‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 50 sur 72 · CHAPITRE ÏV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏV

l£ cheva}ifir de Valbelle e^t envoyé av fi(ecQ^rs de Messine. ^ fym pi^emier combat. — Son arrivée à Messine. — Ses lettres au roi. — Il revient k Toulon demander un nouveau secours.

Les avantages que devait trouver Ix)uis XIV dans le soulèvement de Messine étaient si évidents, qu'il n'hésita pias ^ eqvoyer sur-le-champ quelques secours aux Messinois, sans pourtant se décider encore à les prendre tout à fait sous sa protection immédiate.

Le premier secours fut envoyé sous le commandement du chevalier de Valbelle, un des meilleurs officiers des vaisseaux du roi, et dont on a déjà pu juger l'esprit brillant et railleur dans sa relation à Colbert, lors du combat du 7 juin 1673.

On doit entrer dans quelques détails biographiques sur le chevalier de Valbelle, non-seulement un des marins les plus braves et les plus comptés de ces temps-là , et p^r sa science tliéorique et par sa longue expérience pratique ; mais qui était encore , à notre sens , un homuîe extrêmement remarquable sous Je point de vue littéraire.

La famille de Valbelle était provençale; à cette époque (1676),

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on voyait encore à Marseille leur antique habitation : c'était une maison bâtie vers la fin du seizième siècle , ornée de quelques sculptures délicates et d'un porche à colonnettes qui supportait leurs armoiries taillées dans la pierre vive.

Ce qui témoignait le plus en faveur de la bravoure héréditaire de cette famille, c'est qu'on voyait, au-dessus du maître-autel de l'église paroissiale de Marseille , les flammes , étendards et pavillons des galères espagnoles , que Côme II de Valbelle» père du chevalier, %vait battues devant Gênes, en 1638, combat dans lequel il fut tué sur sa galère , qui portait son nom , ainsi qu'on le verra plus bas. *

Plusieurs généalogistes font remonter l'origine de la famille de Valbelle jusqu'aux anciens vicomtes de Marseille , issus des comtes de Provence. Pourtant on voit, par une note manuscrite du carton de d'Hozier , qu'un sieur de la Garcinière écrivait à M. Robin de Briançon, auteur du Nobiliaire de Provence, « que la famille de Valbelle ne remontait pas plus haut qu'à Honoré I"', apothicaire de son état, qui, • après s'être fort enrichi dans son métier, fut élu second consul de ManieiUe, en l'année 1528 , et que de cet Honoré descend toute la famille de Valbelle. »

A cela, un autre généalogiste répond: « que ce fait même démontre la faussetée de l'assertion, puisqu'on n'a jamais vu de deuxième consul de Marseille tiré d'un art mécanique. »

Enfin, le fameux généalogiste d'Hozier écrit de sa main , en marge d'une de ces lettres contradictoires : « Malgré les conseils donnés dans cette lettre, et les titres qui y sont énoncés, le feu sieur Robert de Briançon ne laissa pas de faire et de dresser la fausse généalogie de cette famille (de Valbelle) , comme elle le voulait, moyennant le paiement de 1,000 pistoles qu'elle donna. »

Sans rien décider parmi ces allégations si diverses , on ne parlera ici que du père et du grand-père du chevalier de Valbelle , dont les services dans la marine sont surtout constatés.

Antoine de Valbelle , grand-père du chevalier, fut capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roi, commanda une de ses galères en 1579 , et se battit bravement, en 1584, à la tête des milices que Marseille avait levées lors de la

i guerre des huguenots. Il se maria, vers cette époque, avec

5 Anûe-Félix de la Reinarde, de laquelle il eut deux filsiCôme II

, de Valbelle, et François de \albelle , qui prit les ordres, et fut

sacristain de Tabbaye Saint- Victor.

