‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 9 sur 72 · II · texte numérisé non relu

II

Plymoutb et de Falmouth à Brest, soit pour lui donner avis en cas que la flotte hollandaise entrât dans la Manche, soit pour lui faire savoir le temps auquel sa flotte sera assemblée aux Dunes.

» Sa Majesté veut qu'aussitôt qu'il sera arrivé à Brest, il envoie une cache ou autre petit bâtiment à Falmouth et à Portsmouth, donner avis aux officiers qui commandent en ces lieux-là pour le roi d'Angleterre de son arrivée audit lieu, et qu'il attendra leur avis sur l'état auquel sera la flotte anglaise pour partir aussitôt qu'elle sera assemblée aux Dunes et entrer dans la Manche; et il prendra soin d'y tenir toujours quelques petits bâtiments qui auront ordre de l'informer de tout ce qui se passera, et de l'aller joindre en cas qu'il y eût quelques avis importants à lui donner.

» Aussitôt qu'il saura , ou pai* les avis que Sa Majesté lui fera " donner, ou par ceux qui lui viendront d'Angleterre, que la flotte anglaise sera asseniblée aux Dunes , Sa 3Iajestc veut qu'il entre dans la 3Ianche avec toute sa flotte, et qu'il se rende aux Dunes avec toute la diligence que le vent lui pourra permettre.

» En cas que, par la contrariété des vents ou quelque autre accident imprévu, ou que ledit sieur vice-amiral ne pût se rendre aux Dunes, ou que les Hollandais fussent entrés dans la 3Ianche avec toute leur flotte, et le missent en état d'empêcher la jonction des vaisseaux de Sa Majesté avec ceux d'Angleterre, il pourra se retirer, s'il l'estime nécessaire pour le bien du service de Sa Majesté, ou à Falmouth, ou dans la baie, ou dans l6 port même de Portsmouth, où il recevra toute assistance et bon traitement, suivant les ordres que le roi d'Angleterre a donnés en exécution desdits traités et articles.

» Sa Majesté veut que ledit sieur vice-amiral tienne la main à ce que tous les vaisseaux aient pour cinq mois de vivres , à compter du 1^' jour d'avril prochain , et elle prendra soin d'en faire porter pour deux autres mois des ports du Havre et Dieppe, à Chatam, dans les magasins que le roi d'Angleterre a fait donner, afin que lorsque l'armée anglaise y relâchera pour y prendre des vivres ou pour autres causes, celle de France y puisse aussi prendre lesdits deux mois de vivres pour pouvoir demeurer en mer jusqu'au dernier octobre , suivant ce qui a été convenu avec ledit roi d'Angleterre. Sa Majesté tiendra audit lieu de Cha-

tam un commissaire général ou particulier de marine, pour prendre soin du radoub dès vaisseaux , en cas qu*il en soit besoin , et même pour fournir tout ce qui lui sera nécessaire en cas de combat.

» En cas que la flotte anglaise ne soit obligée d'entrer dans la Manche pour joindre celle de France, ou en quelque lieu que la jonction se fasse, ledit sieur vice-amiral exécutera les ordres qui lui seront donnés par le duc d*York, ou par celui qui commandera l'armée d'Angleterre , et qui montera le vaisseau portant le pavillon rouge amiral ; et soit que la jonction se fasse dans la Manche ou aux Dunes , Sa Majesté veut que ledit sieur vice-amiral salue le pavillon rouge d'Angleterre de treize coups , en le rendant de même nombre de coups, sans plier ni fréter le pavillon de part ni d'autre; et même Sa Majesté lui permet , à cause de l'inégalité des pavillons , de se départir du même nombre de coups , et de se contenter d'en recevoir deux de moins.

» Et comme il tiendra le rang du pavillon blanc d'Angleterre , qui est le second , Sa Majesté ne doute point que le roi d'Angleterre ne donne ordre au pavillon bleu , qui est son troisième pavillon , de saluer le pavillon de Sa Majesté , et, en ce cas, elle veut qu'elle rende coup pour coup. Mais si ledit roi demande que ces deux pavillons ne se saluent point réciproquement, Sa Majesté veut que ledit sieur vice-amiral en convienne.

