'ils étaient maîtres de la plupart des forts ou bastions , et que les Espagnols n'en tenaient que .trois; que celui de San Salvador^ à l'entrée du port, était le plus considérable, que la fortification n'en est pas bonne, que par cet endroit le gouverneur recevait des secours et des vivres de Reggio , sans qu'ils pussent l'en empêcher ; et qu'il aurait été pris il y a longtemps s'ils n'avaient pas eu peur de manquer de poudre , dont ils étaient peu pourvus, et que c'était le plus nécessaire, comme nous le pouvions juger.

" » Nous leur demandâmes combien ils estimaient qu'il en faudrait avoir , aussi bien que des balles dont ils manquaient Ils nous dirent qu'avec ce qui leur en restait, cinquante ou soixante . milliers pourraient suffire, et des balles en proportion; que pour l'attaque du château , et pour leur défense , des ingénieurs et des officiers d'artillerie leur seraient nécessaires, avec quelques officiers d'armée qui les pussent conduite et régler, en cas que Sa Majesté n'y débarquât pas des troupes. Nous leur représentâmes que toutes ces diligences seraient inutiles, si la ville ne pouvait se maintenir autant de temps qu'il en faudrait pour attendre les secours de Sa Majesté , et nous calculâmes que , du jour que le courrier pourrait être dépêché, jusqu'à l'arrivée des vaisseaux, des galères ou des munitions que Sa Majesté y enverrait, il fallait faire état de cinq semaines, auxquelles ajoutant les douze jours que le fils du jurât avait employés dans son voyage, ils pouvaient considérer si les forces de Naples et de Sicile seraient en état de les réduire auparavant, parce que tous nos plans seraient inutiles ; que peut-être les ordres de Sa Majesté seraient exécutés plus proniptemcnt , parce que , sur nos premiers avis,

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elle aurait pu prendre ses résolutions; mais que, pour ne se pas mécompter , il fallait se régler sur le temps que je marquais.

» Ils répondirent qu'ils ne doutaient pas que les secours de Sa Majesté ne vinssent assez tôt s'ils arrivaient en cinq semaines , et que ce qui leur donnait plus de lieu de croire qu'on attendrait jusque-là, c'est qu'ils avaient laissé leur ville si engagée dans la rupture avec les ministres d'Espagne , qu'elle n'espérait plus de salut que par sa résistance. Ils ajoutèrent que ce qui avait rallié le sénat et le peuple contre le gouverneur n'était pas l'effet d'un emportement , ou d'un chagrin que le hasard leur aurait inspiré , mais une ferme persuasion qu'on voulait , nonseulement détruire leurs privilèges , mais faire mourir plusieurs personnes principales et suspectes qui les soutenaient , comme le gouverneur l'aurait exécuté s'il n'avait été prévenu.

» Je ne dois pas oublier , à ce propos , de dire à Votre Majesté que je vois d'autant plus d'apparence que les choses se porteront à l'extrémité, que j'ai su par un endroit fort assuré, qu'on avait consulté le prince de Ligne sur la première nouvelle de ce mouvement, parce qu'il avait l'expérience de celui qui s'éleva il y a deux ans; et qu'il avait répondu, sans hésiter, qu'on ne viendrait jamais à bout de cette ville si l'on nç la réduisait par la force ; de sorte que les choses s'aigrissant , il est visible que ces peuples ne croiront plus pouvoir éviter leur ruine en revenant à l'obéissance. L'offre qu'on leur a faite de l'éloignement du gouverneur ne les a pas contentés : ils ont voulu qu'une certaine faction, nommée des merles ^ qui sont les satellites des officiers d'Espagne et les exécuteurs de leurs volontés et violences, fût exterminée ; ils ont tiré le canon sur le vice-roi quand il s'est approché d'eux , et semblent lui avoir donné la loi au lieu de la recevoir : tout cela les a mis dans un étrange engagement.

» Nous leur avons demandé si les villes voisines et amies de Messine, comme Syracuse, Catane, leur avaient fait savoir quelque chose , et s'étaient offertes de les assister. Ils nous ont dit que sous main elles applaudissaient à leur soulèvement, qu'elles leur avaient fait savoir de leurs nouvelles ; mais qu'il semblait qu'eUes attendissent l'événement avant que de se déclarer ; que, du reste, leur aliénation n'était guère moins grande que celle de Messine ; qu'à Palerme même , qui est le siège du vice-roi,

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