Corne II de Valbelle (père du chevalier) fut capitaine de cent hommes d'armes du roi, et commanda fort jeune une galère de S. M. appelée la Valbelle. Lors du combat de 1638, entre les flottes espagnoles et françaises, ainsi qu'on Ta dit, il fut tué sur cette galère , et enterré à Gènes , où la république lui fit faire des obsèques magnifiques. Il avait épousé, Tau 1606, Anne- Marguerite de Paule, fille de François de Paule et de Jeanne de Puget. Il en eut deux fils : Jean-Philippe et Jean-Baptiste de Valbelle. Jean-Philippe de Valbelle, Taîné, frère du chevalier, fut grièvement blessé dans le combat où son père fut tué , et ce fut à la sm'te de ce combat qu'il eut le commandement de la Valbelle, ainsi que le prouve le brevet suivant :

BREVET DE CAPITAINE DE GALÈRE, ACCORDÉ AU SIEUR JEAN- PHILIPPE DE VALBELLE, LE 15 DÉCEMBRE 1638,

» Aujourd'hui, quinzième du mois de décembre mil six cent trente-huit, le roi étant à Saint-Germain-en-Laie, mettant en considération la valeur avec laquelle le sieur de Valbelle, capitaine d'une des galères de Sa Majesté, a servi au combat que ses galères ont gagné contre celles du roi d'Espagne, au mois de septembre dernier, où il a été tué, et que le sieur de Valbelle, son fils aîné et lieutenant en icelle, y a été grièvement blessé, et jusques au danger de la mort, en défendant ladite galère avec son père contre deux autres, en sorte qu'elle n'est tombée entre les mains des ennemis qu'après la mort dudit sieur de Valbelle père, et que ledit fils a été mis hors de combat avec les autres officiers et soldats, dont même il y a eu une grande partie de tués, et ladite galère tout à fait ruinée et désarmée; et Sa Majesté voulant reconnaître les services dudit sieur de Valbelle fils, ensemble ceux de son père, et ayant une particulière connaissance de son courage et capacité, et de sa fidélité et aflèction à son service, elle lui a donné et accordé la charge de capitaine de l'une de ses galères qu'avait sou père,

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pour en jouir aux mêmes honneurs, autorité, prérogatives et prééminences qu'il a faites; et pour remplacer sadite galère, lui a accordé et fait don d*une de celles du roi d'Espagne prises audit combat, qui sera choisie par le sieur Du Pont de Courlay, général des galères de France, et lieutenant général de Sa Majesté ès-mers de Levant, fournie de chiourmes, et de tout l'équipage nécessaire sur une galère au mieux que se pourra, et sera remise ès-mains dudit sieur de Valbelle , pour être soudoyée et entrenue sous le nom dudit sieur de Valbelle, tout ainsi qu'était celle dont Sa Majesté avait ci-devant honoré son père : en témoin de quoi elle m*a commandé de lui expédier le présent brevet qu'elle a signé de sa main , et fait contresigner par moi , son conseiller secrétaire d'État et de ses commandements et fmances.

» Louis. »

« CoUationné à l'original en parchemin, sans sceau, par moi, conseiller du roi et intendant-général de la marine, soussigné.

» d'Infbeviuë. »

Le second fils de Côme II de Valbelle fut Jean-Baptiste de Valbelle, dont on va s'occuper ici.

Entré fort jeune au service de Malte, dont il prit l'ordre, il commença de servir à bord des galères, et obtint son brevet de capitaine dans ce corps, en 16ii7, après avoir passé par les grades d'enseigne et de lieutenant. En 1655, lorsque la marine du roi était fort affaiblie, il arma à ses frais deux galères pour faire la course contre les Espagnols et les Turcs, et se distingua par plusieurs beaux combats. En 1666, bien qu'il fût le troisième capitaine des galères par ancienneté, il passa dans le corps de vaisseaux. Voici comme il s'exprime au sujet de cette permutation, dans un Mémoire' adressé à Colbert en 1669, à propos d'une difficulté de r^mg survenue entre lui et M. le chevalier de Beaumont.