» Pour le surplus , Sa Majesté estime qu'il sera de l'avantage du service commun , tant de Sa Majesté que dudit roi d'Angleterre , que tous les autres vaisseaux ne se saluent point réciproquement.

» Dans tous les conseils , ledit sieur vice-amiral , le lieutenant général , et le chef d'escadre tiendront le rang porté par ledit traité.

» Sa Majesté ne désire point qu'aucun autre capitaine y assise, si ce n'est par l'ordre exprès de l'amiral anglais.

^lle veut que ledit sieur vice-amiral évite, autant qu'il lui sfrrct possible, les détachements, et qu'il fasse en sorte que tous les vaisseaux de sa flotte demeurent toujours ensemble; mais, en cas que la nécessité du sei*vice oblige à faire des détachements , elle désire quil fasse en sorte, s'il est possible , que les vaisseaux des deux nations ne soient point mêlés , afin d'éviter

le commandement des Anglais*, Mais, en cas qu'il ne le puisse éviter , elle veut qu'il observe que le vaisseau anglais soit toujours supérieur en rang aux vaisseaux français qu'il détachera.

» Pour le salut des places maritimes d'Angleterre , Sa Majesté veut qu'il observe à cet égard ce qu'il verra ou saura certainement être pratiqué par le vaisseau anglais portant pavillon bleu.

» En cas de crimes commis sur les vaisseaux français et entre Français, la justice sera faite par ledit sieur vice-amiral, dans le conseil de guerre, en la manière accoutumée ; en cas que les crimes soient commis entre Français et Anglais, Sa Majesté désire^ que justice en soit faite par un nombre égal d'officiers des deux nations.

» Ledit sieur vice-amiral doit être informé que Sa Majesté a fait assembler au Havre et à Dunkerque diverses marchandises propres au radoub des vaisseaux , comme armes, cordages , câbles, voiles , bois de toute sorte, mâts, goudron, ensemble des^ poudres, boulets et munitions de guerre, avec ordre aux commissaires généraux Hubert, qui sert à Dunkerque, et Brodart, qui sert au Havre, d'en assister l'armée de Sa Majesté en cas de besoin.

» A l'égard des prises de vaisseaux ou de prisonniers de guerre, il en sera usé ainsi que l'ambassadeur de Sa Majesté à Londres en sera convenu avec le roi d'Angleterre ou M. le duc d'York, dont ledit sieur ambassadeur donnera avis audit sieur vice-amiral.

» Sa Majesté envoie dès à présent ses ordres à sondit ambassadeur en Angleterre , pour traiter de tout ce qui concerne les saints réciproques , justice, prises , et aiutres points contenus en la présente instruction , et en convenir avec ledit roi ; et en cas qu'il y arrivât quelque changement, Sadite Majesté en fera donner avis audit sieur vice-amiral.

» Lors de la séparation des flottes après la campagne , ledit sieur vice-amiral prendra son temps pour retourner à Brest et à

' On ven-a toute rimporlaiice de cette clause de rinstruction, lors des combats de 72 et 73. Sur ces trois combats, les vaisseaux français ne se battirent qu'une fois, et ce fut alors qu'ils étaient mêlés aux amisseaux anglais. Dans les deux auhes combafô, Tescadrc française étant séparée de la flotte anglaise, et poslée une fois à Tavant-garde, cl l'autre fois à l'arrièrcgarde, ne prit pas de paît à l'aclion. On verra plus biis tous les détails de cet incroyable déni de secours.

Rochefort; et comme le roi d'Angleterre s*est obligé de ne faire rentrer sa flotte dans ses, ports qu'après avoir donné le temps à celle de Sa Majesté de se retirer, ledit sieur vice-amiral tiendra la main à ce que cette condition s'exécute de bonne foi.

