IL
et ma lioiite... Ah ! par saint Georges! Henriette, pourquoi est-ce que je ne fais pas ce que je me suis dit cent fois : coupons court à ces menées ténébreuses ; allons trouver le parlement... et là, hardiment, loyalement, disons-lui... Ma position est telle; je dois tant ; on me propose une infamie ; je viens vous la dévoiler; maintenant, j'en appelle à la sagesse et à l'honneur des représentans de la vieille Angleterre , qui n'abandonnera pas son roi... Oui... C'est là ce que je devrais dire! — s'écria Châties, dans un de ces moments de généreuse résolution, que malheureusement il n'exécutait jamais.
— Oui, — dit Madame avec amertume, — oui , allez*., mon frère... allez vous perdre en usant d'une aussi dangereuse franchise I allez vous prêter au triomphe de ces insolentes communes, qui, profitant de votre abaissement et de votre embarras, voudront vous imposer les concessions les plus fatales au trône , vous priver du peu de privilèges , du peu d'autorité qui vous restent, et mettre à ce prix leur assistance !
— Hélas! vous dites juste, Henriette ; c'est odieux à avouer ; mais les communes n'accordent que donnant donnant! N'a-t-il pas fallu encore cette année, pour leur arracher cinquante mille malheureuses guinées de droit additionnel sur les vinaigres, leur accorder le bill des conventicules !...
— Hé bien donc! Charles, puisqu'il vous faut absolument avoir recours à quelqu'un, pourquoi ne pas préférer vous adresser à Louis , à un roi comme vous , au lieu de vous exposer à subir les insolences de vos sujets !
— Leurs insolences !. . . c'est le mot. . . tout respect est perdu. . 4 un roi n'est plus qu'un homme ^ comme ils disent, n'est plus qu'un salarié de la nation. Aussi épluchent-ils mes dépenses une à une; c'est une véritable inquisition. N'a-t-il pas fallu que mes ministres leur donnassent les explications les plus minutieuses sur l'emploi des fonds pour la marine, et encore cela ne' les a-t-il qu'à moitié convaincus. Quelle pitié ! quelle humiliation ! Henriette : régner ainsi, est-ce donc régner? avoir à bail, à condition , un royaume que nos pères avaient à eux !
— Que voulez-vous. . . puisque vous rejetez la catholicité et les six mille hommes de troupes françaises que vous offre Louis po«ir affermir votrç puissance , et la rendre égale à la sienne ,
puisque avec ce secours, votre armée et vos amis, vous pourriez, je suis sûre, réduire les mal intentionnés...
— Encore une fois, Henriette, c'est une folie h laquelle il ne faut pas songer.
— Mais alors, Charles, que faire?
— Eh ! je ne sais ; jamais irrésolution n'a été plus grande que la mienne ! tant que j*ai discuté avec Louis la quotité des subsides, j'ai eu au moins de quoi alimenter mes indécisions; mais maintenant qu'il prétend avoir donné son dernier mot; maintenant qu'il déclare ne pouvoir pas accorder un penny de plus ! car, n'est-ce pas , Henriette , il ne faut pas penser à un penny de plus?
— Oh! pour cela, non, Charles, pas un penny; et vous savez encore que c'est grâce à ma supplication qu'il avait consenti à une augmentation.
— Bien, bien : ainsi donc, il est bien et résolument déterminé à ne rien donner de plus... à ne donner absolument rien de plus, n'est-ce pas?...
— Rien, Charles, rien, absolument.
— Eh bien ! maintenant, comme je vous le disais, mon hésitation n'a plus ce prétexte.. . et pourtant je ne sais que faire , je suis plus indécis que jamais.
— Eh bien ! maintenant, Charles, voulez-vous que je vous dise, moi , ce qui vous empêche de signer un traité dont vous reconnaissez pourtant toute l'urgente nécessité ?
— Dites, Henriette.
— C'est tout simplement la peur que vous avez de votre parlement
— Quelle folie !... Il est tracassier de sa nature , impertinent souvent, ridicule toujours, et quelquefois si amusant, que je m'y divertis autant qu'à la comédie ; mais pour terrible il ne l'est pas; et quanta en avoir peur, autant vaudrait dire que j'ai peur des criaiUeries de madame de Castelmaine.
— Qu'importe? vous n'en avez pas peur, soit; mais vous la subissez. Il en est de même de votre parlement : c'est une maîtresse déclarée et en titre que vous trouvez ridicule, tracassière, impertinente, mais avec laquelle il faut toujours finir par ci)mpter, et c'est cela qui vous effraie.
— Henriette, — dit Charles emporté par son incroyable mobilité d'esprit, — Henriette, si vous me juriez encore de la jMîur que j*ai de mon parlement, par le sac de la laine du Speaker, ou plutôt par les beaux yeux bleus de mademoiselle de Keroualle, je ne vous entretiens plus que de cette charmante personne ; car je sens mon amour pour elle se réveiller avec violence. Mon Dieu! quand j'y pense, qu'elle était donc jolie avec cette robe incarnat, et ces rubans de pareille couleur dans ses beaux cheveux noirs ! En vérité, Henriette, j'en suis fou !
— Ah ! mon Dieu ! la pauvre chère enfant ! quel bonheur pour elle que cette folie ne tienne que vous seul !
— Henriette, vous n'en savez rien... Je l'ai regardée hier d'un air si respectueux, si tendre. Et puis, pourquoi donc, après tout cela, serait-elle si malheureuse de m'aimer?
— Pourquoi? parce que pour vous aimer il lui aurait fallu nécessah*ement longtemps arrêter sa pensée sur vous, et qu'alors une jeune fille qui pense à un roi, le rêve dans toute sa majesté, dans toute sa puissance, seul au-dessus de tous, n'ayant qu'une loi, la sienne ; qu'une volonté, la sienne.
— Comment ! Henriette, Louise aurait-elle donc rêvé à moi?
— Mais , je ne dis pas cela , du tout , je le suppose ; mais je suppose aussi avec certitude, que son réveil serait bien déçu en voyant celui qu'elle rêvait si puissant, n'oser prendre une détermination qui lui est avantageuse, par la peur d'une assemblée de marchands de la cité et de fermiers de provinces. Pauvre Louise ! habituée qu'elle est à voir son roi obéi d'un seul signe, quel serait son étonnement !
— Mais si je tremblais devant elle, Henriette, n'oublierait-elle pas un peu que j'ai peur de mon pariement? — dit Charles avec un charme inexprimable.
— Je ne sais ; car s'il est doux de régner sur quelqu'un, c'est surtout de régner sur un roi; et dans cette circonstance-ci, mon bon frère, vous ne voulez pas absolument régner.
— Y a-t-il longtemps que Louise est à vous, ma sœur?
— Mon Dieu ! Louise ! toujours Jjouise. . . que vous êtes singulier, Charles; nous voici maintenant arrivés d'une œnvcrsaiion des plus sérieuses à parler de galanteries.
— Je VOUS en prie, Henriette, dites-moi s*il y a longiemps que Louise vous est attachée ?
— Charles, Charles, vous serez toujours le même... Eh bien ! elle m'est attachée depuis quatre ans. . .
— ^ Elle vous aime ?
— Mais je le crois, j'ai toujours été si bonne pour elle, qui le mérite tant, d'ailleurs ! si ingénue , si naïve, pauvre enfant !
— Tenez, Henriette, je suis fou, ridicule; mais je ne puis m'cmp(îcher d'aimer cette jeune fille à le folie.
— Et vous l'avez vue hier pour la première fois.
— Soit; mais faut-il plus de temps pour voir combien elle est belle? Et puis d'ailleurs, hier soir j'ai causé plus de deux heurej^ avec elle.