« Les passions sont crédules et téméraires, monseigneur; pardonnez à celle que j'ai pour le commandement, je vous eu supplie avec toute sorte de respect. Je n'ai garde non plus de vpus parler des services que j'ai rendus avec les armements

' SibL Rof. Mss, — ColbcrC.

particuliers que j*ai faits dix années durant. Ces commissions de courir ou sur les ennemis du roi, ou sur ceux de Dieu, ne peuvent me donner aucun rang, je le sais. Dans ces voyages, j*ai appris seulement à servir Sa Majesté et à ne me laisser pas tromper aux officiers subalternes qui abusent quelquefois de la facilité ou de l'ignorance des capitaines.

» Mais ce n'est pas de quoi j*ai à vous entretenir, monseigneur, mais de vos commissions. J'ai donné les originaux du brevet de capitaine de galère de 16^7 à monsieur Tintendant, et aussi l'extrait de ma commission de capitaine du vaisseau le Sçiuveur^ de mars 1 666.

» Vous vous souviendrez , monseigneur, que lorsque vous me fîtes savoir que le roi me donnait le commandement de ce vaisseau, et que j'eus l'honneur de vous remercier de cet honneur, je vous représentai qu'en entrant dans le corps des vaisseaux il me faudrait prendre la queue, au lieu que demeurant dans celui dès galères, je me trouvais à la tête, n'ayant d'anciens que MM. de la Brossardière, de Manse et de Montolieu. Vous me répondîtes, monseigneur : « Holmes commande une escadre anglaise dans la Méditerranée, il vous faut l'aller chercher; servez bien, monsieur, et ne vous mettez en peine de rien. »Le lendemain, par votre ordre, je remerciai le roi, et lui dis la même chose que je vous avais dite. Le roi me répondit tout comme vous avez fait : « Servez bien, monsieur, et ne vous mettez en peine de rien. » Pourtant, monseigneur, me voici fort en peine et en l'état que j'avais toujours appréhendé : deux de aies camarades qui sout à mon grand regret plus jeunes que moi, prétendent me commander. »

Cette contestation se termina d* ailleurs tout à l'avantage du chevalier de Valbelle.

Ce capitaine, bien que la navigation des vaisseaux différât beaucoup de celle des galères, s'y appliqua et y réussit singulièrement, aidé d'ailleurs des connaissances nautiques et astronomiques qu'il possédait déjà. On a vu, par sa lettre de 1673, qu'il prit une part active à ce combat

En 1674, le chevalier de Valbelle avait'environ cinquante-etun ans; c'était un honune de taille moyenne, nerveux, basané, et encore d'une adresse et d'une agilité merveilleuses; avec

m HISTOIRE DH LA MARINE. —1674 —

cela, l'air glorieux, moqueur, et la physionomie la plus spirituelle du monde. On va voir, dans sa correspondance secrète avec le roi ou les ministres, que par le sel de ses plaisanteries et la tournure particulière et originale de son esprit, il savait se donner mille licences , parler hardiment de tout et de tous ; et , sûr de plaire, d'amuser et d'instruire, écrire à Colbert et à Seignelay tout à fait sur le ton de la plus parfaite et familière égalité.

Dans sa jeunesse il avait été fort galant, et même quelque chose de plus: grâce à la facilité des mœurs méridionales, sa figure, sa bravoure, son esprit, le scandale habile de plusieurs de ses aventures et quelque bien, l'avaient singulièrement accrédité auprès des femmes. A ce propos, voici une lettre anonyme adressée à Colbert, et ne portant pas de date précise, mais évidemment écrite alors que le chevalier était capitaine des galères à Marseille. Cette lettre est d*une paumée femme en Jésus-Chrùt, comme elle se nomme, et qui, sans cloute victime de l'inconstance du chevalier, voulait ainsi se venger d'une rivale et d'un infidèle.

On donne ici cette lettre^ parce qu'à travers la dénonciation dittée par une rancune toute féminine, on y trouvé quelques traits caractérisés de la physionomie de Valbelle.

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