» Dans toute la suite de la campagne, et pendant tout le temps que la flotte de Sa Majesté sera jointe avec les Anglais, elle veut qu'il s'applique particulièrement à éviter toutes les querelles particulières, et qu'il fasse en sorle que tous les ofliciers de l'armée de Sa Majesté vivent en une bonne et parfaite intelligence avec les Anglais , en sorte qu'il ne puisse jamais y avoir aucun autre différend entre eux que celui qui proviendra de l'émulation qu'il y aura de faire les plus belles actions ; et comme Sa Majesté s'assure qu'en une occasion aussi importante que celle-ci pour la gloire de ses armes et la grandeur de son règne, ledit sieur comte d'Ëstrées donnera des marques signalées de sa valeur , de son expérience et de sa bonne conduite , elle désire aussi qu'il se serve de tous les moyens qu'il pourra pratiquer pour exciter dans les esprits de tous les officiers de l'armée l'envie de donner les mêmes marques de lem- courage, et une forte résolution de faire connaître aux Anglais qu'ils ne leur cèdent point, et même qu'ils les surpassent en valeur et fermeté, et en connaissance de tout ce qui concerne la guerre maritime.

» Sa Majesté veut que ledit sieur vice-amiral donne toute la protection qui pourra dépendre de lui à tous les Français qu'il rencontrera dans sa route.

» S'il arrivait que quelqu'un des capitaines âe ladite flotte quittât le pavillon sans y être forcé par un gros temps , Sa Majesté permet audit sieur vice-amiral de l'interdire , sans qu'il puisse être rétabli que par ordre exprès de Sa Majesté.

» Elle veut aussi que , pendant tout le temps qu'il sera en mer , il visite souvent les vaisseaux de son escadre, et remarque les capitaines qui tiendront leurs vaisseaux en bon état, et la propreté dans leur bord , n'y ayant rien si nécessaire pour y conserver la santé; de quoi Sa Majesté désire qu'il lui donne avis.

» Et comme il n'y a rien de si important au service de Sa Majesté que de faire en sorte que les capitaines s'appliquent à l'étude de tout ce qui concerne les combats de mer et à faiie régulièrement observer la discipline dans leur bord , elle désire

qu'il les excite continuellement à s'y appliquer, afin de se rendre (Fautant plus capables d'entreprendre des actions d'éclat qui puissent leur acquérir de l'estime , et donner de la réputation aux forces maritimes de Sa Majesté.

» Il tiendra la main à ce que chaque capitaine tienne un journal de navigation dans lequel il sera fait mention des îles , terre ferme, écueils, rades , mouillages, abris, ports et havres qu'ils auront occasion de reconnaître , pour , à leur retour , remettre le tout es mains du sieur Colbert de Terron.

» Ledit sieur vice-amiral s'appliquera aussi à faire soigneusement observer les règlements et ordonnances de marine, et particulièrement celle qui défend aux officiers de coucher hors de leur bord.

» Il empêchera toute sorte d'acastillage pendant qu'ils seront en mer , et qu'il soit rien changé aux logements et cloisons qui auront été faits avant leur départe

» Il retranchera aux officiers le grand nombre de coffres, viandes fraîches et autres choses inutiles , qui regardent plus la délicatesse et le faste que la nécessité , et lesquelles sont ordinairement superflues et embarrassantes dans une occasion de combat; et comme le soin de leur table peut les divertir de ceux qu'ils doivent avoir de s'appliquer uniquement à leur profession, il les portera, autant que possible, à prendre le parti de se contenter de la table du munitionnaire, en quoi ils trouveraient sans difficulté beaucoup d'avantages.

» Il fera souvent faire l'exercice du canon sur son bord, et excitera les capitaines des autres vaisseaux à suivre son exemple , afin de rendre les canonniers experts et diligents à la manœuvre du canon, et d'en multiplier le nombre; observant, pour cet effet , ce que les Anglais et les Hollandais ont accoutumé de pratiquer à cet égard.