— Au fait, voilà de quoi justifier de cette grande et soudaine passion que vous dites ! Et cette belle indifférence dont vous me parliez ? Après tout , elle , ou toute autre , que vous importe.
— Tenez, Henriette, vous ne me comprenez pas. . . Savez-vous ce qui, malgré moi, m'attire vers cette jolie personne? C'est qu'elle a été élevée presque auprès de vous ; c'est que je pense que vous entendant souvent parler de votre fk'ère, comme je sais que vous en parlez, elle a dû ressentir pour moi, non de l'amour, je ne puis plus en inspirer, mais cette sympathie que l'on éprouve presque malgré soi pour ceux que l'on sait bons et dévoués; tenez, Henriette , toutes mes maîtresses m'ont aimé pour elles , j'en suis sûr. Eh bien! je ne sais pourquoi il me semble que si Louise m'aimait, elle m'aimerait, non pour moi, mais pour vous. . . Oui, cette affection qui aurait, pour ainsi dire, grandi à votre ombre, et que je vous devrais, me serait si douce, si chère... Henriette... je vous parle sérieusement... la vérité a un accent que vous devez démêler. . . je vous jure. . .
— Encore une fois, Charles, par grâce! songez donc à autre chose qu'à la galanterie dans un pareU moment., le temps passe... Vous savez combien peu de jours on m'accorde encore à rester près de vous. . . Songez donc un peu aussi à moi. . . à cette négociation, que j'aurais été si fière, si heureuse d'avoir conclue, et pour vous... et pour Louis... et pour... et pour moi, puisqu'il faut vous donner cctt^ dernière raison , qui , je le crains , n'aura pas plus de poids que les autres?
— Pour VOUS... Henriette? pour vous!
— Puisque vous ne devinez pas, il faut bien tout dire : Charles, vous savez si je suis h'eureuse à la cour? vous savez la conduite de Monsieur à mon égard, maintenant surtout que notre mère est morte. . . Une fois de retour en France. . . mon frère ! qui protégera votre pauvre Henriette? Haïe de mon mari... qui me défendra de ses mauvais traitements , des hauteurs de ses favoris? Et lors même qu*un caractère généreux voudrait prendre ma défense... à quoi bon, Charles? mon mari n'est-il pas le frère du roi de France ! et M. de Rohan n*a-t-il pas porté la peine d'avoir voulu me venger des insolences du chevalier de Lorraine? Ah ! mon frère, — ajouta Madame avec un accent de douloureuse résignation, — je suis bien malheureuse !
— Mais, Henriette, Louis vous a toujours protégée, au moins, — dit Charles avec émotion ; car, par une singulière anomalie, ce roi , si dur, si sceptique et si égoïste , éprouva toujours une profonde et véritable affection pour sa sœur.
— Louis! Louis, mon frère, ne le connaissez-vous pas? Qui m'assure désormais de son appui ? si voyant que vous rejetez l'alliance qu'il vous propose , il fait retomber sa colère sur moi qui m'étais offerte à lui , je l'avoue, avec la présomptueuse certitude de vous décider ? Oui, Charles, j'étais si glorieuse de me dire : cette volonté qui a résisté à tant de grands et habiles négociateurs. . . faiblira peut-être devant la prière d'une sœur ; mais si je me suis trompée, que deviendraf-je ? Il faudra que je retourne misérablement en France, humiliée dans mon amour de sœur, dans mon orgueil de femme , et que je recommence toute une vie de chagrins et d'affronts; car vous connaissez Louis, vous savez son égoîsme, vous savez que son affection ne vous demeure jamais acquise qu'en raison des services qu'on peut lui rendre. Aussi , suis-je bien sûre qu'il m'abandonnera tout à fait lorsqu'il verra que je ne lui aurai été bonne à rien auprès de vous. . .
— Henriette ! ne croyez pas cela... si je le prévoyais...
— Cela sera... n'en doutez pas, Charles... cela sera... et alors... quelle existence... mon Dieu! haïe de mon mari, indifférente au roi , étrangère au milieu d'une cour qui n'a d'écho que pour les sympathies du maître. . . que deviendrai -je, grand Dieu! —
Et Madame ne put retenir se» larmes.
— Henriette... ma sœur aimée, ne pleurez pas ainsi, vous me déchirez le cœur, — dit Charles en sentant ses yeux humides.
Puis après avoir quelques moments réfléchi profondément, en regardant sa sœur, il parut prendre une résolution longtemps combattue , fit un geste expressif de la main droite qui semblait signifier : arrive que pourra , s'approcha de la table et signa le traité, Charles, roi.
Alors s'approchant doucement de s» sœur, et se mettant à genoux (levant elle , le roi prit ses deux mains qu'elle tenait toujours sur sa figure baignée de larmes, .et lui dit en les baisant et lui montrant le traité signé. — Allons. . . le traité est signé ; Henriette , annoncez donc à Louis que rechange des ratifications se fera dans un mois, et que j'ai ordonné à mes ministres de céder sur toutes les difficultés du quatrième article.
— Charles! mon frère... serait-il vrai! — s'écria Madame avec une expression de tendresse et de triomphe impossible à décrire. — Ah I pourquoi avez-vous donc tant tardé à prendre une résolution si favorable à vos intérêts?
— Peut-être, ma sœur chérie, pour avoir le'bonheur de céder à votre demande.
— Ah! Charles!... Charles, comment jamais recoimaître ce que vous venez de faire pour moi !
— En ne disant pas à Louise que j*ai peur de mon parlement. . . et comme je suis dans un jour de grâce aujourd'hui... dites encore à ce fou de Georges que c'est mal à lui de tourmenter un ancien ami qui lui pardonne encore cette fois, mais grâce à vous... '
— Ah! Charles, Charles! que va devenir la pauvre Keroualle, maintenant que vous voilà le roi qu'elle avait rêvé. *
' Madame, durant son séjour à Douvres, obtint du' Roi d'oublier son mécontentement contre leducde.Buckingham, et le rétablit dans son crédit et sa faveur auprès de S. M. : Monsieur le lui ayant reproché, elle lui avoua ingénument que c'était pour faire sa cour au Roi , qui avait euvie qu'elle le pressât là-dessus ; elle réconcilia ainsi le duc de Buckingbam avec milord Arlington. (Mémoire de Jacques II, tome 2.)
^ La pauvre Keroualle devint duchesse de Portsmouth , et en 1673,
se HISTOIRE DE LA MARINE. —1670 —
Le traite d -alliance avec Louis XIV, qac Charles II hésitait depuis si longtemps à signer , et auquel il venait d*adhérer par l'entremise de Madame^ était ainsi conçu :
Louis XIV la récompensa des services qu'elle lui rendait auprès du roi Cliarles, par la donation de la terre d'Aubiguy ; puis, par une délicatesse toute particulière, non content de doter aussi royalement la maîtresse de son frère d'Angleterre, on va voir que Louis XIV, par une touchante sollicitude , assurait encore le sort des bâtards que le bon Ro^dey pouvait en avoir. Voici les lettres-patentes de celte donation copiée sur Toriginal.
u Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, salut. La^erre d'Aubigny-sur-Hiere, dans notre province de Berri, ayant été donnée dès Tannée 1422, par le Roi Charles VII, Tun de nos prédécesseurs, à Jean Stuart, comme une marque des grands et considérables services (fu'il avait rendus dans la guerre à ce Roi et à sa couronne, et celle donation ayant été accompagnée de la condition que ladite terre d*Aubigny passerait de mâle en mâle au\ descendants dudit Jean Stuart , avec reversion à notre couronne lorsque la branche masculine qui serait venue de lui serait éteinte ; cette condition portée sui' lesdites lettres de donation est arrivée Tannée dernière jv»'' la ™orl de notre cousin le duc de Richemond, dernier de la ligne masculine dudit Jean Stuart ; mais parce que cette terre avait été peiidant tant d'annws dans une maison qui avait T honneur de tenir de si près à notre très-cher et très-aimé fi-ère,le Roi de la Grande-Bretagne, ledit Roi nous aurait lait témoigner qu'à sa considération il serait bien aise, que nous la voulussions faire passer à une personne qui TafTectionneraity-et rentrer après dans une maison qui fut encore unie par le sang à la sienne; qu'à ce sujet, il nous aurait fait requérir que nous voulussions bien accorder nos lettres de donation de ladite terre d*Aubigny à la dame Louise-Renée de Penancoët de Keroualle, duchesse de Porlsmuuth, pour passer après sa mort à tel des enfants naturels de notre frère le Roi de la Grande-Bretagne (pi'il voudra nommer , sous les mêmes clauses et conditions que ladite terre flit premièrement donnée par Charles VU au susdit Jean Stuart , et que lacÛte terre étant passée à tel (ils naturel dudit Roi de la Grande-Bretagne , qu'il aura voulu nommer, elle demeure audit fds naturel et à ses descendants de mâle en mâle , avec droit de reversion à notre couronne au défaut d'enfants mâles, et par Textinction de la ligne mascuUne qui serait sortie de lui. Comme nous embrassons avec plaisir les occasions qui se pi^ésentent de donner à notredit frère de la Grande-Bretagne des marques de notre amitié et de Textrcme considération que nous avons pour ce qu'il désire , et que nous avons aussi bien agréable (pTune terre qui était demeurée pendant tant d*années dans une maison si illustre, retourne en quelque sorte à son origine, en passant un jour entre les mains d'un fils naturel de notredit frère , nous avons bien voulu disposer de uotredite terre d'Aubiguy, en la manière que nous en avons été requis par notre susdit frère le Roi de la Grande-Bretagne.
«) A ces causes, savoir faisons, etc., que de notre grâce sptHîiale, pleine puissance et aulorité royale, nous en avons à ladite dame Louise-Reuce de
— 1670 — . UVRE iVj CHAPITRE IX. 57
« AU nom de Dieu tout-puissaut , soit notoire à tous et un chacun , que , comme ainsi soit que le Sérénissime et très-puissant prince Charles second , par la grâce de Dieu roi de la Grande-Bretagne, el le Sérénissime et très -puissant prince Louis quatorzième , par la même grâce de Dieu roi Très-Chrétien , auraient toujours donné tous leurs soins et toute leur application h procurer à leurs sujets une félicité parfaite , et que leur propre expérience leur aurait assez fait connaître que ce bonheur commun ne se peut rencontrer que dans une trèsétroite union , alliance et confédération entre leurs personnes et les pays et états qui leur Sont soumis ; à quoi s' étant trouvés également portés , tant par la sincère amitié et affection que la proximité du sang , celle de leurs royaumes , et beaucoup d'autres convenances , ont établies entre eux, et qu'Us ont conservés chèrement au plus fort des démêlés cjue les intérêts d' autrui
Penaiicoët de Keroualle, duchesse de Portsmouth, et après elle à celui des fils naturels de Dolredit frère le Aoidela Grande-Bretagne qu'il noimne, et aux descendants içâle en ligne directe-dudit fils naturel , donné, cédè^ transporlé, et délaissé, donnons, cédons, transportons, el délaissons par ces présentes, signées de notre main, le fonds et propriété de la terre d'Aubiguy avec tous et un chacun ses droits appartenances , et dépendances, pour en jouir et user par ladite duchesse , et après son décès celui des fils naturels dudit Roi de la Grande-Bretagne qu'il nommera, et les descendants mâles en ligne droite dudit fils naturel, comme de leur propre chose et loyal acquit. Tout ainsi que nous ferions sans aucune chose eu retenir et réserver à nous et nos successeurs rois , que les foi et hommage ressort et sou^'eraiueté. A condition toutefois que la terre d*Aubigny, avec ses appartenances et dépendances, retournera à notre domaine au défaut de màlcs descendants en ligne droite du fils natiu'el qui aura été nommé par le susdit Roi de la Grande-Bretagne. Si donnons en mandement à nos amés et féaux tenant notre cour de parlement et chambre de nos comptes à Paris, que ces présentes lettres de don ils aient à' enregistrer, et du contenu en icelles faire jouir et user premièrement , paisiblement, et à toujours ladite dame Louise-Renée de Penancoët de Keroualle, duchesse de Portsmouth, et après elle, le fils naturel que ledit Roi de la Grande-Bretagne nommera, et les descendants mâles en droite ligne dudit fils naturel, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements à ce contraire.
» Car tel est notre plaisir, et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre noire sceau aux susdites présentes, sauf en autre chose notre droit et d'autrui eu toutes. Donné à Saint-Germain en- Layc, au mois de décembre , Tan do grâce 1673, et de noire règne le trenteunième, w Signé: Lovis. »
leur ont fait avoir ensemble ; par le désir qu'ils oat de pourvoir à la sûreté de leurs dits pays et états , comme aussi au bien et à la commodité de leui*s sujets , dont le commerce doit recevoir , dans la suite du temps , de notables avantages de cette bonne correspondance et liaison d'intérêts ; lesdits seigneurs Rois, pour exécuter ce saint et louable désir , et pour toujours fortifier , confirmer et entretenir la bonne amitié et intelligence qui est à présent entre eux , ont commis et député , chacun de sa part , savoir : ledit seigneur Roi de la Grande-Bretagne, le milord Arlington , conseiller au conseil privé de Sa Majesté et son premier secrétaire d'état , le milord Arandel de Warden , le sieur chevalier Cliiîord, conseiller au conseil privé de Sa Majesté , trésorier de sa maison et commissaire de ses finances , le sieur chevalier Bellings, secrétaire des commandements de la reine de la Grande- Bretagne; et ledit seigneur Roi Très-Chrétien , le sieur Charles Colbert , seigneur de Croissy, conseiller ordinaire de Sa Majesté en son conseil-d'élat et son ambassadeur ordinaire vers Sa Majesté de la Grande-Bretagne ; suffisamment autorisés, ainsi qu'il apparaîtra par la teneur desdits pouvoirs et commissions à eux respectivement donnés par lesdits seigneurs Rois, et insérés de mot à mot à la fin de ce présent traité , en vertu desquels pouvoirs ils ont accordé , aux noms des susdits seigneurs Rois, les articles qui ensuivent.
» I. Il est convenu , arrêté et conclu qu'il y aura, à toute perpétuité , bonne , sûre et ferme paix, union, vraie confraternité, confédération , amitié , alliance et bonne correspondance entre ledit seigneur Roi de la Grande-Bretagne , ses hoirs et successeurs , d'une part , et ledit seigneur Roi Très-Chrétien, de l'autre , et entre tous et chacun de leurs royaumes, états et territoires , comme aussi entre leurs sujets et vassaux , qu'ils ont ou possèdent à présent ou pourraient avoir, tenir et posséder ci-après, tant par mer et autres eaux , que par terre ; et pour témoigner que cette paix doit être inviolable , sans que rien au monde la puisse à jamais troubler , il s'ensuit des articles d'une confiance si grande , et d'ailleurs si avantageuse auxdits seigneurs Rois , qu'à peine trouvera-t-on que dans aucun siècle on en ait arrêté et conclu de plus importants.
