‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 54 sur 72 · LA VILLE DE MESSINE · texte numérisé non relu

LA VILLE DE MESSINE

n 19 octobre 1674.

» Les mouvements qui se sont excités depuis quelques mois dans la ville de Messine, les armes que le lî>euple y a prises contre le gouverneur de cette place pour le roi Catholique, les attaques qui se sont faites des châteaux qui y étaient occupés par les Espagnols, les succès avec lesquels les Messinois ont repoussé nonseulement les troupes que le vice-roi de Sicile avait assembléeis, mais de celles encore qui lui avaient été envoyées du royaume de Naples, rendant cet affaire de jour en jour plus considérable, Sa Majesté a cru de sa prudence de ne pas négliger une occasion qui peut causer une inquiétude si légitime à Madrid, et d'y soutenir dans l'esprit des Messinois la révolte et Fanimosité contre l'Espagne , par les démonstrations qui peuvent les assurer davantage de la protection que la France est en dessein de lenr donner. C'est dans ce dessein que Sa Majesté a déjà fait partir une escadre de ses vaisseaux , non-seulement pour leur porter des munitions de guerre dont ils avaient besoin, et pour leur faciliter le partage de quelques blés qui leur étaient nécessaires, mais pour les accoutumer, à la vue d'un moindre secours, à en attendre de plus grands de la part de Sa Majesté. Bien que Sa Majesté n'ait pu savoir encore quel effet aura produit la vue de ces vaisseaux dans le phare de Messine , comme elle apprend toutefois que les esprits s'aigrissent de plus en plus en cette ville, que les habitants y ont pris' plus de cœur , et sont plus animés que jamais depuis les avantages qu'ils ont remportés sur les Espagnols, et qu'elle a avis en même temps que cette affaire a paru d'une si grande importance à la cour d'Espagne, que la reine Catholique , pour courir à un besoin si pressant , et pour tâcher d'étouffer dans sa naissance un feu si capable d'embraser les Dcux-Siciles, a détaché toutes ses forces maritimes qu'elle occupait en Catalogne pour les faire passer dans cette fle; qu'elle a même demandé l'assistance de quelques vaisseaux hollandais , qui sont passés, sous l'amiral Tromp, dans la mer Méditerranée,

" im-^ LIVRE V, CHAPITRE V. 449

Sa Majesté a jugé d*autant frfus k propos de soutenir les Messinois dans cette conjoncture, qu'il y aurait plus sujet de craindre qu'ils ne s'abattissent à la vue des forces qui se préparent contre eux. C'est dans cette vue qu'elle a résolu de faire passer le marquis de Vallavoire à Messine , non-seulement pour y assurer les peuples de la protection certaine de Sa Majesté , mais pour lui rendre encore un compte exact de l'état où il aura trouvé les choses , afin que , selon la connaissance particulière qu'il lui" en donnera par ses lettres, elle puisse juger véritablement si celte affaire est telle qu'elle puisse s'engager davantage h l'appuyer, et si elle serait capable , dans la suite , de faire une diversion considérable à l'Espagne. Sa Majesté a jeté d'autant plutôt les yeux sur le marquis de Vallavoire pour cet emploi, que les Messinois , dès le commencement de leur révolte , ont fait connaître à Sa Majesté, par le duc d'Estrées, son ambassadeur à Rome, à qui deux de leurs députés s'adressèrent, qu'ayant un très-grand nombre d'hommes capables de porter les armes, et très-résolus de défondre leur liberté , il leur manquait une personne capable de les conduire et de leur donner ses conseils potir la guerre, et des officiers qui les disciplinassent. Les longs services que le sieur marquis de Vallavoire a rendus à Sa Majesté dans les. charges d'officier général dans ses armées, et la réputation qu'il s'est acquise en Italie même dans le gouvernement de Valence, ont fait croire à Sa Majesté qu'elle ne pouvait arrêter son choix sur une pei^onne plus capable de profiter des dispositions des Messinois, de les conduire dans les sentiments que Sa Majesté en peut désirer , et de leur donner des règles pour la guerre qu'ils auraient à soutenir ; mais surtout qui eût plus de zèle et de fidélité pour son service. C'est dans cette vue qu'elle lui a fait remettre la présente instruction, par laquelle elle lui fait connaître quelles sont ses intentions , ^t les ordres qu'il aura à suivre dans le voyage qu'elle lui fait entreprendre.

» Pour donner part audit sieur marquis de VallaVolre des lumières que Sa Majesté a sur cette affaire , il est nécessaire de la reprendre dès son origine. Le sujet qui a donné lieii à la révolte a été l'aversion des Alessinois contre le gouverneur, qu'ils appellent du nom de stradico » qui commandé dans la

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