» Il tiendra aussi la main à ce que le commissaire à la suite de la flotte , et les écrivains de chacun vaisseau prennent garde à la conservation de leurs agrès , apparaux , rechanges , munitions , armes et ustensiles, et qu'il ne s'en fasse aucune consommation superflue.

» Il observera et fera observer par les capitaines l'assiette des vaisseaux qu'ils commandent , leur vitesse ou leur lenteur à la

voile , et les autres défauts qui peuvent être remarqués dans la navigation , dont il sera fait des rapports pour être remis à leur retour es mains des intendants et commissaires généraux des arsenaux où ils désarmeront , afin de corriger ces défauts, et les éviter dans la construction d'autres vaisseaux.

» Sa Majesté veut que ledit sieur vice-amiral l'informe par toutes les occasions qui s'offriront , de ce qu'il aura fait en exécution de ses ordres.

» Fait à Versailles, janvier 1672. »

{Registre des ordres du roi, 1672, Arch. de laMar.)

Le 7 avril , les deux déclarations de guerre suivantes furent aflBchées et lues dans toutes les villes de France et d'Angleterre, après avoir été proclamées à son de trompe.

ORDONNANCE DU ROI PAR LAQUELLE SA MAJESTÉ, APRiiS AVOIR RÉSOLU DE FAIRE LA GUERRE AUX ÉTATS DE HOLLANDE, DÉ- FEND A SES SUJETS d'y AVOIR AUCUNE COMMUNICATION NI COMMERCE.

« Du 6 avril 1672.

» De par le roi :

» La mauvaise satisfaction que Sa Majesté a de la conduite que les Etats- Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas tiennent depuis quelques années à son égards étant parvenue jusqu'à un tel point ^ que Sa Majesté ne peut plus^ qu'aux dépens de sa gloire j dissimuler l'indignation que lui cause une manière d'agir si peu conforme aux grandes obligations dont Sa Majesté et les rois ses prédécesseurs les ont si libéralement comblés. Sa Majesté a déclaré et déclare par la présente , signée de sa main , avoir arrêté et résolu de faire la guerre auxdits États- Généraux des Provinèes-Unies des Pays-Bas , tant par mer que par terre. Enjoint, pour cet effet. Sa Majesté, à tous ses sujets , vassaux et serviteurs , de courre sus aux Hollandais , et leur a défendu et défend d'avoir ci-après avec eux aucune communication, commerce , ni intelligence , à]^peine^de la vie ; et pour celte fin , Sa Ma^figté a dès à présent révoqué et révoque toutes

permissions, paBorts, sauvegardes, ou saufs-conduits qui

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pourraient avoir été accordés par elle , ou par ses lieutenants généraux et autres ses officiers , contraires à la présente , et les a déclarés nuls et de nulle valeur, défendant à qui que ce soit d'y avoir aucun égard. Mande et ordonne Sa Majesté à monseigneur le comte de Vermandois , grand-maître , chef et sur-intendant général de la navigation et commerce de ce royaume ; aux maréchaux de France, gouverneurs et lieutenants généraux pour Sa Majesté en ses provinces et armées, maréchaux de camp , colonels , mestres de camp, capitaines, chefs et conducteurs de ses gens de guerre , tant de cheval que de pied , Français et étrangers, et tous autres ses officiers qu'il appartiendra , que le contenu en la présente Us fassent exécuter, chacun à son égard, dans l'étendue de leurs pouvoirs et juridictions; car telle est la volonté de Sa Majesté, laquelle entend que la présente soit publiée et affichée en toutes ses villes , tant maritimes qu'autres, et en tous les ports, havres , et autres lieux de son royaume que besoin sera , à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.

» Fait au château de Versailles, le 6 avril 1672.