» IL Le seigneur Roi de la Grande-Bretagne, étant convaincu
— 1670— LIVRE IV, ClUPITHE IX. 30
de la vérité de la religion catholique, et résolu d*eii faire sa déclaration et de se réconcilier avec l'Église romaine aussitôt que le bien des affaires de son royaume lui pourra permettre, a tout sujet d'espérer et de se promettre de l'affection et de la fidélité de ses sujets , qu'aucun d'eux , même de ceux sur qui Dieu n'aura pas encore assez abondamment répandu ses grâces {)our les disposer , par cet exemple si auguste , à se convertir , ne manqueront jamais à l'obéissance inviolable que tous les peuples doivent à leurs souverains , même de religion contraire ; néanmoins, comme il se trouve quelquefois des esprits brouillons et inquiets qui s'efforcent de troubler la tranquillité publique , principalement lorsqu'ils peuvent couvrir leurs mauvais desseins du prétexte plausible de religion , Sa Majesté delà Grande- Bretagne, qui n'a rien plus à cœur (après le repos de sa conscience) que d^affermir celui que Ja douceur de son gouvernement a procuré à ses sujets, a cru que le meilleur moyen d'empêcher qu'il ne fût altéré , serait d'être assuré , en cas de besoin , de l'assistance de Sa Majesté Très-Chrétienne , laquelle voulant, en cette occasion , donner au seigneur Roi de la Grande-Bretagne des preuves indubitables de la sincérité de son amitié , et contribuer au bon succès d'un dessein si glorieux , si utile à Sa Majesté de la Grande-Bretagne , même à toute la religion catholique, a promis et promet de donner , pour cet effet , audit seigneur Roi de la Grande-Bretagne , la somme de deux millions de livres tournois , dont la moitié sera payée trois mois après l'échange des ratifications du présent traité, en espèces, à l'ordre dudit seigneur Roi de la Grande-Bretagne , à Calais , Dieppe , ou bien au Havre-de-Grâce , ou remis par lettres de change à Londres , aux risques , périls et frais dudit seigneur Roi Très-Chrétien, et l'autre moitié de la même manière dans trois mois après ; et en outre, le<Ht seigneur Roi Très-Chrétien s'oblige d'assister de troupes Sa IMajesté de la Grande-Bretagne, jusqu'au nombre de six mille hommes de pied , s'il est besoin , et même de les lever et entretenir à ses propres frais et dépens , tant que ledit seigneur Rqî de la Grande-Bretagne jugera en avoir besoin pour l'exécution de son dessein ; et lesdites troupes seront transportées par les vaisseaux du Roi de la Grande-Bretagne en tels lieux et ports qu'il jugera le plus à propos pour le bien de son service,
et, du jour de leur embarquement, seront payées, ainsi qu'il est dit par Sa Majesté Très-Chrétienne , et obéiront aux ordres dudit seigneur Roi delà Grande-Bretagne; et le temps de ladite déclaration de catholicité est entièrement remis au choix dudit seigneur lloi de la Grande-Bretagne.
» III. Iteni^ a été convenu, entre le IJoi Ïrès-Chrétien et Sa Majesté de la Grande-Bretagne , que ledit seigneur Roi Très- Chrétien ne rompra , ni n'enfreindra jamais la paix qu'il a faite avec r£spagne , et ne contreviendra en chose quelconque à ce qu'il a promis par le traité d'Aix-la-Chapelle; et par conséquent, il sera permis au Roi de la Grande-Bretagne de maintenir ledit traité conformément aux conditions de la triple alliance , et des engagements qui en dépendent
» IV. Il est aussi convenu et accordé, que s'il échoit ci-après au Roi Très-Chrétien de nouveaux titres et droits sur la monarcliie d'Espagne, ledit seigneur Roi de la Grande-Bretagne assistera Sa Majesté Très-Chrétienne de toutes ses forces, tant par mer que par terre , pour lui faciliter l'acquisition desdils droits ; le tout, suivant les conditions particulières dont lesdits seigneurs Rois se réservent de convenir, tant pour la jonction de lem's forces après que le cas de l'échéance desdits titres et droits sera arrivé , que pour les avantages que ledit seigneur Roi pourra raisonnablement désirer; et lesdits seigneurs Rois s'obligent réciproquement dès à présent, de ne faire aucmi traité de part ni d'autre pom* raison desdits nouveaux droits et titres avec aucun prince ou potentat, quel que ce puisse être, que de concert et du consentement de l'un et de l'autre.
» V. Lesdits seigneurs Rois, ayant chacun en son particulier beaucoup plus de sujets qu'ils n'en auraient besoin pour justifier dans le monde la résolution qu'ils ont prise DE MORTIFIER l'orgueil des états-généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas, et d'abattre la puissance d'une nation qui s'est si souvent noircie d'une extrême ingratitude envers LES PROPRES CRÉATEURS ET FONDATEURS DE CETTE RÉ- PUBLIQUE ; ET LAQUELLE MÊME A l' AUDACE DE SE VOULOIR AU- JOURD'HUI ÉRIGER EN SOUVERAINS ARBITRES ET JUGES DE TOUS
LES AUTRES POTENTATS; il est couveuu, arrêté et conclu, que Leurs Majestés déclareront et feront la guerre conjointement
avec toutes leurs forces de terre et de mer , auxdits États-Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas , et, qu'aucun desdits seigneurs Rois ne pourra faire de traité de paix , de trêve ou de suspension d'armes avec eux , sans Tavis et le consentement de Tautre ; comme aussi que tout commerce entre les sujets desdits seigneurs Rois et ceux desdits États sera défendu ; et que les navires et biens de ceux qui trafiqueront nonobstant cette défense , pourront être saisis par les sujets de l'autre seigneur Roi , et. seront réputés de juste prise ; et tous traités précédents faits entre lesdits États et aucun desdits seigneurs Rois ou leurs prédécesseurs , demeureront nuls , excepté celui de la triple alliance , fait pour la manutention du traité d'Aix-la-Ghapelle ; et si après la déclaration de la guerre on prend prisonniers les sujets d'aucun desdits seigneurs Rois qui seront enrôlés au service desdits États , ou s'y trouveront actuellement , ils seront exécutés à mort par la justice dudit seigneur Roi dont les sujets les auront pris.
» VI. Et pour faire et conduire cette guerre aussi heureusement que lesdits seigneurs Rois espèrent de la justice de la cause commune , il est aussi convenu que Sa Majesté Ïrès-Chrétienne se chargera de toute la dépense qu'il conviendra faire pour mettre sur pied , entretenir et faire agir les armées nécessaires pour attaquer puissamment par terre les places et pays desdits États , ledit seigneur Roi de la Grande-Bretagne s'obligeant seulement, de faire passer dans l'armée dudit seigneur Roi Très-Chrétien, et d'y entretenir toujours à ses dépens un corps de six mille hommes de pied , dont le commandant sera général , et obéira à Sa Majesté Très-Chrétienne et à celui qui commandera en chef l'armée où ledit corps de troupes servira comme auxiliaire , lequel sera composé de six régiments de dix compagnies chacun , et de cent hommes chaque compagnie ; et lesdites troupes seront transportées et débarquées en tels ports ou havres , et en tel temps qu'il sera concerté ci-après entre lesdits seigneurs Rois; en sorte néanmoins qu'elles i)uissent arriver aux côtes de Picardie , ou tel autre lieu qui sera concerté , au plus tard un mois après que les flottes se seront jointes aux environs de Portsmouth , ainsi qu'il sera dit ci-après.
» VII. Et |X)ur ce qui regarde la guerre de mer, ledit seigneur
Roi de la Grande-Bretagne se chargera de ce fardeau, et armera au moins de cinquante gros vaisseaux , et dix brûlots , auxquels ledit seigneur Roi Très-Chrétien s'obligera de joindre une esca^ dre de trente bons vaisseaux français , dont le moindre portera quarante pièces de canon , et un nombre de brûlots suffisant , jusqu'à dix même , s'il est nécessaire , à proportion de ce qu'û y en devra avoir en la flotte ; laquelle escadre de vaisseaux auxiliaires français continuera à servir durant le temps de ladite guerre aux frais de Sa Majesté Très-Chrétienne , et en cas de perte d'hommes et de vaisseaux, ils seront remplaces le plus tôt qu'il se leurra par Sa Majesté Très-Chrétienne; et ladite escadre sera commandée par un vice-amiral ou lieutenant-général français, qui obéira aux ordres de Son Altesse Royale Monseigneur le duc d'York, en vertu des pouvoirs que lesdits seigneurs Rois donneront audit seigneur duc, chacun pour les vaisseaux qui lui appartiennent ; et pourra ledit seigneur duc attaquer et combattre les vaisseaux hollandais , et faire tout ce qu'il jugera le plus à propos pour le bien de la cause commune, jouira aussi de l'honneur du pavillon , des saints et de toutes les autres autorités , prérogatives et prééminences dont les amiraux ont coutume de jouir; et, d'autre part aussi , ledit vice-amiral ou lieutenant général français aura pour sa personne la préséance dans les conseils , et pour son vaisseau et son pavillon de vice-amiral , celle de la marche sur le vice-amiral et vaisseau de ce nom anglais. Au surplus, les capitaines, commandants, officiers, matelots et soldats de l'une et l'autre nation se comporteront entre eut amicablement suivant le concert qui sera fait ci-après , pour empêcher qu'il n'y arrive aucun incident qui puisse altérer la bonne union ; et afin que ledit seigneur Roi de la Grande-Bretagne puisse plus facilement supporter les frais de cette guerre , Sa Majesté Très-Chrétienne s'oblige à payer tous les ans audit Roi , tant que ladite guerre duriera , en la manière susdite , la somme de trois millions de livres tournois , dont le preûaier paiement , qui sera de sept cent cinquante mille livres tournois, se fera trois mois avant la déclaration de la guerre ; le second , de pareille somme , dans le temps de ladite déclaration ; et le reste, montant à quinze cent mille livres tournois , six mois après ladite déclaration ; et les années suivantes le premier paiement, qui ser^ de
sept cent cinquante mille livres tournois , se fera au premier de féTrier , le second, dépareille somme, au premier de mai, elle troisième montant, à quinze cent mille livres tournois, au quinzième d'octobre ; lesquelles sommes seront payées en espèces à Fordredu Roi de la Grande-Bretagne, à Calais, Dieppe, ou Havre* de-Grâce ; ou bien remises par lettres de change It Londres ^ aux risques, périls et frais dudit seigneur Roi Très-Chrétien. Il a été aussi convenu et arrêté que ledit seigneur Roi de la Grande- Bretagne ne sera pas obligé de déclarer cette guerre, jusqu'à ce que Tescadre auxiliaire desdits trente vaisseaux de guerre français et dix brûlots seront joints avec la flotte anglaise aux environs de Portsmouth ; et de toutes les conquêtes qui se feront sur les États-Généraux , Sa Miijesté de la Grande-Bretagne se contentera des places qui s'ensuivent, savoir: i'îlé de Walcheren , l'écluse avec l'île de Casant; et la manière d'attaquer et de continuer la guerre sera ajustée par un règlement qui sera ciaprès concerté : et d'autant que la dissolution du gouvernement des États- Généraux pourrait apporter quelque préjudice au prince d'Orange , neveu du roi de la Grande-Bretagne, et même qu'il se trouve des places , villes et gouvernements qui lui appartiennent , dans le partage qu'on se propose de faire du pays, il a été arrêté et conclu que lesdits seigneurs Rois feront leur possible à ce que ledit prince trouve ses avantages daiis la continuation et fin de cette guerre, ainsi qu'il sera ci-après stipulé dans des articles à part.
» VIII. Item y a été arrêté qu'avant la déclaration de cette guerre , lesdits seigneurs Rois feront tous leurs efforts, conjointement ou en particulier , selon que l'occasion le pourra requérir, pour persuader aux Rois de Suède et dé Dannemark , ou \ l'un d'eux , d'entrer en cette guerre contre les États-Généraux, au moins de les obliger de se tenir neutres; et l'on tâchera de même d'attirer dans ce parti les électeurs de Cologne et de Brandeboui^, la maison de Brunswick, le duc de Neubourg, et l'évêque de Munster. Lesdits seigneurs Rois feront aussi leur possi*- Me pour persuader même à l'Empereur et la couronne d'Espagne de ne s'opposer pas à la conquête dudit pays.
» IX. Il est pareillement convenu et, accordé, qu'après que ledit seigneur Roi de la Grande-Bretagnç aura fait \^ déclaration
'spécifiée au second article de ce traité, qu*on espère moyennant la grâce de Dieu , devoir être suivie d'oij heureux succès , 'û sera entièrement au pouvoir et au choix dudit seigneur Roi Très- Chrétien de déterminer le temps auquel les^its seigneurs Rois devront faire I9 guerre avec leurs forces unies contre les États- Généraux. Sa Majesté de la Grande-Bretagne promettant d'en faire aussi sa déclaration conjointement dans le temps que Sa Majesté Très-Chrétienne jugera être le plus propre pour cet elTct ; ledit seigneur Roi de la Grande-Bretagne étant assuré que Sa Majesté Très-Chrétienne nommant ledit temps , aura égard aux intérêts des deux couronnes , qui après la conclusion de ce traité , seront communs à tous deux et inséparables.
» X. Si dans aucun traité précédent fait par Tun ou par l'autre desdits seigneurs Rois avec quelque prince ou état que ce soit, il se trouve des clauses contraires à celles qui sont spécifiées dans cette ligue , lesdites clauses seront nulles , et celles qui sont contenues dans ce présent traité demeureront dans leur force et vigueur.
» XI. Et pour d'autant plus unir les esprits et intérêts des sujets desdits seigneurs Rois , il a été convenu que le traité de commerce qui se fait à présent, s'achèvera au plus tôt qu'il se pourra.
» Lesquels points et articles ci-dessus énoncés ensemble et tout le contenu en chacun d'iceux ont été traités, accordés, passés et stipulés entre le milord Arlington , le milord Arundel de Warder, le sieur chevalier Clifford, et le sieur chevalier Bellings, commissaires de Sa Majesté de la Grande-Bretagne , et le sieur Colbert, ambassadeur de Sa Majesté Très-Chrétienne, aux noms desdits seigneurs Rois , et en vertu de leurs pouvoirs dont les copies sont insérées au bas du présent traité. Ils ont promis et promettent, sous l'obligation de tous et chacun des biens et états présens et à venir desdits seigneurs Rois qu'ils seront par Leurs Majestés inviolablement observés et accomplis, et de s'en bailler et délivrer réciproquement , dans un mois , du jour et date des présentes , et plus tôt si faire se peut, les lettres de ratification desdits seigneurs Rois, en la meilleure forme que faire se pourra; et d'autant qu'il est absolument nécessaire )x5tir le bon succès de ce qui est stipulé par le présent traité de le tenir fort secret
— 1670— LIVRE IV, CHAPITRE IX. dS
jusqu'à ce qu'il soit temps de le mettre à exécution, lesdits sieurs commissaires et ambassadeur sont demeurés d'accord, qu'il suffira pour la validité dudit traité, que les ratifications desdits seigneurs Rois soient signées de leurs propres mains, et cachetées du sceau de leur secret , que lesdits seigneurs Rois déclareront dans lesdits lettres de ratification avoir pour cet effet la même force que si leur grand sceau y était apposé, ce que même chacun d'eux s'obligera de faire aussitôt qu'il pourra , et qu'il en sera requis. En foi de quoi , lesdits sieurs commissaires et ambassadeur ont signé le présent traité, et à icelui fait apposer le cachet de leurs armes. A Douvres , ce vingt-et-deuxième jour du mois de mai, l'an de grâce mil six cent soixante-et-dix '. »
Les ratifications de ce traité furent échangées dans le courant de juin : et par un singulier hasard, la ratification de Charles II arriva le 30 juin à Paris, jour même de la mort de Madame^ qui avait pour ainsi dire décidé l'adhésion du roi son frère.