» Signé : LOUIS,

» Et plus bas, Le Tellier. »

» Il est ordonné à Charles Canto, juré crieur ordinaire du roi, de publier et faire afficher en tous les lieux de cette ville , fauboui^s, prévôté et vicomte de Paris, que besoin sera, l'ordonnance du roi du 6 du présent mois et au , afin qu'D n'en soit prétendu cause d'ignorance.

» Fait ce 6 d'avril 1672.

» Signé : De La Reynie. »

» Lu, publié à son de trompe et cri public, et affiché en tous les. carrefours ordinaires et extraordinaires de cette viUe et faubourgs de Paris, par moi Charles Canto, juré crieur ordinaire du roi en ladite ville, prévôté et vicomte de Paris. Faisant laquelle proclamation j'étais accompagné de cinq trompettes, savoir : Hierosme Tronsson, Etienne du Bos, jurés trompettes du roi, et trois autres trompettes. Le jeudi 7 avril 1672.

» Si<M^: Canto. »

DÉCLARATION DE GUERRE DU ROI DE LA GRANDE-BRETAGNE CONTRE LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DES PROVINCES-UNIES.

(Publiée par l'avis de son privé conseil.)

iiNom avons far toutes nos actions fait paraître un si grand zélé pour le repos de la chrétienté, et nom nous sommes toujours si religieusement abstenu de rien entreprendre sur les états d'autmiy que nous avons sujet de prétendre que tout le monde nous fera la justice de croire que c*est par une nécessité indispensable que nom nous trouvons obligé de prendre les armes '.

« Immédiatement après notre rétablissement sm* le trône , le premier soin que nous eûmes fut d'affermir la paix, et d'établir une bonne correspondance entre nous et nos voisins, et particulièrement avec les États-Généraux des Provinces-Unies : nous fîmes un traité avec eux sous des conditions si équitables , qu'il n'eût jamais été violé s'ils eussent été capables de conserver la juste reconnaissance et les sentiments d'amitié qu'avaient mérités nos bienfaits.

» Mais, nous reposant sur la foi de ce traité, que nous obsenions religieusement de notre part, nous fûmes réveillé par les plaintes de nos sujets, et par les remontrances de nos deux chambres de parlement, et reconnûmes que c'était en vain que nous prétendions procurer les avantages de nos royaumes par des voies de paix avec les États-Généraux, pendant que nos sujets, dans les pays éloignés , étaient exposés à leurs oppressions et à leurs injures.

» Tout l'été se passa en négociations, dans lesquelles nous fîmes tout ce qui dépendait de nous pour les porter à des conditions raisonnables; mais, quoi que nous pussions faire, nous n'y avançâmes rien , et plus nous nous relâchions à leur faire des propositions avantageuses, plus ils se tenaient fermes et s'éloignaient de tout acconunodement.

Ensuite la guerre commença en 1665, et dura jusqu'à 1667. Nos victoires et leurs pertes arrivées pendant ce temps-là devraient

' Rien ne paraît plus plaisant que le début et le reste de cette déclaration, si l'on song« aux motifs qui décidèrent le roi Charles à déclarer, pour ainsi dire malgré lui, lii^ guerre aux Provinces-Unies.

être encore assez avant dans leur mémoire pour leur représenter que dorénavant ils devaient observer plus fidèlement leurs traités. Mais , au lieu de cela , la paix ne fut pas plus tôt conclue, que , selon leur coutume ordinaire, ils se portèrent à la rupture des articles, et à traverser tout de nouveau notre commerce. Pour preuve de cela, ils étaient obligés, par un article du traité de Bréda, de nous envoyer des commissaires à Londres pour le règlement de notre commerce des Indes. Mais ils étaient si éloignés de faire leur devoir là-dessus, que, lorsque nous leur envoyâmes notre ambassadeur pour les en sommer, il fut trois ans à attendre inutilement satisfaction sur ce point , et ne put obtenir aucune surséance des injustices que nos sujets recevaient d'eux en ce pays-là.