Voici comme s'exprime M. le duc de Saint-Simon, au sujet de la mort de Madame :
« Je ne puis finir sans raconter une anecdote qui a été sue de bien pey de gens sur la mort de Madame , que personne n'a douté qui n'eût été empoisonnée et même grossièrement; ses galanteries donnaient de la jalousie à Monsieur, le goût opposé de Monsieur indignait Madame; les favoris qu'elle haïssait semaient tant qu'ils pouvaient la division entre eux pour disposer de Monsieur tout à leur aise ; le chevalier de Lorraine , dans le fort de sa jeunesse et de ses agréments, étant né en 1643, possédait Monsieur di^ec empire, et le faisait sentir à Madame comme à toute la maison. Madame, qui n'avait qu'un an moins que lui, et qui était charmante, ne pouvait', à plus »l'un titre, soutenir cette domination ; elle était au comble de la '•considération et de la faveur auprès du roi , dont elle obtint enfin l'exiLdu chevalier de Lorraine. A cette nouvelle. Monsieur s'évanouit, puis fondit en larmes, et s'alla jeter aux pieds du roi pour faire révoquer un ordre qui le mettait au dernier désespoir, il ne put y réussir ; il entra en fureur, et s'en alla à Villers-Coterets.
» D'Effiat, homme d'mi esprit hardi , premier écuyer de Mon-
' An dépôt des TrailPS. Archives des Aff. étr.
sieur, elle chevalier de Beuvron, homme liant et doux, mais qui voulait figurer chez Monsieur, dont il était capitaine des gardes, et surtout tirer de Targent pour se faire riche en cadet de Normandie fort pauvre, étaient étroitement liés avec le chevalier de Lorraine, dont l'absence nuisait à leurs affaires , et leur faisait appréhender que quelque autre mignon ne prît sa place , duquel ils ne s'aideraient pas si bien ; pas un des trois n'espérait la fin de cet exil, à la faveur où ils voyaient Madame, qui commençait même à entrer dans les affaires , et à qui le roi venait de faire faire un voyage mystérieux en Angleterre où elle avait réussi parfaitement, et en tenait de revenir plus triomphante que jamais; elle était de juin.l64/j, et d'une très-bonne santé qui achevait de leur faire perdre de vue le retour du chevalier de Lorraine, qui était allé pronxener son dépit en Italie et à Rome. Je ne sais lequel des trois y pensa le premier ; mais le chevalier de Lorraine envoya à ses deux amîs , un poison sûr et prompt, par un exprès qui ne savait peut-être pas lui-même ce qu'il portait; Madame était à Saint-Cloud , et , pour se rafraîchir, elle prenait depuis quelque temps , sur les sept heures du soir, un verre d'eau de chicorée. Un garçon de sa chambre avait soin de le faire; il le mettait dans une armoire d'une des antichambres de Madame, avec son verre; cette eau de chicorée était dans un pot de faïence ou de porcelaine , et il y avait toujours auprès d'autre eau commune, en cas que Madame trouvât cette chicorée trop amère , pour la mêler. Cette antichambre était le passage public pour aller chez Madame, et il ne s'y tenait jamais personne, parce qu'il y en avait plusieurs. Le marquis d'£ffiat avait épié tout cela; le 29 juin 1670, passant par cette antichambre, il trouva le moment qu'il cherchait, personne dedans, et il avait remarqué qu'il n'était suivi de personne qui allât aussi chez Madame; il se détourne, va à l'armoire, l'ouvre, jette son boucon, puis, entendant quelqu'un, s'arme de l'autre pot d'eau commune, et comme il le remettait, le garçon de la chambre qui avait soin de cette eau de chicorée, s'écrie, court à lui, et lui demande brusquement ce qu'il va faire à cette armoire. D'£ffiat,sans s'embarrasser le moins du monde, lui dit : qu'iUui demande pardon ; mais qu'il crevait de soif, et queT sachant qu'il y avait de l'eau là-dedans (lui montrant le pot d'eau commune) , il n'a pu
résister à en aller fooire. Le garçon grommelait toujours; et Tautre toujours l'apaisant et s'excusant, entre chez Madame , et va causer comme les autres courtisans sans la plus légère émotion. Ce qui suivit une heure après n'est pas de mon sujet, et n'a fait que trop de bruit en Europe. Madame étaiu morte le lendemain 30 juin, à trois [heures du matin ^ le roi fut pénétré de la plu^ grande douleur ; apparemment que dans la journée il eut des indices et que ce garçon de chambre ne se tut pas, et qu'il y eut notion que Purnon, premier maître d'hôtel de Madame^ était dans le secret par la confidence intime où dans son bas étage il était avec d'Effiat. te roi couché , il se relève , envoie chercher Brissac, qui dès lors était dans ses gardes et fort sous sa main, lui commande de choisir six gardes du corps bien sûrs et secrets, d'aller enlever le compagnon et de le lui amener dans ses cabinets par les derrières. Cela fut exécuté avant le matin. Dès que le roi l'aperçut, il fit retirer Brissac et son premier valet de chambre, et prenant un visage et un ton à faire la plus grande terreur : — Mon ami, lui dit-il, écoutez-moi bien ; si vous m'avouez tout, et que vous me répondiez la vérité sur ce que je veux savoir de vous, quoi que vous ayez fait, je vous pardonne, et il n'en sera jamais mention ; mais prenez garde à ne pas me déguiser la moindre chose; car si vous le faites, vous êtes mort avant de sortir d'ici. Madame n'a-t-elle pas été empoisonnée?
— Oui, sire. — Et qui l'a empoisonnée? dit le roi , et comment l'a-t-on fait ? Il répondit que c'était le chevalier de Lorraine qui avait envoyé le poison à Bcuvron et à d'Effiat, et lui conta ce que je viens d'écrire. Alors le roi redoublant d'iissurances de grâce et de menaces de mort : — Et mon frère , dit le roi , le sâvait-il ?
— Non, sire, aucun de nous trois n'était assez sot pour le dire ; il n'a point de secret, et nous aurait perdus tous trois. A cette réponse le roi fit un grand ha ! comme un homme oppressé qui tout d'un coup respire. — Voilà, dit-il, tout ce que je voulais savoir; mais m'en assurez-vous bien? Il rappela Brissac et lui commanda de ramener cet homme quelque part, et tout de suite il le laissa aller en liberté. C'est cet honjme lui-même qui l'a conté longues années depuis à M. Jqly de Flcury, procureur général du parlement, duqudTje tiens cotte anecdote. Ce même magistrat , à qui j'en ai parlé depuis, m'apprit ce qu'il ne m'avait pas dit la
(iS IfISTOTRE DE LA MARINE. — 1670 —
première fois, et le voici : Peu de jours après le second mariage de Monsieur , le roi prit Madame en particulier , lui conta ce fait , et ajouta qu'il la voulait rassurer sur Monsieur, et sur luimême, trop honnête homme pour lui faire épouser son frère,s'il était capable d'un pareil crime. Madame en fit son profit Purnon, le même Bonneau, était demeuré son premier maître d'hôtel. Peu à peu elle fit semblant de vouloir entrer dans la dépense de sa maison , le fit trouver bon à Monsieur^ et tracassa si bien Purnon, qu'elle le fit quitter, et qu'il vendit sa charge sur la fin de 167/j, au sieur Maurel de Vaulonne. »
{Saint-Simon, pag, 181, voL 3.)
On peut voir, dans tous les mémoires du temps, le récit de l'épouvantable mort de Madame, Les lettres écrites à ce sujet par de Lionne à Croissy restent muettes , non sur le soupçon d'empoisonnement, mais sur les preuves ; et celles de Croissy à de Lionne ne roulent que sur l'empressement extrême du roi Charles à ravoir sa correspondance anglaise , que Madame gardait dans une cassette , et aussi sur les emportements furieux du duc de Buckingham en apprenant la mort de cette jeune princesse.
Ce mystérieux événement ne fut point, d'ailleurs, un obstacle au rapprochement des deux couronnes; et iM. le marquis de Bellefonds, envoyé extraordinairement auprès du roi Charles pour le complimenter sur cette mort, lui porta de nouvelles assurances de l'affection de Louis XIV.
Peu de temps après, M. le duc de Buckingham vint en France, envoyé par le roi Charles , avec la mission apparente de faire les premières ouvertures à propos du traité de mai , signé , comme on l'a vu , avant la mort de Madame, Le duc , qui ignorait la conclusion de l'acte , croyait négocier sérieusement , taudis qu'il n'était que le jouet du roi Charles qui s'amusait fort de cette aii^bassade îjimulée, dont on verra plus bas le motif. Malheureusement, l'espace ne permet pas de citer une délicieuse lettre de de Lionne, qui, écrivant à Croissy, se moque le plus spirituellement du inonde de l'importance du seigneur duc de Buckingham, qui l'accuse à chaque instant (lui de Lionne) de lenteur, et d'entraver la marche d'une négociation si avantageuse aux deux rois, etc. , etc. Le dénouement de cette comécTie fut la signature, en 1671, d'un trailé dit simulé, en^tout conforme au traité si-
— 1670— LIVRE rV, CHAPITIIE IX. 09
gné à Douvres en mai 1670 ; sauf la clause regardant la déclaralion de catholicité , qui demeura secrète entre les deux rois , et dont le parlement n'eut pas connaissance.
Telle fut la fin et Tissue de cette négociation , entreprise par Louis XIV dans le but de se recruter des alliés pour punir plus sûrement les HoUaiuLais de leurs surprenantes hauteurs. Car, c'est à ce reproche que se réduisent à peu près toutes les raisons invoquées pour dissimuler l'injustice flagrante de cette agression. Puisqu'on a fait voir que , grâce au partage éventuel de la monarchie espagnole , conclu avec Léopold au commencement de 1668 , la médiation des Provinces-Unies et de la Suède, loin d'imposer à Louis XIV une paix désavantageuse, ne faisait qu'entrer dans ses vues , et qu'ainsi cette banalité : Les États-Gcucraux voulaient se rendre arbitres de tous les diffèremls au détriment des autres puissances^ n'avait aucun fondement. Restait donc à punir l'insolence des gazetiers , et surtout l'émission de la fameuse médaille de Josuè arrêtant le soleil, c'est-à-dire Van Beuningen , un des principaux moteurs du traité d'Aix-la- Chapelle, arrêtant le cours des conquêtes de Louis XIV.
Voici, au sujet de cette dernière niaiserie historique, une lettre fort curieuse de M. Van Beuningen , un des hommes les plus respectés et les plus comptés des Provinces-Unies, qui avait été ambassadeur en France et en Angleterre, et qui, au dire de» ses contemporains, partageait avec MM. de Witt la réputation de la plus parfaite incorruptibilité.
La Haye, le 23 mars 1673.
LETTRE DE M. CONRAD VAN BEUNINGEN, A M. DE LA VOLPILIÈRE DOCTEUR EN THÉOLOGIE '.
« Monsieur,
)) Le caractère de docteur en théologie que j'ai trouvé avec votre nom à la tête de vos vers de la Hollande aux pieds du Roi, me persuade que vous n'aimez pas que votre muse serve à autoriser
' Bien que la date de celte lettre soit postérieure à cette aimée 1670,- ou l'insère ici comme servant à déliuire un des j)rélexles supposés (juî amenèrent l'invasion de la Hollande. Ce M. de La Volpiiiérc avait publié un recueil de mauvaises odes, sous le titre : La Ifotlande aux pieds du roi, rem-
rimposturc et la calomnie ; et qu'en cette vue, vous prendrez en bonne part que je vous informe que la ridicule vanité que vous m'imputez comme si je m'étais érigé en Josué, me vantant d'avoir arrêté le soleil , que le roi a pour devise , est une fiction toute pure, inventée en France après mon départ, par des personnes qui se]sont voulu divertir à mesdépents; je n'ai aucune part à la médaille ou à la peinture qu'on suppose , et n'ai en ma vie dit une parole ni formé une pensée qui me puisse rendre suspect d'une si insolente et sotte témérité ; même je n'ai pu apprendre
pli d'insultes contre les Hollandais, et de louanges outrées en faveur de Louis XIV.
Voici le titre de la première de ces odes et les strophes relatives à Van Bcuningen.
La Hollande aux pieds du Roi; elle lui demanda la paix, et se confessant coupable^ tâche de rentrer en grâce avec lui ^
Ce ministre orgueilleux * qui m'attire la guerre, Pareil à ce hardi qui s'égalaul aux dieux, Et voulant élever un trône sur les cieux En fut précipité par un coup de tonnerre ; Enfant de Phaëton, dont l'orgueil nompareil Entreprit de mener le charriot du soleil ; Malheureux fugitif, source de mes désastres ; Faux Josué, faux devin, qui de la même voix Qu'on an-êta jadis le plus brillant des astres, Entreprit d'arrêter le plus puissant des rois.
Tandis que ce soleil parcourait sa carrière, Qu'il répandait le jour à cent peuples divers , VX que pour devenir Tastre de l'univers Il étendait sur terre et sur mer sa lumière ; Que sous les aquilons et parmi les froideurs Il faisait mieux sentir ses puissantes ardeurs, Cet insolent jaloux qui me perd sans ressource. Parmi ses grands progrès voulut le retarder, Voulut nou-spulement l'arrêter dans sa course, Mais le voulut encor faire rétrograder.
Dans la deuxième ode l'auteur s'adresse encore à Van Beuningen.