» Ils ont passé plus avant dans les îles occidentales ; car, par un article du même traité , nous étions obligé de leur restituer Surinam , et , par d'autres articles de la même paix , ils étaient obligés de permettre à nos sujets qui sont dans cette colonie de se transporter avec leurs effets dans nos autres habitations. En vertu de ce traité, nous leur livrâmes cette ville-là, et ncmobstant ils y retinrent tous nos sujets, excepté le major Bannister, qui fut envoyé prisonnier en un autre endroit, à cause qu'il souhaitait de se retirer conformément aux articles du traité. Notre ambassadeur, se plaignant de cette injustice, obtint enfm, après deux ans de sollicitation, un ordre pour l'exécution de ces articles ; mais, quand nous envoyâmes deux commissaires et deux vaisseaux pout retirer nos sujets, les Hollandais, selon ce qu'ils avaient auparavant pratiqué pendant plus de quarante ans dans l'affaire de Poleron , envoyèrent des ordres secrets contraires à ceux dont nous étions convenus avec eux en public. De sorte que le voyage de nos commissaires en ce lieu ne servit qu'à transporter les plus misérables de nos sujets, et à rapporter seulement les prières ardentes que faisaient les plus riches et les plus considérables pour sortir de cette captivité. Ensuite de quoi nous fîmes nos plaintes au mois d'août dernier, par les lettres que nous écrivîmes aux États-Généraux, pour demander qu'on envoyât ordre aux gouverneurs de ces quartiers-là pour l'entière exécution de ces articles ; et jusqu'ici nous n'avons reçu aucmie réponse ni aucune satisfaction là-dessus.

« Mais a n*est pas étonnant qu*ils entreprennent des choses si étranges contre nos sujets dans des pays si éloignés, vu que dans leur pays même ils ont si peu de considération pour notre personne, et traitent si injurieusement une nation qui est si proche d'eux; car il n'y a quasi point de villes dans leur territoire, où on ne trouve quantité d'inscriptions injurieuses et pleines de faussetés contre nous et nos sujets , même des peintures et des médailles, dont quelques-unes ont été exposées en public par le commandement même des États, et cela dans le temps que nous étions unis avec eux, et agissions de concert pour maintenir la triple alliance et la paix de la chrétienté, ce qui seul mériterait notre indignation et le ressentiment de tous nos sujets. Mais nous sommes poussé par des considérations encore plus pressantes que par celles qui ne regardent que notre propre personne , à savoir la sûreté du commerce , duquel dépend le bonheur et la prospérité de nos peuples , que nous sommes obligé de garantir contre toute sorte d'oppression et de violence autant qu'il nous est possible. Les Hollandais cependant les ont attaqués presque dedans nos ports , procédé qui a attiré notre juste colère contre eux.

« Le droit de pavillon est si ancien, que c'est une des premières prérogatives des rois nos prédécesseurs , et la dernière dont ce royaume se doit départir. Il n'a jamais .été contesté, et il a été expressément reconnu dans le traité de Bréda. Néanmoins cet été .dernier, non-seulement il a été violé par les capitaines des vaisseaux hollandais, mais cette infraction a depuis été approuvée à La Haye, et ensuite ils en ont parlé dans toutes les cours de l'Europe comme d'une prétention ridicule ; insolence pleine d'ingratitude de nous disputer l'empire de la mer, eux qui, pendant le règne du feu roi notre père , se tenaient fort obligés qu'on leur permît d'y pêcher moyennant quelque tribut, et qui d'ailleurs sont redevables à la protectioti des rois nos prédécesseurs et à la valeur de nos sujets de l'état où ils sont maintenant , et qui les rend si audacieux, que d'oser former cette contestation.

« Mais nonobstant que par de tels procédés ils nous eussent sufiGsamment provoqué à leur déclarer la guerre , nous avons patiemment attendu qu'ils nous en fissent satisfaction , ayant beaucoup de répugnance à troubler le repos de toute la chré-

tienté pour nos ressentimeiits particuliers ; pendant que de leur côté ils faisaient tous leurs efforts pour animer le roi Très-Chrétien contre nous, dont ils se croyaient si assurés, qu'il y a plus d*un an que icurs ministres nous en menacent.