Van Bcuning, c'est ici le Josué véritable,
Qui vient armé du foudre, exterminer le faux :
* \'an Bciiiiin^cn, <iii! fil [iciiidrc titi soîii! avec Cfllo parole tlo Jusuc ; siOy so/, nolfil, arré/c-toi. (Noie de La A'^olpilikhe.)
de personne qu'il y ait de telle médaille ou peinture au monde, que dans l'imagination injurieuse des inventeurs de ce mensonge. Vous comprenez bien , monsieur, que cet éclaircissement vous oblige, ou à me convaincre du contraire (ce qui est impossible), ou d*avouer que vous m'avez fait un tort sensible, en faisant passer pour véritable dans un écrit adressé au roi, et donné au public , une fausseté qui m'est très-injurieuse ; et me traitant là-dessus d'orgueilleux Phaéton , de faux Josué , de faux devin et de fugitif, pour noircir de ce que l'histoire et la fable vous ont fourni de plus outrageux , un homme innocent et à vous inconnu , qui pourrait dire de vous toutes les infamies et méchancetés dont vous seriez le moins capable , avec autant de justice et de fondement que vous lui pouvez reprocher ce que je viens de vous dire; si vous ne vous fiez pas à moi, vous pouvez savoir de M. de Pomponne, que, durant son ambassiide en cet État, quand le bruit de cette fable commença à se répandre, il me fit la grâce d'écrire à ma prière à M. de Lionne , que je lui avais déclaré, non-seulement que je n'étais pas coupable de ladite impertinence de Josué, mais que je n'avais jamais manqué en mes paroles et en mes actions, au respect que je dois au roi et à la dignité de sa couronne , et que son excellence ayant eu réponse à sa lettre, me dit que l'on était persuadé à la cour de la vérité de ce que je lui avais protesté; j'attends donc, monsieur, que la considération de votre devoir vous portera à réparer de bon cœur l'injure que vous m'avez faite, et que sans répugnance vous déclariez au public que l'on a imposé à^ votre crédulité , et que vous avez su , depuis l'impression de votre ouvrage , que l'histoire du faux Josué est une fable, et qu'il n'y a point de fondement dans toutes les invectives que vous avez formées là-dessus contre moi. Vous ferez en cela ce qui est du devoir d'un homme
Les murs en sa présence abattus sans assauts
Te vont ensevelir sous leur chute effroyable.
Vois comme il renouvelle aujourd'hui sur le Rhin
Ce que fit ce héros jadis sur le Jourdaiu :
Ses foudroyants regards abattent nos murailles.
Combien de Jéricbos tombent comme autrefois ;
Il triomphe souvent sans donner de batailles :
Aussi bien que ses mains^ ses yeux font des exploiu.
72 IllSTOIRK DL LA MAIUINE. —1670 —
d'honneur et de bonne conscience, et m'obligerez à me dire sans réser\ e ,
» Monsieur,
» Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
» Van Beumngen.
» P. S, Je ne sais sur quoi vous fondez le reproche de fugitif; car je ne suis jamais sorti de mon pays, depuis que j'y ai de l'emploi, que par ordre de l'état, en des commissions étrangères. »
{Manus, des Blancs- Manteaux ^ n" 63. )
Voici de. plus un document concluant sur cette médaille fabuleuse. C'est un fragment d'une dépêche que de Lionne adressait à Colbert de Croissy, le 1*' juin 1669.
« Si, quand ledit roi (d'Angleterre) s'est mis à discourir avec vous de l'affaire de Chatam, vous aviez su ce qu'on nous dit ici d'une médaille que les Hollandais ont fait faire , vous auriez eu une belle occasion de leur porter une . botte bien franche. On m'assure que plusieurs personnes l'ont vue, ce qui n'est pas de même do celle de Josuê qui arrête le soleil , que l'on attribue à VanBeuningy et que personne navue. Il y a dans l'autre, d'un côté, une armée navale, et de l'autre, le brûlement des vaisseaux d'Angleterre dans la rivière de Londres, avec ces mots : Victoria et mites et fortes, »
{Arch. des aff, ctr. , AngL , SuppL y 1668-1669, p, 242.)
Kncore une fois, on ne peut véritablement attribuer cette funeste invasion qu'à l'influence croissante de Louvbis, qui se voulait rendre nécessaire à Louis XIV et ruiner Colbert dans l'esprit de ce prince. ^
On n'a pu résister ici au désir d'insérer quelques fragments de l'oraison funèbre de Madame ^ un des chefs-d'œuvre de Bossuet ; et de les rapprocher de l'ensemble de la négociation entreprise par Madame ^ des moyens employés par elle pour la faire réussir ; et enfin du but singuUèrement odieux que se proposaient les deux rois par cette alliance, si honteusement vendue et achetée; car il faut l'avouer , ces pages éloquentes du grand orateur chrétien offrent un contraste fort piquant, si on les oppose à des faits alors universellement connus ou |)énétrés, tels que l'amour incestueux
de Louis XIV pour Madame, les aventures de Mx\l. de Guiche, de Yuardcs, etc. , et, on le répète, au but du voyage de Madame en An^eterre : de 31adaine qui allait , dit Bossuet , ainsi qu'on va le voir plus bas : qui allait s'acquérir deux puissants royaumes par des moyens AGRÉABLES.
Moyens agréables nous paraît quelque \^u compromettre la gravité du caractère de Bossuet, si Ton songe que cette allusion, involontaire sans doute, mais extrêmement dans le goût d'Épicure, pouvait s'appliquer ou plutôt s'appliquait absolument (vu les faits connus) à l'intervention amoureuse de mademoiselle de Keroualle dans la négociation, et aux gages secrets dont Louis XI V payait l'alliance de Charles II , gages dont le joyeux et catholique monarque donnait les singulières quittances que voici :
« Comme par le traité signé à Douvres, le 11 de jum 1670, et ratifié le 29 de juin, il est accorde que nous recevrons deux millions de livres touniois pour nous assister à nous déclarer, catholiques y et trois millions chacune année pour la dépense d'une guerre contre les Hollandais, et que nous avons, par un traité signé aujourd'hui ' avec le roi Très-Chrétien , stipulé que ledit roi Très^Chréticn nous donnera cinq raillions de livres pour la dépense de la première année d'une guerre contre la Hollande ; nous déclarons par ces présentes, que dans les cinq millions dont il est fait mention dans ce dernier traité i)our la guerre de la Hollande, sont compris aussi les deux millions dont il est fait mention dans le premier traité de catholicité ; e^ nous déclarons en outre, et promettons , qu'ayant reçu lesdits deux premiers millions, nous en baillerons quittance comme bon pour CATHOLICITÉ ; et de plus, que c'est notre intention et dessein , qu'il n'y ait rien dans ce traité qui puisse changer ledit traité de
' Ou a dit (jiraprès la mort de Madame, M. de Buckiosham vint à la cour de France pour y négocier le traité dit simulé y qui ne difl'érait du traité déj.V signé que par l'omission de la clause de la déclaration de catholicité. Ce traité simulé fut de nouveau signé par Otaries II, le 21 février 1671, et par ses ministres protestants ; auiis comme (.harles avait déjà reçu deux millions pour la catholicité, et que Louis XIV voulait en avoir récépissé, il exigea que, dans l'acte ci-dessus, on y comprît ces deux millions daus le terme vague de subsides contre la Hollande (qui ne nu)ntaicnt , ou snit , qu'à trois millions] , mais aussi ((ue, par cet acte, il tut déclaré que, rien dans le traité sinudé ne dérogeât à l'autre quaut à la religion.
74 HISTOIRE DE lA MARINE. — IffïO —
Douvres, daus les articles et clauses y contenus; mais plutôt les corroborer et confirmer , en foi de quoi, etc.
» Charles, roi.»
{Arch. dcsaff. ctr. — Angl.)
Le bon pour catholicité de Finsouciant monarque, les moyens agréables de l'orateur chrétien sont, du reste, à la hauteur'de ces naïves paroles du grave président Hénault : Madame la duchesse d'Orléans laissa à Douvres mademoiselle de Keroualle, qui servit bien la France ^ et eut depuis ^ du roi Charles 11, M. le duc de Richemont.
Écoutons maintenant la grande et religieuse voix de l*austère jKîrsécuteur du tendre Fénelon, de Bossuet, enfin, cette majestueuse personnification de l'indépendance catholique , faisant entendre des vérités impitoyables du haut de la chaire évangéliquc, et réprimandant les grands de la terre avec sa rudesse d'apôtre d'une religion toute de liberté et d'égalité...