« Enfin , n'entendant rien dire de leur part, nous leur envoyâmes un ambassadeur, qui, après avoir donné en notre nom plusieurs mémoriaux fort pressants pour avoir une réponse définitive, n'en put recevoir aucune, jusqu'à ce qu'il eût déclaré • qu'il avait ordre de s'en revenir, et qu'il était rappelé. Ils lui présentèrent alors un écrit par lequel il était porté qu'ils consentiraient à baisser le pavillon devant nous, vu la conjoncture des affaires, si nous voulions les assister contre les Français, à condition que cette preséance-là ne pût être tirée à conséquence, ni leur préjudicier à l'avenir.

Depuis le retour de notredit ambassadeur, ils nous en ont envoyé un extraordinaire, qui, d'une manière fort extraordinaire nous a fait entendre qu'il ne pouvait nous donner de satisfaction jusqu'à ce qu'il eût envoyé savoir la volonté de ses maîtres.

« De sorte que, désespérant de voir aucun bon effet des traités qu'on pourrait faire avec eux, nous avons été obligé de prendre tes atomes pour maintenir les anciennes prérogatives de nos couronnes et pour la gloire de nos royaumes , mettant notre confiame en Dieu, et le priant de nous accorder son assistance dans nos justes entreprises : n'ayant point d'autre moyen de garantir notre peuple des artifices que cette nation exerce contre nous pendant la paix, si ce n'est la valeur que nos sujets savent exercer pendant la guerre.

« C'est pourquoi nous avons jugé à propos de déclarer, comme par ces présentes nous déclarons , que notre dessein est de faire la guerre , tant par terre que par mer, aux susdits États-Généraux des Provinces-Unies et contre tous leurs sujets, en tous les lieux de leur dépendance. Enjoignant à notre très-cher et trèsamé frère le duc d'York, notre grand-amiral, aux gouverneurs de nos provinces, de nos forteresses et garnisons, aux officiers et soldats qui sont sous leurs charges, tant par mer que par terre, de s'opposer à tout ce que pourraient entreprendre les États- Généraux ou leurs sujets, de faire et exercer tous actes d'hostilité dans cette guerre contre les susdits États; voulons que tous

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nos sujets aient connaissance de ladite déclaration, auxquels nous défendons dorénavant, sur peine de la \ie, d*entretenir aucune correspondance ou communication avec lesdits États ou leur sujets, à la réserve de ceux qui seront obligés de sortir des Provinces-Unies pour se retirer eux et leurs biens en nos États.

» En considérant que plusieurs sujets des susdits États de- » meurent et sont habitués dans nos royaumes, nous déclarons, » et donnons sur cela notre parole royale, que tous ceux qui se » comporteront comme ils doivent envers nous, et qui n'entre- » tiendront aucune correspondance ni intelligence avec nos en- » nemis, seront en sûreté pour leur personne et pour leurs biens, » et exempts de tout mauvais traitement.

» Et en outre, nous déclarons que si quelqu'un des sujets des- » dits États, soit par affection pour nous et pour notre gouvenie- » ment, soit à cause de Toppression qu'il souffre ou qu'il souf- » frira en ce pays-là, se retire en nos royaumes, il y sera pro- » tégé en ses biens et en sa personne.

» Et comme ainsi soit que nous sommes engagé de maintenir » la paix faite à Aix-la-Chapelle, nous déclarons finalement que, » nonobstant la poursuite de cette guerre, notre intention est de » maintenir le véritable dessein de ce traité ; et que dans toutes » les alliances faites ou à faire dans la suite de cette même guerre, » nous aurons une application particulière à faire, en sorte qu'il » ne s'y fasse rien contre la fin que l'on s'y est proposée, si ce » n'est que l'on nous forçât, malgré nous, à agir autrement. »

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